27 mai 2012 – Maxi-Race (Ex-Annecime) – Annecy (74)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 91 km Dénivelé positif: 5400 m Dénivelé négatif: 5400m

« Tour de la Grande Casse bis repetita… »

Le récit:

Vendredi : Je pars faire un petit tour pour l’envie et retrouver des sensations. Ça passe plutôt bien, l’envie est là. Il va certainement me manquer une paire de sorties de qualité pour la marche sur du dénivelé conséquent mais ça devrait le faire. Petit hic la météo annonce des orages.
Samedi : Christian vient me chercher, nous récupérons Yann et partons pour Annecy. Nous allons y retrouver Christophe, Manu, Hervé mais aussi Sandra qui doit faire la Maxi-Race en relais. En route je me dis que je n’ai plus de compeed dans le sac et peut être plus de polaramine pour mes yeux : il faudrait que je m’arrête dans une pharmacie mais c’est samedi : tant pis, ça fera sans… Une fois arrivés on se retrouve tous les 7. Il y a foule au bord du lac. La météo est clémente, des airs de station balnéaire sur ce stand Trail qui a doublé son volume par rapport à l’année dernière.
Le soir un plat de pattes et viandes blanche et au lit : la nuit va être courte. D’ailleurs, il est déjà 1h30 et le réveil sonne, je dormais tellement bien. Nous nous dirigeons vers le départ à Annecy le Vieux : Altitude 448m.
Nous sommes dans le sas. Les frontales sont allumées. Manu et Christophe ne sont pas en vue : on les retrouvera certainement plus tard. L’organisation a quelques petits soucis de sono mais c’est parti.


Les premiers partent vraiment vite. Je trouve que c’est un peu moins festif que l’an dernier mais on retrouve quelques attardés qui sortent cuver leur vin ou chanter leur joie. Je jette un œil au chrono : le premier km est dans les mêmes temps que l’an dernier, mais on accélère et sommes rapidement vite, trop vite, alors je lève le pied. Nous longeons le lac, en alternant passages sur le gazon, piste sablonneuse, avant de s’approcher du port. Là, nous traversons la route et empruntons un petit bout de bitume pentu, entre deux murs pour quitter le bord du lac et attaquer la longue montée vers le Semnoz. Très rapidement on s’aperçoit que ça glisse, les appuis sont fuyants et il fait lourd en sous bois, je suis rapidement en sueur. Le sol est d’abord de terre et racine mais, rapidement, les cailloux polis par les passages et les intempéries apparaissent. Je lâche doucement Yann, Hervé et Christian. Pas signe de Manu, mais Christophe me rattrape me sert la louche et s’en va. Apparemment tous mes indicateurs sont au vert, pas mal aux jambes, pas de tétanie, pas de souffle court et je me sens frais. Je suis juste un peu réticent avec cette jambe gauche, je relâche le laçage de la chaussure pour ne pas avoir de tétanie.
Cette longue montée est en quelque sorte le vrai baptême pour ma frontale et c’est une vraie réussite, je courre parfaitement à l’aise. Cette année nous partons presque à la perpendiculaire du sentier de l’an dernier. Le sentier est d’ailleurs plus pentu par endroit, avant de retrouver des parties planes. Dans un replat qui tourne sur la droite on aperçoit des lumières d’agglomération en contre-bas alors que je m’attendais à voir le lac, histoire de chambouler mes repères… Je trouve qu’on ne monte vraiment pas vite, on alterne faux plats, légères redescentes et montées un peu plus raides sans jamais beaucoup courir. Alors pour passer le temps, j’enclenche un livre audio sur le lecteur, le début d’un bon polar, histoire de me changer les idées. On passe une route, puis reprenons un sentier. Il me semble reconnaitre l’itinéraire, le ciel s’éclaircit, même si on voit encore des myriades d’étoiles. Je mange une pâte d’amande, je la mastique consciencieusement pour ne pas avoir mal au ventre. Voilà un gros chemin, il me fait penser à un passage de la vallée des lacs près du Couchetat. Un virage à gauche, un virage à droite et là je sais qu’on ne va plus tarder à sortir du sous bois.

