28 avril 2013 – Trail des Roches – St Dié Des Vosges (88)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 73 km Dénivelé positif: 3000 m Dénivelé négatif: 3000m

« qu’il est long le chemin vers la sagesse.. »

Le récit:

Le Trail des Roches a toujours une dimension particulière, c’est ici que j’ai fait mes premières armes, même si je n’y ai jamais vraiment réussi. Cette année le fait qu’il passe à 73 km a une dimension particulière. Suite à la reco effectuée je vise clairement les 9 heures. En effet, on a mis 3h40 lors de la reco, j’ai mis 5h15 ici en 2009 pour mon premier vrai Trail. Sachant que cette partie est un peu plus dure mais que je suis plus fort qu’en 2009, je pense que 9h est un bon objectif mais raisonnable. Évidemment rien n’est jamais acquis mais je suis serein. En effet même si, petites ombres au tableau, il me manque un peu de foncier et que je n’ai plus de bonbons magiques au coca, c’est fort de mes 22 trails de plus de 40 km en 4 ans que je me projette dans cette aventure. J’ai l’expérience, l’entrainement et la distance me conviennent plutôt bien.
C’est armé de tout cela que je me présente chez Manu dimanche matin. Il est un peu plus de 2h. Ouh là, très dur d’imaginer que dans un peu moins de 90 minutes on va se lancer à courir 73 kms. Manu ayant déjà son dossard c’est seul que je me rends tour de la liberté. C’est moins l’effervescence que les autres années. En effet nous ne serons que 166 partants en individuel et 25 équipes relais sur ce qui s’annonce comme une belle aventure.
Je retourne à la voiture et entame le cérémonial de la fixation du dossard puis de la puce. Je me rends ensuite dans la salle où l’on va pouvoir laisser des affaires pour la mi-parcours. Dès l’entrée « ça sent la course », j’y retrouve Arnaud favori logique du relais, puis Remi arrive, puis ce sera Julien dont j’espère qu’il a récupéré de sa dernière aventure… Je me mets dans ma bulle et range mes affaires. Je mets le sac sur le dos, je suis en option minimaliste. J’ai juste un doute sur ma façon de m’habiller lorsque je vois que presque tous les coureurs sont en veste voire en habits hivernaux… Ça y est c’est l’heure, on se rend dans le sas de départ. Tous ceux qui me regardent s’étonnent de la lampe que je porte : Manu M. va jusqu’à me demander si c’est un jouet… Que nenni c’est juste le cadeau qu’on a fait à Christophe, une petite merveille de technologie artisanale française… On rit et se branche. Le temps de saluer Christian, Lionel et un ou deux autres, et me concentre à peine sur ce que nous dit Steph le grand manitou qu’il lance le départ ????? On a pourtant 4 minutes d’avance ???
Devant c’est parti très vite, il faut dire qu’il y a du beau monde et le relais doit affoler tout ça. Je me cale au niveau de Rémi. J’entends Manu et Lionel qui discutent : c’est bon je suis dans le bon paquet.
