30 aout 2013 – Ultra Trail du Mont Blanc – Chamonix (74)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 168 km Dénivelé positif: 9800 m Dénivelé négatif: 9800m

« La course quasi idéale… »

Le récit:

Ce récit s’annonçant des plus longs j’annonce dès à présent qu’il sera finalement coupé en 2 parties: l’une sur ma prépa et l’après, l’autre sur la course proprement dite: voici le déroulement de la course.

GO TO THE START

Jeudi après midi, Rémi passe me récupérer à la maison. Virginie et sa fille nous accompagnent pour faire une surprise à Jean Baptiste embarqué avec Michel et Julien, 2 autres barjots du même tonneau, sur la Petite Trotte à Léon, petite balade de 300 km et 24000 m de dénivelé positif.
La route est sympa, même si peut être pas passionnante pour Virginie: nous sommes déjà dans notre course. Après avoir décrit un peu le parcours à Rémi, nous arrivons à Cham. Après avoir fait la surprise à la famille de Jean Baptiste je retrouve la mienne de petite famille: ils se sont régalés à découvrir cette superbe vallée. Le soir, gros avantage, pour une fois j’ai déjà tout préparé, même ce que Fred me donnera en assistance: comme les pros. Donc dodo de bonne heure. En effet, j’ai une grosse peur: ayant eu une GROOOSSE semaine de boulot, j’ai très peu dormi, et c’est vraiment l’un des points clefs de la réussite…
Le matin réveil vers 8H. J’ai vraiment bien dormi : me voilà un peu rassuré. Le temps est superbe, la vue sur le Mont Blanc également. Les conditions vont être excellentes pendant ces 2 jours de course. J’espère simplement qu’il ne va pas faire trop chaud. Avec Rémi nous allons récupérer nos dossards: l’organisation est toujours au top. On peut aimer ou détester cette énorme machine qu’est l’organisation de l’UTMB mais ça ne laisse pas indifférent. Un petit passage par le salon du Trail et ce sera encore un repas de pâtes. Nous retrouvons le 3ème comparse et nous rendons au départ: nous avons encore quasiment 1h30 d’attente, mais à plus de 2400 au départ, ça va pas être simple de partir correctement.

Les minutes s’écoulent tranquille, Yann vient nous rejoindre. J’aperçois Daniel vers l’avant, puis Christian et Alain, Geoffrey puis Pascal. Fred est avec Hugo, pas très loin, Antoinette avec Isaline et Tristan: que de monde… Il manque juste Manu M., pas vu le bougre… La musique monte, grosse émotion, le décompte s’écoule et c’est parti.

CHAMONIX – LES CONTAMINES

Ça bouscule un peu dans le portillon. J’apprendrai plus tard qu’il a fallu plus de 3 minutes pour que tout le monde se mette en route… Pour ma part je suis tout à gauche. Ça coince à peine, je m’engouffre dans le trou. Je commence déjà à me dire, cool, gérer, encore gérer, jamais plus vite que 5’50/1000. Je me suis concocté un petit timing jusqu’à Courmayeur pour ne surtout pas aller trop vite… Pourtant ce serait tellement simple de se laisser porter, surtout que là ça roule tout seul, en légère descente sur du bitume, et puis il y a un monde fou qui nous encourage. On passe par les Gailland, il y a encore plein de monde qui grimpe: jolis souvenirs… On quitte enfin la route pour jouer sur le chemin qui mène aux Houches. Ça monte très légèrement, ça redescend et c’est à nouveau quasiment plat. Les 7 premiers km passent tout seul: heureusement il en reste encore plus de 160… On quitte le chemin pour retrouver un peu de bitume. Ça remonte légèrement et nous voilà déjà au premier ravito des Houches. J’attrape juste un verre d’eau et repars. Quelques foulées et on est au pied d’un escalier qui va précéder la première montée. Virginie est là: elle m’encourage, Manu (le père de Jean Baptiste) est également là avec Marco: très sympa tout ça. Je refais quelques dizaines de mètres et là c’est ma puce que j’entends m’encourager: elle est avec « Polanicam » (comprendra qui pourra…): tout ça est vraiment top. Allez faut se mettre en mode automatique, on entame la montée au Déleveret. Je tourne la tête juste à temps pour voir Killian Jornet: le champion semble détendu mais abordé de toutes parts. Allez retour à la course. C’est la première d’une longue série de belles montées: nous nous dirigeons vers le Déleveret.
Il y a du monde autour de moi, ça monte vite. Je décide de déjà temporiser: à mon avis beaucoup risquent d’exploser au son de leurs souffles… Donc je ne cours pas et marche à allure moyenne. Je sors les bâtons, une coureuse au maillot argentin me double pour la 3ème fois… Et je vois une tête connue qui descend à contre-sens: c’est Jean Pierre M. Il est là en balade, pour encourager les coureurs: il sera de l’infernal 160. Je pense à son UTMB 2009: sur ce même parcours il a mis 30h15: impressionnant ! Je repars quand tout à coup je vois Manu qui me rattrape. Bigre il semble en forme. On échange un peu, je suis parti un poil plus vite: en fait j’ai juste réussi à me faufiler un peu mieux dans les bouchons. Nous sortons de la forêt, le sentier est agréable, la vue également: il fait toujours aussi beau. Nous dépassons le Col de Vozat, puis on passe au Déleveret où nous passons le 1er point de suivi: je suis 580ème en 1h50: nous avons fait 14km pour 868D+. Je suis juste dans le bon tempo: surtout ne pas s’affoler et gérer ma course, uniquement la mienne et surtout ne pas s’occuper des autres, d’ailleurs je laisse partir Manu. Nous arrivons au sommet de La Charme.
Je range les bâtons. Je sais que d’habitude je n’aime pas courir avec, mais suite à ma belle saison de ski de rando je me suis entrainé régulièrement avec : je pense qu’ils vont m’apporter beaucoup aujourd’hui. Je rattrape Manu. Nous sommes sur une piste de ski bien pentue. Je descends à l’aise tranquille sans pousser les jambes mais sans les retenir non plus: je veux garder des quadris jusqu’à la fin. On retrouve un sentier et un petit point d’eau: un verre rapide et je repars. La descente se fait sympa jusqu’à St Gervais. Ici, c’est noir de monde. Je passe au ravito, j’aperçois Antoinette et Isaline, encore un verre d’eau rapide et je repars. Manu est toujours présent. 21km, en 2h38, ça c’est fait. Je suis pointé en 576ème position: tout roule, tout coule…
Le chemin alterne courtes montées et descentes. Manu me relâche: aucun souci, je commence à bien rêver. Je trouve toujours que les gens attaquent les montées trop vite: en haut ils sont toujours « à la limite ». La température se rafraîchit, la nuit tombe doucement: nous arrivons sur les Contamines. Je vais bientôt retrouver les miens. Tous les voyants sont au vert, enfin presque, j’ai l’estomac un peu contracté Il y a un monde fou aux alentours du ravito. J’entends Fred qui m’appelle. Elle court vers l’entrée de l’assistance. Je la retrouve avec Hugo. Ils m’équipent de ma frontale, et me donnent mon sandwich. Le plein d’eau et je repars.

