22 août 2010 – Tour de la Grande Casse – Pralognan (73)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 65 km Dénivelé positif: 3900 m Dénivelé négatif: 3900m

« je revais d’un autre monde… »

Note préliminaire:

Les photos qui suivent dans le récit sont l’œuvre et la propriété de © VILLEGER Hugues et © BOUEME Patricia. retrouvez les albums complets en cliquant sur les liens.

Le récit:

Après une fin de préparation un peu chaotique, je me retrouve à Pralognan la Vanoise en cette veille du Tour de la Grande Casse. Objectif un peu fou mais dont le paysage somptueux est arrivé au bout de mes réticences… Une fois les affaires déchargées, je me rends sur la place du village pour y retirer mon dossard. Pas beaucoup d’inscrits: nous serons environ 140 au départ: c’est à peu près identique au nombre de l’année précédente.
Ce Trail souffre de son positionnement en termes de date, soit une semaine avant le Tour du Mont Blanc et ses courses mythiques, et deux semaines après le Xtrail dans la vallée voisine (Courchevel). Le T-shirt est sympa, mais je trouve surprenant que vu le prix de l’inscription (50€), celui-ci ne soit pas un « vrai » North Face (sponsor principal de épreuve). La vraie bonne idée est le bon pour le repas dans un resto au choix de la station…

18 heures, heure du briefing, présence obligatoire. L’accent est résolument mis sur la sécurité dans ce Trail. On peut critiquer cette volonté de sécurité approfondie comme le certificat médical spécial, mais c’est une approche que je peux comprendre. Le Trail est annoncé avec 62kms, 3800 D+, sous un soleil de plomb (journée la plus chaude d’aout avec 30° à 1000m d’altitude), avec des chemins techniques à souhait, et plus de 50% du parcours au-dessus de 2000m d’altitude. De plus une grosse partie se situant en plein cœur du Parc National de la Vanoise, il y aura des parties sans balisage (mais il faut quasiment le faire exprès pour se perdre…). La plupart des Trailers présents ont une grosse expérience du Trail: finisher TGV (Tour des Glaciers de la Vanoise) UTMB, CCC, Grand raid, Montagn’ Hard… Le favori est Lionel Bonnel, récent vainqueur de la 6000D, et du TGV, super skieur-alpiniste il est présent ici en prépa pour la CCC.
Dimanche 4h, mon fils fait un cauchemar et me réveille. J’ai bien dormi mis à part le bruit fait par quelques chanteurs au dehors de l’hôtel. Le départ se fera juste sous les fenêtres de la chambre. Petit déjeuner léger, quelques lignes de mon bouquin et je me rends vers le départ. Dans mon sac en plus du matériel minimum, j’emporte un T-shirt à manches courtes (je suis en manches longues) et les semelles d’origine des chaussures: cela me changera de confort après la mi-course.

L’organisation a prévu un petit déjeuner pour ceux qui le désirent : très sympa. On papote, fait connaissance, le Trail est vraiment un milieu génial. Les organisateurs font le point sur ceux qui vont prendre le départ : histoire de vérifier que tous ceux qui partent, arrivent également. 05H50, le départ approche, une ou deux vérifications de sacs au hasard, une belle holà et nous voilà tous sur la ligne de départ. Quelques frontales sont allumées, il fait encore nuit, mais le soleil ne va plus tarder. Voilà le départ: c’est parti.Comme à mon habitude je me cale en fin de peloton, tranquille. La différence pour moi est de partir les bâtons à la main…Nous allons commencer par un petit km assez vallonné avant d’entamer la première difficulté qui va nous amener vers le col de Leschaux (alt. 2564 m), soit 1100mD+ en 7kms. Je me dis qu’après cette difficulté il me restera 51kms et 2600 D+, il faut donc « juste » que je gère cette difficulté et que je refasse ensuite le Trail de la Vallée des Lacs…Quelle ignorance…
Je trottine donc tranquillement en fin de peloton, sur un peu de bitume. Le fond de l’air est frais mais on sent parfois des courants d’air chaud qui annoncent une rude journée. Voilà la bifurcation qui nous emmène vers la forêt et la première difficulté. Je me cale tranquille et commence mon ascension. Les jambes me semblent bien, le cardio juste un peu haut mais cela devrait s’améliorer avec les kms: je suis de plus en plus long à mettre en route…

