26 aout 2011 – Courmayeur-Champex-Chamonix – Chamonix (88)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 98 km Dénivelé positif: 4900 m Dénivelé négatif: 5100m

« Un ultra récit pour un ultra Trail… »

Le récit:

Il y a 9 mois j’ai lancé un fil de discussion sur un forum de course à pied vosgien pour faire part de préparation de l’ultra de Courmayeur-Champex-Chamonix. La délivrance de mes lecteurs est maintenant proche…
Jeudi 25 aout, je passe une dernière fois chez le kiné avant de prendre la route pour Chamonix. Je tente encore une fois de décoincer cette épaule qui me handicape en courant, et a court-circuité ma prépa en juillet-aout… C’est le jour du départ, les dés sont lancés : il faudra faire avec ce que j’ai accumulé jusque fin juin. On dépose les enfants chez mes parents, Popaul, mon beau père nous accompagne, Yann et nos femmes sont prêtes. Il fait beau et la route via la Suisse se passe sans encombre. Arrivés à Chamonix vers 15h nous profitons encore de la vue, le chalet où nous logeons est en plein centre face à l’Aiguille du Midi : vue extraordinaire et terrible envie de monter là-haut…


Nous partons récupérer les dossards. Organisation au millimètre dans la grande salle où Yann et moi avons déjà vécu quelques moments lors du marathon du Mont-Blanc il y a 2 ans… On vérifie le sac et le matériel obligatoire. Les réservations des bus pour Courmayeur nous sont remises : ce sera un rendez-vous à 8h15 : largement de quoi passer une bonne nuit.

Nous visitons le salon du Trail, j’en profite pour acheter ces petits bonbons de glucide au Coca qui m’ont tant réussi lors de la prépa des Templiers 2010… Puis un dernier repas de pâtes et au lit… Ah ce lit, beaucoup trop mou, tellement mou que je me décide à dormir sur le sol pour tenter de préserver mon épaule. La nuit sera assez bonne, même si je suis réveillé une demi-heure avant le réveil (y a du progrès…). Une fois restaurés nous nous dirigeons vers les bus : tout faire à pied est un sacré avantage. Là encore l’organisation est au top. Couloirs pour les coureurs, idem pour les accompagnants, mais une répartition juste dans les bus entre coureurs et familles ou amis… C’est parti, on sent une légère tension dans le bus… Arrivés à l’entrée du tunnel du Mont Blanc j’aperçois ce fameux camion pompier à 2 cabines que mon fils a tant lu lorsqu’il était plus petit : j’espère que ma femme le photographiera… La traversée s’effectue sans encombre, il fait un peu moins beau du côté italien. Descendus du bus, nous sommes attendus nos petites femmes. J’essaie vainement d’atteindre les toilettes prises d’assaut… Je retrouve Jeff avec ces poulains du CMC : je me demande quelle forme il a, de toute façon il devrait marcher fort…

Les filles arrivent, je reçois également pas mal de SMS et un coup de fil d’Hervé qui est également en Italie. J’essaie de le rappeler : sans succès, moment de flottement, mon option internationale fait des siennes, ça ne passe pas. Je fais plusieurs tentatives, sans succès. Fred va me donner son téléphone, elle fera, avec son père, le relais auprès des amis ou de l’organisation. Ça y est on se dirige vers le départ. Nous sommes dans la première vague qui partira à 10h.Il y en aura 3. Suite à un éboulement nous monterons directement à la tête de la Tronche, la course pour être fluidifiée a été scindée. La plupart des coureurs sont déjà là. Nous embrassons nos moitiés et allons nous installer. Des bruits circulent sur la modification du tracé suite aux conditions météo, un SMS est arrivé que consulte Yann : finalement nous monterons directement à Bertone afin que tous les coureurs passent le Grand Col Ferret avant l’orage qui s’annonce. Une modification également est annoncée après Champex : on ne passerait plus par Bovine et Catogne mais par Martigny pour revenir sur la Forclaz et une rentrée directe par le petit balcon depuis le Col des Montets : on parle beaucoup d’une CCC au rabais, mais annoncée tout de même à 93km pour 5100 D+…

