28 juin 2013 – Lavaredo Ultra Trail – Cortina d’Ampezzo (Italie)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 86 km Dénivelé positif: 3520 m Dénivelé négatif: 3520m

« qu’il est long, qu’il est loin ton chemin papa… »

Oyez, oyez braves gens qui ont l’habitude de lire mes récits interminables, qui fourmillent de tous les moindres détails de mes courses et sensations. Aujourd’hui il n’en sera rien ou plutôt un tout petit peu moins… J’en profite pour remercier Julien et Remi pour les photos qui illustrent ce récit. Mais lisez plutôt…

Le récit:

Jeudi 27 juin, nous nous dirigeons avec Julien, Rémi, et Yannick vers Cortina d’Ampezzo, en Italie pour y vivre une superbe aventure: le Lavaredo Ultra Trail, magnifique course de 118km et 5870 D+. L’ambiance est plutôt détendue, y compris lorsque l’on nous sommes accompagnés de chutes de neige dans les cols qui nous amènent au cœur des Dolomites. Après avoir retrouvé Léo, tous au dodo. J’en ai besoin: les 2 dernières semaines ont cruellement manqué de sommeil, et la nuit qui va suivre s’annonce dure.
Le lendemain, nous retrouvons Daniel et sa bonne humeur, pas de Steph à l’horizon, on le retrouvera un peu plus tard au briefing avec toute son équipe. Entre temps, ce sera préparation du sac et sieste : juste de quoi dégouter les autres avec ma capacité à ronfler en tous lieux et tous endroits… Nous arrivons donc au briefing avec nos sacs à destination de la base vie. Et là c’est la douche froide. Les organisateurs, la voix chargée d’émotion, nous annonce un parcours de repli en raison de la neige et du froid. Je suis dégouté. Je ne connais pas la région, mais l’énoncé des conditions me fait dire qu’on pourrait certainement passer sans trop de problème ou tout du moins décaler la course au lendemain. C’est d’ailleurs ce qui nous attend avec un départ à 8h au lieu de 23h ce soir. Nous n’avons donc plus qu’à aller ruminer notre ressentiment à la pasta-party, et tenter de dormir sereinement.
Nous revoilà donc le samedi matin. J’ai bien dormi, mais encore pas assez, je compte sur « l’effet course » pour faire passer ces sensations d’endormissement qui m’assaillent. Au petit déjeuner je n’ai ni gatosport ni jambon – fromage: il faut se contenter du pain local qui n’est vraiment pas terrible. Nous rejoignons le départ à pieds. Quelques minutes d’échauffement, le temps de saluer les petits « francese », et nous venons nous caler juste derrière les cadors. D’ailleurs l’un d’eux n’est pas présent, c’est François Faivre : son père nous décrit son état de santé : pas glop… La musique d’Ennio Morricone s’élève et c’est parti pour 85 km et 3500D+.
Je garde Julien en visu, il a décidé de partir cool, il devrait avoir le bon tempo. Yann et Remi sont justes derrière moi. Les sensations sont bonnes, juste la jambe gauche qui est un peu tétanisée, ça va le faire. Je jette un œil à la montre, nous sommes en 5min/1000, le rythme est bon, je dois être vers la 100ème place, il n’y a plus qu’à se mettre en mode « rêve » et gérer. Nous cheminons ainsi pendant 3 km sur du bitume en légère montée. J’aperçois encore Julien de temps en temps ainsi que Karine Herry. Je me dis que je suis un peu vite, mais en me retournant je vois toujours Yann et Remi, ça devrait donc être bon. Nous passons au bord d’un joli lac, et quittons le bitume pour une piste en lacets. Pour l’instant le parcours est sympa, il aurait été juste bien pour un départ de nuit en diluant le peloton. Je suis plutôt bien. Les sensations sont moins bonnes que lors des deux derniers Trails mais ça va. Le souffle est posé, je mange et bois comme il faut. Je n’arrive juste pas à trouver le moyen de rêver, de me mettre dans ma bulle, comme je le fais d’habitude sur ce genre de course. Je me cale derrière une charmante italienne. Ses compatriotes sont infernaux, chaque fois que l’un d’eux arrive à son niveau il l’aborde franchement et elle les remballe : je ris tout seul et tourne la tête de temps en temps pour admirer le paysage. Nous voilà d’ailleurs rapidement en haut de la première montée.

