29 aout 2014 – Échappée Belle – Vizille (38)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 150 km Dénivelé positif: 11500 m Dénivelé négatif: 11300m

« Ah la vache: dure et belle, Belledone se mérite… »

Note préliminaire:

La plupart des photos qui suivent dans le récit sont l’œuvre et la propriété de © JUNGER Alexandre retrouvez le récit photo complet en cliquant sur le lien.

Le récit:

Une fois n’est pas coutume, je commence mon récit en remerciant mes proches. Je les remercie de leur patience, du temps qu’ils m’ont accordé pour préparer cette grande aventure Je m’excuse du stress ou des peurs que j’ai pu leur susciter. Mais sachez que ça en valait la peine, que les kms parcourus sont marqués de mes pensées vers vous, et que grâce à cela, mes pas se font souvent bien légers…
Par ailleurs, amis lecteurs, sachez que pour se lancer dans de telles aventures, je n’ai rien à prouver, je ne cherche pas à me lancer dans une aventure plus dure que la précédente. L’ultra est simplement un effort que j’aime où il faut savoir associer gestion, condition physique, envie, mental etc.. : en voici l’illustration.
Mercredi après-midi je quitte Gerardmer en compagnie de Jean-Baptiste dit « JB », dit « Titou », dit « Jean Bat » dans sa Bat Car, direction Albertville, agglomération la plus proche d’Aiguebelle où nous espérons arriver après la longue traversée du Sud au Nord du massif de Belledonne. Évidemment nous échangeons sur notre future course qui s’annonce des plus dures mais surtout des plus belles. Il va falloir y être très sage. En effet, le profil y est très montagneux avec des sentiers des plus techniques. Cela va fortement ressembler à la PTL qui a tant marqué JB et Michel, qui viendra avec Bernadette nous voir sur le parcours et nous assister un peu. Pour la petite histoire et ceux qui ne connaissent pas, la PTL c’est la Petite Trotte à Léon. Et comme son nom ne le dit pas, il s’agit d’une aventure hors-norme autour du Mont Blanc qui se fait en équipe dans le cadre de l’UTMB. Il ne s’agit pas d’une course mais d’une sorte de grande randonnée en montagne de… 330 km et 24000m de dénivelé positif qu’ont notamment réalisé l’an dernier mes deux acolytes habituels de ski de randonnée…
Donc coté chiffre l’Échappée Belle est annoncée avec 145km pour 11000 m de dénivelé positif et nous devrions y mettre entre 36 et 40 heures, vu la difficulté du terrain qui nous attend. Je dis  « nous », car nous pensons fortement faire course commune. Et c’est en discutant de tout cela que nous arrivons dans la ville des J.O. de 1992. Malgré de nombreux passages à côté de l’agglomération, c’est une découverte pour nous deux.  Et après dîner nous rejoignons notre hôtel. C’est la première mauvaise surprise. Il est vieillissant et particulièrement mal insonorisé. La nuit va y être courte et franchement agitée. La journée de jeudi va s’écouler entre petit footing de remise en route, récupération des dossards et découverte des environs, avec notamment un resto original « Chez Lulu et Josette »… Puis ce sera également le suivi des copains ou amis engagés sur la Trace des Ducs de Savoie qui se déroule alors à Chamonix. Bien sur nous n’oublions une tentative de sieste dans le gazon au pieds d’une chapelle qui surplombe Aiguebelle…
Le soir au lit de bonne heure. En effet le réveil va sonner à 2h : Il faut prendre le bus à Aiguebelle, pour ensuite se rendre à Vizille, bien plus au sud (proximité de Grenoble). Nous arrivons dans le village, il fait un noir d’encre sur le parking, je sors ma frontale et l’allume. Moment de panique, elle ne marche plus. Je réessaie à plusieurs reprises et vérifie le câblage: rien à faire, apparemment la LED est morte. Je n’y comprends rien, elle marchait hier soir, je n’ai plus que ma Tikka qui n’éclaire que très très peu, je me vois mal passer la nuit complète avec ça. JB me rassure : Michel a forcément une lampe dans le camping-car, il a certainement celle qu’il avait à la PTL, et nous n’en aurons besoin que ce soir : Michel pourra toujours m’en trouver une en cours de journée…
Je respire un peu. Nous montons dans le bus et partons. Mais pour une fois je n’arrive pas à dormir, je cherche comment ma lampe a rendu l’âme…Et je stresse un peu : le manque de sommeil des deux derniers jours va forcément nous pénaliser.
4h45, nous sommes à Vizille. Nous prenons le petit déjeuner. Michel et Bernadette arrivent. C’est la déception, Michel a juste une frontale de secours dans le camping-car, mais il va m’en trouver une en cours de journée : je m’en remets complètement à lui. Par contre je dépose une paire de bâtons de secours à Bernadette, des fois que j’en casse un… Nous croisons rapidement Yan coureur de la Bresse et nous dirigeons vers le départ.
On nous annonce 650 concurrents, mais nous ne sommes visiblement que 377 sur la ligne départ… C’est très peu, il doit y avoir autant de bénévoles. Je pense que peu de coureurs se sont engagés vu les dégâts de l’an dernier (65% d’abandon) et le profil résolument technique de l’épreuve. En plus la proximité de tous les autres grands rendez-vous d’ultras ne doit pas arranger les choses.
Nous nous calons assez vers l’avant avec JB. On nous annonce un peu de pluie et du risque de tonnerre. Du coup nous ne passerons pas à la Croix de Belledonne : dommage. Allez c’est parti !.

VIZILLE – ARSELLE

Nous sortons du parc et entamons une route. Nous sommes à un tempo bien cool. Il y a environ 1,5km de plat sur du bitume. Nous sommes à 30s/1000, moins vite qu’à l’UTMB et pourtant nous sommes assez devant : les autres coureurs ont écouté attentivement le briefing qui disait de partir tout doucement. Tous les voyants sont au vert, je suis juste content de courir.
Ca y est on attaque la première montée. Il s’agit d’un chemin assez large avec quelques cailloux. Il monte déjà bien mais est régulier. Normalement nous allons prendre 3000m de dénivelé jusqu’à la Croix de Belledonne sans quasiment redescendre : va falloir prendre son mal en patience.
Nous nous élevons assez rapidement et restons en forêt. Je trouve tout de même que certains sont partis un peu fort : ça souffle. On éteint la frontale et je regarde la montre. Il faut que je pense déjà à m’alimenter. Chaque fois que je le peux je cherche le paysage du regard tout en évaluant notre montée.