LES CONTAMINES – CROIX DU BONHOMME

Je retrouve Manu. Je continue à marcher en mangeant mon sandwich. Nous attaquons la nuit et la longue montée qui doit nous amener vers la Croix du Bonhomme: je suis 486ème en 4h15. Je suis à la minute près dans mon tempo: tous les voyants sont à nouveau quasiment bien verts. Le sandwich avalé est en train d’y mettre bon ordre, et la nuit est mon amie. Je me répète un mantra: mange régulièrement, tu peux tout manger, tu digères tout… J’y ajoute une nouveauté: dans chaque montée j’ouvre la sangle ventrale de mon sac afin qu’il ne m’oppresse pas l’estomac.
Nous entamons un passage assez plat. J’y trottine tranquille en marchant souvent. Manu me lâche à nouveau sans s’en apercevoir. J’observe les étoiles, il y a du monde un peu partout et l’ambiance est toujours aussi sympa. J’arrive rapidement à Notre Dame de La Gorge.
Voilà le début du gros morceau de la nuit. Il y a environ 10 km pour 1300D+ jusqu’à La Croix du Bonhomme: je vois les frontales qui serpentent loin devant moi. Pas d’affolement. Je trouve qu’il fait un peu frais mais je suis bien. J’ai mon maillot manches longues depuis le départ même si celui-ci est un peu léger: l’autre dans le sac est un peu plus épais, mais ça va. Ça commence à monter doucement, je ressors les bâtons. Je suis toujours effaré de la vitesse à laquelle les gens entament les montées. En effet, je préfère nettement attaquer à un rythme plus faible et le garder tout le long quitte à essayer d’accélérer sur la fin: ça permet de gérer de grands et longs coups de cul… Habitudes de la montagne où il faut savoir durer… Je rêve, je suis en mode ultra, j’en suis à 5h35 de course. Je pense à mes loulous, à mes proches. A Manu M dont je me demande s’il est loin devant, à Rémi, Yann, Alain, Christian qui sont certainement assez proches de moi. J’ai une pensée pour les 3 barjots qui sont sur la PTL, bref tout le monde y passe. J’ai un petit coup de frais. Je m’arrête sur le côté et enlève mon sac sans réfléchir: la frontale tombe au sol je n’y vois plus rien. Je tâtonne pour la rebrancher et mettre ma veste. Je mange un petit bout et repars. Voilà déjà le ravito de La Balme. Un beau feu brule: c’est très beau. Normalement nous sommes à un peu plus de 39ème km. Il y a du monde, Je m’arrête rapidement au bout des tables. Je fais le plein d’eau, bois un fond de bouillon, et repars.
La pente devient plus raide, ça me va bien, je pousse sur les bâtons. On prend un petit lacet et je tourne la tête: un immense serpent lumineux s’étale à mes pieds: c’est magnifique. Je ne peux pas m’empêcher de me retourner plusieurs fois pour le voir encore et encore. Il y a environ 2000 frontales sous mes pieds: incroyable. Je me sens bien, j’ai même trop chaud: j’enlève ma veste en marchant. J’accélère imperceptiblement même si le sommet me semble encore loin. J’écoute mes sensations, je crois que la machine est en route et bien en route. Je réfléchis: attention, quand on se sent bien le coup de mou n’est jamais loin, je prends donc un demi-gel pour prévenir le coup de mou. Il y a nettement moins de monde autour de moi, je double et rêve, le coin est magnifique de jour: ils auraient pu décaler le départ pour ne pas avoir les mêmes parties de jour qu’à la CCC. Le temps passe sans que je m’en aperçoive, je passe le Col du Bonhomme, le refuge n’est plus très loin. Allez encore une petite accélération histoire de dégourdir les jambes, mais en restant raisonnable: on est quand même au-dessus de 2000m… Je serpente encore un peu et voilà le refuge. Je saurais plus tard que je suis 577ème en 7h18. Je termine la montée. Je m’arrête une petite minute au sommet pour replier mes bâtons, et resserrer mes chaussures. Nous avons fait environ 45km pour 3000m D+: déjà un beau trail de fait…