Et ça monte, raide, mais bien régulièrement. Je suis un peu enfermé sur ce monotrace, bien technique où il est très difficile de doubler. Je reste donc bien à l’abri. Tout doucement le soleil fait son apparition au sortir de la forêt, c’est magique, cette course va vraiment être superbe. En fait, si mon objectif premier est juste de finir j’aimerai mettre une dizaine d’heures. Pour cela il va falloir que je passe le premier col en environ 1h30, sans surtout me cramer. Alors je continue mon ascension à ce rythme tranquille mais légèrement plus soutenu que mes prédécesseurs. D’ailleurs je me sens tellement coincé que je commence à dépasser. Tranquillement sans m’affoler et uniquement lorsque la pente se fait un tout petit peu plus douce, j’annonce: « pardon, je passe à droite, merci… » Et recommence encore et encore.Je bois également sans me soucier de l’alarme de ma montre. Le tempo est là, le corps me réclame à boire toutes les 10 minutes, idem pour manger : voilà la première heure qui arrive et je prends mon premier gel. J’ai choisi de gérer comme à Gérardmer: boisson énergétique sur le premier tiers de la course puis eau gazeuse pour le reste.

On aperçoit un hameau tout en bas, j’ai pris environ 800m d+. Je ralentis pour prendre le temps d’apprécier le paysage: illumination progressive des sommets puis la lumière s’étend vers les vallées. Le top du top.Là je m’aperçois que je chemine déjà depuis un moment derrière un coureur qui semble aller à un rythme qui me convient vraiment bien. Je le suis donc et cahin caha nous nous retrouvons au sommet en 1h24. Je garde les bâtons à la main: une courte descente avant une remontée d’environ 100mD+ nous attend.

Cette première descente s’annonce raide d’emblée: il s’agit d’un sentier dans un pierrier, assez impressionnant par sa pente. J’en profite tout de même pour jeter un œil sur les sommets environnants où le soleil finit de d’étendre: c’est vraiment superbe. C’est parti. Je cours assez prudemment: la course est encore longue, les cuisses ont déjà souffert dans la montée, et courir vite en descente ne fera qu’aggraver les choses. Néanmoins, je reste dans les voisinages de mon compagnon de montée: nous doublons pas mal de monde moins à l’aise. Il me lâche un peu alors que je profite encore du paysage. Revoilà la deuxième montée: petit coup de cul bien sympathique (alt. 2548m) il passe bien et suis content d’avoir gardé les bâtons. Je m’en débarrasse d’ailleurs juste avant d’arriver au sommet et les mets sur le sac.

A proximité du refuge du Grand Bec, un adolescent m’indique le chemin: sympa, la mentalité montagnarde reste toujours extra. Là une longue descente nous attend jusqu’au premier ravito du Plan Fournier (km13 alt. 1723m). Je reste au contact de mon compagnon: surtout ne pas me griller. On continue donc à dépasser tranquillement, c’est toujours bien technique: beaucoup de cailloux, des cours d’eau à passer en sautillant, des chemins avec des pierres qui roulent. On descend toujours, revoilà la forêt. Je sens quelque chose dans ma chaussure droite: certainement un peu de terre, je pense qu’elle va se déplacer et je l’enlèverais au premier ravito.

Nous arrivons à un premier carrefour de chemin: le balisage n’est pas bien visible: on hésite et repart: pas de souci. Un km plus loin en voici un nouveau: un petit sentier descend à gauche, l’autre à droite et remonte légèrement. Nous prenons celui de droite, mon compagnon de route va y retrouver le GR et un point orange un peu passé. J’ai un gros doute mais ça doit être bon… Finalement nous arriverons au ravito… En retard… En effet, la plupart des concurrents que nous avons doublé sont passés sur le chemin du bas, bien plus court, nous avons dû faire 500m supplémentaires: petite claque au moral, mais tant pis ça fait partie du jeu….