Plus de Julien, plus de Karine. Je descends tranquille, je trouve qu’autour de moi, ça va bien trop vite. D’ailleurs voilà déjà le point bas. On serpente alors dans le fond de vallée, ça court et ça court encore, pas très motivant pour moi qui m’était préparé pour un ultra… D’ailleurs, je vois le compagnon de Karine Herry. On échange 2 mots, « elle est juste devant, c’est un jour sans jus… » ???? Ah ben oui, elle est effectivement juste devant. Je la rattrape quelques mètres plus loin, dans une courte montée juste avant le premier ravito. Je m’arrête très rapidement juste le temps de faire le plein d’eau et c’est reparti. Je suis un peu inquiet : si c’est aussi roulant pendant 85km ça ne va pas le faire. Je me raccroche alors à ma gestion du Trail des Roches, ça devrait donc le faire en un peu moins de 10h30… Ah, ça y est ça monte, mais bon, ça reste du « facile ». Karine m’impressionne, elle courre tout le temps, pas vite, mais tranquille. Effectivement je ne la sens pas au mieux, mais il est clair que vu son expérience elle va gérer ça au mieux. Je la dépasse. Elle me re-dépassera un peu plus loin alors que je mange 2 bonbons au Coca. Nous en sommes à 2 heures de course, j’ai fait 19 kms. Nous montons vers le point culminant de la course. Les jambes et le corps sont biens, mais je me sens las, je n’arrive toujours pas à me détendre complètement, en fait je me sens… fatigué… D’habitude ce genre de sensation passe avec l’adrénaline de la course mais là… Pfff nada… D’ailleurs, je dormirais bien une petite demi-heure…
Et puis le chemin est assez ennuyeux même si l’environnement est superbe. Je rattrape quelques coureurs qui m’ont dépassé dans la première descente. Les jambes sont en mode « montée ça va bien et bien », mais la tête n’y est pas. Voilà un peu de neige.

Je regarde le GPS nous sommes à plus de 2000m. Je suis dégouté, ça a certainement fondu mais ça aurait largement passé sur le parcours initial. Ah, voilà certainement le point Haut. Le téléphone sonne, c’est Fred. On échange peu, je suis sur le bout le plus dur avant la bascule. Voilà le col, la vue est superbe, mais pas moi. Je mange et bois, mais y a pas, j’ai envie de dormir. Le sentier est pourtant fait pour moi, mais le cœur n’y est pas. S’il y avait du gazon, je m’allongerais pour une sieste. Je laisse passer quelques coureurs dont Karine. Je me force à rêver, à penser à autre chose. J’y arrive tellement bien que j’oublie ce qui m’entoure et le déroulement de ces quelques km. Je garde juste l’image d’un peu de neige et de quelques relances dans un ou deux lacets.

Il en sera ainsi jusqu’à l’abord du 2ème ravito. J’y refais le plein d’eau mais là je n’y suis plus. Je vois Karine qui s’en va, je ne la reverrai plus. Je pars en marchant, je n’ai plus envie de courir, pas envie d’aller plus loin. Heureusement, je sais que ça va revenir, mais quand ??? Ça peut être long, très long. Alors il va falloir prendre son mal en patience et avancer… Quoique c’est certainement ce que j’apprendrais un peu plus tard : il vaudrait peut être mieux se poser 10 minutes dans ces cas-là. Mais revenons à nos moutons ou plutôt à nos sentiers…
Je déambule, suis cuit mais retrouve de la lucidité. Je m’étonne d’ailleurs de ne plus voir de rubalise ??? Ah c’est sur la droite. Je rappelle, en hurlant, le coureur qui me précède. C’est un allemand qui me remercie 5 fois en anglais: je ris. Mes jambes, elles, me disent leur ras le bol et mon corps veut encore plus dormir. Je vais déambuler ainsi de petits coups de mous en « mini-mieux » jusqu’à un petit lac près du 3 ème ravito.