CROIX DU BONHOMME – LES CHAPIEUX

J’entame la descente vers Les Chapieux. C’est une belle descente, pas très simple dans les herbages et les rigoles. Il y a 900m de dénivelé en 5km. Il s’agit de ne pas s’y cramer les quadris. Ma frontale est au max et je suis bien content d’avoir un éclairage vraiment efficace. J’entame un processus alimentaire assez simple: je mange une mini bouchée de solide très régulièrement ainsi qu’une ou 2 gorgées de boisson. Je fais cela dès que je sens le ventre qui se tend imperceptiblement. J’arrive à être totalement à l’écoute de mes sensations. Je fais une belle descente en profitant de la nuit étoilée je me sens en harmonie avec la nature. J’arrive rapidement au ravitaillement. Là également j’apprendrai plus tard que je suis 537ème. Ce que je sais c’est que je suis au 50ème km et que je suis à 8h de course. Il est donc minuit et demi, tout va pour le mieux. Dès l’entrée de ce ravito, on me contrôle le matériel obligatoire: téléphone, deuxième frontale et veste. J’attrape une barre pour remplacer celle que je viens de manger et poursuivre mon processus. Je m’assieds un peu : j’avais prévu une bonne pause à ce ravito. Je mange du saucisson avec du fromage et du pain. Je prends en plus 2 tranches de pain que je mets dans ma poche et des tucs. Je repars pour manger en marchant. Je suis resté près de 8 minutes à ce ravito : une paille… Je suçote le saucisson, et recrache les morceaux: ça ne veut pas trop descendre. Je m’arrête au pied d’un bâtiment, range un peu mon sac où je sens un point dur et jette les tucs: je les ai explosé en voulant les mettre en poche… Là des souvenirs du Grand Raid des Pyrénées m’assaillent. Je me rappelle mon long périple depuis Cauterets à ne manger que du pain et des cachous, alors que je commençais à revivre. Bon je me remobilise: là il faut monter au Col de la Seigne, c’est un nouveau gros morceau. En effet il y a 10 km et 1000m+ avant de basculer en Italie…

LES CHAPIEUX – COL DE LA SEIGNE

Je ne connais pas le chemin…et suis vite surpris: nous sommes sur du bitume. Un long long et fastidieux bout de bitume pas très pentu qui n’en finit plus. Bouh… Je vois bien la montagne au loin, mais elle est vraiment très loin. Alors je trottine ou marche rapidement afin d’abréger le calvaire. Là j’ai un peu froid et remets ma veste. Je continue à manger par petites touches: du pain, de la boisson et on recommence. Je mets un peu de musique. J’en ai tellement écouté en courant… Et depuis le Grand Raid des Pyrénées je n’en écoute pour ainsi dire plus… Je baisse le son, encore, et encore, jusqu’à n’avoir plus qu’une douce mélodie, je suis bien dans ma bulle. La route s’aplanit un peu et redescend même. Nous arrivons à La Ville des Glaciers. Quelques spectateurs sont encore présents. On retrouve enfin le chemin. J’enlève ma veste: à nouveau trop chaud, j’éteins également la musique qui perturbe ma concentration. Là la pente est bien plus raide. Je reprends mes bâtons à pleines mains. Le dernier km est passé très vite, nous passons près d’un refuge (celui des Mottets), la pente se raidit un peu. Je prends mon mal en patience et monte très tranquillement, encore une fois effaré par le rythme de ceux qui me doublent. De mémoire j’ai 700m+ en 4 km à faire soit du 17,5% pas si facile, mais le sentier est agréable, moyennement technique, comme j’aime. C’est dans ma bulle que je fais ce chemin et j’ai l’impression d’arriver rapidement au Col. Je n’ai fait que profiter du moment présent quand votre monde est essentiellement défini par le faisceau de votre lampe frontale. Je m’arrête trente secondes et replis mes bâtons: à partir de maintenant je vais les garder à la main jusqu’à l’arrivée. Ainsi, ils ne pèsent pas grand-chose et ne me gênent pas. J’ai mis 10h12 je suis 506ème. J’avais prévu 10h15… Nous sommes au 60ème km et j’ai fait 3800D+. Tout va pour le mieux, surtout continuer à ne pas s’affoler, à gérer, à rêver. Je repense à ma petite femme qui me décrivait son tour du Mont Blanc avec ses copines et qu’elle y fêtait ses 18 ans… Elle a mis 7 jours avec 18kgs sur le dos…
On entre en Italie…