©JUNGER Alexandre

Nous évoluons principalement sur des gros chemins. Nous arrivons assez rapidement au col de la Madeleine. La vue est déjà très belle avec une chaine de montagne face à nous et l’arrière de l’agglomération de Grenoble sous nos pieds. On trottine un peu sur une zone aplanie voire légèrement descendante et c’est reparti. On échange assez peu. Je ne suis pas encore de ma bulle mais ca y ressemble. Le terrain remonte mais bien moins durement. Nous nous obligeons à rester calme et tranquille. Bernie un copain de Michel L. nous double, il n’a plus l’habitude de ce genre de distance. On le reverra un peu plus tard. On aborde le 12ème km et l’on passe à côté d’un petit lac : je vérifierai sur mon roadbook, c’est celui de Luitel. Je laisse errer mon regard et mon esprit. Une traversée de route et ça continue. Pour le moment c’est du trail classique même si ça ne se court pas : pas de millions de cailloux en vue. On repasse à proximité de la route et une station de ski de fond est signalée : on approche du ravito.

©JUNGER Alexandre

J’explique à JB comment je procède habituellement. Ça lui va bien, nous y voilà. Déjà près de 3h de course. Nous faisons le plein d’eau, je prends pain, saucisson et chocolat et repars en marchant. Tout va pour le mieux, les sensations sont bonnes et nous avons le sourire. Nous avons fait environ 16km pour 1600mD+, mais ce n’était pas technique.

ARSELLE – REFUGE DE LA PRAZ

©JUNGER Alexandre

Le sentier démarre à plat, tranquille. On sent que l’on va bientôt sortir de la forêt. Nous sommes dans le secteur de la station de ski de Chamrousse. Je n’y suis jamais venu, d’ailleurs je ne connais pas du tout le secteur traversé par la course. La pente s’infléchit à nouveau et le paysage évolue, la végétation se raréfie. Nous passons à coté de petits lacs : les lacs Achards. Tout va toujours très bien. J’échange de moins en moins avec Jean Baptiste, je commence à être bien dans ma bulle. Les gens que nous avions laissés au ravito sont en train de nous repasser. Je lève la tête, j’entends « allez les vosgiens ». C’est Michel. C’est bon de le revoir avec sa moitié aussi loin de chez nous. Nous échangeons à peine et repartons. Je suis coincé derrière un groupe qui évolue à proximité depuis un moment. Il y a notamment un couple dont la coureuse à la coiffure de lionne porte un sac Salomon bleu. Ils vont d’un très bon pas, mais j’ai l’impression qu’ils sont un poil en surrégime. J’ai du mal à rester dans ce groupe. Je déboite et double. JB me suit, mais me dit que je n’ai pas mis de clignotant. Je souris, et repars. J’accélère sur 50m et reprends un pas régulier et tranquille. Au moins je vois où on va et peux réguler comme je l’entends même si les autres sont tous prêts. Ici la végétation est bien réduite. Nous sommes au-dessus de 2000m. Je ne souffre pas de l’altitude et ne m’inquiète pas du tout pour JB. Nous apercevons un photographe qui porte un corsaire Ceramiq. Nous l’avons déjà vu le matin. Je lui dis en plaisantant qu’on a laissé les Ceramiq dans le sac. Il nous répond « c’est vous les Vosgiens ? Thierry m’a dit que vous seriez là. Moi c’est Akunamatata ».

©Akunamatata

On rit et échange : rencontre très sympa. Nous repartons, la pente s’adoucit. Encore quelques petits lacs : les Lacs Roberts. C’est vraiment magnifique ici. D’ailleurs ça se fait encore plus technique, encore plus pentu. Ça sent le début de la Haute Montagne. C’est très beau, j’aime beaucoup, cela devient exigeant. Jean Baptiste passe devant. Nous avons demandé notre classement il y a peu : nous sommes entre 60 et 70ème relais compris : c’est trop vite, trop tôt…
Nous naviguons dans une nouvelle zone de lacs, où on redescend un peu sans y courir : ce sont les Lacs Robert c’est vraiment technique. Ca me rappelle la première partie du GRP.

©JUNGER Alexandre

Hé bé si c’est comme ça tout le temps ça promet. Le rythme va bien à JB. Il a juste un peu mal aux pattes mais dit que ça va aller mieux dans peu de temps. Je repasse devant j’accélère un poil et nous arrivons au refuge de la Pra, lieu du 2ème ravito. On prend un peu plus de temps qu’au premier ravito. Pas mal de coureurs s’installent pour se refaire la cerise. Nous en sommes à 28km, 2500D+ en un peu plus de 5h. Nous sommes pile poil dans les temps que nous avions estimé. Normalement il faut encore continuer à monter : depuis le départ nous n’avons du faire que 500 ou 600m de dénivelé négatif : bref vaut mieux savoir marcher en montant…

REFUGE DE LA PRAZ – REFUGE JEAN COLLET

©JUNGER Alexandre

Nous quittons le refuge par une petite échappatoire. Là un coureur abandonne. Il semble blessé, j’entends même parler d’hélico : bigre… Le parcours m’a l’air bien technique et en plus ça monte assez raide. Il faut se montrer sage où on va le payer. Mon impression se confirme quant à la technicité. Il commence à y avoir des mains courantes et c’est assez aérien. Mais bon, c’est toujours très beau.

©JUNGER Alexandre

On arrive d’ailleurs sur de nouveaux lacs. Je suis perdu dans les noms : re-coup d’œil au roadbook ce sont les lacs Doménon. Je crois qu’il y a 25 lacs sur le parcours : plus fort que le TVL !!! C’est un poil plus roulant, je reprends la main devant Jean Baptiste. Je crois que c’est dans le coin qu’on bifurquait ver la Croix de Belledonne : dommage, il fait pourtant beau et bon. Je me sens vraiment facile. Nous attaquons une moraine où se trouve un bout de névé. Je double un groupe que je sens un peu fébrile. La petite ligne de crêtes où j’arrive est assez exposée. Je regarde où en est JB : il est juste quelques mètres derrière. Je fais quelques pas : il faut basculer. Çà s’annonce bien technique et raide à souhait. On ne peut plus parler de trail au sens classique. On est limite de l’alpi : j’adore. Par contre dès qu’on entame la descente, je ne suis pas à l’aise. Cela confirme mes impressions des premiers passages techniques. Depuis ma chute au GRP et encore plus depuis mon entorse du genou j’ai peur de la chute. En plus j’ai fait trop peu de technique à l’entrainement pour passer outre. Va falloir prendre son mal en patience… Par contre JB y est parfaitement à l’aise il ne va pas tarder à me doubler.
Ouh là, c’est raide, en plus le fait d’évoluer à 2500m ne rend pas les choses aisées. Je freine mais admire le paysage, c’est vraiment le top. Finalement je ne me fais pas trop doubler : tout le monde a l’air prudent. Ah voilà le lac qu’on voyait d’en haut, celui-là est déjà plus grand que les précédents. « Hé mon Jean t’as vu ? » Mais pas de réponse. Je me retourne mais où il est ? Je ralenti : personne ? Ben alors ? Je m’arrête en bord du lac. J’attends 2 minutes. Je repars : où est-il ? Ah un SMS : « je mange ». D’accord il a du avoir un coup de mou mais on ne dirait pas son numéro : bizarre, mais je n’ai pas mon téléphone habituel, et pas son numéro.
Bon la suite semble un peu plus simple, enfin c’est relatif… Je discute avec un ancien, il est un des responsables du balisage de la course. Il connait le secteur par cœur : ça promet… Ah, on est un peu à plat. Une fille me double, facile, je suis impressionné. Je lève la tête, le ravito a l’air tout proche. Ca va me faire du bien, on commence à avoir une paire d’heures de course. En plus je vais certainement y retrouver mon acolyte. Ca y est nous sommes au refuge, nous sommes redescendus sous les 2000m (à peine). J’ai 37,5km à la montre. Il nous manque donc 2 km et 450D+ : j’ai 30 min d’avance sur le timing : je suis donc bien. Allez, le plein, une soupe de pâtes et je contemple un peu le paysage : y a du gaz, mais que c’est beau.