Tiens c’est bizarre, je ne me voyais pas partir par-là ?? Non en fait je confonds arrivée et départ du 30… On discute avec Rémi mais sans plus, je suis assez avare de parole et suis concentré, bien dans ma bulle. On dirait que tous les voyants sont au vert, juste un peu ankylosé par l’heure avancée de la nuit. Nous allons monter progressivement vers Robache, 3 km de bitume au programme. Pas ce que je préfère mais pour la mise en route ce n’est pas plus mal. Ah tiens nous quittons les lumières de la ville. Je mets la frontale en route. Tiens le bouton est à gauche ??? Mouais bon, tu dors vraiment garçon… D’ailleurs elle éclaire un peu haut ??? Je vais mettre un bon km à régir et me dire que j’ai mis la frontale sens dessus-dessous : quel âne…
On rejoint un sous-bois. Tiens plus de Rémi ???  J’espère qu’il ne paye pas les pots cassés de son Trail du weekend dernier. Manu et Lionel doivent me suivre à quelques mètres. On joue pendant quelques centaines de mètres sur un sentier sympa avant d’attaquer le fameux sentier du schlitteur. Je double deux coureurs qui discutent. J’ouvre mes « chakras » et me dit pour la première fois de la journée, « cool, prend ton temps, pas d’affolement ». Je me mets en mode marche en montagne. Il faut absolument que j’arrive frais au bout du 30ème km. La première partie de cette montée passe toute seule. Je prends deux pastilles Vichy. J’ai juste 3 bonbons coca, que je vais préserver soigneusement « au cas où »… Je traverse la route et relance, plus personne devant, plus personne derrière ??? J’ai un léger doute sur le sentier que j’ai pris, heureusement vite rassuré par une flèche rose habillée d’une pastille phosphorescente. Plus on monte, plus le brouillard est présent. Je me remémore un passage du GRP un peu avant le Cabaliros… La pente s’infléchit, surtout ne pas accélérer, je me rappelle mon mantra « cool, prend ton temps, pas d’affolement ». J’arrive ainsi en haut de la cote. J’ai 3 points de repères : ici, au 30ème km et à l’arrivée. J’ai une minute d’avance sur la reco où pourtant on n’a pas chômé : bref le temps du briefing à Steph… Je vois une frontale qui brille une centaine de mètres plus loin. La neige est également présente. Ces conditions me vont plutôt bien, je me souviens par contre que ce n’est pas la tasse de thé de Lionel… Je me remets à courir, les jambes sont biens, le bonhomme aussi. Mais me trempe le pied droit dans une flaque et MERDE ! Ici c’est un enchainement de petites bosses qui passent toutes seules. J’y rattrape d’ailleurs assez facilement deux ou trois coureurs. La première heure est passée, je mange un gel. Je me suis fixé un gel toutes les heures, quelques pastilles vichy en intermédiaire, du solide aux ravitos. Encore un coup de cul et voilà la pente qui baisse franchement. On doit être au sommet de la grande descente. Difficile de se situer dans ce brouillard, surtout que ça commence à faire un moment que je suis seul. Je ne me lance pas dans cette descente assez technique. Inutile de prendre des risques, la course est encore longue. Je descends donc tranquille, en choisissant bien mes appuis, en m’arrêtant quasiment sur les points vraiment techniques. Mais même comme cela je ne vois ni n’entends personne. Là encore à plusieurs reprises je me raccroche au balisage, en me disant que la nuit est mon amie. La pente devient plus douce, j’accélère mais à peine. Le brouillard se dissipe également et trouve la nuit moins dense : effet de la pleine lune ? Ah j’entends des voix, ça revient derrière mais reviens à mon mantra, alors je n’accélère pas. Je me dis que bientôt je serais accompagné… Mais rien, pas de coureur ??? Je rêve de nouveau. On traverse un chemin, je me souviens bien de ce passage. Mais de l’autre coté nous arrivons à l’Auberge du Spitzemberg. Je suis tout surpris d’arriver là, je l’avais complètement occulté… Je salue les deux trois personnes présentes et repars, je laisse errer mon regard pour trouver la flèche suivante : et la découvre à gauche, sans aide… Je reprends le sentier, toujours à la recherche des flèches roses. Je tourne et…
Tiens un signaleur ? C’est une traversée de route, j’aperçois plusieurs coureurs qui remontent le long de celle-ci, puis qui repartent dans l’autre sens sur un chemin derrière celle-ci. Au pas de course, tranquille mimile. Je rattrape un premier coureur : c’est un concurrent en relais. Je prends le virage et attaque le chemin. Ça se courre bien ici. Je rattrape encore un coureur. On tourne à gauche. Et vois un coureur en bleu et blanc avec un maillot frappé de « Saint-Dié », je n’arrive pas à lire la suite. Je le rattrape et il accélère, je le laisse partir et marche. En voilà un autre. Comme à chaque fois qu’on marche je mets la machine en route et les jambes sont contentes : miam. Petit à petit je reconnais Joël. On échange quelques mots, il est en relais. On arrive très rapidement au ravito. Tiens c’est Max : il remplit mes flasques, on échange un peu et je repars dans la foulée.