Après une barre aux fruits rouges, je bois juste un verre d’eau gazeuse, mon Camel est encore bien plein, je vide rapidement ma chaussure sans faire attention à son contenu et repars: j’ai prévu mon premier vrai arrêt au deuxième ravito (km 23) Je retrouve mon compagnon d’échappée, c’est reparti pour dépasser ceux qui nous ont repris. Nous enchainons sur une nouvelle montée de 200mD+ vers la Tour du Merle (alt. 1973m). Cette montée sèche passe bien, juste avant de basculer vers une longue descente jusqu’à Champagny.Au bout d’un km je sens à nouveau quelque chose sous le talon. Je continue: ce que je prends pour du sable ou la terre ne bouge pas dans la chaussure : là ce n’est plus la même, je commence à me poser des questions, ne s’agirait-il pas plutôt d’un échauffement??? Je n’en ai pourtant jamais eu avec ces chaussures.Les jambes vont vraiment bien, la tête aussi, le single trak que nous empruntons est vraiment sympa. On sent la température qui grimpe allègrement.

Vers le 18ème km nous empruntons un large chemin en bordure de route assez plat (le seul moment de la journée). Je ralentis pour récupérer de cette première partie de course, je laisse mon compagnon prendre du champ, et m’arrête: je préfère voir ce qu’a mon pied. J’enlève ma chaussure et la regarde: j’y découvre un pli dans la semelle orthopédique. Je la sors: une des couches intermédiaires (la plus dure) s’est cassée, du coup la couche superficielle fait un pli et est venue m’entamer le talon. Je change donc de semelles pour revenir à celles d’origines de la chaussure. J’en profite également pour changer de maillot, mettre la casquette et les lunettes.

C’est reparti: ça va nettement mieux, mais je sens une légère gêne. Le chemin qui nous amène au ravito est en léger faux plat montant. J’y vais assez tranquille: la deuxième grosse difficulté de la journée commence juste après.J’arrive donc tranquillement au deuxième ravito de Champagny (Laisonnay d’en Bas alt.1470m). Les bénévoles sont aux petits soins: on m’appelle par mon prénom, on nous encourage très sympathiquement, pas mal de monde: c’est l’un des seuls endroits accessibles en voiture aux spectateurs. Je remplis mon Camel d’eau gazeuse qui en a bien besoin. Comme je suis bien, je reprends mes bâtons et je repars en marchant et en mangeant un peu de salé. Je suis pile poil dans un timing à 10 h de course. Il commence à faire bien chaud, mais l’altitude nous épargne les trop grosses chaleurs, par contre, quel soleil: çà tape dur. Je finis de m’alimenter puis me mets de la crème solaire: certains me dépassent. Le photographe officiel attend la fin de mon « maquillage » pour me mitrailler…Je crains cette très longue montée, quasiment pas pentue qui va nous amener au Col du Palet (alt.2652m), juste au-dessus de la station de Tignes. Surtout que je garde à l’esprit qu’il n’est pas si simple