Finalement le briefing nous confirme les changements de course, de toute façon, les dés sont lancés. Fred et Antoinette sont sur le pilier à l’angle du départ, ça y est la pression monte…La musique est lancée, sacré moment d’émotion qui vous prend aux tripes et… Les fauves sont lâchés. Je fais un signe à ma belle et c’est parti. Comme d’hab, devant c’est parti fort. Les rues de Courmayeur sont pleines, nous sommes encouragés à tout va. Nous sommes un peu serrés dans la masse mais à « seulement » 600 c’est supportable. Pour le moment, je ne suis pas encore réellement dans le rythme : je trouve mon sac très lourd et la vitesse sur le bitume n’arrange pas les choses.
On discute un peu avec Yann, en attendant la première difficulté qui s’amorce. Il fait beau et commence à faire chaud, on voit les nuages qui commencent à s’amonceler. On est un peu englué sur ce monotrace sympa, mais je ne double quasiment pas : la route est encore longue… Nous allons monter au train jusqu’au refuge Bertone où nous arrivons en une petite heure. Ça va il n’y a pas trop de monde au ravito. Un verre d’eau, une barre aux fruits rouges et c’est reparti. Nous allons cheminer tranquillement jusqu’au refuge Bonatti. Le chemin et la vue sont géniaux. Il fait beau et chaud, un peu lourd même. Je commence à être bien dans ma tête même si je trouve que les jambes ne sont vraiment pas terribles, l’épaule me gêne à peine, seule la transpiration qui fait glisser les bâtons en descente me dérange un peu. On ne discute pas trop avec Yann. Je m’économise, prends un gel et reste bien à l’écoute de mon corps, peur que je ne m’emballe et subisse l’altitude (courir à 2000m n’est pas simple). Je vérifie où est Yann, on s’arrête 2 minutes pour qu’il resserre une chaussure, il a un peu de mal avec une de ses guêtres : je le booste un peu : un gros paquet d’une vingtaine de coureurs arrive, j’aimerai repartir juste avant leur passage. On repart, voilà Bonatti. Je reprends un verre d’eau, je recherche le grand, il est toujours présent. J’entame alors la descente sur Arnuva. Je suis vraiment dans la course. Le vallon est joli et le sentier comme j’aime. Je commence à dépasser, tranquillement sans m’affoler, il faut encore largement en garder. Je vois le ravito, vu l’heure (il est 12h45) il faut que je pense à me restaurer sérieusement. J’y arrive. Je rentre dans la tente où on trouve tout ce qu’on veut. Et me saisis d’une soupe. Je la bois vite, trop vite, beaucoup trop vite. Fais le plein d’eau et mets dans mon petit sachet, tucs, fromage et saucisson. Je repars, Yann me dit de l’attendre un peu. Mais je suis dans ma course et ai du mal à me refréner…
Je marche et m’alimente encore un peu, un morceau de copa, je regarde la prochaine difficulté. Il y a 700m positif et les premiers sont déjà hauts. Allez gars ! ça va le faire. J’entame les premiers lacets et très rapidement je sens que je ne suis pas au mieux. Les jambes ne réagissent pas, je me sens mou. A peine 3h de course et pas bien ???? Bouh, va falloir faire appel au mental… Alors je monte doucement, ça va passer. J’appuie sur les bâtons, mais n’arrive pas à être en rythme, à être efficace qué passa ??? On me double et redouble, je me pause 10sec, où est Yann ??? Il est plus bas, mais à peine, je pense qu’il va me rattraper et repars. Je vais clopin clopant jusqu’au sommet. Ici, il y a du vent, la vue est très belle. Je décide d’attendre Yann, et mets les bâtons sur le sac. J’attends 2 minutes, il n’arrive pas, je décide de repartir. Dès les premiers mètres je sens que ça ne va toujours pas : effet de l’altitude ? Jour sans ??? Moment de doute, de faiblesse. J’ai mal au ventre, me sens ballonné… J’essaie de courir, la descente est belle. Les bâtons me gênent sur le sac, le sac est trop lourd, rien ne va. Je m’arrête à nouveau, enlève les bâtons et les reprends en main, j’attends à nouveau Yann, vu mon état il devrait rappliquer très rapidement ???? Mais non. Je trottine, alterne marche et course, je bois à peine je fais appel à des images heureuses. J’imagine la tête édentée de mon fils entrain de rire qui doit s’éclater avec sa sœur et mes parents. J’écoute une musique lente mais forte. Ça va revenir, ça doit revenir… On passe La Peule. Heureusement que mes qualités de descendeur sont là, la pente permet à mes jambes et mes pieds de partir tous seuls, j’arrive même à dépasser 2 ou 3 coureurs, mais dès que la pente est moins forte je marche… Voilà un petit ressaut, qui normalement doit se courir tranquille mais rien n’y fait. En plus je sais cette descente très longue : au total il y a plus de 17km et je ne peux pas m’y lâcher. Heureusement le secteur est superbe. Les ruelles des hameaux suisses de Ferret sont jolis les spectateurs hyper sympa, des enfants ont improvisé des ravitos en eau. Allez gars, il faut aller jusqu’au ravito de la Fouly et si nécessaire s’y poser et se refaire la cerise. Il faut oublier le temps, accepter l’inéluctable, aujourd’hui ça ne va pas.
Voilà le ravito. Un verre de coca et finalement je repars assez vite : je n’arrive pas à me poser, je suis mieux quand je marche. En sortant du ravito j’ai Fred au téléphone. Je lui explique, jour sans, mal au ventre… Je repars, ça continue à descendre. Je tente de re-trottiner. Ça va un peu mieux. J’alterne marche et course. Nous en sommes à 5 h de course pour 30km je me dis que de toute façon il me reste 18h40 de course pour 60km, même en marchant au ralenti je finirai dans les temps… Je vois une demoiselle devant moi, je ne réfléchis pas et commence à revenir sur elle et la dépasse. Un peu plus loin un petit groupe trottine, je les dépasse à leur tour. Je cours doucement mais je cours. Je me retiens : il reste une bonne remontée vers Champex. Je continue à trottiner, et réalise que ça va mieux, je n’ai plus mal au ventre, mais prudence, car voilà la montée. Là-haut je vais retrouver Fred et son père, je vais pouvoir me ressourcer. Je monte tranquillement, sans forcer, on dirait que le corps est à nouveau bien. Je ne sais plus combien il y a d’ici au ravito : j’ai perdu mon aide-mémoire… Je bois… Enfin j’essaie… La poche à eau est vide et M… j’ai oublié de faire le plein à La Fouly… Heureusement voilà un poste de contrôle au bord d‘une fontaine : je vais pouvoir tenir jusqu’au ravito qui n’est plus très loin. Ouf, ça y est je remonte au train, les forces reviennent, je vais pouvoir atteindre le ravito où j’ai prévu de de me poser, me changer, manger et me préparer pour la nuit. J’entends le speaker et les encouragements, je sors de la forêt. Ça y est c’est Champex.