©JUNGER Alexandre

Par contre, pas de JB en vue. Je jette un œil à mon roadbook : ça s’annonce franchement dur. Je repars : j’espère retrouver JB, les coureurs se croisent dans les 100m à venir mais rien.

REFUGE JEAN COLLET – PAS DE LA COCHE

Ça remonte dans une zone engazonnée, mon téléphone sonne. C’est Michel : Jean Baptiste a abandonné : il est blessé au genou. J’en ai les larmes aux yeux et jure à tout va :fait ch… Michel va le récupérer. Je rumine et suis en colère contre le sort. Je marche en accélérant. Bon je me calme, il faut avancer et faire une belle course pour nous deux. Par contre je ne comprends rien au SMS que j’ai reçu ??? Je ne saurai que 36h plus tard qu’il s’agissait de mon fiston avec son tout nouveau téléphone : coïncidence…
Bon allez on se recentre. Je me dirige vers le Col de la Mine de Fer : le nom m’impressionne…Il y a 500m de D+ en 2,5 km. Ca calme. On retrouve des blocs de pierre qui sont de plus en plus gros. Ça redevient très minéral. Je retrouve la coureuse à chevelure de lionne et son alter ego : ils vont toujours aussi vite. Hé bé, là c’est l’approche de la haute montagne. En alpi ce n’est pas difficile mais en trail ce n’est vraiment pas courant. J’aperçois le col tout la haut : ça commence à piquer dans les jambes, il faut retrouver les vieux réflexes de montagnard. Tranquille, ordonné, réfléchi, manger, boire et éviter le goût de sang dans la bouche : ça le fait plutôt bien.
On bascule, ça reste bien technique, je continue à marcher et m’alimente. Tous les voyants sont au vert. Je réfléchis : je sens qu’il va surtout ne pas espérer faire de temps mais se concentrer sur la gestion et viser simplement finir en bon état. Je ne suis pas en état de faire une perf. Bon nous flirtons encore avec les 2500m, mais les passages à cette altitude vont se raréfier, encore 2 dont un dans pas longtemps… Je redescends en faisant bien attention. Le sentier se fait plus facile, mais je ne parviens pas à y courir. Ah, nous sommes dans un coin très beau, où les cours d’eau gambadent dans les zones engazonnées. Je rejoins un peu de monde. J’arrive à trottiner et rattrape un coureur. Je le connais, il vient d’Alsace ou des Vosges il est même souvent dans les 10-15 premiers des trails locaux, mais ignore son nom. Il est cuit. Pas le choix, il doit rejoindre la base vie, située une bonne de quinzaine de kms plus loin.
En attendant je rejoins un mini ravito.

©JUNGER Alexandre

J’hérite des dernières gouttes d’eau : il faut en rechercher 200m plus bas. Je m’assieds dans le gazon. Je bois, profite d’un fond de coca. Je fouille mon sac et en sors une barre, ça fait vraiment du bien. En repensant à ce que j’ai déjà fait, il y a deux mots qui reviennent : dur et beau. Je discute avec un bénévole : il reste un bon morceau par le Col de la Vache avant la descente sur la base vie que je crois facile. Nous sommes au 46ème km. J’en suis à environ 10h de course, je suis parfaitement dans le timing. Enfin, je suis en retard : car ai perdu une demi-heure puisqu’il manque la croix de Belledonne, pas grave…

PAS DE LA COCHE – BASE VIE LE PLEYNET

Je repars, j’ai repris pas mal de ceux qui m’ont doublé entre le deuxième et troisième ravito. Nous sommes en balcon. Les blocs sont assez épars dans les gazons d’altitude.

©JUNGER Alexandre

Mais nous remontons et l’herbe cède à nouveau la place aux cailloux et aux blocs de plus en plus gros et de plus en plus présents. J’aperçois le bas du col de la vache : ah la vache ! Ça promet. C’est du court mais hard : comme j’aime on va me dire…

©JUNGER Alexandre

Allez, on se remet en mode auto. Je me dis que c’est le dernier coup de cul avant la descente sur la base vie, ça va se faire vite et bien…Enfin ça c’était avant… Parce que la montée, franchement j’adore : j’y ai du pied, et le bon rythme. Je pose mon souffle et me cale dessus. Je reviens sur un premier coureur, un second, et ainsi de suite. Je re-double des gens que j’ai déjà vu 3 ou 4 fois aujourd’hui. J’échange un peu avec un gars en rouge. Il sature un peu avec les cailloux. Il a déjà des doutes sur sa capacité à aller au bout. Nous sommes effectivement dans les cailloux, encore et toujours : à croire qu’ils les ont plantés pour que ça pousse partout…Mais, j’arrive au sommet : il y a du vent. Un spectateur m’encourage et me montre. Il y a deux bouquetins justes au-dessus de nous dont un jeune. C’est le grand pied. En plus la vue est très belle. Nous entrons dans le secteur des 7 Laux. Mon beau-père connait apparemment très bien le secteur.

©JUNGER Alexandre

Allez j’essaie de trottiner en descente. Y a pas, je n’arrive pas à m’y détendre. Je range mes bâtons, je me sens déjà beaucoup mieux, beaucoup plus équilibré. Mais je me sens incapable de passer de pierre en pierre ou de me laisser aller dans les pierriers qui se dévalent. J’aurai du le bosser, ce sont des sensations qui se perdent finalement.
Je suis au plus bas du pierrier, je rejoins un premier lac, puis un autre. J’arrive à trottiner mais ça reste technique. Bon allez c’est le dernier des laux (lacs).

©JUNGER Alexandre

Maintenant je pense qu’on va pouvoir courir jusqu’à la base vie… Enfin je crois… C’est sûr on change de végétation et en plus il y a du brouillard. Mais le sentier est raide et plein de blocs que je trouve franchement casse-gueule… Bon ben je vais continuer à aller doucement en marchant et trottinant dès que c’est possible. Mais hors de question de prendre des risques : je veux aller au bout de cette superbe balade. Surtout que je continue à boire et manger régulièrement et que coté physique tout va bien. J’essaie de mettre la machine à rêves en route. Je n’ai pas trop de succès, le parcours est toujours aussi éprouvant. Je marche et tente tout de même d’accélérer un peu : il y a pas mal de dénivelé négatif jusqu’à la base vie, mais rien n’y fait. Alors je râle un peu. Je me dis que c’est un truc de malade. Je m’invente une petite chanson. Un air de chanteur alsacien qui raconte en gros tous les mets de la terre et les alterne avec du vin blanc. Je remplace le vin blanc par des cailloux. Tout y passe, jambon, pois, truffe, pomme ou que sais je encore. La lumière décroit un peu et le chemin est toujours aussi technique.