de courir en altitude, même si la semaine passée en montagne, dans le Queyras, m’a certainement aidé. On voit le glacier de la Grande Motte qui pointe son nez sur notre droite…. J’accélère un tout petit peu, les jambes régissent bien mais on sent qu’elles ont déjà pris du dénivelé… Ici le terrain reste bien roulant et le restera jusqu’au sommet du col. Pas mal de concurrents coupent les premiers lacets: je préfère continuer sur le chemin et peut-être couper plus loin lorsque la pente se fera plus forte, pour le moment je préfère m’économiser…. Surtout que je commence à avoir des douleurs abdominales, j’ai le ventre gonflé: j’ai l’impression de ne pas avoir bien supporté la boisson énergétique…Ça, monte, ça monte, çà n’en finit plus de monter… Heureusement le paysage est vraiment chouette, je prends une minute pour observer une marmotte qui mange, pas gênée du tout par ma présence. Dans cette montée interminable une dizaine de concurrents me dépassent, mais je ne suis pas inquiet du tout, je suis à peu près certain d’en revoir pas mal après Tignes. J’ai toujours de bonnes jambes: pas une douleur à l’horizon de ce coté-là. Je vois un col qui se profile: je suis surpris: c’est encore trop tôt, l’alti me dit qu’il manque encore au moins 200m D+… Je continue à regarder le paysage en marchant et le terrain est toujours aussi roulant.Ah voilà le ressaut que j’avais pris pour le col, il me semblait bien: la barre rocheuse qui ferme l’horizon ne s’ouvre que plus haut et plus loin, que cette montée est longue: pas à dire, je préfère les « drés dans l’pentu »… Bon voilà enfin le col. Sur ma gauche, au loin, le barrage de Tignes, à ma droite le haut de la station. Même si cela fait un moment que je n’y suis pas venu skier, je connais assez bien les lieux.C’est évidemment le bout le moins beau de la course: architecture envahissante d’une des plus grosses stations de ski du monde, pas vraiment nature, mais je dois le reconnaître un vrai super spot d’éclate en ski. Je garde mes bâtons à la main, la descente n’est pas très longue. Je cherche le bon chemin qui doit m’amener à Val Claret (alt.2100m). Je m’égare un peu trop vers le fond de la piste que j’ai devant moi, mais je sais que par là j’atteindrai le début du funiculaire où se trouve le ravito. Le hic est que maintenant j’ai franchement mal au ventre, et mon pied me fait vraiment souffrir en descente. En plus je m’explose un orteil dans un caillou: je peste et jure à tout va: ça fait passer la douleur plus vite, mais ne résout rien. J’ai ma femme au téléphone: je lui raconte ma mésaventure, et lui dit que je pense arriver plutôt aux alentours de 11h de course, mais que les jambes sont toujours bien présentes. Ça y est je vois les courts de tennis en contre bas, le bon sentier était à 50m plus sur la gauche: j’ai encore du faire un petit 300m de rab: pas dramatique…