Popaul est là il m’encourage. J’aperçois Fred qui m’explique le ravito. Sous cette grande tente des tas de gens sont attablés. Je rejoins le fond de la salle, où sont les accompagnants, séparés de nous par une barrière. Je change de maillot. Pendant que je vais chercher une soupe, Fred me fait le plein d’eau, Antoinette m’encourage. Je bois juste un peu du bouillon de la soupe, doucement, tranquillement. Je récupère mes bonbons au coca et repars. A l’extérieur de la tente je retrouve Fred. Je décide de lui laisser mes bâtons, ils me handicapent trop avec ma tendinite et le gain qu’ils m’amènent est trop négligeable. Je sais que maintenant nous allons descendre encore sur Martigny avant de remonter à la Forclaz. J’embrasse Fred et repars. Je marche sur le long bout de plat le long du lac. Je ne veux pas courir et continue de me restaurer. Bonbons, pâte d’amande, eau gazeuse : que c’est bon…On me double allègrement, mais la course va se faire dans les prochaines heures… Je fais encore 50m, un coureur m’appelle : j’ai perdu mon dossard… Je le remercie très chaleureusement. Il en profite pour me demander un service : je lui cale son gobelet qui bringuebale sur son sac… Et là l’angle du sentier apparait…
Je laisse partir les jambes, sans les pousser, juste histoire de faire une descente efficace mais cool : il y a 1000m de dénivelé négatif et environ 12 km avant la prochaine grosse montée. La température est idéale pour courir et je me sens assez bien et pas usé. Il faut juste que je pense à boire un petit peu plus qu’au cours des 2 dernières heures… J’entends toujours mon téléphone qui bipe : la boite de réception des sms est entrain de sauter. Je ne sais pas ce que contiennent les messages mais c’est super agréable de se sentir soutenu ainsi. On traverse un ou 2 carrefours : il y a toujours des spectateurs : hyper sympas les Suisses. J’aperçois les vignes en face de moi, au-dessus de Martigny, connaissant la route, je pense que la montée vers la Forclaz va être le gros moment de la journée…
On n’arrête plus de descendre, mais ça passe bien. En s’approchant du point le plus bas, c’est de plus en plus sympa, je retrouve les ravitos imaginés par les enfants qui m’appellent par mon prénom et leur tape régulièrement dans la main. Je ne vois pas le temps passer, et suis en bas. Je prends un gobelet d’eau à un « gamin » et repars sur le plat. Attablés à une terrasse de bistrot, des Suisses proposent des verres d’eau alors qu’ils boivent l’apéro : bières et verres de vin. L’un d’eux me tend un gobelet : je lui réponds non merci mais que je veux bien une gorgée de sa bière, il répond en riant que ça c’est à lui… On va cheminer en fond de vallée et en limite de vignes pendant un petit moment avant de retrouver le ravito officiel. Là je m’assieds sur le sol, et fais le plein du camel : eau + coca. J’en profite pour passer un maillot à manche longues et me débarrasse de la casquette.