COL DE LA SEIGNE – COURMAYEUR

La descente se passe assez facilement: je n’arrête pas de doubler, et pourtant je contente de gérer: on dirait que pas mal de gens sont en train de payer le prix de leurs ascensions un peu rapides ???. Mais une lumière s’allume au fond de mon esprit: il me manque un bout: Courmayeur est au 77ème km et je n’en suis qu’au 63ème. Il ne peut pas y avoir 14 km de descente, surtout que le dernier bout est franchement raide ??? Je sors mon plan pour la première fois: ah oui !!!! Il y a l’Arrête du Mont Favre, petite plaisanterie de 400 D+… mais voilà le ravito. Nous sommes à proximité du Lac Combal. Le plein, du pain, un pipi, un bouillon et on repart. Km 65 476ème, en 10h48 (j’avais prévu 10h45).
C’est encore en légère descente, puis plat. La nuit est vraiment claire, on distingue bien les sommets alentours, nous ne sommes plus très nombreux, je pense que le peloton s’est stabilisé en s’étirant à son maximum. Ah ça tourne à droite. Le sentier est bien pentu. Je sens le ventre un peu tendu: il faut que je respire, et remange un peu. Je n’avance pas bien vite. Mais ce n’est pas grave, le chemin est encore tellement long… Je marche ainsi pendant une bonne demi-heure. Je double mais me fait également doubler, je suis un peu dans le dur, d’ailleurs, je ressens à nouveau le froid de la nuit. Je trouve un caillou et décide de m’arrêter 5 minutes. Je mets ma veste et mange un peu de solide. Je fais une pause à la manière du Lavaredo. Je calme mon esprit qui était en train de s’emballer: le cœur redescend dans les tours, je peux repartir, ça va nettement mieux. J’aperçois la ligne de crêtes qui m’amènera au point haut. Je prends le temps ça va à nouveau bien mais je ne m’affole pas: il vaut mieux prendre le temps. Voilà le sommet, on me scanne mon dossard. 11h57de course, 463ème, 69km 4300 D+ (temps prévu: 11h54).
Je replie mes bâtons et enlève ma veste. J’entame la descente sur Courmayeur (9 km 1230D-). Je trottine tranquille, en laissant aller les jambes juste comme il faut. Je me remets à rêver, à imaginer ce que sera la course après Courmayeur, à me demander où en sont les autres. Je me dis soudain, que depuis le départ, je suis dans ma bulle et que je n’ai échangé avec personne. Je ne me suis focalisé sur aucun coureur, n’en ai remarqué aucun en particulier, ni affublé un autre d’un surnom quelconque: je souris tout seul. J’en continue mon « mantra automatique »: un bout de pain, un peu de boisson, j’ai l’impression de manger tout le temps. Je suis tellement dans ma bulle que je ne vois pas le temps passer: nous voilà au ravito suivant. Je l’avais complètement zappé. Nous sommes au Col Chécrouit (à proximité du refuge Elisabeta). On me scanne et là mon regard plonge sur une assiette: du jambon blanc. Je me rue dessus et me fais un sandwich fromage jambon: miam, le top, trop trop trop bon. Je repars en mangeant après avoir fait le plein en pain et eau. Je suis en 12h36, km 73, 446ème: pas de temps prévu.
Bon là je sais que la descente va être raide, alors il ne faut surtout pas s’emballer. Et ça se confirme d’entrée (760m D- en 4km). Mais bon ça me va bien: la lampe éclaire parfaitement, je déroule tranquille. Je double, encore et encore, toujours dans ma bulle, toujours entrain de rêver, juste un peu dérangé par les volutes de poussière qui s’envolent. Je vois les lumières de Courmayeur: c’est encore bas, mais elles se rapprochent assez rapidement. Mes jambes sont toujours nickel, le reste du corps ne souffre pas non plus: y a bon ! Je suis presque en bas, je rattrape un groupe d’une dizaine de coureurs. Je me cale derrière: inutile de se cramer en faisant l’effort. Ça y est voilà le haut de la ville, je déboite et double. On m’encourage, c’est toujours très agréable, voilà le gymnase. Ouf, malgré que tout aille bien la pause va faire du bien. Nous sommes au km 77,7 4300D+, 4100D- 13h17. 417ème
Je rentre dans le gymnase je cherche un peu: je récupère mon sac et monte à l’étage. Je commence par me déséquiper, faire le plein, m’occuper de toute ma logistique. Je range notamment ma puissante Ferei pour une frontale un peu plus petite mais tout de même très éclairante. Je me nettoie à coup de lingettes. J’inspecte rapidement mes pieds: tout va bien, je garde chaussettes et chaussures. Je vais chercher à manger: je retrouve Manu. Il me rejoint, je mange quelques pâtes. Il me dit que Manu M. va abandonner: je le cherche pour le remotiver, qu’il parte avec moi. Je re-nettoie mes mollets, donne quelques lingettes à Manu. On discute avec une coureuse. Je range, bois un coca et on repart. Je ressors du ravito 20 minutes après y être entré.

COURMAYEUR – ARNUVA

Tout va bien, je suis accompagné de Manu. On a la frontale sur la tête mais le jour est déjà bien haut. A partir d’ici plus de prévision de temps: juste une indication surtout pour Fred: je voudrai passer Champex avant la 24ème heure afin de passer Bovine et le sommet de Catogne de jour.
Nous nous retrouvons rapidement à un groupe de 5-6 coureurs. Là je suis en terrain bien connu: très agréable souvenir que la CCC 2011. Je décris un peu la suite à Manu. Je trouve que les coureurs qui m’entourent sont encore trop vite pour une entame de montée… Je décide de rester en retrait à mon rythme. Nous faisons un bon km lorsque je vois un coureur qui vient en contresens. Effaré: c’est Daniel G. Qu’est-ce qu’il fait là ??? Problèmes gastriques, je lui propose un anti vomitif mais il refuse. Merde encore un vosgien hors-jeu et pas des moindres… On discute un peu avec Manu. J’ai l’impression qu’il a décidé de lever le pied. Nous cheminons encore un peu: voilà le sentier. C’est une belle montée qui nous attend : tant du dénivelé (800 D+) que du paysage. C’est l’aube, les glaciers sont illuminés et les sommets aussi, ça va être un vrai régal. Je me mets en route, j’applique la technique habituelle. Je me cale derrière un coureur, prends son pas, le suis pendant un moment et le double quand je suis facile. Je recommence encore et encore. Manu me dit que ce n’est pas une bonne chose que d’aller aussi vite. Je lui explique que je n’ai pas varié depuis le début quelque soit la pente je garde le rythme. Il me suit, nous doublons sans cesse, je me régale du paysage qui nous entoure. Je me souviens très bien de l’arrivée sur Bertone, nous n’en sommes plus très loin: je regarde la ville en contre bas: nous sommes bien montés. Je rassure Manu qui souffle. Nous arrivons sur le haut et sortons des taillis. J’aperçois les flammes du ravito. Un petit coup d’accélération et nous y sommes. On en profite pour faire le plein. On s’arrête un peu pour boire un coup manger et repartir. Je replis mes bâtons et décrits la suite à Manu. Ça va être top. 14h53, 83 km 5150 D+ 337ème et surtout tous les voyants sont au vert. On entame le sentier qui va nous mener à Bonatti. J’avertis Manu: je vais y aller cool. Je trottine, je n’arrête pas de tourner la tête en direction du Mont Blanc, des Grandes Jorasses et des sommets alentours. J’en prends plein les mirettes et de ce fait, avance tout seul. Comme d’habitude avec Manu, on échange très peu, je sens juste sa présence. Je continue mon mantra: gérer, du pain, de la boisson. Régulièrement, je tends ma main vers la poche du corsaire et dépiaute mon pain : je suis sûr que Manu se demande ce que je fais. Je suis juste bien. Le chemin est idéal, je réfléchis: deux sentes ? En montagne toujours celle en amont, hop, hop. C’est tellement plus simple, j’en rattrape quelques coureurs sans m’en apercevoir. Manu me dit que c’est dur: il faut pourtant qu’il fasse SA course… Je continue: rêve, coup d’œil, pain, boisson et je poursuis mon chemin. Nous arrivons ainsi rapidement sous le refuge Bonatti. Je décris la suite à Manu en montant. Je marche, pas d’affolement, tout va bien mais c’est encore long. Nous sommes à ce joli refuge au nom prestigieux dans le monde de la montagne… Un peu de coca, de l’eau et c’est reparti: 90 km 5400 D+ en 16h04. 312ème !
Bon là il reste un mini coup de cul avant la descente sur Arnuva. Je repars au même rythme et dans le même état d’esprit. Je me remémore parfaitement la CCC. Ici j’étais trop vite, alors je gère. Je vois des coureurs au loin. Je reprends: pain, boissons, rêve, vue sur les sommets. J’anticipe déjà le Grand Col Ferret. Mais nous voilà déjà derrière les coureurs: on les double tranquillement. Manu me dit qu’il en chie. On se reposera au ravito… On passe le petit coup de cul dans la foulée, où nous rattrapons des randonneurs, sac au dos: petite pensée pour ma petite femme. Ça y est voilà le point haut, nous plongeons vers le ravito. Je ne m’affole surtout pas par la facilité ressentie, c’est encore bien long. Surtout, je me souviens de la galère du Grand Col Ferret, hors de question que je le revive. Ah une femme: cela fait bien longtemps que je n’en avais pas vue. Elle semble facile. Je la double et vois le ravito: il reste 100m. Je me lâche un peu en ouvrant le sac à dos. On rentre dans le ravito. Je fais le plein, et récupère une soupe de pâtes. Un peu de saucisson et de pain. Je prends le temps de me poser sur un banc. On repart, nous avons dû passer 5 minutes à ce ravito. 95 km 16h53, 5500D+ 296ème