Par contre, je n’arrive quasiment plus à courir en descente: mon talon doit être à vif: en posant le pied plus en pointe çà passe mais c’est la cuisse gauche qui compense: pas bon.Voilà le ravito. Je décide de faire une vraie pause. Il est 12h30, j’ai mis 06h30 pour 37km et 2700m de dénivelé. Je m’accorde 10 minutes. Il fait vraiment chaud maintenant et j’en souffre. Contrairement à ma décision de départ on me remplit mon Camel avec de l’eau plate (mal de ventre). Les bénévoles et les ravitos sont vraiment au Top! Je bois juste du coca et mange une ou deux pastilles Vichy: mon ventre ne veut rien d’autre, j’aurai juste envie d’un sandwich pain complet/vache-qui-rit/jambon blanc. Même le saucisson et le Beaufort ne me tentent pas. Finalement je repars en marchant au bout de 5 minutes. Certains restent encore assis. On sent que la fatigue a déjà bien fait son œuvre. Il reste environ 25km pour environ 1200m de dénivelé: pas grand-chose…Ou si peu… Mais il reste une certitude: en choisissant de repartir, il me faut finir: si on ne prend pas le bus de Val Claret le seul autre moyen de rentrer à Pralognan est la voix des airs…

Nous commençons par prendre un chemin situé sous un télésiège, dont Yann, s’il me lit, se souviendra que c’est à son pied qu’il m’a annoncé la future naissance de son fils… Des VTT-istes descendent à tombeau ouvert sur cette piste sympathique. Là, je souffre vraiment: collé au sol par la chaleur, les jambes un peu vidées: c’est le passage à vide de la course. Je commence à savoir que ces courses longues sont faites de successions de bons et mauvais moments: là je suis dans le dur, physiquement et mentalement, mais ça passe. J’ai d’excellents souvenirs ici, la vue sur les sommets reste très sympa malgré l’urbanisation renforcée du site. Ça y est, on quitte le domaine skiable, et retournons vers la haute Montagne, le Col de la Leisse est le point culminant de la course à 2768m.Ici la montée se fait plus technique bien que peu raide, ça me convient bien, je n’ai plus mal au pied dans ces conditions, mon mal de ventre est passé, j’arrive à relancer sur la fin de la montée. Ouf voilà le sommet.S’en suit un paysage très minéral, et assez plat. J’ai d’assez bonnes jambes, mais, réellement je ne peux pas courir ou presque. Mon pied me fait vraiment souffrir, sauf sur les parties bien roulantes, ou alors en étant très très attentif. Je choisis donc la marche rapide qui ne me fait quasiment pas souffrir, mais cela va se chiffrer fort en terme de temps de course…Ca revient fort derrière: deux femmes me doublent, l’une porte le T-shirt des Crêtes Vosgiennes 2008, l’autre une casquette badgée de l’armée de terre: chapeau mesdames. Un concurrent qui m’avait doublé juste avant le Col du Palet et que j’ai repris dans la descente me re-dépasse, on échange rapidement deux mots.Voilà le Lac des Nettes (alt. 2677m), le paysage ici est une vraie image de haute montagne, complètement minéral et sans un nuage. Je passe ensuite le lac du Plan des Nettes (alt. 2560m) et ça descend.

Je trottine, passe au-delà de la souffrance de mon pied, je ne cours pas franchement mais c’est supportable. Un petit vent frais vient me soulager de temps en temps, ça fait vraiment du bien.Voilà le refuge de la Leisse (alt. 2480M km 47) qui est l’avant dernier ravito. Accueil montagnard : seul un membre de l’organisation est présent. Il est monté à pieds. Pas de gobelet juste les verres du refuge qu’il nettoie au fur et à mesure, une fontaine est présente pour l’eau. Ce sera encore coca pour moi. Vraiment pas envie de solide avec cette chaleur, je me force quand même à prendre un gel. Je m’assieds deux minutes pour m’étirer. Pas de crampe en vue, les cuisses vont bien, je manque un peu de vigueur sur le haut du corps: à travailler.

Je repars. Le concurrent arrivé avant moi n’a plus envie: est ce qu’il repartira??? Pas vraiment le choix pour lui… Le bénévole est super sympa. Il nous prévient: il reste un vrai gros morceau avec la remontée au Col de la Vanoise. On repart en descente, j’ai du mal à me remettre à trottiner, mais en insistant ça passe. Le paysage est vraiment grandiose. Qu’est-ce que j’aime cette montagne. J’oublie que j’ai mal au pied mais ne peux pas accélérer, dès que ça commence à être technique mon pied et maintenant mes orteils allument une lumière rouge dans mon esprit… J’avance donc en choisissant ma trajectoire et en m’économisant au maximum.L’heure tourne mais ça fait bien longtemps que ça ne veut plus rien dire. Ce qui m’embête le plus est qu’il n’y a pas de réseau téléphone du tout et que … Non ça y est la batterie vient de rendre l’âme Et m… Je ne vais pas pouvoir prévenir ma femme…Je me re-tartine avec le reste de crème solaire. Tiens voilà l’hélico gendarmerie qui passe, il passera 2 ou 3 fois au-dessus de moi: belle image… Et voilà la fin de la descente : j’aperçois deux ou trois concurrents devant moi.

Nous sommes au pont romain de Croe Vie: je suis au 52ème km (alt. 2099m). Je vois le sentier qui s’élève vers le Col de la Vanoise (alt. 2515m). Ce qui me paraît étrange est qu’il n’y ait que 3,5km jusqu’au col??? Ça va être dur, très dur de remonter là-haut.