D’ailleurs j’éteins ma frontale. Je cherche le rose dans les nuages au loin, mais on n’aura malheureusement pas la magie du lever de soleil de l’année dernière. J’espère tout de même avoir une superbe vue sur le massif du Mont Blanc. Tiens voilà un peu de neige. Nous sortons sur la crête. Nous sommes sur le domaine skiable. Je vois là haut le sommet, tout proche. Nous sommes bientôt en haut de la première difficulté de la journée. Je suis alors très surpris par un grand bruit… Mais ouf il ne s’agit que d’une voiture qui passe sur une passerelle métallique de la route juste au dessus de moi : j’ai vraiment eu peur. Du coup je renlève mes écouteurs. Là, brule encore un sentier illuminé par des torches, les encouragements se font également entendre. Il fait frais, je me demande si je ne vais pas remettre les manchettes… Je tourne la tête. C’est la déception. Le massif du Mont blanc est dans la brume quel dommage !

Je m’arrête au sommet pour tout de même graver le paysage dans ma mémoire. Je range ma frontale, évacue le contenu de ma vessie et repart. Nous sommes à 1690m. Surtout pas trop vite, la route est vraiment encore longue : je m’attends à faire plus de 90km… L’an dernier nous redescendions ici vers la gauche, mais cette fois si nous allons tout droit. D’ailleurs le ravito est déjà là ??? Sandra également pour nous encourager ainsi que ses partenaires. Je suis facile tout va bien. Je mange un bout de pain, un peu de fromage, fait le plein d’eau. Je suis 175ème en 2h31. Manu arrive juste après, en même temps qu’Hervé. Je leur dit que l’on va se rattraper, de toute façon je pars en marchant pour manger. Ils arrivent et me disent tous les deux que c’est parti vite, trop vite. Je me sens pourtant vraiment bien. D’ailleurs ils partent et me lâchent un peu sur ce gros chemin roulant pas très agréable : je décide d’ailleurs d’en prendre le bord engazonné…Nous le suivrons jusqu’à une sorte de ferme auberge où nous allons emprunter un sentier. Nous découvrons d’ailleurs des petits passages de clôture assez ludiques où il faut prendre un ticket, mais nous avons le temps… Deux femmes aux couleurs technica ma doublent, une brune et une blonde, il me semble qu’elles sont espagnoles. Un homme avec des cheveux bouclés et des bâtons également me passe alors que je bois. Un long yoyo commence entre nous 4… Je regarde devant, et repère Manu à son maillot fluo orange, Hervé lui est en jaune fluo : facile…Je me réfrène mais descend correctement sur eux dans ce chemin technique qui normalement est assez long puisqu’ il doit nous mener jusqu’au village d’Allève à l’altitude 630m. Alors je double tranquillement, notamment mes 3 yoyos, à l’aise dans cette partie technique et revient sur Manu dans un premier temps. Hervé doit nous faire une descente dont il a le secret…Mais je l’aperçois à peine un peu plus loin : serait il sage ? Je reviens sur lui et le double doucement, je pense alors que nous allons faire un long chemin tous les 3, mais il me dit qu’il est complètement tétanisé. Je lui réponds que ça va passer, mais il n’est déjà, plus là ?????? Que se passe-t-il ???? Alors je continue, pas vraiment inquiet pour lui, je pense à Yann et Christian qui doivent de concert, faire une course à leur main. Puis arrive un virage, le dernier avant le village et relâche mon attention en tournant la tête. Je sens ma cheville qui bloque et je pars en tombant vers l’avant. Gros réflexe, je me rattrape à mon prédécesseur. Il a eu la peur de sa vie. Je m’excuse et m’explique, je récupère, la cheville un peu douloureuse. Je dis à Manu de partir, il faut que je retrouve mes esprits et travaille ma cheville pendant qu’elle est chaude. Nous sommes alors sur le bitume. Certains refont le plein d’eau, le prochain ravito c’est Doussard au km 50 et d’ici là il y a des petites bosses et le col de la Frasse… Alors les filles technica me redoublent ; d’ailleurs l’une d’elle perd un bidon que je lui rends. …Juste au moment où un autre coureur me rend à moi mon profil plastifié que je viens de perdre en me baissant… Je me dis que ces filles sont très certainement plus fortes que moi sur les parties roulantes, il va surement être très intéressant de les garder en repère… Mais revoilà les chemins. Ça monte sec, puis redescend, tourne à droite, à plat, on remonte, puis redescend, des petites montagnes russes à coup de 50 ou 80 m de dénivelé bien pentu, bien casse- pattes. Nous sommes à l’extrémité ouest du parcours.