ARNUVA – GRAND COL FERRET

Allez, on repart, je sors les bâtons. Je prends un rythme très cool. Nous sommes à 1770m il y a 750 m D+ pour atteindre le point haut de la course. Des coureurs nous rattrapent. Je lève la tête, on aperçoit au-dessus de nous les autres barjots de notre espèce. Je marche, entretiens le rythme et reprends le mantra. Je suis dans ma bulle et ne m’occupe de personne, pas même de Manu. Enfin si un peu, en lui demandant si ça va, il en bave mais est toujours présent. Nous sommes dans la norme: on nous rattrape et rattrapons d’autres marcheurs, et de toute façon je m’en fous: je fais ma course, seul dans ma bulle et uniquement MA course. Ça y est, nous voilà à proximité de la petite ligne de crêtes avant le sommet. On voit le sommet, le point de bascule. Nous y arrivons assez rapidement. Nous nous faisons scanner. Je sens Manu un peu cuit. Nous allons nous poser à quelques dizaines de mètres. Nous avons passé un des bouts les plus durs. 100ème km. C’est le moment du bilan. 18h14 6300D+, J’en suis à près de 45 minutes d’arrêt depuis le départ (3 min aux Contamines, 8 aux Chapieux, 20 à Courmayeur, 5 à Arnuva, 5 à Ferret + les autres petits ravitos). C’est vraiment beaucoup mais nécessaire si je veux aller au bout sereinement: j’ai tellement appris dans les Pyrénées… Tous les voyants sont au vert, il commence juste à faire un peu chaud. Ah ! Je suis 279ème mais ne le sais pas: je ne veux toujours pas le savoir pour ne pas me mettre la pression…

GRAND COL FERRET – CHAMPEX

Nous nous remettons en route après avoir replié mes bâtons. J’ai les jambes un peu dures après cette montée, je marque un peu le coup, je sens que je n’ai pas complètement récupéré de la grimpette. Je descends donc tranquillement. Je dis à Manu que nous sommes en Suisse. On aperçoit un robinet. L’eau y est bonne et fraiche. Je me sens mieux. J’enchaine les petits virages, ça remonte légèrement. Je marche dès que c’est un peu dur : je suis également dans une phase de moins bien. La pente s’infléchit un peu je ré-accélère: je me souviens bien de ce passage lors de la CCC. Mais là nous ne traversons pas la route, un peu de plat et nous sommes quasiment à La Fouly. Je ré-accélère un poil et arrive à l’entrée du village: Corentin m’appelle: je lui réponds: « ton père est là » et me retourne ???!!!??? Plus de Manu ??? J’ai dû le lâcher dans le bas de la descente… Merde, il va certainement me rattraper au ravito. Je mange deux tranches de saucisson, fais le plein et repars. 110 km 6500 D+19h42 277ème. J’ai géré ce ravito trop rapidement, j’aurai du y prendre 10 minutes de plus, je vais le payer cash d’ici peu.
En effet, la descente vers Praz de Fort est pourtant agréable et sympa, les belles monotraces succédant aux gros chemins. Mais je n’y avance pas. En plus le pain emporté à La Fouly n’est pas terrible, pas assez nourrissant. Je fais le yoyo avec 3 autres coureurs. C’est le moment le plus chaud de la journée, c’est un paramètre que je ne sais pas encore complètement gérer. Praz de Fort est décidément un très joli village avec ses chalets typiques et ses rues où les voitures ne peuvent pas passer. Ici en 2011 j’étais entrain de revivre, là je suis entrain de sombrer. Ç’aurait été très simple de juste prendre un demi-gel, mais je ne suis pas assez lucide. La montée vers Champex, se fait difficilement. Je tends de toute ma volonté vers le ravito de Champex où j’ai prévu de faire une belle halte en retrouvant les miens. Je dérive un peu, avance à la volonté mais pas bien vite. Je reconnais les soubassements du village. Les premiers encouragements fusent, ouf, j’y suis. J’ai du perdre un gros quart d’heure, pas grave, je vais me ressourcer. Km 124, 7100D+ 22h06 de course: une TDS, parfait. Enfin presque, j’ai l’estomac complètement contracté.

