28 juin 2009 – Marathon du Mont Blanc – Chamonix (74)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 42 km Dénivelé positif: 2500 m Dénivelé négatif: 1500m

« rester humble et lucide… »

Le récit:

10 mai 2009, je suis obligé de me rendre chez le médecin: je ne peux définitivement pas courir: j’ai toujours mal derrière le genou depuis le Trail des Roches à SAINT-DIE DES VOSGES. Verdict: tendinite. Ce sont les conséquences de mes crampes, j’ai trop tiré sur la jambe droite pour compenser la jambe gauche. Je peux pédaler et nager mais pas courir, dès que je suis en extension, j’ai vraiment mal: il faut que je re planifie toute ma préparation au Marathon du Mont- Blanc pour lequel je suis déjà inscrit avec Yannick, un ami d’enfance. La préparation qui suivra sera surtout axée sur le vélo. Trois semaines avant le départ, c’est toujours l’inconnu, j’arrive à courir, au total j’aurai fait trois sorties longues et heureusement beaucoup de vélo… J’espère vraiment que çà va suffire…
Samedi 27 juin, je pars avec Yann, nous laissons femmes et enfants à la maison: cela doit faire 10 ans que nous ne sommes pas partis à Cham juste tous les deux, la dernière fois c’était pour 1 semaine de rando à ski avec une météo pas terrible… D’ailleurs, la météo est « La » grande interrogation du week-end: il est annoncé quelques orages… Je ne suis pas un fana du soleil en course à pied mais j’aime encore moins les orages en montagne…
Nous sommes logés aux Praz: à proximité du téléphérique de la Flégère. Les sommets sont encapuchonnés, mais on voit qu’il y a neigé en début de semaine: çà doit être magnifique là haut… Ma dernière aventure dans le coin remonte à 2006…
Pour le moment direction Chamonix centre: on a faim, il est 13 heures…
Ensuite, nous allons récupérer les dossards et les sacs pour nos affaires: le tee-shirt technique Salomon est vraiment très bien. L’organisation semble vraiment très très pro.
On retrouve les parents de Yann: son père Gérard a fait le Cross avec quelques collègues du club dont il est le président. 3H25 à plus de 60 ans : pas mal du tout, surtout quand on connait ses piètres qualités de descendeur…
Le reste de l’après midi sera constitué d’un petit décrassage de 20 minutes, un gros plat de pâtes (avec un unique verre de bon vin pour bien dormir) et un gros dodo…
Le soir je reprends mes petites notes prises à partir du logiciel http://www.softrun.fr, mon temps le plus probable serait de 06h07…
Vu ma forme actuelle je dirais plutôt entre 06h20 et 06h30. La grosse inconnue sera la montée des Posettes et tout le retour à partir du ravito de Tré Le champ: tout le monde m’en a dit tellement de choses…Gérard m’a confirmé que ce bout était vraiment dur, surtout l’arrivée. Mais bon on verra bien: objectif finir.
28 juin, 05h15, le réveil sonne. J’ai passé une excellente nuit. Petit déj et anti inflammatoire en préventif et c’est parti pour le centre de Cham. Yann lui craint beaucoup pour son dos et son mollet mais çà à l’air de tenir.
On arrive sur les lieux du départ vers 06h35. On pose les sacs, pas d’échauffement, les 4 premiers kilomètres assez plats et très roulants y pourvoiront largement.
Yann et moi n’avons pas prévu de courir ensemble: nous avons des rythmes trop différents. Mais je le vois 10 mètres devant moi pendant longtemps. Nous nous dépasserons à tour de rôle quasiment jusqu’au col des Montets ou je m’arrêterais pour une petite pause « pipi » et resserrage de chaussures.
Mais revenons au début: le départ va être donné, 1500 personnes au départ çà fait vraiment du monde…Quelques hollas et c’est parti. On se marche un peu dessus, nous sommes vers la fin du peloton. Cà ne part pas trop vite là où nous sommes, mais çà me va très bien. Nous déambulons dans les rues de Chamonix: il y a déjà un peu de monde. Il fait grand beau: pas un nuage, je sens qu’il va faire chaud…
Nous allons trottiner tranquillement jusqu’à l’entrée dans les bois (km 4). Là on commence à sentir les premières bosses. Le sentier est super roulant. Mais on va avoir du mal à se faire de la place, il y a vraiment du monde. Heureusement que le nombre de places a été limité (désolé pour ceux qui n’en ont pas eu)…C’est un peu la montagne russe, en sous bois. Ce sera comme çà jusqu’à Argentières. Je recommence le yoyo du Trail des Roches: je double en montée et me fait doubler en descente. Je n’ai toujours pas pu m’entrainer sérieusement en chemins…