©JUNGER Alexandre

Ah, on dirait que ça s’aplanit. Oui, je parviens à trottiner un peu. J’arrive même à courir en trouvant un gros chemin au détour d’un petit pont. Je croise pas mal de personnes qui viennent à la rencontre des coureurs. Ouf, j’arrive sur la base vie. Ca va faire du bien de se poser.
J’arrive sur la station. Bernadette est là, elle m’encourage : ça fait du bien de voir des têtes connues.
Il y a un ravito dehors : je bois un coup. Je retrouve Jean Baptiste. On me donne mon sac. La salle de repos est bizarre, il y a très peu de chaises. Je me mets sur une table, je fais le plein de nourriture. Michel et JB s’occupent de ma boisson pendant que je me change. Je récupère la frontale que Michel m’a trouvée. Par contre pour le repas il faut aller plus loin dans un restaurant. Ca me stresse de devoir tout faire en se déplaçant. JB me propose sa frontale. Je la refuse et commets une grosse erreur. C’est la même que celle que j’ai à la maison et que j’avais sur la CCC 2011. Mais ce que je ne sais pas c’est que Petzl l’a totalement modifiée : elle est maintenant régulée et bien plus puissante.
Je vais manger des pâtes. Le resto est surchauffé, l’atmosphère y est oppressante. Ca me stresse franchement. Je n’arrive pas à me poser sereinement. Je téléphone à Fred et repars. Je suis mieux dans ma bulle. J’en suis à 62km cela fait un peu plus de 14h20 que je suis parti. J’ai grosso modo 5100m D+ et 4000 D- dans les pattes. J’ai passé environ 1/2h au ravito. S’il avait été mieux organisé j’y serai certainement resté bien plus longtemps. Le physique est vraiment bien, je n’ai aucun bobo et ne me trouve pas trop entamé. Je repars avec deux gars. Je vais les appeler les frères Lafuma : on va se croiser pas mal de fois au cours des heures à venir…

BASE VIE LE PLEYNET – GLEYZINS

Ci dessous une vidéo du 85 km qui illustre la deuxième partie:

On entame la suite de la descente. Nous sommes sur un gros chemin. Ca fait du bien de se lâcher un peu en courant. Si elle ne vaut pas ma frontale habituelle, la lampe éclaire correctement. Par contre j’ai du mal à la régler à ma tête. Je profite de la clarté qu’il reste pour essayer d’optimiser le réglage. J’arrive assez vite au point bas. Il y a environ 6 km depuis la base vie. Mais c’est tellement roulant et ça fait tellement de bien de courir que ça passe vraiment tout seul. Sur la droite je repère une plaquette de station de trail, petit clin d’œil vers JB. On recommence à monter doucement. Nous avons dû passer Font de France. Je rappelle Fred : tout à l’heure, je n’arrivais pas à l’entendre dans le resto hyper bruyant. Tout va bien, la course est dure, mais tous mes voyants sont au vert. J’ai un souci avec le téléphone : je l’éteins entre chaque appel : il ne tient pas la charge. J’en profite également pour appeler mon père. Il me dit que je suis parti vite contrairement à d’habitude. Je le rassure et repars d’un bon pas. C’est assez raide, apparemment nous nous dirigeons vers le km vertical de la station. Une idée de mauvais augure me tarabuste : combien durent les piles dans cette lampe ? J’en ai deux jeux de rechange mais comment puis je la régler ? Ça me stresse, je réfléchis et me recentre. Elle ne peut pas être régulée, donc j’aurai au minimum un tout petit faisceau lumineux. Et si je suis à court de piles ? Je me poserai et donc même si c’est 6h : j’ai largement le temps d’arriver…
Bon, on se remet en marche, j’ai grosso modo 1000m de D+ à faire jusqu’au sommet de la montagne de Tigneux. Il faut se remettre en mode rando. J’ai toujours du pied et je suis assez serein pour que la perspective de passer un gros moment à monter ne m’entame pas le moral.
Ici nous sommes en pleine forêt. On n’y voit pas grand-chose. J’ai l’impression qu’il y a des habitations pas très loin. Je suis toujours dans mon mantra, je bois et mange régulièrement. Le sentier est assez facile et sans cailloux : ça change. Bon il n’y a pas de lacet pour se reposer, c’est assez rectiligne, mais c’est régulier. Je repense à l’UTMB, au GRP, à l’Euskal. Surtout à l’Eukal. J’y étais vraiment serein. C’est cet état d’esprit qu’il me faut, je m’efforce d’y tendre. Il est 21h, je pourrai être dans mon canapé avec un bouquin : faut vraiment pas être bien : je souris. J’écoute les coureurs qui sont à coté de moi. Je parle un peu avec eux mais reste dans ma bulle.
On quitte le chemin pour retrouver un sentier : c’est assez facile. Bon ça monte, je ne peux pas y courir, mais c’est bien sympa. Je me remets dans ma bulle, je rêve. Manger, boire, avancer, essayer de percevoir ce qui m’entoure, pousser sur les bâtons. Je reste bien régulier et la montée se passe toute seule. Je suis presque à 2000m il est 23h15. Il n’y a plus qu’à descendre jusqu’au prochain ravito.
Bon ça ne va pas être la descente la plus facile : il y a 900 D- en 5 km. De nuit va falloir être prudent. Mais finalement ça va bien se passer. D’ailleurs ça va tellement bien se passer et je vais tellement rêver dans ce bout que je ne m’en souviens plus que très peu. Je me souviens juste de la sortie de l’orée d’un bois à la lueur de la frontale qui m’amène sur un gros chemin. Ce chemin est coupé en deux par une rubalise. Un ou deux coureurs me croisent en contre sens. J’arrive au ravito. Il est très sympa, c’est une bergerie. Il y a vraiment beaucoup de monde. La plupart de ceux qui sont là sont ceux avec qui j’ ai joué au yoyo toute la journée. Certains sont vraiment marqués et ne repartiront pas. Des accompagnants me laissent une place. Je m’assieds. Un bénévole me fait le plein : je bois de l’eau gazeuse et du thé. D’ailleurs j’en remplis une flasque. Je prends encore une soupe de pâtes. Je discute avec les bénévoles et remarque le dortoir. Deux gendarmes rentrent dans la bergerie. Je reconnais l’un d’eux il est venu à Gerardmer il y a quelques années, on discute : cette rencontre est un peu irréelle mais très sympa. Je regarde encore le dortoir et repars : aurai-je dû y dormir ? La suite s’annonce franchement difficile. Il est 1h du matin, j’ai 78 km dans les pattes, environ 6400 D+ et 5500 D-.