Pourtant le parcours sur ce bout n’est pas des plus désagréables, mais je n’y suis pas et me fait doubler allègrement. Je décide de me poser au prochain ravito, qui sera la base vie de la course. En y arrivant je suis d’ailleurs très surpris de l’efficacité des bénévoles. A peine arrivé, mon sac est ouvert à mes pieds. Je change de chaussettes et de chaussures, et échange mon maillot manches longues contre des manches courtes. Je regarde la nourriture : beurk et rebeurk : les tartines Nutella sur biscotte côtoient la confiture sur biscotte, le saucisson ne m’inspire pas : il a dû prendre chaud. Heureusement je prends du bouillon. Je vais le boire en marchant. Là c’est la cata, nous sommes sur le bitume juste en dessous des 3 Cimes, lieu mythique des Dolomites. On n’y montera pas : le dégout. Et moi j’en ai ras le bol. Alors je fais 500 m dans un pré et me pose sur un caillou. Je regarde le paysage en mâchonnant un bonbon. Ah le téléphone sonne c’est ma petite femme, je lui dis que ça ne va pas terrible et qu’il reste 40 bornes, mais ça va aller. Je continue à souffler, boire, manger et contempler.
Je me relève au bout de quelques minutes. Je remets lentement la machine en route. Le gros coup de pompe semble passé. Le sentier est technique et le vallon est vraiment joli, ça me va bien. Je ne vais pas encore bien vite mais le moral et la lucidité sont revenus. Je me fais encore doubler, mais je sens que les coureurs qui m’entourent sont également dans le dur. Je me rappelle la CCC, je suis un peu dans les mêmes conditions qu’à La Fouly. J’espère que le suite se déroulera de la même manière. Le téléphone re-sonne, c’est ma puce : « tu pourras dire à maman que ça va mieux ». D’ailleurs, le paysage ressemble un peu à ce qu’il était en Suisse, en ce fond de vallée. Sauf que là c’est la cata qui recommence. En effet, nous abordons une longue piste cyclable. Certes ce n’est pas du bitume mais c’est tout comme. C’est chiant au possible, il n’y a pas d’autres mots. Cela va durer près de 6 km. Les coureurs en ont tous ras la casquette. J’aide un italien à sortir une barre de son sac : il jure dans sa langue natale, j’en reconnaitrais également des allemands, anglais, espagnol… Mais moi je vais un peu mieux, je retrouve du rythme et tous ceux qui m’ont largué précédemment. La tête y est, les jambes semblent également revenir. Je maintiens péniblement un petit 11 km/h mais je trouve que ce n’est pas si mal. Ah un ravito : arrêt express, un thé bien sucré, le plein d’eau et je repars, mais la piste est toujours là. Je finirai par en voir le bout, mais c’est toujours aussi pénible : le chemin qui monte raide, est toujours aussi large, aussi roulant.
Je fais le yoyo avec un coureur. Finalement je l’attends : il est suédois. Nous échangeons en anglais. Je suis de mieux en mieux. Lui est déçu, il était venu chercher les points pour son futur 4ème UTMB qu’il a toujours fini dans les 50 premiers : fichtre… Le paysage se fait plus sympa. Nous allons avancer de concert quasiment jusqu’au sommet. Là, j’ai retrouvé tout l’allant et l’envie, alors je le quitte en pensant sincèrement le revoir plus tard et lui crie un « see you soon ».
J’enchaine, je n’accélère pas trop, il reste quand même une bonne vingtaine de bornes. Le sentier est plutôt sympa, au fur et à mesure de la descente je sens le physique et le mental qui reviennent bien. Je retrouve mon italien : il me lance un regard totalement épuisé, cette fois ci c’est lui qui n’y est plus. Tiens une vache : elle n’a pas l’air de vouloir se pousser, j’arrive à hauteur de son arrière train et l’encourage à aller plus loin en la tapotant, le ravito est tout proche. Je défais mes flasques et optimise. Le temps d’attraper une tranche de saucisson, du fromage et c’est reparti. Je mange en marchant, ça y est tous les voyants sont revenus au vert. Dommage que cela ait mis aussi longtemps. Les torrents et gorges qui se succèdent sont très jolis.

On va reprendre le chemin de ce matin pour revenir à Cortina. Il n’est pas mal, mais bon ce n’est quand même pas génial de revenir sur ces pas. La vue est plutôt sympa lorsque l’on est de nouveau en balcon. Je cours à nouveau tout le long. Dommage que le parcours ne fasse que 85 km : je pense que je me serais bien éclaté encore sur le reste. Je rattrape quelques coureurs qui m’ont déposé lors de mon coup de mou. Je pense que j’ai dû perdre une grosse demi-heure: pas grave. Voilà le point haut, une jolie vue sur Cortina.