Tiens voilà un nouveau point très joli : le pont du diable. Une très belle petite gorge. Nous sommes à environ 50 km de l’arrivée et retrouvons un village, après un passage dans un chemin bien boueux, il s’agit de Bellecombe En Bauges. Nous allons maintenant obliquer vers le col de la Frasse. Je sais qu’ici il ya pas mal de bitume, des hameaux alpins assez sympa, avec toujours des petites montées descentes avant d’entamer la belle monte vers le col. Alors j’alterne marche et course. Pas de Manu en vue, il est parti, s’il est bien il peut faire une très grosse course : je suis toujours facile et lui encore plus, c’est tout dire… Nous prenons un virage à gauche, et nous faisons « biper ». Apparemment je suis à la 142ème place ???? Déjà ??? Trop vite, mon gars, trop vite, pourtant tout va vraiment bien… Un ou deux petits mots pour les bénévoles. J’appelle Fred, elle me dit que je suis à environ 5 minutes de Manu qui lui est 112ème ???? Quoi il va si vite ???? Un peu de bitume et nous nous dirigeons vers un hameau, je sais ou je suis. A partir d’ici le parcours va beaucoup ressembler à l’an dernier, gros avantage pour moi. Là pas d’affolement c’est du sous bois bien gras, avec des cailloux des petits coups de cul assassins, c’est là que tout peu se perdre. Alors je gère et arrive au village. Quelques coureurs se rafraichissent aux fontaines, font le plein. Pour ma part je fais confiance à ma gestion, je dois avoir ce qu’il faut. Une coureuse du relais me double, encouragée par un suiveur ; mais elle souffle fort, je pense, non je sais, qu’elle va lâcher sous peu. ..Et d’ailleurs revoilà les technica et « frisé-bâtons ». Je les double tranquille puis je marche, ils me redoublent surpris. Je mange et bois car dans quelques mètres c’est la montée. Un coureur se refait la cerise, il me sourit, l’air de dire : tu vois moi aussi je sais ce qui nous attend… Je sors les bâtons et c’est parti. Je me suis vraiment régalé ici l’an dernier j’espère qu’il va en être de même… Alors ça monte, ça monte, ça monte. Tranquillement, de façon réfléchie et pensant à mes proches, femme, enfants, parents, amis. En admirant le paysage, cette succession d’étages de foret puis de chaumes avec ses fermettes typiques puis la montagne et enfin l’ouverture du col. C’est vraiment très beau. Ce col, comme l’an dernier fait pas mal de dégâts. Alors je le passe en marchant tranquille. Je range les bâtons, prend le temps de bien boire et manger. Là je sais que la descente va être vraiment longue alors j’assure la suite et si tout va bien je ne reverrais plus mes yoyos… Manu est passé 103ème en 5h44, je suis 125ème en 5h51. Nous sommes à 1379m./p>