Je repars pour la plus longue difficulté de la journée : la montée au Col de la Forclaz, 1000mD+ en 6,5km. La plupart des coureurs que je vois sont déjà bien exténués. Je décide de la faire tranquille tant musculairement que cardiaquement. Rapidement quelques coureurs me rattrapent et me doublent. La météo est entrain de finir de changer ; la pluie va bientôt nous accompagner. Les gens sont toujours aussi géniaux : certains ouvrent leurs garages et improvisent ravitos en nous proposant thé, café, boissons en tout genre et nous encouragent toujours. Il commence à pleuvoir, je sors la veste. J’ai un peu chaud et transpire, j’hésite, mais la météo finit par me persuader de la garder. Il fait de plus en plus sombre. J’entends un « tac tac» régulier : un coureur me revient dessus rapidement, il a un rythme d’enfer : je refuse de me laisser aller au jeu et reste dans ma bulle. Je continue à m’alimenter et à boire régulièrement et légèrement. J’arrive dans un sous-bois, il fait très sombre, lorsque j’en sors il fait nuit, je sors la frontale et la mets sur la tête. Je suis emmêlé dans les fils et m’énerve. Je m’approche d’un ravito improvisé dans un garage, joue avec les nœuds et repars. Il pleut plus franchement. Nous sommes à proximité de la route, celle-là même que l’on emprunte pour aller à Chamonix. Je vois quelques phares de voitures, et plus haut, bien plus haut une lumière. A mon alti j’ai fait les ¾ du chemin. Je ramasse de plus en plus de coureurs à la peine et arrive enfin au col. Il y a du monde. Je prends le temps de souffler avant d’attaquer la descente. Elle est assez technique mais passe bien. Il s’agit d’un monotrace très agréable, alors je me lâche. Je fais la descente jusqu’à Trient, ça va tout seul. Je vois les lumières et accélère encore un peu ça fait du bien d’enfin libérer les jambes. J’arrive ainsi rapidement au ravito de Trient.
Fred n’est pas là, j’apprendrais plus tard qu’Antoinette était dans le coin, mais malgré mes recherches de nos assistances je ne l’ai pas trouvée. Je bois un thé et refais le plein de la poche à eau. Un bénévole super sympa m’aide à me rééquiper et je repars. Il pleut franchement, nous sommes sur le bitume. Nous longeons la route pendant un long moment. Nous en empruntons alors une autre plus petite tout en restant sur le bitume. Nous allons cheminer ainsi pendant plusieurs kms, avant que la route ne se transforme en chemin. Vallorcine s’approche à grand pas. La météo est de pire en pire. Je suis un peu mouillé mais les pieds toujours au sec, je passe sous le télésiège où nous sommes passés en 2009 lors du marathon et arrive rapidement au ravito.