Je passe une petite passerelle et c’est parti dans la descente. Elle est assez facile, mais je ne vais quand même pas super vite : je suis en 13 km/h. Ça ne sert plus à rien d’accélérer, je veux finir en me faisant plaisir et sans être détruit, ce sera déjà pas mal après 80 km. Je rattrape encore quelques coureurs qui me semblent bien cassés, puis ce sont les serre-files et les derniers du Cortina Trail parti à 9h ce matin.
Tiens voilà le dernier ravito ??? Ça ne me rassure pas, je me dis qu’il doit rester plus que prévu, mais je sais que Cortina est tout proche, donc je ne m’arrête pas. Je retrouve le lac de ce matin et quelques mini coups de cul, que je passe en trottinant comme à l’entrainement, d’un petit coup de rein. La pente redevient plus raide, nous sommes sous la ligne de la télécabine. J’aperçois deux coureurs qui sont rejoints par leurs femmes. Nous sommes à 85 km, et rejoignons les rues de la ville. Ça ne sert plus à rien d’accélérer, ils ont été plus forts que moi : je vais finir tranquille, en trottinant. Ça remonte un peu et voilà l’avenue principale. Il y a un peu de monde et de l’ambiance. C’est super sympa d’être encouragé à coup de « Bravi, Bravo, Forza, Daï, Daï… » Je regarde ma montre je serais légèrement sous les 11 h de course : 10h57 pour être précis. Je passe la ligne, moment toujours très sympa. On me pose 2 questions en anglais, je vais vers le ravito et récupère ma veste finisher. Je m’assieds bois un verre de coca avec quelques rondelles de pomme : mmhh, ils auraient du en mettre aux ravitos. Tiens le classement est affiché : c’est l’alsacien Sébastien Spehler qui gagne, Steph et Leo ont fait une très belle course 11 ème et 12 ème aux alentours de 8 h 45, Daniel est 31ème en 9h36, et Julien est 44ème en 9h51, Karine Herry 72 ème en 10h24: je dois donc être aux alentours de la 120ème place (finalement 110ème/620 classés). Je ne perds pas de temps : je retourne au chalet, pendant que mes jambes sont sous pressions : je reviendrais voir Yann et Remi si possible après la douche. En arrivant je retrouve Léo et Julien : ils vont chez Steph, je les retrouverai plus tard. S’en suivra un petit repas où je mangerai peu en compagnie de Julien, juste avant de retrouver ma petite femme au téléphone.
Julien me fera bien rire lors de la récupération de nos sacs en insistant sur le numéro 334 alors qu’il avait le dossard 332… Surtout que 334 dit en Italien par Julien ça a de la gueule… Nous retrouverons Yannick qui arrive bien frais et en bon état. Remi lui s’est vidé en se trompant de boisson lors d’un ravito : il a fini au courage à peu près dans les mêmes temps que Yannick, aux alentours de 13h15 de course. Nous nous retrouvons tous le soir, pour échanger nos mauvaises impressions : le parcours n’était vraiment pas terrible, même si les paysages comme les organisateurs, spectateurs et bénévoles étaient très sympas.
Heureusement le lendemain nous allons nous promener sur les sentiers où nous devions passer: c’est littéralement somptueux. Et nous sommes surs qu’en décalant le départ, cela aurait passé sans aucun risque. Du coup Léo est sûr qu’il reviendra pour le parcours original. J’y reviendrais sans doute également, mais d’ici quelques années : il y a tant d’autres belles courses à découvrir.

A la découverte du parcours initial

et des Dolomites

Finalement le weekend fut des plus sympas. Mes impressions en terme de course sont très mitigées : je n’ai pas aimé le parcours et n’était pas préparé pour quelques chose d’aussi roulant. Bon la caisse est là, il va falloir la conserver, mais même pour un ultra il va falloir retrouver de la vitesse et de la capacité à courir. De plus la gestion du sommeil est vraiment primordiale et puis je crois bien que mon petit déjeuner loupé est pour quelque chose dans mon gros coup de mou…
Maintenant place aux vacances et à nos retrouvailles avec ma petite famille. Et puis histoire de ne pas rester sur un sentiment d’inachevé je pense que je vais certainement aller tester un Trail alsacien inconnu pour moi, bien que très proche de la maison : Le Trail du Pays Welche…

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