Je repars doucement dans ce chemin un peu gras, mais assez facile bien que pentu. Les images perdues reviennent au fur et à mesure. Un chemin large, du bitume, de l’herbe, un virage, quelques cailloux etc… Je mets tout de même un peu de musique, c’est franchement long. Il ya 8 kilomètres et plus de 900m de dénivelé. J’espère juste que le ravito de Doussard n’est plus au beau milieu de 5 km de bitume…. Mais voilà le village : ouf, ras le bol de cette descente. Mais je reconnais la route, je crois bien qu’il va falloir trottiner pendant un sacré bout de temps. Alors je m’y mets, mais je n’aime pas çà. Et j’aime d’autant moins ça que je sens qu’un échauffement se fait sous mon pied gauche pas bon, pas bon. Mais je me dis qu’il doit rester une quarantaine de km, ça devrait être supportable. Alors je reprends mon mal en patience et arrive tant bien que mal au ravito…

OOOOHHHHH MERDE !!!! Yann et Hervé sont là ??!!??§§ Ils me disent qu’ils ont abandonné ensemble à cause de leur dos. Je prends une claque fait ch… Sandra est également là, pas encore partie. Alors Yann m’aide à faire le plein, à m’alimenter, il me propose de changer de chaussettes. Je ne l’entends qu’à moitié et lui dit que je n’en ai pas, que ça va le faire, je ne comprends pas qu’il me propose les siennes… Quel petit con je suis : pas même assez lucide pour m’apercevoir, ou me demander s’il y a des podologues à ce ravito…Alors que si : elles me l’apprendront plus tard… Alors je repars, j’encourage Sandra : vas y tranquille, c’est dur et long, vraiment… Je suis 98ème en 6h36. Apparemment Manu est reparti il y a 8 minutes en 80ème position. Pour ma part, je suis tranquille, je marche, en mangeant et buvant. Les technica me repassent : je ne les reverrais plus…Alors j’attaque la montée vers le col de la Forclaz, je ressors les bâtons ; C’est dans ce bout que j’ai rattrapé Manu M. l’an dernier, alors je suis motivé pour faire bien. J’attaque le premier lacet et tente d’allonger le pas. Aie : ça pique, je ne peux plus attaquer le sol du talon… OH NOOONNN : l’échauffement vient de lâcher, l’ampoule a craqué. J’enrage, que de stupidité et d ‘orgueil… Et moi qui n’ai plus de compeed, le mec avisé qui a toujours tout sur lui, comme je m’en veux…Alors j’enrage et rumine mais n’avance plus, je ne peux plus allonger le pas…J’ai beau jurer ça ne changera rien, je n’ai plus qu’à faire avec… J’ai encore à apprendre… Alors cahin caha, je me raisonne. Adieu la perf, adieu la course parfaite, ce ne sera pas pour cette fois. Alors je me recentre : tu dois accepter l’inéluctable. Connaitre le parcours n’est plus un avantage, cela me sert juste à faire des calculs pour la barrière horaire. Il doit me rester 40 km à quinze minutes aux milles cela fait 600 minutes soit 10 heures… calcul mental qui me fait passer le temps et me rassure sur mes possibilités de finir….Il faut juste garder le moral, se dire que si 50 personnes me doublent d’ici au prochain ravito et encore 50 jusqu’à la fin, cela n’aura strictement aucune importance, si ce n’est un peu d’orgueil mal placé, d’autant que j’ai à gravir environ 1300m de dénivelé…