Hugo et Fred sont là, ça va mieux. Je mange un peu, bois fais le plein et le point du matériel. Je m’allonge sur un banc. Je n’ai pas faim. Fred me masse les cuisses, ça fait du bien. Hugo me cherche des bonbons, je prends un anti-vomitif, mon estomac se dilate.

J’attends, je peux manger par petites touches, même si rien ne me fait envie. Je m’endors. Je me réveille d’un coup je n’ai dormi que 2 minutes… Non Fred me dit que j’ai dormi 10 bonnes minutes. Ça va nettement mieux. Je vois Manu, je lui propose de l’attendre, il ne veut pas, ça ne va pas. Je temporise encore histoire de me préparer et repars. Je sors de la tente. J’y ai passé 50 minutes. C’est beaucoup, mais il vaut mieux ça que de galérer en course: j’ai déjà donné. Le seul regret est que si j’avais géré correctement avant, entre la montée et l’arrêt j’aurai gagné une grosse demi-heure… Il parait que j’ai perdu une centaine de places ???? Je n’y crois pas trop, les deux trois coureurs que j’aperçois sont ceux que je trimballe depuis un bon moment…

CHAMPEX – TRIENT

Je longe le lac, Hugo et Fred m’accompagnent. On discute un peu. Prochaine étape Bovine: il parait que c’est LE gros morceau de la course. Je me remets à trottiner, sans grande conviction, juste histoire de voir où j’en suis: apparemment les jauges sont en train de passer de l’orange au vert. Je quitte ma petite famille. J’arrive au bout du lac, on rejoint un large chemin qui descend un peu: beurk… Je continue à marcher: je continue à récupérer. Je me fais doubler par 2-3 coureurs dont je me dis qu’ils n’ont pas l’air spécialement frais… Une voiture me double également et la pente se stabilise puis se redresse, ça y est on commence à monter. Le chemin est franchement pentu. Il me fait penser à une piste de débardage vosgienne. Je le croyais technique, je le trouve décidément juste pentu. Je pousse sur les bâtons. Deux coureurs et une coureuse me dépassent: aucune importance, je reprends mon mantra. J’y passe un gel. Les sommets sur ma gauche sont vraiment hauts: on ne doit pas passer par là, je dirais qu’ils sont à 3000m. En fait on revient vers la route de la Forclaz. Je garde mon rythme, les jambes sont bien même si je sens que les quadris sont usés. Je n’ai qu’une crainte, c’est qu’ils ne soient plus en état comme dans les Pyrénées… Ça y est les voyants sont à nouveau au vert. Je souffle bien. J’ai retrouvé du pied, je rattrape les 2 ou 3 coureurs de tout à l’heure, puis ce sera la coureuse. La montée se passe bien mais je ne lui trouve pas d’intérêt. Ah, voilà le début de l’alpage. On passe une barrière et je me fais biper. 133km 7800D+, 24h51 264ème. Nous montons encore un peu, bon la vue est assez sympa. On voit jusqu’à Martigny 1500 m plus bas: bigre… Nous arrivons sur une auberge, des vaches m’observent, un homme assis à la terrasse m’observe d’un regard encore plus bovin que les animaux qui l’entourent : ça ne donne pas envie de s’arrêter. On reste encore un peu sur les hauts et j’entame la descente. Je replie les bâtons, ça va être long jusqu’à Trient (6km 850 D-), surtout que les cuisses ont pris cher dans la montée. Heureusement qu’il y avait les bâtons. Je m’assieds une minute et m’étire les cuisses comme souvent depuis le départ. Malgré les cuisses un peu dures la première partie, avec ses passages un peu raides, jusqu’à la Forclaz passe bien. Je me fais la réflexion qu’hormis lors des arrêts et de la montée du Col Ferret on ne m’a quasiment pas doublé depuis les environs de La Balme soit 90 kms… Voilà donc le col de la Forclaz. Je retrouve la tente qui abrite quelques vaches. Je retrouve le parcours de la CCC 2011 pour quelques kms. Je m’écarte du col et aperçois Manue la femme d’Alain avec ses enfants, elle m’encourage: Alain et Christian ne doivent pas être très loin. Je me souviens bien de cette descente, de la traversée de la route qui mène à Cham depuis Martigny, la succession de petits virages: j’ai décrit tout ça à Rémi en arrivant… J’arrive sur Trient: autre météo, mais je me sens aussi bien. J’ai maintenu mon mantra pendant tous ses kms: qu’est-ce que je pouvais bien manger en 2011 ??? J’arrive au ravito : toute la petite famille est là. 140 km, 8000m D+ 26h03 de course. Ça commence à tirer, il est 18h33. L’heure de faire un bon casse-croute : soupe de pâtes, saucisson coca. Je fais le plein, je récupère 6 gels et de l’eau: on va essayer de gérer comme un trail court. Bisous à ma puce et à ma belle. Je tape dans la main de mon grand et repars: 8 minutes d’arrêt. 250ème Il reste 2 coups de cul et moins de 40 km, sauf accident j’irai au bout…