Fred et Popaul sont là. Ma petite femme enjambe la barrière qui nous sépare. Elle me fait le plein d’eau pendant que je prends un thé et mets un maillot sec sous ma veste. J’en profite également pour mettre le bonnet.
Je sais que la montée au Col des Montets est facile. Je repars le couteau entre les dents après que Popaul m’ait mis une tape d’encouragement sur l’épaule. Il pleut bien et il y a un peu de vent maintenant. Nous sommes à l’abri au fond du vallon. J’alterne marche et course à un bon rythme, mais rapidement je suis rejoint par trois coureurs dont deux avec qui je fais le yoyo depuis un moment. Vu le rythme que je tiens je me dis qu’ils doivent en avoir encore sacrément sous le pied. Le chemin est détrempé, il y a des passages très boueux, heureusement que ma frontale éclaire bien. Le Col des Montets arrive rapidement. Je continue sur ma logique de marcher encore un peu le temps de boire, m’alimenter et faire redescendre un peu le moteur dans les tours. Et là je me lance. Ce monotrace passe tout seul, je vais « faire » la descente jusqu’à Argentières : après on verra car je ne suis pas sûr de l’itinéraire que nous allons prendre, je sais juste que le sentier est en balcon derrière « Les Praz » et qu’on doit y prendre une centaine de mètres de dénivelé. Je me lâche donc dans la descente. Rapidement je rejoins les deux compères au yoyo. Même si je me lâche je réfléchis à m’hydrater et boire régulièrement : je crains l’hypo en raison des conditions météo.
Voilà déjà Argentières. Je rentre dans la tente du ravito et en ressors immédiatement après m’être fait biper. On longe la route, il pleut toujours. Je passe devant le resto où avec Yann nous avons mangé une fondue mémorable un jour de rando à ski et espère qu’ils n’ont pas changé d’avis en nous faisant redescendre le long de l’Arve…Mais si c’est le cas c’est jouable en moins de 15h : mais voilà la bifurc. Je me force à réfléchir, il doit rester 6-7km avec 100m de dénivelé, je suis bien, il n’y a aucune raison de se retenir. Alors j’attaque. Le sentier n’est pas trop technique par contre il est bien sombre et il y a des tas de flaques d’eau dont certaines assez profondes. J’alterne toujours course et marche rapide. Depuis Trient, je ne me suis fait dépasser que par 5 ou 6 coureurs que j’ai tous repris. J’appelle ma femme pour lui dire que je devrais bientôt arriver. Je continue mon effort. Là j’entends qu’on revient sur moi. J’ai juste le temps de reconnaître la veste verte et le dos d’un sac Salomon : nous nous sommes déjà doublés à 2 ou 3 reprises : costaud le gars, j’essaierai de le reprendre un peu plus loin. D’ailleurs voilà un autre coureur en orange qui me rattrape : nous sommes dans un bon petit coup de cul, lui aussi je le connais : c’est lui qui m’a déjà doublé dans la montée vers la Forclaz, normalement je vais mieux que lui en descente… Allez ce n’est pas le moment de baisser les bras il faut y aller et continuer à boire… Je remets un coup de rein et vais retrouver celui qui vient de passer. Il est à l’arrêt : coup de moins bien ??? Ah voilà le chemin qui descend du Brévent on devrait voir les lumières de Cham. Ca y est, je ramasse encore quelques coureurs qui sont à la peine. Il doit rester un gros km. Je n’arrive plus à accélérer mais je garde le rythme. Je suis encouragé par les signaleurs et quelques accompagnateurs qui attendent leurs coureurs, ça fait un bien fou. Je me retrouve au centre-ville juste à côté du départ des bus de la veille. Il y a encore pas mal de monde en ville : la grande boucle n’est pas partie depuis si longtemps. Je suis super content, cette course est géniale est j’en suis au bout… J’arrive avant la place de la Poste, ma femme est là. Je l’attrape par la main, et on part jusqu’à l’arrivée, il reste 200m, on passe le virage, voilà l’arche. Putain je l’ai fait, j’y suis, je l’ai eu ! Sacré moment de joie intense. Je tape dans la main de mon prédécesseur : il est dans le même état d’esprit et physique que moi, il a fait une grosse fin de course c’est lui m’a doublé avec sa veste verte et son sac… Popaul et Antoinette sont là : présences des plus sympas…