GLEYZINS – PERIOULE

Je repars tranquille, je me sens vraiment bien. Je reprends le chemin bordé par la rubalise, et y croise quelques coureurs. La pente s’infléchit, le chemin est toujours facile. Je rattrape les frères Lafuma. Je dépasse et prends les choses en main : doucement mais efficace en montée tel est mon crédo aujourd’hui. Dommage que je manque d’assurance en descente… On discute un peu de nos ultras passés. Tous ceux avec qui je discute depuis ce matin ont au moins 1 ou 2 ultras de plus de 130 bornes à leur tableau de chasse, pas de débutants sur cette course. Je garde le rythme et laisse les frangins. Le bénévole m’a annoncé la suite : il y a 1500m positif en 6km. Les 700 premiers sont assez faciles jusqu’au refuge de l’Oule où on peut faire le plein. La suite est vraiment technique et pentue.
Je monte d’un bon pas tranquille et régulier. La nuit-ci est un peu plus claire. Il faut que je m’alimente mais j’ai un peu de mal : fatigue ? En plus je suis seul depuis un petit moment. Je me concentre sur un petit jeu. Je compte mes pas et regarde de combien je suis avancé en distance et en dénivelé. Je recommence et mets le compte en musique. C’est une drôle de sensation : j’avance en sachant exactement combien je fais mais je ne m’aperçois plus du temps qui passe. Je me dis que je vais couper la montée en 3 x500m. D’ailleurs le 1er tronçon est quasiment fait. Je rattrape encore un groupe et reste un peu avec eux. Je me dis qu’il faut que je mange du solide, mais ce n’est pas simple en montant. Et puis je trouve que le faisceau de ma lampe est bien petit. A l’UTMB je me suis arrêté un peu au même moment de la nuit sous l’arrêt du Mont Favre. Je me pose donc sur un gros caillou. Je change mes piles et mange quelques amandes. Le prochain ultra j’augmenterai ma réserve de grany, c’est encore ce qui passe le mieux et qui m’apporte le plus. Le mélange d’amandes et fruits que j’ai manque un peu de fruits et les amandes sont un peu sèches : j’ai l’impression que c’est un second choix. D’ailleurs j’en avale une de travers. C’est horrible, je vomis une partie de ce que je viens d’ingurgiter. Mon estomac rétracté n’a pas aimé le corps étranger… Je reste assis encore un peu en éteignant ma lampe pour me calmer. Quelques coureurs sont surpris de me découvrir ainsi : je leur explique, ils sont rassurés. Je repars, ça va plutôt bien, et même très bien. J’avance d’un bon pas sous mon éclairage renouvelé. Ici la nuit est assez claire, je vois des frontales au loin : bigre ça monte au moins autant que la Tête aux Vents. Mais me voilà déjà au refuge de l’Oule : mince j’ai zappé ce qu’on m’avait dit. Si j’avais su, c’est ici que je me serai arrêté : il y deux bénévoles et on peut s’asseoir plus à l’aise. La bénévole me remplit ma flasque et je repars.Ca va mais j’ai les yeux qui piquent, je commence à fatiguer sérieusement. Il va peut être falloir que je m’arrête pour dormir un peu .Il doit être vraiment tard et je pense aux dernières nuits. Ça influe sur mon moral et je me sens de plus en plus fatigué. Je marche mais c’est de plus en plus raide et il y a des blocs partout. Un peu de végétation en dépasse mais elle est mouillée. Chaque pas est dur, il faut lever la jambe haut et faire attention à l’équilibre. J’ai vraiment envie de dormir. Je regarde autour de moi. Je vois une grosse pierre qui fait un abri. Je m’assieds dessous. Il fait bon ici, je ferme les yeux une minute. Mais je ne peux pas dormir ici c’est trop inconfortable, j’ai même du mal à être assis. Allez, il me reste 500m de dénivelé. Je fais 10m. Je range mes bâtons : c’est plus simple de se tenir aux pierres que de jouer au funambule dans la nuit. Je retente le coup de la musique qui compte les pas, mais je n’ai qu’une envie : dormir. Je cherche un coin avec ma frontale, mais il n’y en a pas. Juste une frontale qui brille fort là haut et nous attire comme des mouches. Nous sommes plusieurs dans ce bientôt mythique col de Moretan. Je monte à l’énergie, je mets toute ma volonté dans les pas qui suivent. Allez la haut c’est bon il y a juste un névé où je vais m’amuser en ramasse. Je pose les mains sur le sol pour m’équilibrer : c’est franchement hard surtout avec cette horrible envie de dormir qui me tenaille. Mais je n’ai pas d’hallucinations et marche droit, ça va le faire. D’ailleurs j’arrive en haut, encore 5m, je me redresse. Il y a 3-4 coureurs assis qui récupèrent. Je leur demande s’ils n’ont pas froid et repars. Ah voilà le névé. Il y a une grande corde. Hou là la neige y est verglacée, en plus j’ai les semelles pleines de terre. Je n’arrive pas à m’y équilibrer et à descendre en ramasse. Je manque d’énergie et de fermeté dans le pas : pas simple. Je prends la corde et la tiens en arrière. Ça se fait bien. Ah, je rattrape deux coureurs. La corde part dans tous les sens, je me retrouve les fesses par terre. Je me relève et finis en glissade : il était bien long ce névé. Le sentier est bien marqué mais sacrément technique. Pfouh, pas simple… La pente devient de plus en plus raide, bigre ! C’est quasi vertical !!! J’ai encore de la cuisse pour me maintenir. Je fais de la samba, un coup à gauche, un coup à droite. On retrouve une corde : je ne la prends pas, trop casse gueule, il y a trop de monde dessus. Les dernières émotions m’ont réveillé, mais je suis de nouveau cuit, je veux dormir. Le terrain s’aplanit, mais ca reste technique. Je marche, doucement : les piles faiblissent déjà : bon ça devrait tenir jusqu’au lever du jour. Je descends dans le trou de chaque bloc. Un coureur arrive, il me dit : prends de la vitesse au départ et en impulsion tu vas de pierre en pierre. Je souris et lui dit : « je sais mais je ne peux plus… » Je suis au ralenti, je me force à manger et boire. Je cherche les balises, ici elles sont sacrément espacées. Je passe à coté d’un lac. Ma montre bipe : j’ai mis 2h15 pour faire 4km : incroyable… Je continue, c’est assez spongieux, je reviens vers les balises. Je m’écarte, tourne la tête, ah une là-bas, mon pied s’enfonce un peu, l’autre aussi je… glisse oh non, je crie, de l’eau merde NON ! Je tombe à l’eau je suis dans un petit lac. L’eau est glacée. Je pense à la frontale surtout ! Garder la tête et le sac hors de l’eau. Je fais une brasse et ressors. Je jure à tout va. Je fais deux mètres et me débarrasse de mon sac. Je suis en colère, je râle après tout le monde. Il faut que je me sèche, que je me réchauffe, je suis trempé jusqu’au dessus du nombril. Je sors ma veste. J’ai une couche à manches longues dans une pochette plastique. Je me mets torse nu et me change. Un coureur arrive, je lui explique. La veste va m’isoler de l’eau du sac. Tout y est trempé, nourriture, habits, sac. J’ai les chaussettes et le corsaire trempés. Je repars en courant ; plus de trace de fatigue. Tout mon être est tendu vers un seul but : courir, me réchauffer, avancer. J’entends des gros boums : ce sont des coups de canon pour éloigner les loups des troupeaux. C’est complètement irréel, il est 5h30 du mat, je suis trempé nous sommes à 2000m d’altitude et on éloigne les loups. Je me dis que je ne suis pas plus mouillé qu’à Euskal. Je lutte contre le froid en courant, surtout pas d’hypothermie, ça va le faire, ça le fait. D’ailleurs ça le fait tellement bien que j’arrive rapidement au ravito de Périoule. Il fait super bon dans la tente. J’ai deux choix : où j’y reste, je dors et attends de sécher ou d’abandonner ou je repars. Je fais le plein de thé dans mes deux flasques et choisis la deuxième solutions : si je reste je ne repars pas. Les deux coureurs qui sont là me disent qu’eux auraient abandonné. Là je ne peux pas, je suis juste en colère. Mais bon, il faut se calmer, le chemin est encore long et là il y a une super descente : j’ai 90 km à la montre, de mémoire j’ai 7500 D+ et 6100 D-.