TRIENT – VALLORCINE

Allez voilà Catogne, c’est un sacré morceau. Dès le début ça castagne… La pente est aussi raide qu’à Bovine. C’est la conception suisse des chemins de rando ???? Je suis tout seul, toujours à un rythme tranquille de montagnard en poussant bien sur les bâtons pour économiser les cuisses. Un demi-gel, ça c’est fait. Bon je trouve ça plus joli qu’à Bovine, mais j’y trouve pas grand intérêt ??? Certainement la lassitude qui s’installe. 2 coureurs me rattrapent et me doublent à un rythme endiablé: je n’y crois pas tellement ils vont vite ???? J’enchaine les lacets, je me dis que vu la pente en 4 km c’est plié. 4x25min = 100 bouah !!! Mais je continue à rêver et bois et mange. Hou là, ça y est on est en haut. C’est du raide en dessous. Je vois un bassin, la vue vers Vallorcine est pas mal, là-bas c’est le barrage d’Emosson. Il y a un bon paquet de coureurs qui se retrouvent sur cette trace à flanc de colline. Je sens que la nuit approche. On est au point haut. Je plie les bâtons, sors le bonnet et la frontale. Un pipi, un étirement et je pars, tranquille. Je repense au Marathon du Mont Blanc: l’aiguillette des Posettes est toute proche. Le début du sentier passe bien mais la suite est vraiment piégeuse et technique. La lampe éclaire bien mais ne marque pas assez dans la pente raide et sous les cailloux. Je ralentis c’est franchement casse gueule. Je perds un temps fou. Fred m’appelle: tu es où ? J’arrive, j’ai trop chaud avec le bonnet, j’en replie les bords : on dirait un « martla » (terme purement alsacien que je ne traduirai pas…) Ah voilà Vallorcine. J’aperçois Annick, je me demande où est Fred: elle est sous la tente. J’y rentre, il est 21h. Une soupe de pâtes, le plein d’eau. Allez gars. Je demande à Fred combien il y a jusqu’à la Tête aux Vents 900m D+ ??? Dont 200 jusqu’au col des Montets. Allez go go. Encore 6 minutes de passé, 150 km 8650 D+, 28h30 229ème.

VALLORCINE – LA FLEGERE

Là encore je me souviens bien de 2011: j’étais en pleine forme en pleine euphorie. Là je n’aime pas le passage, c’est plat, pas très beau. Je marche vite, mais n’ai pas envie de courir. Tiens un carton de pizza ???? Hmm j’en mangerai bien une… D’ailleurs, la pizza est posée là au bord du chemin, complète… Après nos courses respectives, Rémi me racontera l’avoir vu aussi… J’avance et enchaine jusqu’au col des Montets. On m’encourage. J’ai tellement entendu parler de la Tête aux Vents et des frontales qu’on voit tout là haut que je lève la tête et voit des lumières plusieurs centaines de mètres au-dessus de moi : bigre… Un bout de plat et je me cale dans ma bulle. Je me dis que ce sentier au moins est aménagé par rapport à Bovine… Ça monte bien effectivement. Mais ça passe bien également, j’ai encore du jus. Pas autant que dans le col de Barèges, mais ça va bien. Je garde le rythme tranquille. Je suis seul au monde. Pas un bruit pas une lumière juste les balises qu’accrochent ma lampe. Mon corps avance tout seul sans difficulté si ce n’est le souffle qui limite ma progression. J’entends des voix au-dessus de moi : je suis entrain de rattraper du monde ? Non, je croise des marcheurs qui descendent à la frontale: spectacle irréel… Tiens des lumières sous moi: on revient ??? Non, tout le monde coince ici. Le paysage change peu, mais je sens que j’arrive en haut. Je marche quasiment à plat, c’est toujours caillasse et compagnie. L’UTMB plus roulant que le GRP ? Pas vraiment, juste différent, pour moi finalement l’un vaut l’autre… Ah merde à force de rêver j’en ai loupé une balise, je me dirige vers la suivante: je tombe sur un campement: je pourrais faire le plein de matos d’alpinisme facilement… Je poursuis, voilà le sommet de la Tête aux Vents, il ne reste plus que de la descente ou presque: on me bipe. 158 km 9700 D+ 30h45, 217ème. A ce moment-là je ne connais toujours pas mon classement, mais il est clair que si je l’avais su j’aurai fait le forcing (en restant dans l’esprit Trail) pour rentrer dans les 200, histoire de poser la perle en sucre sur la cerise du gâteau… (rires)
Je demande aux bénévoles combien il y a jusqu’à la Flégère: 3km… Je me dis que les relevés GPS vont exploser par rapport aux estimations officielles… On va être à 175km pour un bon 10500 D+…
Le chemin est franchement technique, encore du caillou, que du caillou, toujours du caillou. Je n’ai aucun intérêt dans ce sentier même si la vue doit être extraordinaire de jour sur Le Mont Blanc, Les Drus etc… Il faut vraiment qu’ils décalent tout de quelques heures ou alors que je fasse moins de 30 h… C’est la première fois depuis des années que je me sers des bâtons en descente, ça passe mais ce n’est quand même pas terrible. Je finis tout de même par arriver en vue des lumières du ravito. Bon allez un dernier effort. Je teste mes flasques j’ai assez jusqu’en bas. Je rentre dans la tente sur laquelle il est affiché 160 km 9800 D+ : je suis en 31h24, 211ème. Nous sommes 4, un coup d’eau et je repars.