J’entends une voix qui m’appelle et tourne la tête à gauche, c’est « Saint-Dié ». Je crois comprendre, « le chemin est là, tu n’as qu’à traverser » ??? J’ai dû rêver… Ça monte juste un peu je reviens sur Saint-Dié ». Dès qu’il me sent, il accélère à nouveau : je n’y crois pas il reste pourtant bien plus de 50 km. Je souris et le laisse partir. Là c’est roulant et assez sympa, je double un nouveau coureur. On s’approche d’un sentier où se trouve pas mal de fortifications de 14-18. J’ai toujours une pensée pour ceux qui ont vécu ici des jours aussi terribles, surtout après la lecture de mon dernier bouquin… Puis peu après on retrouve une cote made in Steph : je me dis parfois qu’il a du se fâcher avec les gens du club vosgien (rires)… Mais il faut dire que j’affectionne ce genre de choses : « Saint Dié » accélère d’entrée, je me souviens des paroles de « manitou Steph » : faire sa course sans s’occuper des autres, c’est ce que je fais et ris de l’autre qui ne le fait pas… Ah voilà le chemin on va y trainer un peu quand  je vois l’entrée du sentier suivant. J’accélère sur quelques pas juste pour doubler « Saint-Dié » avant le sentier. Je ne le reverrais plus… Je sais qu’à partir de maintenant c’est assez « facile » jusqu’au 30 ème. Il fait de plus en plus clair. D’ailleurs la lampe devient une gêne : elle fait briller les zones humides et y créé des reflets. Le sentier ici est comme j’aime, il est comme tout ce que j’aime au Trail des roches : que du bonheur…
Je regarde ma montre : il me reste un coup de cul avant la Roche où nous avons pris une photo lors de la reco, je devrais arriver au ravito aux alentours de 3h30… Diantre… D’ailleurs voilà déjà la Roche. 20 secondes pour la vue et je repars… Le début du single est un peu technique mais rien de méchant puis c’est juste du plaisir. Je ne vais pas vite mais double un puis 2, 3, 4 coureurs qui me semblent déjà bien entamés, pour ma part d’ailleurs tours les voyants sont au vert… Ah un petit fossé, pas simple d’y trouver sa trajectoire : l’eau y coule abondamment, alors je jongle d’une rive à l’autre comme au Belfortrail, la belle chute en moins… On arrive sur les Hauts de la ville. Ici j’ai un souvenir d’une ballade avec ma belle il y a déjà plus de 11ans lorsque l’on habitait St-Dié, une paille…
On arrive rapidement derrière l’immeuble de « Le Corbusier » je salue les signaleurs et leur souhaite bon courage par cette météo qui pour moi s’annonce plutôt bonne : pas de grosse chaleur en vue…
Voilà la salle. Je défais mes flasques. Steph et Aldo me taquinent mais sont aux petits soins. Steph me fait le plein pendant que je vide mes chaussures des cochonneries accumulées. Je me débarrasse de ma lampe et sa batterie, remercie Steph, renvoie une vanne à Aldo et repars. Je marche, range mon sac, et mange deux pastilles Vichy. Cela fait 3h35 que nous sommes partis je suis à l’angle du pont sur la Meurthe. J’ai  5h25 devant moi : une belle et bonne marge pour une bonne perf. Je me remets donc à courir. J’apprendrai plus tard que Manu M est passé ici avec 25 minutes d’avance et Manu P est environ 7-8 minutes derrière. Ici, je me demande pourquoi je porte un GPS: j’ai consulté ma montre 4 fois, un chrono voire une montre basique suffirait largement, comme au GRP, sauf… pour analyser mes courses à posteriori… A voir… Bon ce n’est pas tout ça mais je courre. Je salue tous les signaleurs et bénévoles qui nous font traverser. La ville s’éveille tout doucement il est un peu plus de 7h ma petite famille doit dormir comme des loirs…