PERIOULE – SUPER COLLET

©JUNGER Alexandre

Le jour se lève, je range la frontale. J’ai un peu froid en m’arrêtant. Il faudrait pourtant que je regarde mes pieds car je sens que ça frotte un peu. On verra en bas de la descente. Je rêvasse un peu, le chemin est facile, ce n’est que la deuxième fois où je cours vraiment depuis le départ. Je rêve un peu, je me demande combien de temps j’aurai gagné avec ma frontale habituelle. Combien de temps j’aurai pu ou dû dormir. J’ai une seule certitude, faire 38h sera déjà une sacrée course parce que je n’étais pas prêt pour cette course. Elle est aussi belle que je l’imaginais, mais je n’ai pas assez marché et encore moins couru dans du technique, du long, du pentu. Je passe la digue d’un lac et continue.  Ah ça tourne, hou, là on dirait que ça remonte. La journée s’annonce pas trop moche, mais pas trop chaude non plus, ça va le faire. Ah tiens je retrouve un balisage de station de trail. Là on rattaque un joli morceau. Il y a 1000m D+ à reprendre jusqu’au prochain ravito. On rentre sur un chemin. On m’a dit que le chemin allait à un refuge où on peut faire le plein. Je sors mes bâtons : et merde ! La réparation que mon père avait faite a lâché, je n’en ai plus qu’un. Je le déplie : quel con, j’aurai du prendre les Leki. Heureusement je les ai laissés à Bernadette. Mais bon avant de les récupérer j’ai deux gros coups de cul de 1000mD+ à me faire. Le chemin est des plus réguliers, mais il est tout droit et surtout sacrément raide : il l’est comme la verticale à Gerardmer. Je n’imagine pas qu’une voiture puisse y monter, on doit être à 35%. Je m’installe dans mon mantra et marche régulièrement d’un bon pas. J’ai la cuisse droite qui commence à faire mal. Je trouve un bâton, un vrai en bois : léger et solide, je le casse à la bonne taille. Ca va mieux, mais je sens vraiment que je ne vais pas très vite. Je déroule bien toute la jambe à chaque pas : il faut que les douleurs passent. Je me dis que je n’ai jamais vu chemin comme ça .., je ne savais pas que ça pouvait exister : seuls les engins de débardage peuvent y passer. Je rêve et me concentre sur mes pas, et la montée passe plutôt tranquille et agréable même si c’est la moins belle de la course. Ah voilà le refuge de la pierre du Carre.

©JUNGER Alexandre

Je fais le plein d’eau à la fontaine : j’ai fait 700m encore 300. Une femme me rattrape, je n’ai pas l’impression qu’elle aille vite : je suis donc au ralenti. J’appelle ma femme : tout va bien. Je marque juste un peu le coup et commence à avoir mal aux pieds : je verrai au sommet là où il y a le ravito. Le chemin s’est transformé en sentier. Il est plutôt facile et bien agréable, on se dirait entrain d’arriver sur les crêtes vosgiennes du coté du Ballon d’Alsace. Je jette mon bâton en bois, je n’en ai plus besoin… D’ailleurs je vois la station. J’y arrive soulagé et content. C’est la station de Super Collet, c’est le 102eme km à ma montre. On devrait être au 98ème km, Croix de Belledonne comprise, j’ai donc un paquet de km en plus. J’avais prévu 26h max, on en est à un peu plus de 27h. Je m’assieds. Je vide mes chaussures. J’y trouve un sable tout fin. Je sens que j’ai les pieds qui s’usent : il va falloir que je les soigne même si j’ai strappé le pied gauche il y a des heures, bien avant mon plongeon forcé.