J’attaque, je remets de la musique: finalement ça va bien: en montée franche pas de douleur, je suis fatigué mais les jambes sont encore bien présentes: ah si je n’avais pas mal à ce pied… Je monte tranquille, bien ordonné et lucide avec mes bâtons. Je rattrape un premier coureur: je l’ai dépassé dans la tout première montée vers le col de Leschaux: il semble un peu cuit. Je le dépasse et rejoins un autre concurrent. Il me propose de passer mais je refuse. L’arrivée est encore loin, je ne peux pas prendre le risque de me griller maintenant. Nous accrochons le coureur du Col du Palet, puis celui-ci accélère un poil. Je dépasse donc et m’y accroche, celui que je viens de dépasser s’accroche également. On va finir par arriver sur le plateau. Il reste assez peu de dénivelé mais au moins un bon km avant le refuge de la Vanoise, dernier ravito. Ici, on retrouve de l’eau, de la neige en hauteur et pas mal de marcheurs qui ne cessent de nous encourager, c’est super sympa. Le coureur du col du Palet a pris un peu de distance, mon pied ne me permet pas d’aller vite dans ces parties plus faciles. Il retrouve des amis qui l’attendaient. Le plateau est en légère montée, je choisis donc la marche rapide, j’arrive encore à un petit 6km/h: l’objectif maintenant est clairement d’arriver, en bon état et si possible en moins de 12h.Ça y est, j’arrive en territoire connu, le refuge est tout proche, souvenir d’une belle rando-course que j’ai faite ici l’année dernière et qui m’a fait m’inscrire sur ce Trail… J’arrive au ravito. Le coureur du Palet repart il m’encourage avec un sourire, m’adresse trois mots que je ne comprends pas à cause de la musique. Je lui crie: « on se retrouve en bas ». Les jambes et la tête vont bien, j’aimerai tellement pouvoir attaquer cette descente tambour battant… Je jette un rapide coup d’œil au GPS qui affiche 57,5km??? Erreur du GPS ou de mesure??? Ce dont je suis sûr c’est qu’il reste en gros 8 kms jusqu’en bas à Pralognan (alt.1400m)

Je m’arrête une petite minute, juste histoire de faire le plein d’eau pour la descente. Les bénévoles sont toujours aussi sympas et disponibles, les randonneurs nous encouragent tous. Allez c’est parti, plus que de la descente. Il y a juste un petit ressaut un peu technique au-dessus du lac des Vaches.Super souvenir, de rando faite avec les enfants: c’est la première grande sortie de ma fille l’année dernière. A 3 ans et demi elle nous avait épaté et s’était mis les pieds à l’eau. Le grand lui, a fait ici ces premiers essais de descente en ramasse sur un névé. Ces images facilitent grandement la descente… Car celle-ci se fait raide et avec pas mal de cailloux. Je ne peux même pas envisager de couper les lacets du chemin ni accélérer, grosse frustration… D’ailleurs ma cuisse gauche tire un peu à force de compenser.Ça y est je vois l’arrivée du télésiège des Campanettes, j’arrive au pont où niche une grosse marmotte que mes enfants appellent « la marmotte du pont » dans leurs souvenirs.
Ici ma fille avait rendu les armes de sa balade, exténuée, elle avait accepté que je la porte…Voilà le télésiège… Lors du briefing il a été dit que l’on pouvait descendre où l’on voulait. Je zappe donc le G.R. et descends droit dans la pente, mes cuisses le supportent bien, mon pied moins. Trois concurrents reviennent et m’interpellent. Je leur crie les trois variantes et repars. J’arrive au pied du téléski, toujours encouragé par de nombreux randonneurs. J’attaque le dernier sentier qui nous amène à l’arrivée. Malgré mon tout petit rythme j’arrive à rattraper un couple qui s’entraine au Trail. Un des trois concurrents derrière moi me rattrape: il s’agit d’une concurrente. Elle a une drôle de technique avec ses bâtons, mais drôlement efficace, qui apparemment lui permet d’épargner un peu son pied droit: à essayer. Mais voilà le village, il me reste 500m. Il y a encore du monde en ville. Les applaudissements et encouragements sont un vrai réconfort. Le speaker annonce mon arrivée, je cherche femme et enfants du regard. Ils sont là juste sur ma droite. Ils terminent tous les trois avec moi, un vrai moment de bonheur.