Alors je marche et entame une longue ballade. J’admire le paysage, et pense aux autres : Yann et Hervé que le sort n’a pas épargné, Sandra qui va découvrir ce superbe panorama sur le lac, Christian qui ne devrait plus tarder à me rattraper. Manu qui fait une course de fou. Christophe qui apparemment nous fait un festival et qui va bien nous claquer une perf dans les 50 pour son premier Ultra…Manu M qui a souffert ici etc…. Et petit à petit, je continue, songe que dans ces lacets j’étais tellement à l’aise… Rêver m’aide et me permet d’arriver au Col. Mais là c’est la cata, le bout de bitume est un supplice, et le plat qui s’en suit va être mortel. « Frisé-batons » me redouble, je le rassure, il n’y aura pas de prochaine fois, je ne peux plus courir non plus. D’ailleurs à force de compenser je sens bien que le pied droit est également entrain de lâcher. Alors je continue vaille que vaille, coute que coute. J’appelle Fred puis Hervé, qu’ils ne s’inquiètent pas, je n’avance plus, alors je vais faire une longue balade. Je continue un peu et me pose quelques instants sur un caillou pour boire, réfléchir, resserrer un peu mes chaussures. Je garde mes bâtons et m’en sert dans tous les passages un peu techniques. Il y a même une main courante avec 2 personnes en sécurité. Bientôt le paysage va être somptueux, juste sous la Tournette. Je rejoins le col, passe la route et remonte après le refuge, je suis au Col des Nantets.
Je fais quelques lacets et regarde devant moi. Je vois un coureur accompagné d’un jalonneur. Cette attitude si caractéristique, je n’en crois pas mes yeux : c’est Christophe. Il redescend vers moi. Je suis littéralement abasourdi. Il s’est blessé ? Ce n’est pas possible, il ne pas peut abandonner, surtout ici, si près du point le plus dur. Je vais vers lui, échange quelques mots. Il préfère prévenir sa femme et les autres lui-même, ne pas les affoler. Il a fait un coup de chaud, oublié de mettre sa casquette. Je n’en reviens pas. Je me demande si je ne devrais rester avec lui. Mais la femme qui l’accompagne me rassure, il est en de bonnes mains, je peux repartir l’esprit tranquille. Alors j’y vais doucement en pensant qu’aujourd’hui les dégâts vont être lourds et nombreux. Et puis, l’année dernière j’ai trouvé ce passage terrible. Mais de toute façon, je n’avance plus, je n’ai plus de jus, plus d’énergie. Je réfléchis : j’étais tellement obnubilé par mes pieds que j’ai oublié de manger, je suis en pleine hypoglycémie. Alors tant pis, je me pose. Je me mets sur un caillou pour admirer le paysage. Si j’avais un appareil photo j’aurai vraiment le temps de faire des images sympas. Je mange et m’accorde 10 minutes de pose. Je réfléchis et me décide à repartir. Mais cette pause, que je regrette aussi de ne pas l’avoir mise à profit pour tout simplement emballer mes pieds avec de l’élastoplast pour atténuer la douleur, recoller la peau pour juste essayer de soulager le tout. Alors comme je le dis souvent à ma femme : Marc t’es qu’un con…

Et je repars : là est le Pas de l’Aulp. Ici inutile de faire le malin, la montagne est la plus forte. Je fais des lacets de 4 -5 mètres de long, la pente est trop forte. Je me permets même de dire à un père de remettre sur le chemin sa petite fille qui n’a pas 5 ans, alors que c’est à lui de se mettre dans le gazon pour lui tenir la main… Et avec l’énergie de la beauté de la montagne et celle de l’encas que j’ai pris, je passe le sommet. Oh ça n’a rien de simple…Derrière il ya l’itinéraire de détournement du parcours initial. Celui là même qu’on a pris l’année dernière. Un chemin raide et caillouteux avec encore un peu de neige et une descente qui n’en finira plus car rallongée jusqu’à Menthon. Je me lance donc dans une toute petite foulée timide, toute en pointes des pieds. Une figure qui me ramène aux cours de danse de ma fille…Et je descends tant bien que mal, mais je descends. Il m’arrive de marcher pour reposer mes mollets toujours en tensions et repars. Je consulte mon altimètre : que c’est long jusqu’à cette ferme délabrée qui m’avait marquée l’an dernier… Là un petit bout de plat : c’est définitivement non. Courir je ne peux vraiment plus, alors je remarche…Jusqu’au bitume… Bitume tant honnis, aujourd’hui je l’apprécie, sans difficulté qui m’agresse les pieds. Et puis le paysage est superbe, ici au dessus du lac juste en dessous du château de Menthon. Alors au détour d’un virage je découvre Hervé et Yann assis, en train de nous attendre, les derniers rescapés…