SUPER COLLET – VAL PELOUSE

Je mange et me régale de fromage. Je reprends deux de ces bons petits saucissons dans ma poche et du pain. Une soupe, un thé et je repars. La fin de la montée est facile. Je discute avec un coureur qui était là l’an dernier et qui avait fini dans les 10 premiers. Il m’explique un peu la suite. Nous voilà en ligne de crêtes, on se croirait vraiment autour du Hohneck : même végétation, même cailloux. Dommage qu’il y ait de la brume, normalement on a un panorama superbe, mais ce ne sera pas pour aujourd’hui… Bon j’arrive à trottiner, j’ai des repères, mais là je sens que j’ai les pieds entamés. Il faut que je m’arrête. Je tiens encore un petit quart d’heure. Je double un coureur qui porte un drapeau corse, ça fait un moment qu’on se suit. Je trouve une balise : on tourne à droite ou on va tout droit ? J’avance un peu et attends le corse. Je fais 100m et m’installe sur un caillou. Je sors la bande élasto et les ciseaux. J’enlève les chaussettes. Je les retourne : elles sont pleines de sable qui s’est incrusté dans les mailles : il vient du lac du Moretan. Je frotte mes pieds : rien de grave, ils sont juste sensibles. Le strap de la cheville gauche tient malgré qu’il ait été trempé. Je soigne et emballe ce qui est sensible et repars. Bon ça devrait normalement se courir mais j’ai les jambes un peu dures. Ca doit être le sentier qu’ils ont rouvert pour la course : pas totalement simple mais pas désagréable. C’est bien humide également, on se croirait au fond des gorges de la Réunion. Ça descend plutôt bien. Voilà un torrent : ouh là il y a de l’eau et les cailloux sont loin pour le traverser. Va falloir être prudent : hors de question d’y tomber, je souris… J’entends un coureur qui arrive. J’ai vraiment l’impression d’être au fond de nulle part. D’ailleurs ma montre n’arrive plus à trouver les satellites. Je commence à remonter : je dois être sacrément en retard sur mes prévisions, Michel et Bernadette m’attendent au prochain ravito. J’avais prévu 30h max au prochain ravito, ça fera beaucoup plus. Il y a bien longtemps que j’ai laissé tomber mes ambitions : je veux juste finir en bon état et profiter de cette magnifique course.
Je n’ai pas de réseau, je commence à monter. La végétation est luxuriante et la pente raide. Je ressors mon bâton : quel con j’ai été de jeter l’autre en bois !
Ah il y a du réseau, j’appelle Michel. Je lui dis que je suis à 110 km et que je n’avance pas bien vite. Il me répond qu’il arrive : le ravito est à 113. Sauf que j’oublie de lui dire que j’ai un sacré décalage avec ma montre… Je repars. Je tombe sur deux anciens. Ils me disent que le refuge des Férices est à 400m. Bon dieu que c’est raide. Je me remets en mode « avance et rêve ». Je monte tranquille et arrive bientôt sous le refuge. Je fais des signes aux trois gars en bleu qui sont là haut. Je continue et les rejoins. L’un d’eux me fait le plein. Ils me disent que j’ai le sourire, que ça a l’air d’aller. Je réponds que le physique est entamé mais que le reste va pour le mieux. Ils me répondent qu’il vaut mieux que ce soit dans le sens là. On rit un peu et je repars. Je me dis que ça doit être encore sacrément long pour qu’il y ait de l’eau ici. Michel n’est pas prêt de me rejoindre. Je l’appelle pour lui demander où il est. Il arrive. Nous sommes en balcon, je vois un col. Il faut encore monter ? Ah merde j’ai perdu mon mini road book. Et puis il faut que je recharge la montre. Je réfléchis et jure : le chargeur doit être mort, il est passé à l’eau. Je sors une barre à la banane : elle a un drôle de goût ??? Je mange quelques amandes. Je vois un col : c’est la crête ? Non, je le passe et en vois un encore plus haut. Je me recentre et y arrive.

©JUNGER Alexandre

Une chaine de montagnes barre la vue, il y a un col sur la gauche, il faut encore monter mais c’est moins raide et moins technique. J’ai mal aux pieds, mais passe outre. J’aperçois une silhouette que je connais. Voilà le sauveur, c’est bon de le voir. On échange : c’est magnifique mais que c’est dur. Le ravito est à un peu plus de 2 kms. Je râle un peu. Je prends mon paquet de bonbons, j’en sors de la flotte. Toutes mes réserves sont gorgées d’eau, il me reste des amandes, c’est tout. Je me vide un peu l’esprit. Un coureur espagnol nous dépasse en trottant, il nous remercie de nous écarter en anglais. Ah voici les premiers du 85km qui nous doublent : quelle aisance !! Bernadette nous attend à l’orée de la forêt. Un bénévole nous croise : il la connait, ils ont discuté, on va bientôt la retrouver. La voilà, juste un peu plus loin que prévu. Le soutien des autres est un vrai plus dans des courses difficiles. On aperçoit le ravito, il y a du monde dans ce secteur, Michel pense qu’il devait y avoir une station de ski ici, pas simple d’y arriver en camping car : ils sont trop forts mon club de supporter !!! Au prochain ravito, Jean Baptiste me retrouvera avec sa lampe frontale.
On croise ceux qui repartent du ravito, je descends encore un peu et m’y voilà. J’ai 119km (au lieu de 113) en 32h30 pour 10400 D+, 9000 D- en 32h30 (données corrigées après course).
Je m’installe, mange, vide mes chaussures et fais le plein : fromage saucisson, pain, chocolat. Ma montre s’éteint. Je repars. On me dit qu’il y a une podologue : ça devrait aller, les pieds sont emballés, je retrouve mes bâtons et c’est parti.

VAL PELOUSE – LE PONTET – LES GRANGES

Bon normalement ça devrait être assez simple jusqu’à la fin. Il reste 30 km pour environ 1500m de dénivelé. Et histoire de se mettre dans le bain, on attaque direct par une piste « dré dans le pentu ». C’est simple c’est la verticale de la Mauselaine ! Heureusement que j’en ai bouffé un peu. Je laisse Michel et Bernadette : ils sont au top tout de même : venir jusque là pour simplement m’assister. Sacré abnégation. Je me sens revivre, la pause a été salutaire : je suis resté un bon quart d’heure au ravito.
Un coureur du 85km me double d’entrée : il doit être 5eme. Il est facile J’arrive en haut, voilà une jolie crête. Il y a deux photographes. On échange un peu, ils me disent que j’ai le sourire. Je réponds que c’est normal, ce n’est que du sport. Même si on en chie on est d’abord là pour le plaisir, sinon ça ne sert à rien. L’un d’eux me dit : j’aime ta philosophie, c’est exactement cela qu’il faut. Je les salue en mettant un peu de fromage dans ma bouche. Ah, je crois être au point haut. Je raccourcis un peu mes bâtons. Je trottine tout doucement. Des coureurs du 85 me rattrapent et me doublent : je les envie de pouvoir courir ainsi. Mes pieds ne me le permettent plus. En plus j’ai les quadris durs comme du bois. Depuis le km vertical après chaque montée je m’étire, car j’ai trop peur de la fin du GRP. Je m’arrête et m’accroupis : aie, aie que ça fait mal. Je me relève et tente de courir, j’ai mal au pied et je me suis cassé l’ongle du gros orteil à gauche. Je m’arrête pour l’emballer. J’aurai du retourner voir le podologue juste en sortie de ravito. Tiens, revoilà le corse ! Il me double, on discute un peu, lui est blessé au pied. Je me force à aller un peu plus vite : le sol est exactement comme sur le 12 km des crêtes vosgiennes, je peux y trottiner sans trop de souci. C’est à nouveau très beau, à chaque fois que le vent pousse un peu le brouillard.