Ah, le centre équestre. Encore un peu de bitume où je marche rapidement puis le tunnel sous la voie rapide. A partir d’ici je connais bien le parcours ça va être beaucoup plus simple à gérer mais oui je sais… « cool pas d’affolement »…
Allez montée à la Roche St Martin : au train, facile, je suis dans ma bulle jusqu’au dernier virage : y en a du monde ici ??? Ben alors, ils ont lâché le 19km trop tôt ??? Ah dernier coup de cul. Un concurrent souffre, il est attendu par un de ses potes. Le premier semble souffrir de crampes… La suite s’annonce dure… Ah j’aime bien le petit bout de montée qui suit. Je me cale entre deux coureurs. Normalement ça se courre bien, mais là les cuisses disent toutes seules que ça ne vaut pas le coup. Je réfléchis et consulte ma montre : c’est l’heure de manger et de boire. C’est ça le secret : très légère baisse de régime physique ou mentale ? C’est tout simple, soit tu es trop vite, soit il est temps de manger ou de boire. Il faut juste être à l’écoute et avoir assez de lucidité pour cela. C’est ça que j’ai appris à la Maxi Race et au GRP avec une force exacerbée : être à l’écoute de ses sensations, d’ailleurs je n’en ai même pas sorti de musique. Je me demande d’ailleurs très sérieusement si ce n’est pas ce que j’ai oublié de faire au Petit Ballon en arrivant au ravito d’Osenbach : manger et boire à temps… Alors je prends un gel et bois tranquillement et suffisamment.
Je re-trottine tranquille mais tout le temps, puis une petite accélération sur 3 pas pour doubler juste avant d’arriver à Ronde Tête. Je me fais alors cette belle petite descente tranquille mais bien. A son pied j’entends la foulée d’un coureur bien rapide. Sur le gros chemin qui suit le relayeur me double comme une balle. C’est qui cet avion tout propre ???
Je le garde en visu jusqu’au sentier qui mène à la Roche de l’enclume. J’y alterne marche et course. Et en sortant, arrêt pipi. Ça c’est le plus dur à gérer, avec les abdos durcis et la volonté de ne pas perdre de temps… (rires) . Là ça roule jusqu’au ravito. D’ailleurs j’en profite pour sortir le reste de mon gel et deux ou trois pastilles Vichy. Je relève la tête. Bizarre ??? Il me manque un bout ??? Je fais encore 200m, y a pas, je suis pas juste. Je continue et regarde autour de moi : et merde : les coureurs déboulent au-dessus de moi. Je fais quoi là ??? Pas d’hésitation, je remonte dré dans le pentu sur le chemin. J’ai dû louper environ 300m sur le dessus du chemin. Ça me tracasse sincèrement, et l’idée d’avoir profité de cette erreur va me tenir quasiment jusqu’au ravito. D’ailleurs  j’en ai fait le chemin de façon tellement automatique que je m’en souviens à peine. Je consulte ma montre : voilà à quoi sert mon GPS : il me manque 200m par rapport au relevé de l’an dernier… Pour l’aventure et par honnêteté je le dirais à Steph à l’arrivée.  Mais bon revenons à la course, et aujourd’hui je serais sage. Je m’arrête, rempli la flasque vide, prend 2 carreaux de chocolat, quelques Tucs, un merci aux bénévoles  et repars en marchant. Direction Pierre de Laitre. J’ai encore besoin de solide, je pêche une pâte de fruit dans le sac, c’est plutôt bon et ça fait du bien.