Ma femme me prend mes bâtons. Je suis arrivé, vraiment heureux. Je suis bien fatigué, et pense à mon pied que je crois bien abimé, mais tout le reste va bien. J’ai mis 11h35, mon GPS affiche 65,5km. Ma femme est interviewée, notamment sur ce que représente la vie courante d’une femme de coureur de Trail avec ces 4 entrainements minimum par semaine… Pour mon corps c’est la décompression habituelle: le cœur qui redescend, l’esprit qui se relâche. Ce n’est pas le moment le plus facile ni le plus agréable, mais maintenant je sais le gérer. Je passe 2 minutes dans ma bulle, à boire: coca, eau, eau gazeuse et une envie frénétique d’une bonne bière bien fraiche…Ça passe, ça va mieux. Tiens revoilà mon compagnon du Col de Léschaux. Il est frais et douché. Il a mis 09h40. Il sera 12ème finalement. Nous discutons de nos expériences, de skis, de montagne, on passe un bon moment. Je pense que dans de bonnes conditions, vu le bon état de mes jambes et sans erreur de course je pouvais espérer finir entre 10h et 10h30, mais ce sont les aléas de la course. Il faut apprendre à les accepter même si ce n’est pas toujours simple de faire taire son égo…

Finalement, je me décide à rejoindre l’hôtel pour une bonne douche. Lorsque j’enlève ma chaussette droite, le résultat est là, pas si important que ça. Une ampoule sous toute la surface du talon avec juste une coupure bien à vif: il aurait suffi d’un bon Compeed, d’un ou deux sparadraps sur les orteils pour soulager tout ça…Et là un énooooorme regret. J’avais tout ce qu’il fallait dans mon sac quel C… !!!! Mais pour cela il aurait fallu encore un peu plus de lucidité… Et puis cela faisait plus de 20 ans (et mon service militaire) que je n’avais pas connu pareilles mésaventures avec mes pieds en montagne… Bref j’ai encore beaucoup appris…Finalement et après correction par le PC je découvrirai une trace à 65 kms et 3900mD+. Je suis 56ème sur 103 classés. Le vainqueur est le favori annoncé Lionel Bonnel, il a mis 07h25: record battu.
Cette course est de loin la plus dure mais aussi la plus belle que j’ai faite. Le parcours est superbe, technique et exigeant. Je pense que je vais en retirer énormément en terme d’expérience et de gestion: l’optimisation du sac, la bonne gestion des ravitaillements, l’exigence d’une lucidité constante, la nécessité que je travaille encore un peu plus le haut du corps. Une certitude également, un grand Trail en Haute Montagne se prépare bien en amont, notamment, et si possible, avec une bonne acclimatation à l’altitude. Je le savais déjà, mais des heures d’effort à plus de 2000m ça n’a vraiment rien d’anodin.
Pour finir, je tiens à remercier l’organisation et tous les bénévoles, avec une pensée particulière pour Sylvère et Gaelle qui se sont dépensés sans compter et qui sont d’une disponibilité sans faille. Une remarque encore d’ailleurs, il vous manque deux toutes petites choses. A savoir qu’un petit présent pour les finishers (même une babiole genre médaille, buff, tasse, etc…) fait toujours extrêmement plaisir et ça ramène invariablement vers d’excellents souvenirs et l’ajout du terme TGC 2010 sur le T-Shirt (comme pour le TGV par exemple) seraient les petits plus gagnants… D’ailleurs, c’est promis je reviendrais le faire un jour ce TGV. Beaucoup de gens l’appellent le plus beau Trail de France, alors…
Enfin, amis lecteurs, si vous faites partis de ces gens qui aiment les courses vraiment techniques, un peu cassantes et au paysage somptueux je ne peux que vous encourager à faire ce superbe Trail qu’est le tour de le Grande Casse…
Le traditionnel hommage à ma femme pour finir ??? Non, trop banal… Je lui ferai juste un clin d’œil et adresse un grand merci, même si cela reste sincère et profond… Maintenant, il faut re-desendre de la montagne, et bien récupérer. Il va falloir préparer de façon réellement optimale cette grande course des Templiers qui sera le dernier et principal objectif de la saison, le 24 octobre.