Yann m’accompagne jusqu’au ravito. Il était inquiet malgré mon appel. J’ai mis 5 heures depuis Doussard…Il me propose d’examiner mes pieds. Je refuse, j’ai trop peur de ne plus repartir une fois les chaussures et chaussettes enlevées. Alors je fais le plein de la poche à eau et tente de manger. Je n’ai pas faim, j’ai mangé il y a 10 minutes. Il faut que je reparte tant que j’en ai le tonus. Il m’accompagne alors jusqu’à la sortie, me donne des nouvelles de Sandra et Christian, dont je ne comprends toujours pas que ce dernier ne m’ait pas rattrapé…
Alors je dis à Yann que je risque de mettre 4 heures pour finir, il ne doit surtout pas s’inquiéter : à part les pieds tout va pour le mieux ; même le moral : ce n’est que du sport.
Je passe donc derrière le château. Là il faut vraiment être humble. C’est dans cette partie que j’ai explosé l’an dernier, trompé par les panneaux indicateurs de kilomètres et la facilité supposée du parcours… Alors tranquillement je retrouve le bitume et avance, je rêve, revois le village de Bluffy où était le ravito, repense à mon appel à Fred pensant qu’il ne restait qu’une heure et demi de course… Je retrouve chaque sensation, chaque chemin, je visualise et anticipe chaque passage alors qu’il y a quelques jours j’en étais tout simplement incapable. Alors je monte tranquillement. Et chose incroyable je rattrape quelques coureurs à l’arrêt : des participants à la maxi -race, mais surtout à la marathon-race qui ne s’attendaient visiblement et vraiment pas à une fin aussi dure. Alors je les encourage. Je sais que le chemin va bientôt se faire sentier puis s‘aplanir voire même redescendre. Tant pis je continuerai d’y marcher, il ne sert plus à rien de me faire violence, juste d’en profiter. Et c’est ainsi que j’arrive au col des contrebandiers, que je retrouve la route.

Un concurrent de la marathon-race m’interpelle : ce n’est pas possible c’est encore long ? J’essaie de le rassurer : un peu mais pas trop, il n’a qu’à venir tranquille avec moi. Mais il insiste pour vraiment savoir ce qu’il l’attend ; alors je lui décris, la redescente légère, puis les quelques lacets, pentus puis la dernière montée technique, avant l’arrête magnifique jusqu’au Mont Verrier qui surplombe directement Annecy, vue exceptionnelle, avec son chemin en balcon, ses parapentes.

Puis enfin le début de la descente, où on ne peut pas courir car trop technique, puis une pente un peu meilleure avant 3 ou 4 kilomètre un peu plus roulants où il ne faudra surtout pas se fier au panneaux. Même si je fais l’erreur en appelant Fred de lui dire qu’il reste 5 km alors qu’il en reste certainement 7 : à mon rythme ça fait presque une demi-heure de plus… Alors je redécouvre tout cela. Je finis même par retrouver la bifurcation, où je me suis fourvoyé, barrée par de la rubalise. Il doit rester 2 km, le chemin se fait un peu plus doux. Alors je me remets à trottiner, tout doucement, mais je courre. J’arrive même à rattraper un ou deux coureurs et arrive près des maisons. Il me reste à finir, à rejoindre l’arrivée. Je pars donc en trottinant le long du lac, encouragé par les applaudissements et les personnes présentes. Cette fin est bien longuette mais très agréable. Finir une telle course est toujours un moment privilégier. J’échange quelques mots avec un coureur porteur du T-Shirt UTMB 2011 : il a fini la TDS. Il me laisse, suivi d’un « petit bonhomme » à qui je trouve une foulée encore bien alerte… Manu M. m’appelle : je lui dis que je suis entrain de finir, je le rappelle sous peu. Oh que l’arche me semble loin : elle est 500m plus loin que l’an dernier. Mais je finis par y arriver, il y a un monde fou. Yann est là, Manu, Sandra et Hervé, Christophe… Je prends le dernier virage, je sers les poings, p…n je l’ai eu, j’y suis, je suis au bout…J’en oublie même d’arrêter le chrono.