ccc 2011 par randoaski

Je récupère un peu, rends mes puces et reçois la polaire finisher. Je me dirige vers le ravito. Je me sens léger. Je mange un tout petit bout, on me donne une bière : ah qu’elle est bonne. Je m’affale dans une chaise juste à côté de … Jeff. Il vient d’arriver, juste avant moi… Lui qui est tellement plus fort que moi (au moins jusqu’à 50km : 5ème du trail du Petit ballon cette année), semble explosé. On discute, je lui raconte mes mésaventures et lui les siennes. Nos femmes sont là. Il va aller se réchauffer en attendant que son père (chapeau à lui) arrive.
Une fois restauré, direction le chalet. Je suis en plein contrecoup, je grelotte, enfile la polaire, direction la douche.
Antoinette est ressortie pour attendre son homme, pendant que Fred et son père vont enfin gagner un sommeil vraiment bien mérité. Je me rhabille de sec, met pantalon de pluie et gore -tex et vais attendre Yann. Je vais faire de longs allers retour jusqu’à la salle où nous avons perçu les dossards. Je discute avec les signaleurs, encourage les arrivants : j’en ai des crampes dans les mains, à force d’applaudir, vois ceux qui ont abandonné descendre du bus. Yann finit par arriver à 4h45. Il termine son premier Ultra, chapeau gars ! Antoinette a su le motiver, le calmer, l’encourager alors qu’il a eu un gros coup de mou à Champex, je pense qu’il aura appris beaucoup aujourd’hui.
Mais la fête n’est pas finie. Après une courte nuit, réveillés par les jambes douloureuses et du bruit dans la maison, nous nous rendons à la remise des prix de la CCC et de la TDS. En arrivant, il y a un monde fou. Le dernier de la CCC est annoncé. Le voilà. Une ovation s’élève, il est applaudi des minutes entières sur fond de musique de Vangélis, l’émotion est à son comble. On se croirait à l’arrivée de l’UTMB. Il se souviendra toute sa vie de cette arrivée. Quelle course quelle fiesta !!! Nous aurons également droit à l’arrivée des premiers de la Petit Trotte à Léon (pour ceux qui ne connaissent pas : 300km 25000 D+ en équipe et en autosuffisance : un truc de malade…).
On va passer la journée dans Chamonix et retrouver Christophe et sa petite famille puis voir l’arrivée de l’UTMB, avec un finish d’enfer entre 3 athlètes superbes. Avant de retrouver les 7, 8 et 9ème dont Francois FAIVRE qui a fait une course exceptionnelle. Je retrouverais autour de quelques bières, Manu M. qui a fait une superbe TDS : ces accompagnants ont été enchantés, ils ont été comme les miens : touchés par la magie de l’UTMB. Manu lui envisage déjà la grande boucle pour l’année prochaine et me rappelle que j’en ai également les points nécessaires…. Je regarde encore quelques arrivées, avant de me coucher enfin. Dimanche matin, au réveil, il a neigé vers 2000m, le Mont-Blanc est illuminé d’un soleil magnifique, on en prend encore plein les yeux. Il faut renter à la maison retrouvé les petits loups… Mais encore des émotions lorsque l’on voit ces coureurs de l’UTMB qui sont en train de passer le Col des Montets et monter la Forclaz : on les encourage tous à coups de klaxon ou de signes de la main… En les voyant, je me dis que c’est sur j’y reviendrai dans cette vallée, j’y retournerai là-haut…