  1. #1 by dominique (ice) on 26 août 2010 - 4:41

    bravo Marc belle course et supperbes images tu as raison ça dois etre genial mais encore un peu long pour moi

  2. #2 by Bernadette NIGGEL on 27 août 2010 - 3:34

    Super ton commentaire de la course…. Merci Bernadette

  3. #3 by papa on 27 août 2010 - 7:35

    un simple mais profond bravo c’est toujours par le depassement de soi quand on croit etre au bout que l’on se sent armè contre vents et marées on y provoque aussi la fierte de ses proches sachant que sur ce terrain je suis toujours trés radin en expression BRAVO

  4. #4 by Jack2775 on 27 août 2010 - 7:40

    Bravo beau trail et beau récit
    ton talon me rappelle quelque chose
    A bientôt

  5. #5 by Hugues on 27 août 2010 - 7:51

    Super récit, on s’y croirait! Content que ces photos l’illustrent .

  6. #6 by Eric K. on 27 août 2010 - 8:55

    Salut Marc,
    Bravo pour ton récit passionnant.
    Nous avons eu l’occasion de nous dépasser mutuellement plusieurs fois pendant la journée, la dernière fois au niveau du lac des Nettes, où tu m’as fait part de tes soucis d’ampoule(s). La photo de ton pied à l’arrivée est impressionnante, je comprends parfaitement que cela ait pu te gêner (le mot est faible).
    En tout cas, tu as malgré tout très bien fini et je t’en félicite.
    Concernant la course, je te rejoins lorsque tu soulignes la difficulté du parcours ainsi que la beauté du site. Cela était une première pour moi, mais ce ne sera certainement pas la dernière.

    A une prochaine …

  7. #7 by Hervé COLARD on 27 août 2010 - 1:08

    Chapeau bas maestro, je ne sais pas, mais si la course fut aussi belle que le récit, ça devait être quelque chose….
    Je n’ose pas imaginer une course avec beaucoup de D (+ou-, là n’est pas la question) ça doit être quelque chose aussi…..

  8. #8 by Hervé, aïe, mes jambes ! on 27 août 2010 - 11:11

    Chapeau bas, belle course et beau récit.
    J’ai fait 10h19 sans pépin mais je suis chanceux.
    Pas de bol pour cette semelle défaillante.
    Le remède à tes ampoules n’était pas loin en effet, mais eh ! tu n’as pas des yeux derrière la tête ! alors comment tu aurais pu penser à tes pansements !!!! J e rigole mais c’est exactement le genre de mésaventure qui pourrait m’arriver. J’espère que ton expérience nous servira tous de leçon.
    a+ sur un sentier .

  9. #9 by Yann on 28 août 2010 - 8:11

    Marco,
    j’étais déjà déçu ne pas présent comme prévu, mais après la lecture de ton aventure, j’ai carrément les boules. Tu seras dans l’obligation de refaire ce trail en 2011 à moins que tu es déjà d’autres idées pour nous. Quoi qu’il en soit bravo, même si je te connais bien et je savais que tu irais au bout…….Yann

  10. #10 by Hermagot on 29 août 2010 - 7:11

    Bravo, Marc !
    Et merci de nous faire partager ces superbes paysages… Ca donne envie !
    Christophe

  11. #11 by popol on 24 septembre 2010 - 6:07

    mon cher Marco,
    Là où il y a une volonté,là il y a un chemin a écrit un jour Gaston Rébuffat…..
    Grand bravo pour ce nouvel exploit!
    Un sommet atteint en haute montagne, un trail sont comme notre cheminement sur notre petite planète bleue : des montées, des descentes, des faux plats , des sentiers, des routes….Et le partage avec les autres…
    La plus belle image :celle où tu franchis la ligne d’arrivée avec Frédé, Hugo et Pauline. Tout un symbole…
    Avec admiration,respect, affection et gratitude.
    ce 24 septembre 2010 le Popol= Papipol

(ne sera pas publié)