D’ailleurs le bout vers Pierre de Laitre se passe également plutôt bien : les montées en marchant, et le reste en trottinant facile. Tous les voyants sont encore bien verts. Je suis simplement surpris en y arrivant de n’y trouver personne : pas de « pointeurs » ni de coureurs : j’ai l’habitude de petits bouchons ici… Bon je me fais ma petite séance de désescalade tout seul et vide mes chaussures au bas de la cote. Ah mais si il y a quelqu’un : un coureur à casquette est devant. J’aimerais bien en trouver un avec qui faire un bout de chemin. Je sais que j’ai du mal à rester avec quelqu’un mais ça peut être sympa des fois ??? On passe le Climont, la cote à Aurélien et nous voilà en haut d’un joli dré dans le pentu. J’ai rattrapé « casquette » juste avant : c’est un relayeur. Ouh là ça……. gliiiisse… le temps de le dire et je suis sur le dos, mort de rire mais bien sale… Allez on rattrape deux autres coureuses. Il me semble que la première est Alexandra la copine d’un autre Julien, mais si c’est elle, normalement elle n’est pas en forme car devrait déjà être plus loin. Je vois une flèche mais elle indique mal la direction, les filles me rappellent et on descend vers Rougiville par le chemin. On traverse la route : il y a un peu de monde. Sympa, d’ailleurs il y a un petit groupe de coureurs : visiblement ils découvrent le parcours tous les 4. Je leur explique et entame le sentier du Rotary. Aujourd’hui, hors de question d’y courir ! Enfin presque… Je me cale derrière ces relayeurs qui finalement ne vont pas si vite que cela : ils me prennent une vingtaine de mètres mais l’écart ne se creuse plus. Je suis bien. Pas facile mais bien. Alors j’enchaine les lacets, toujours au train sans s’affoler. Je sais que le prochain lacet va être quasi plat. Je me retourne les deux filles reviennent en trottant : pas grave. Allez, à la prochaine on tourne à gauche et ce sera le petit coup de cul de Roche Pierre 3 jambes. « Manitou Steph » dit toujours qu’il faut s’économiser jusque-là. Bon c’est fait : je suis bien et serein. Pas facile mais tous les voyants sont au vert, juste celui des jambes qui commence à tirer vers le jaune… Je passe la Roche et casse la croute. Les relayeurs sont partis. Je me pose quand même quelques questions : pas un coureur du 73 ne m’a doublé depuis ce matin, et cela fait bien longtemps que je n’en ai pas rattrapé : où sont-ils ???
On arrive dans le secteur du Banbois, ici ça se courre. Bon j’ai un peu de mal à relancer la machine, alors je me mets en « doucement mais tout le temps ». Ça se passe pas trop mal. J’ai un peu mal aux pieds et au releveur droit, j’ouvre mes chaussures comme il faut. Voilà le petit bout de descente ou je suis tombé lors d’une reco. Ça glisse un peu, j’y vais très cool. J’entends des voix : ça revient derrière. Un premier coureur me double : ah un 73 ?!? Il a l’air facile… Pas grave. Puis un deuxième. Il me demande si ça va : je lui dis que je suis dans le dur. Il me répond que lui aussi mais que le prochain ravito ne devrait plus tarder. Je lui réponds que non : apparemment il ne connait pas les lieux, je lui explique la suite du programme jusqu’au ravito. Du coup les 2 coureurs lèvent le pied. Je cherche où je l’ai déjà vu : ça y est je sais : c’est Jérôme L. du CMC. Je me présente. Ah le téléphone sonne. C’est ma belle on discute assez peu, je suis encore un peu dans le dur, même si c’est relatif. Je prends le temps de boire un coup et de manger. Nous approchons de Pierre de la Roche. On monte, je regarde vers le haut à gauche Surpriiiiise !!! Il n’y a personne pas de signaleurs, les