Je retrouve Yann dans la zone d’arrivée. Malgré ma « promenade » des derniers kilomètres, je suis bien cuit. Je bois du coca et tente d‘avaler un sandwich « saucisson fromage » mais n’y parvient qu’en partie. Je me pose un peu, appelle Fred et rappelle Manu M quelques secondes : je le passe à Manu qui a réussi une superbe course en et qui arrive en 62ème position. Pour ma part j’ai mis 15h25. Je saurais plus tard que je suis 189ème sur 595 classés. Ça fait tout de même énormément de casse sur plus de 1100 engagés (j’ignore combien ont réellement pris le départ). Je vais changer de t shirt à la voiture et constater l’état de mes pieds. Yann est horrifié, j’en souris et part à la recherche d’un podologue. Je tombe sur 2 demoiselles entrain de remballer leur matériel. A l’examen elles me disent que je ne suis même pas dans le top 5 mais ce n’est pas mal. J’en souris alors que je bois une bière, bénie, que m’apporte Yann. Une fois soigné, nous retrouvons Christian qui arrive en 15h56, 234ème: « pas si mal pour un vieux »… Le soir, Christian et moi allons manger un petit bout pendant que Yann se repose, ceci avant une nuit bien méritée où nous ne demanderons pas notre reste. D’ailleurs nous ne reverrons même pas nos compagnons de course : tout le monde est cuit…
C’est en discutant avec Yann que je découvre ce que je pense être l’origine des mes ampoules : il était très surpris de voir à quel point ma chaussure gauche était desserrée, et où mon talon n’était pas tenu du tout. Du coup mon pied bougeait trop dans ma chaussure, mais je n’avais pas le choix, en raison de mon petit souci au releveur et au tibia gauche. Du coup une fois le mal fait à gauche, c’est en compensant à droite que j’ai abimé ce pied là… Comme quoi l’ultra ne supporte pas le hasard…Je repense également à mon stage sur mon cailloux au Col des Nantets : je réfléchissais à mes pieds et me suis dit que j’aurai pu y mettre de l’élasto : j’imaginais alors une trop grosse surépaisseur car mon imaginaire oubliait d’en enlever le film plastique : cela aurait tout simplement permis d’atténuer tout ça… Bref, j’ai donc encore à apprendre, à peaufiner à améliorer… Ce sera mieux la prochaine fois…
Enfin, encore un grand merci aux bénévoles et aux organisateurs. Mais aussi à ma petite femme qui a gardé les enfants pendant ce long weekend end où une fois de plus je n’étais pas à la maison.
Et Le reste du bilan pour la suite de ma saison ???
– Cette course fait finalement un peu plus de 91 km pour 5400 D+, ce qui vu l’état des chemins en fait une course plus dure que la CCC 2011…
– Il faut que je retravaille plus le dénivelé et surtout le long dénivelé en marchant : ça va être hyper important au GRP. Je dois notamment y travailler le déplacement avec sac, bâtons et la vitesse ascensionnelle de marche…
– Il faut que je m’arrête un tout petit peu plus longtemps aux ravitos : en moyenne 2 minutes de plus, pour manger correctement et laisser le temps à mon estomac de se reposer : on est plus à 10 minutes près sur des distances pareilles. Cela me permettra également les problèmes gastriques, de nausée et les hypoglycémies…
– Je dois TOUJOURS avoir du compeed et l’élasto peut largement faire l’affaire pour arranger des ampoules…
Allez, vivement la prochaine : ce sera l’UTTJ en mode cool (au moins le premier jour…). En attendant, voici un petit lien vers une vidéo qui reflète bien ce que fut cette belle course.

Un récit avec des photos très parlantes

Une super galerie de photos de l’édition 2011

Une autre belle galerie de l’édition 2012

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