Nous arriverons rapidement à Argentières: km 10,3. C’est le premier ravito (liquide). Je ne m’arrête pas, j’ai tout ce qu’il faut. J’ai un peu plus de 2 minutes d’avance sur les prévisions. Je suis très facile, surtout ne pas se laisser griser, c’est encore long et toutes les grosses difficultés restent à venir. Je pends mon premier gel en préventif, et me force à boire régulièrement. Je prends mon deuxième cachet de sporténine: je n’ai aucune envie de reproduire le schéma de SAINT DIE DES VOSGES (crampes) même si je pense que le vélo m’a fait du bien aux cuisses.
Cà y est on est dans le vif du sujet: Le Planet çà monte franchement, mais çà passe bien. C’est toujours aussi roulant…Puis voilà Montroc et Tré le champ: tout passe vite, on verra lorsqu’on repassera par là après Les Posettes… Je monte facile vers le Col des Montets. Nous avons perdu l’abri des arbres depuis un bon petit moment déjà, je bois très régulièrement pour éviter la surchauffe. Cà y est voilà le col, là çà va être du super roulant jusqu’à Vallorcine. Il faut que je reste raisonnable et surtout pas d’emballement.
J’arrive en 1’57’15: j’ai près de 4 minutes d’avance sur les prévisions en 6h07 et 8 sur celles en 6h20, parfait. Je prends bien le temps de remplir le camelback. Un deuxième gel, quelques abricots et une pâte d’amande. Puis je sors les bâtons, je ne suis pas un habitué en course mais en ski de rando: c’est l’outil indispensable, là je compte dessus pour soulager mon genou: c’est reparti. J’ai du passé deux bonnes minutes au ravito mais pas grave: je gère. Tiens voilà le chronométrage: je saurais plus tard que là je suis en 1’59’31.
Allez c’est la montée vers les Posettes. Long serpentin de coureurs dans le pré puis dans les bois. Là je m’éclate, avec les bâtons et de bonnes jambes, je double pas mal de monde (notamment ceux qui m’ont repris au ravito). Je me sens presque trop facile. Il n’est toujours pas simple de doubler: sentier mono trace assez raide, je ne passe que lorsque le cœur est facile et le chemin large… Il en sera ainsi jusqu’aux Esserts. On retrouve alors la piste beaucoup plus large, on peut même y trottiner un peu. Me voilà rapidement au Col des Posettes. Tout va bien. Je ne m’arrête pas au ravito liquide et enchaine sur la montée vers l’aiguille. On ne la voit pas, mais je sais qu’elle est plus éloignée qu’il n’y paraît: mon Garmin est clair il reste du chemin. La vue est extraordinaire. Vue sur la chaine coté Mont-Blanc, pas un nuage, les sommets sont plâtrés, un vrai régal. On a également la vue coté barrage (vers la Suisse) et un petit bout vers le Brévent… Il faut vite que j’amène les enfants pour qu’ils découvrent tout çà…
Devant, toujours un long serpent qui chemine vers l’Aiguillette. Je m’y retrouve en 3’15. Le temps de profiter de la vue, de me débarrasser des bâtons, je bois et mange et c’est reparti. Tiens encore un chronométrage… Ah ici officiellement je suis en 03:16:58: plus de 6 minutes d’avance sur les 6 heures 20 mais par contre je suis pile dans les estimations en 6’07: de la folie ce logiciel.
Ouïe la descente est aussi dure que je le pressentais. Cà me va parce que çà se rapproche de la montagne pure et dure, mais pour le moment je ne cherche pas à courir: juste ne pas tomber et ne pas perdre de temps. J’ai failli oublier ma sporténine… Hop c’est fait.
La descente est vraiment raide pendant 2,5 kilomètres, je double pas mal de monde quand même, mais j’imagine Yann qui doit gambader comme un cabri…Puis ce seront des lacets interminables jusqu’à MontRoc: relance continuelle…J’arrive Au Tour en 03:54:51, c’est dans ce secteur que je retrouve Gérard. Il me rappelle de bien m’hydrater, il fait très chaud. Je trempe ma casquette. Yann est passé 7 minutes avant moi: il a du me mettre une valise dans les deux descentes: celle vers Vallorcine puis celle de l’Aiguillette. J’apprendrais plus tard qu’il m’a mis 2 minutes dans celle de Vallorcine et près de 4 minutes dans celle des Posettes: il ne me met que 20 secondes sur la montée vers l’Aiguillette…