flèches indiquent la descente en direct : pas de montée au sommet aujourd’hui : à la fois joli cadeau et dommage: la vue vaut le détour. Mais avec la fatigue je ne vais pas jouer la fine bouche et je continue. J’explique à mes 2 compagnons la montée au Chastel qu’il faut négocier cool. J’offre à boire à Jérôme. Après ce sera du plat, une descente ludique et le ravito. Je reprends les devants et retrouve un bon petit pas. Voilà le virage d’avant ravito. Je me déséquipe, arrive, fait le plein et repars en marchant. Mes 2 compagnons me rejoignent. Je finis de casser la croute et de ranger mes affaires et repars en courant. On continue à discuter avec Jérôme, je finis de lui expliquer le parcours, le 3ème est loin, on ne le reverra plus. J’accélère un poil. Voilà le cours d’eau, elle est vraiment froide, mais j’y vais franco. Je ne sens plus Jérôme derrière moi, mais il ne doit pas être loin. Je traverse la route, attaque la montée et passe sous le tunnel. Je me retourne Jérôme est juste là. Je l’attends, on discute et échange sur nos projets, nos courses passées. A partir d’ici c’est le bout que j’aime le moins : roulant jusqu’au ravito à l’exception de la montée de la Bource. Bon c’est beaucoup plus ludique que dans la version 48 km, mais là les kilomètres commencent à se faire ressentir dans les jambes même si je suis plutôt bien. Même en discutant j’arrive à me répéter mon mantra et à rester concentré et sage. Enfin presque… Avec ma grande bouche je m’embarque tout droit sur un chemin mais heureusement mon compagnon me rappelle à l’ordre : il a vu la flèche… Le GR533 n’est pas vraiment des plus ludiques, on dirait que Jérôme a un peu plus de mal que moi lorsque ça se courre mais dès que ça se monte il est dans son élément. En plus il a toujours ses bâtons à la main, je ne sais pas comment il fait : chapeau. Je le lâche un peu. Voilà le col d’Anozel, quelques encouragements toujours très sympas : j’ai le sourire aux lèvres. Allez ça va aller tout seul jusqu’au ravito, j’arrive même à rêver un peu… Enfin tellement que je m’étale de tout mon long. Jérôme revient, on repart ensemble. Je relance, je me sens plutôt facile je me mets dans ma bulle et accélère. J’arrive rapidement à proximité du dernier ravito. Mais je suis tellement dans ma bulle qu’en relevant la tête je m’aperçois que je me suis loupé : je suis sur le chemin du dessous qui mène au réservoir ! Quel con ! Je jure tant et plus. Je n’ai plus qu’à remonter au ravito où j’arrive en même temps que Jérôme… Ce qui me rassure c’est que j’ai rattrapé les 200m que j’avais grugés : il y a une justice, je dormirais tranquille. Je remplis ma flasque mais oublie de manger. On nous annonce 13ème et 14ème : j’écarquille les yeux !  Bon là il va falloir gérer cette satanée montée qui ne m’a quasiment jamais réussi. Il y a du monde Jérôme me demande s’il s’agit des relayeurs : non ce sont ceux du 19 km, il y en a partout. Je pars en marchant, tout en buvant. Je me dis que je pourrai trottiner mais ça ne servirait à rien, il vaut mieux assurer… Bon ici c’est relativement plat, on va essayer quand même jusqu’à la passerelle. A partir de là c’est assez facile jusqu’au gros chemin, mais mes cuisses qui régissaient si bien il y a encore ¼ heure, ont du mal. Alors j’y vais tranquille. Jérôme me dit : on voit qu’ils sont sur du court, en plus ça sent le frais et le savon. Il a raison : chaque fois qu’un coureur passe ça sent la lessive des vêtements frais. Sourires, c’est la première fois que je ressens ça moi, qui ne suis pas un olfactif d’habitude. Tiens on me tape sur l’épaule : c’est