Alors que dire de plus ???? Pour le bilan purement course (gestion etc…) : je finis 187ème/1590 en 15h15, j’ai 98km pour 4900mD+ au GPS, mais j’y reviendrais ultérieurement : je pense que j’ai déjà été assez long comme çà. Mais je tiens quand même à rendre un énorme merci : à ma belle, surtout, qui a été d’un soutien exceptionnel et sans faille, toujours accompagnée par son père qui a découvert le monde du Trail. Mais aussi à mes enfants, mes parents, dont les images m’ont vraiment aidé dans les moments les plus durs. A mes amis qui se reconnaitront mais aussi, à Antoinette, Alain, Marie, Dom, Nono, Manu(s), Hervé, Vincent (et ceux que j’oublie certainement) pour leurs messages, leur appels, à tous les autres pour leurs encouragements ou leurs félicitations : chacun d’entre vous mérite un petit bout de cette course. C’est vrai que je ne l’ai pas trouvée si dure que ça (la maxi-race m’a émoussé plus durement) mais jamais je n’avais vu pareille ambiance, je crois que jamais je n’ai été aussi mal en course (même au TGC) que sur les pentes du Grand Ferret. Mais une chose est sure : je prends rendez-vous pour l’année prochaine pour une des 3 courses : reste à savoir laquelle…

Quelques vidéos pour vous donner envie…

http://chamonix-meteo.com/utmb/CCC_01_Courmayeur.html

http://chamonix-meteo.com/utmb/CCC_02_Bertone.html

http://chamonix-meteo.com/utmb/CCC_03_Martigny.html

http://chamonix-meteo.com/utmb/CCC_04_Trient.html

http://chamonix-meteo.com/utmb/CCC_05_Arrivee.html

http://chamonix-meteo.com/utmb/CCC_06_les-vainqueurs.html

http://www.youtube.com/watch?v=HOWv4Sf899c

http://www.youtube.com/watch?v=jP2FU3BlVi0

http://www.youtube.com/watch?v=JrFLwRUj0bQ

http://www.youtube.com/watch?v=GgRhR-KrF3Y

http://www.youtube.com/watch?v=5HDaRoXU28k

http://www.youtube.com/watch?v=4ysdd1R_wOQ
http://www.youtube.com/watch?v=CS10cr2ccJ4

http://www.youtube.com/watch?v=TFWDUsvLCoE

  1. #1 by dom on 1 septembre 2011 - 4:36

    ce que tu à fais c genial et pour t’avoir suivi a distance je me rends comptes des difficultées que tu as recontre et tu sais pour ta derniere heure j’etais plus stresse que si c’etait moi qui courrais et des frisons quand j’ai vu que tu etais arrivé

    encore bravo marc

  2. #2 by dan on 1 septembre 2011 - 6:10

    encore chapeau, bravo, Marc pour cette course magnifique. En lisant ton récit, on a l’impression d’être à tes côtés, ça donne envie, mais ça doit être tellement dur de se préparer à cela, encore bravo