Gérard me laisse un peu avant la bifurcation entre le cross et le marathon. Il me trouve bien frais, Pourtant je sens que je viens de prendre un petit coup de bambou…Il me manque des kilomètres de préparation… Il faut que je récupère. J’arrive au ravito de Tré le Champ en 04:13:35: j’ai près de 6 minutes d’avance sur le temps en 06h 20…Et là, (je ne le saurais que bien plus tard) j’ai commis L’ERREUR de ma jeune carrière de Trailer. J’arrive au ravito, mange un tout petit truc, mais oublie mon gel. Je bois mais trop peu, la chaleur et la fatigue ont gagné, j’ai perdu en lucidité. J’oublie de m’alimenter correctement: je vais bientôt le payer au prix fort…En plus le ravito était génial il y avait même du salé alors que j’étais en plein ras le bol du sucré…QuelJe me dis qu’il reste 11km et que çà va passer correctement. Mais j’ai complètement oublié tout ce qu’on ma dit et tout ce que j’ai lu. La deuxième course commence maintenant. Et je le sens très rapidement: au bout d’un kilomètre, je n’avance plus. Cà monte mais je n’ai plus la lucidité de sortir les bâtons. Certes tout le monde est dans le dur. Mais là je coince, et plus j’avance plus je coince…
Je vais avancer quand même, au moral et grâce à la musique jusqu’au 34 ème km. Mais là je meure. Je vais quand même m’arrêter pour boire manger et prendre les bâtons, mais c’est trop tard le mal est fait. Je sais que çà reviendra mais beaucoup plus tard. Les deux derniers kilomètres jusqu’à la Flégère sont un vrai chemin de croix. Des dizaines de concurrents me passent. Je suis vidé, en plus j’ai vraiment très chaud. J’arrive à la Flégère au mental. Je m’arrête au ravito: coca, eau, étirements, sporténine, plus une bonne pause de 2 ou trois minutes. Je rebois du coca: çà y est je sens que çà revient… Je repars, je suis en 05:35:08 (temps officiel):13 minutes de retard sur les prévisions… Mais il y a longtemps que çà ne veut plus rien dire: je veux juste finir…
Finalement la fin va se dérouler sans trop d’encombres. Évidemment la montée vers Planpraz est terrible, tout comme le passage dans les « grandes marches », où j’ai senti un peu mes mollets qui contractaient en vue de crampes mais çà a été. J’ai même retrouvé du jus pour courir un peu. Je finirai par passer la ligne en trottinant, et en levant les bras comme si j’avais gagné la course: je suis vraiment heureux d’avoir fini…
On me propose de m’asseoir pour m’enlever la puce du dossard, mais je préfère rester debout et filer vers le ravito. Ce sera coca et bière avant de retrouver Yann. Lui a fini son premier marathon en 06:13:08: chapeau.
Après avoir récupéré nos sacs on se dirigera vers les bennes et un retour bien mérité vers le centre de Chamonix. Je dis à Yann et à ma femme que je retournerai à la Flégère poser une croix avec écrit en épitaphe « ci-gisent les jambes de randoaski mortes le 28 juin 2009… ». Le moral est bon, le physique va pas trop mal. Nous retrouverons les douches et le buffet avec bonheur. Le buffet est géant et l’organisation vraiment au top. Si j’ai un peu tiqué en payant l’inscription, je n’ai vraiment plus aucun regret: la prestation en vaut le prix…. Cette après midi ce sera sieste sur la pelouse de la piscine avant de reprendre la route après l’annonce des résultats.
Finalement nous reprenons la route vers 18 heures pas si usés que cela.
Ensuite ce sera kiné et reprise en douceur: prochain objectif le Trail des Marcaires en Alsace: ce sera la première édition, en plein dans mon terrain de jeux: un vrai régal. Mais promis, il est hors de question que je zappe un quelconque ravito… C’est vraiment débile de se faire mal juste à cause d’un manque de lucidité…Cà me servira de leçon et puis, il n’y a que l’expérience qui paie…Au fait je suis arrivé en 06:32:11: je suis tout de même assez content de ma course. Pour un retour de tendinite c’est pas si mal. Surtout que je n’ai pas eu mal du tout au genou, et pas de crampes aux cuisses en vue… Ah si je n’avais pas été aussi stupide…
En guise de conclusion, je dirais que c’est une course vraiment magnifique avec une organisation exceptionnelle et un cadre grandiose. Les spectateurs et les animations sont géniaux: le nom sur les dossards est une super trouvaille.Si la montée des Posettes est difficile le retour « Le Tour – PlanPraz » est une autre course. Je reviendrais c’est promis mais mieux préparé physiquement et surtout psychologiquement.

  1. #1 by nono on 10 octobre 2011 - 7:48

    mille merci marc

(ne sera pas publié)