mon « boss » Trailer depuis peu. On échange quelques mots. Je ne suis pas trop dans mon assiette. Je sors une ou deux pastilles Vichy. Je ne parle plus trop, juste les explications de base sur ce qui va suivre. On traverse le chemin et empruntons le sentier de la vraie dernière difficulté. Je sais, je ressens les symptômes d’une hypoglycémie. Je ralentis et mange. Heureusement que les cuisses ont encore de la réserve pour soutenir la tête qui ne va pas trop momentanément. Et en déambulant on parvient au sommet. Jérôme relance, je le suis mais au bout de 20 mètres, je luis dis de faire sa course, il vaut mieux que je me requinque. Je souffle, ça va déjà mieux, mais je sais qu’il va me falloir une bonne demi-heure pour être de nouveau bien. Alors je trottine. C’est bizarre après toute cette journée à être presque toujours tout seul: il y a du monde partout. Je double, on me double mais ce ne sont que des coureurs du 19 km. Ah si, un bolide aux bâtons tordus me double. C’est un 73 il a un rythme de fou. Je n’en reviens pas : bon vent. J’appelle Fred. Elle me dit que Manu M. passe la ligne. Je n’en reviens pas il va me mettre environ 45 minutes, ce après un mois de maladie. Il a fait une course de malade !!! Je pense à l’autre Manu. J’imagine qu’il ne doit pas être très loin, généralement cette partie est la sienne. Malgré tout, et sans savoir pourquoi, je ne pense pas qu’il me reviendra dessus : je suis encore assez bien, je suis même en meilleur état que l’an dernier au même endroit même si ce n’est pas le Pérou. Ah voilà le dernier tout petit coup de cul, après ce sera la Roche du Kiosque. J’arrive à y trottiner. C’est que ça va pas si mal. On passe la Roche, je me lance pas trop vite, ma course est faite. Un coureur m’explique la suite, je lui réponds deux fois : je sais, je sais… Il me demande l’heure, je lui réponds 8h35. Il se retourne et me regarde bizarrement et réalise que je suis sur le 73. Machinalement je lui ai donné le temps du chrono… Il n’en revient pas et manque de tomber, je ris et m’excuse. On passe sous le Roche St Martin, je repense à Alain G. qui ici était eu plus mal. Je finis le sentier tranquille. Un peu trop tranquille peut être : sur le bitume un coureur du 73 avec des bâtons me double juste avant le tunnel. Je le laisse partir, aucune envie de me faire mal, juste finir ma course comme je l’ai faite toute la journée « cool, prend ton temps, pas d’affolement ». Ça y est nous voilà sur le plat. Je sens que j’ai récupéré de mon hypo. Je ré-accélère un peu, juste pour voir, les jambes régissent bien. Je crois que je pourrai faire encore un bon paquet de kilomètre après un bon casse coute. D’ailleurs je monte le pont en courant et rentre en ville. J’ai le sourire je salue les bénévoles. On traverse le pont et me voilà au bout du parc. J’aperçois ma belle et les enfants. Je fais des grands signes : moment toujours privilégier.

Hugo me rejoint, il me suit jusqu’à l’arrivée. Ah que c’est bon. Je suis en 8h58 et quelques : mission accomplie. Je retrouve ma petite famille : grand bonheur. Il y a un tas de monde : je salue Alex qui est avec Sarah, échange quelques mots avec mon boss et cherche Jérôme du regard pour lui payer une bière, mais ne le ne trouve pas. Celui que je trouve c’est Manu M qui est sur le podium ???!!! Manu arrive dans mon dos il est juste 3 minutes derrière, je pense immédiatement qu’il a fait une super deuxième partie. Je vais féliciter l’autre Manu. Il est sec et bien blanc, mais il est 3ème V1. Je n’en reviens pas quelle bestiasse !!! Mais il est cuit il va repartir dans la foulée.