  3. #3 by Manu M on 1 septembre 2011 - 9:33

    Salut Marc,encore une fois c est un superbe récit que tu nous offre en lecture,je sais pas si tu es comme moi mais ma tête est encore là bas! J espere que tu fera le bon choix sur la course et que l on sera au départ de la grande boucle l année prochaine! Félicitations pour ta belle course et rendez vous est prit dans ce fameux Pub à Chamonix!

  4. #4 by admin on 2 septembre 2011 - 5:49

    Effectivement, je suis un peu comme toi Manu, c’est pour ça que j’écris: ça me permet de redescendre. Pour l’année prochaine je pense que ce sera simple, je m’inscrirais certainement sur la grande boucle et attendrai que ce soit le tirage au sort qui décide pour moi… A bientôt…

  5. #5 by Hermagot on 2 septembre 2011 - 6:07

    Superbe récit, Marc !
    Sûr que tu y retourneras !
    … et pourquoi pas sur l’UTMB 🙂
    BRAVO à toi et merci pour ce récit captivant.
    Christophe H

  6. #6 by grosjean on 3 septembre 2011 - 1:52

    Salut Marc,
    Le récit est à la hauteur de la performance, magnifique. A travers ta lecture, on vit les doutes, la difficulté, la fatigue, l’émotion de l’arrivée finale. Ca sentirait presque le vécu. Encore bravo à toi et à tes suiveurs.
    Alain

  7. #7 by Vince on 3 septembre 2011 - 7:40

    A lire tous tes récits de course je ne peux que m incliner devant tant de détermination et ne m appuyer que sur ta volonté pour mes futurs gros efforts a venir …. N arrête pas de nous faire rêver et profite bien de ces moments avec Mme et la famille. A très très bientot

  8. #8 by admin on 4 septembre 2011 - 3:26

    Merci beaucoup Alain, ton commentaire me touche: j’espère te voir tout à l’heure sur la ligne d’arrivée… Marc

  9. #9 by admin on 4 septembre 2011 - 3:27

    Je crois que tu n’as pas grand chose à prouver en terme de détermination… Juste à t’acheter une conduite anglaise… (rires)… Merci à toi.

  10. #10 by Yann on 4 septembre 2011 - 8:05

    En effet j’ai beaucoup appris durant cette course, surtout à rester calme lorsqu’une baisse de forme se pointe. Cette aventure était un test pour moi. Du coup j’ai très envie de tenter plus long. J’ai été très touché que tu sois présent en pleine nuit pour mon arrivée. Tu as fais une course magnifique, et moi je vais devoir mieux m’entraîner.
    Merci à nos femmes respectives pour leurs soutient et vivement la suite ……

  11. #11 by nono on 4 septembre 2011 - 3:31

    bravo à toi marc,j’ai eu des frissons en te suivant avec dom et maintenant j’ai des frissons en te lisant,respect et chapeau bas l’ami

  12. #12 by Frédérique on 5 septembre 2011 - 8:04

    Une semaine après mon aventure d’assistante CCC, j’ai du mal à redescendre de mon petit nuage. Cette course ne s’est pas faite en un jour : des mois de préparation, d’entrainement pour au final un exploit ! J’ai passé une journée formidable, et j’ai été émue aux larmes. Une bien belle expérience qui sera très certainement renouvellée l’année prochain. Cette victoire sur cet ultra ne renforce qu’un peu plus ton envie d’aller encore plus loin…Je serai là…

  13. #13 by Herve C. on 12 septembre 2011 - 8:09

    Messieurs (Yann&Marc), chapeau très bas, toujours très agréable à lire les récits de passionnés, celui là (et les autres) est nickel.
    A bientôt les knecks, le bonjour à vos dames.

(ne sera pas publié)