LA FLEGERE – CHAMONIX

On entame par la piste de ski. Je suis déjà passé ici dans des conditions similaires, il y avait de la brume en plus ??? A la CCC ??? Je ne m’en souviens pas. On prend un sentier assez sympa, mais avec cailloux et racines je n’en ai plus très envie. J’essaie de relancer mais n’y arrive pas, je ne vois pas assez bien avec la lampe: le prochain ultra je prendrais mon phare du début à la fin… Je m’éclate les orteils, la fatigue fait son œuvre. On retrouve un chemin, qui nous mène à la Floria. Que c’est long, le chemin est plat et ne descend pas sur Cham. Je râle, il y a pourtant tellement de sentiers dans le coin. Je râle encore, lève le pied, rends les armes. Je me fais doubler par 3 ou 4 coureurs. Je trottine, bois et mange. Je me re-saisis, même si je râle. « Bordel tu es entrain de finir l’UTMB en faisant une super course, allez bordel secoue toi. » Voilà la ville, on m’applaudit, on m’encourage. Comme depuis des dizaines de fois depuis le départ, je lève la main, salue, et remercie. Les spectateurs ont tous été au top, les bénévoles encore plus. Tous au petit soin, toujours patients, toujours sympas. J’arrive près du gymnase, virage à droite et je longe l’Arve. Je sens qu’on me revient dessus, mais on me dépasse pas: esprit Trail ???? Il y a encore un peu de monde, tout le monde m’applaudit. Je traverse la route, un salut aux bénévoles. Voilà Gérard le père de Yann qui m’encourage, il court avec moi. Il m’explique la fin : je la connais, je la connais… Encore un virage, le bar des sports quelques mètres et j’entends ma belle qui appelle « allez Marco » la dernière descente m’a gâché la joie de l’arrivée mais c’est quand même trop bon. Voilà mon grand, on m’encourage, m’applaudit: trop bon, je lève une main et passe la ligne ! Je suis heureux tout simplement je me dirige vers ma belle et l’embrasse. Mon beau-père est là, Virginie et Denis, Yolande également. On me félicite, photographie etc…. On me remet la polaire. Ça y est je l’ai fait, fini. Je l’ai fini en bon état avec du plaisir quasiment tout le long et je me sens bien physiquement c’est tout simplement le bonheur. Je regarde le tableau d’affichage: je suis 203ème Fred me dit que j’ai mis 32h34: je ne réalise tout simplement pas.

Je me dirige vers le ravito. Je mange et bois je m’installe un peu, bois une bière et me relève pour rentrer au chalet. J’ai froid, suis en pleine décompression. Fred me donne sa veste, je mets mon pantalon de pluie j’ai l’air de… voyez vous-même…

Je suis au chalet : pas envie de dormir, envie d’aller encourager Christian et Alain. Fred se couche, elle tombe de fatigue. Je retourne à l’arrivée. Je pète le feu, je retrouve Manue et sa petite famille. Je regarde mon téléphone : ils sont à La Flégère, il me reste une petite heure à attendre. Ce n’est rien, mais d’un coup, je tombe de fatigue, ai du mal à garder les yeux ouverts. Je rentre à la maison. Ils arriveront peu de temps après : ils ont fait une très belle course en un peu plus de 35h. Je tombe au lit et dors d’un sommeil agité : je l’ai fait et de belle manière… : vivement la prochaine…

THIS IS THE END

Le lendemain, nous retrouvons Remi à l’arrivée qui a fini d’une fort belle manière après bien des déboires digestifs. Il a définitivement un moral en béton armé (rires). Et bien que tombant de fatigue nous aurons droit lui et moi à une … jolie médaille en chocolat, offertes par ma petite femme et mes loulous. D’ailleurs il a fait une tellement belle fin de course qu’il n’aura de cesse de comparer nos temps finaux depuis la Fouly y compris dans le cadre d’un chouette petit resto: je crois qu’il ne réalise tout simplement pas qu’il a pu revenir aussi bien à la vie après avoir tant dérivé…

Mais et les autres vosgiens? Steph a fait une course superbe: 14ème au scratch. Geoffrey a abandonné au 50ème km estimant que l’ultra n’est pas fait pour lui. Yann a rendu son tablier au même endroit après s’être coincé le dos dans une descente. Christian et Alain sont donc 349 ème et 350 ème en 35h11  Manu fini 749ème en 40h09 . Remi fini donc en trombe 1149ème en 43h25, Pascal finit enfin son grand tour en 1313ème position en 44h10 alors qu’il voulait rendre son tablier à Champex où il sera finalement réveillé par les petits gars de la PTL. Mais le grand moment d’émotion c’est sans conteste possible l’arrivée des 3 petits gars de la PTL après leur périple de plus de 300km et près de 25000m D+. Ils étaient cuits et parfois un peu à coté de leurs pompes. Par pudeur je ne m’étendrai pas sur leur périple et la façon dont ils le vivent encore plus d’une semaine plus tard, mais je leur tire vraiment un grand coup de coup de chapeau… Sachez que sur les plus de 2400 coureurs au départ ‘il y a eu 1685 finishers ce qui représente (pour une fois) un assez faible taux d’abandon (certainement du aux super conditions de course dont nous avons bénéficiées).
Enfin, un grand merci à tous les proches, les suiveurs, les bénévoles et même les inconnus qui parfois me félicitent, pour vos sms, messages, mails, photos, vidéos et j’en passe: j’en reçois encore… J’ai d’ailleurs du mal à réaliser que de m’être fait à ce point plaisir sur une course puisse déclencher tant de ferveur: je n’en vois pas vraiment pas la cause, mais soyez en remerciés… Toujours est il que: sachez juste que une course pareille on en doit plus de la moitié à ses proches les plus intimes, à leurs sacrifices ou leurs inquiétudes alors pour une fois et justement cela restera pour une fois dans l’intimité du cadre familial: ils le méritent bien…

  1. #1 by julien on 10 septembre 2013 - 6:26

    bravo Marc et beau récit, très belle gestion, on reconnait bien là l’envie de bien controler ton corps.

  2. #2 by manu on 11 septembre 2013 - 4:19

    Bravo Marc!
    A la prochaine pour de nouvelles aventures!

  3. #3 by grosjean on 11 septembre 2013 - 7:41

    Magnifique récit Marc. C’est marrant en te lisant, les souvenirs de la course remontent et les images arrivent pleins la tête. Bravo pour ta course très aboutie qui restera longtemps en mémoire. Beau partage d’émotion en famille. Un grand moment à vivre.
    Alain G

  4. #4 by Poucet on 25 août 2014 - 6:40

    ça y est, j’ai enfin pris le temps de lire ton récit … Super.
    Bravo Marc, une leçon de gestion dont j’essaierai de m’inspirer. J’espère pour toi que l’échappée sera aussi belle.
    Au plaisir de te croiser sur les sentiers.
    Poucet

(ne sera pas publié)