Je vais donc au ravito avec Hugo. Pauline et Fred m’y rejoindront. J’y retrouve Manu on échange avec Joël et sa coéquipière et voyons Julien qui arrive. Je me dis qu’il a fait 2ème, déjà douché. Mais je suis refroidi dans mon élan, il a abandonné, je n’en reviens pas. Aujourd’hui je me dis qu’il rebondira sans problème. Je retrouve Virginie, Jean Baptiste et Julien R. qui me félicitent tous.
Ce sera ensuite le rituel de la douche : bondées cette année puisque on est arrivé en plein dans les 19. Michel G a fait 1er V1 sur le 19 : c’est la journée !!!
Avec Manu on retrouve ma petite famille pour le repas : j’y croise Remes et son amie dans la file d’attente : je suis dans le gaz et n’échange quasiment pas avec eux : qu’ils trouvent ici mes excuses. J’arrive à manger plus que d’habitude. C’est bien sympa. Fred et les enfants repartent, on va essayer de trouver Rémi avant de se mettre en route. Nous saluons Julien et sa tribu, Lionel est avec eux. Puis ce sera Léo auteur d’une belle 4ème place son Olympe s’est fait plaisir sur le 19. Aurélien lui est revenu au Trail avec une superbe 3ème place sur ses terres: les bénéfices du ski alpi… Ce sera enfin Steph qui est encore aux manettes de tout, juste avant de retrouver Rémi qui a apparemment payé son Sap-Trail du weekend dernier, puis c’est Christian qui peut être satisfait et rassuré : sa saison va pouvoir prendre son envol. Nous nous mettons en route. Rétrospectivement le plus drôle est que pour une fois sur le chemin du retour nous échangeons très peu sur nos courses respectives : juste que j’ai passé une grosse partie de la course seul puis avec Jérôme. Manu a fait route avec Lionel avant de faire un très beau final : il me reprend 5 minutes sur le 43 kms dont je pense 2 minutes sur le final…
Que dire de tout ça ? Et bien c’est simple : je suis très content de ma course. Les jambes ont répondu, je ne me suis pas affolé, ai mangé régulièrement etc… Bref tout y est. Le seul petit bémol est cette petite hypo mais je sais que c’est du à ma perte de lucidité d’avant ravito. Rien de grave. Pour les amateurs de chiffres: je suis 16ème au scratch et 4ème V1 (à 40 min de Manu M), mais nous n’étions que 166 individuels au départ. Par ailleurs j’ai 73 km et 3000D+ en données corrigées au GPS.
Alors la course parfaite ? Non, loin de là. Il y a encore du boulot. Il faut que je mange un peu plus toutes les 3-4 heures de course  Il y a du foncier à gagner et surtout de la vitesse. De la puissance et de la force aussi surtout pour encore accélérer en montée. Quand je vois la perf de Manu M je sais qu’il y a encore du chemin mais je suis sur la bonne voie. Les 2 prochains morceaux sont d’un tout autre calibre (Lavaredo et UTMB sauf si je vais au Wurzel). Alors ça va venir, mais surtout il ne faut rien lâcher. Alors, au boulot gars, vive la prochaine mais aujourd’hui je savoure d’avoir fait une belle course à tous points de vue !…

  1. #1 by Christian - Wanderer on 3 mai 2013 - 7:47

    Bravo Marc pour ta magnifique course. Les auspices étaient bons, je te souhaite de continuer ainsi pour la suite.
    Christian

  2. #2 by sherpa on 3 mai 2013 - 10:01

    Bravo Marc,bonne continuation

  3. #3 by julien on 3 mai 2013 - 7:03

    bravo marc et beau récit, je ne sais pas trop comment ça fera au Lavaredo, mais il faudra être tout doux au départ.

  4. #4 by Manu M. on 8 mai 2013 - 4:21

    C est aussi de l ultra ton récit, merci et toutes mes félicitations Marc, à bientôt.

(ne sera pas publié)