©JUNGER Alexandre

Je trottine et m’aidant des bâtons, ça va, je me fais plaisir, quel trail, quelle épreuve. D’ailleurs comment appeler une course comme celle là ? Un Trail ? Un trek ? Je ne sais pas mais j’aime ca. Et puis le prochain qui me dit que le TVL est dur ou technique voir dangereux dans les Spitzkoepfe vienne ici faire le 85 km. Je souris. C’est en rêvant ainsi que j’arrive au point bas. Allez il y a un petit coup de cul et c’est plié. Non, je rigole : il n’y a pas loin de 500m D+. Il faut traverser un petit ruisseau. Je regarde vers le haut, le col est très joli, en plus il fait beau, j’ai même trop chaud. Je remonte en pression. Pas question que je subisse la fin de du trail à cause de mes pieds ou de douleurs. Je n’ai pas mal. Je me dis plusieurs fois, je n’ai pas mal, nier la douleur c’est l’atténuer. J’accélère de plus en plus, imperceptiblement. Mais j’avance. Je rejoins le Corse qui est au téléphone. Je me cale sur lui. On fait la montée ensemble, en se relayant, on discute, notamment du GRP qu’on a fait tous les deux en 2012. Je pense à JB : c’est avec lui qu’on devrait être entrain de se relayer. On arrive au col. Nous sommes sur des chaumes, on doit être moins haut que toute la journée. On tombe sur 3 personnes qui font le pointage. Il reste 10 km jusqu’au ravito dont 100m de dénivelé. Nous sommes en ligne de crêtes, je retrouve les sensations de crêtes vosgiennes. Je continue à pousser sur les pieds et les jambes. Oh je n’ai pas une grosse moyenne mais je cours. Je regarde un peu le paysage même si c’est un peu bouché. On prend des relais avec « Le Corse ». On échange un peu. De temps en temps un petit coup de cul nous fait ralentir mais nous les passons à l’énergie. Ca y est, nous passons la dernière bosse et plongeons vers la forêt. Rapidement nous rejoignons un nouveau poste de pointage. Le corse prend un peu de chocolat, on nous annonce 5km de chemin soft jusqu’au ravito, il est rassuré il va pouvoir soigner son pied bientôt. Pour ma part j’appelle mon fiston : je serai au ravito avant 19h30. Nous sommes en forêt, la monotrace se fait bien agréable, nous accélérons comme nous pouvons. Je trouve qu’on a un bon rythme avec tout ce qu’on a dans les pattes. Mes pieds usés sont un peu anesthésiés. Les lacets se succèdent. De temps en temps un coureur nous rattrape : il s’agit des concurrents du 85 km. Ca commence à me sembler long. Je m’arrête pour un besoin naturel : on devrait être à moins d’un km du ravito. Le corse me dit qu’on se retrouvera là bas. Mais le chemin s’élargit, s’aplanit. Ça n’en finit pas. J’appelle Michel, j’arrive : il vient à ma rencontre, JB est au ravito. J’en ai un peu marre, on a au moins 8 km et toujours pas de ravito en vue. Ah voilà Michel, ça fait du bien de le voir. Il me dit que le ravito est à 2 km …. Quoi ??? Mais ça va faire 10 voire 12 bornes ? Gros coup au moral, je relance. Le chemin est large et plane, beurk, je relance la machine mais je n’y arriverai plus longtemps. Je suis au forceps, je bois, je n’ai plus de réserve de nourriture hormis des amandes : le reste est définitivement pourri par l’eau de la nuit. Allez, il reste 800m, voilà la plaine où est le ravito. Marre, je sature. Je retrouve JB : ça fait du bien. Mes 2 compères s’occupent de moi. Je me pose tranquille et prends le temps. Je mange, bois et mange, le temps n’a plus aucune importance. Je retrouve un concurrent que j’avais laissé à Super Collet . Il en a raz le bol. Sa femme l’assiste et l’accompagne. Je change ma frontale et repars avec eux.

LE PONTET – LES GRANGES – AIGUEBELLE

Allez gars, il reste 300m de dénivelé. On attaque le chemin : c’est raide, c’est une copie de celui que j’ai entamé de nuit à l’Euskal. Je laisse partir le couple, je suis un peu cuit. La nuit est tombée. Je pense à ceux qui vont faire encore une nuit complète dehors : courage…
Allez ça monte jusqu’au fort de Montgilbert J’ai presque des hallucinations. Je crois voir deux vieux matelas abandonnés, il s’agit de rochers, couchés l’un à coté de l’autre. Il est temps d’arriver. Ca y est je pense que je suis au point haut. Un concurrent du 85 me rejoint on discute sur ce gros chemin bien boueux. J’arrive encore à trottiner mais même avec la plus forte volonté du monde je n’arrive plus à relancer. Ah, encore un coup de cul, il me semble qu’on est vraiment au point haut. Il y a trois bénévoles qui m’encouragent et qui me proposent de l’eau : ça va aller. Une mini bosse et on descend. La bénévole m’a prévenu c’est super étroit. Effectivement, je n’arrive pas à garder les 2 pieds dans la trace. En plus c’est de la glaise. Ca glisse, mais bon je m’aide des bâtons. Ça n’a rien de ludique, je n’ai plus la force de m’amuser, mes pieds me font mal et je marque un peu le coup. On rejoint un sentier plus agréable en bordure de pré, vivement qu’on descende sur Aiguebelle. On rejoint une ancienne route : il reste du bitume dans la végétation. Le chemin est plat, pfff c’est long et pas drôle. Je commence à râler : quand est ce qu’on descend ? Ben pas maintenant, je râle de plus en plus fort, ras le bol de ce chemin pourri. J’enrage, mais qu’est ce qu’ils ont foutu ? De temps à autre un concurrent me rattrape. Je trottinouille. Marre, ras le bol, fait ch… Je rumine et crie mon ras le bol. Une concurrente me dépasse et me regarde bizarrement. Je souris et lui dis que j’arrête de râler, mais que cette descente est monotone et longue. On retrouve le hameau où nous étions avec JB l’autre jour. On alterne bitume et sentier qui coupe les virages. Je dis : tu vas voir qu’ils nous ont mis un passage de boue. Et comme par magie, il arrive. J’en ai jusqu’aux chevilles. Je rends les armes : j’appelle Michel, j’arrive, mais je marche, je ne suis plus à 1h près. Mais je bois et décide de me recentrer : hors de question que je me pourrisse la joie de l’arrivée. Voilà du bitume, on est enfin au niveau de l’arrivée. Un groupe de coureurs du 145 me rejoint. J’accélère et trouve de la hargne. Je décide de courir jusqu’à la fin ; je pense à ma femme et mes enfants, à l’ainé de la fratrie parti récemment retrouver nos anciens. Je relance et cours. J’arrive vers le parking où hier bientôt, avant-hier ma frontale m’a lâchée. Je tourne, le gymnase est tout proche. J’éteins la frontale je suis encouragé par les bénévoles. Le dernier virage : voilà Bernadette : merci madame de tout ce que tu as fait pour moi. J’écoute le speaker, j’obéis et lève les bras : j’ai le sourire, je suis heureux, mes potes sont là. Je pense à ma belle, à mes parents, mes enfants. Je franchis la ligne : c’est trop bon. Je tape dans les mains de JB et Michel : vous êtes des potes. Le speaker me dit qu’il me reste une dernière mission : secouer la cloche qui est accrochée. Je le fais bien volontiers, c’est la délivrance. Je rentre dans la tente, je me pose. Les bénévoles sont aux petits soins, je m’assieds et retrouve des têtes connues, des compagnons de course d’un moment ou d’une heure. Que c’était dur, que c’était beau ! JB me prête son téléphone : j’appelle ma belle : je sens à sa voix qu’elle est heureuse et émue, c’est vraiment bon. Je me restaure et profite de la chaleur de la tente. JB va chercher la voiture, Michel et Bernadette m’y amènent : les pieds n’en peuvent plus. Je les remercie juste, pas assez, je voudrais faire plus. On part à l’hôtel, je suis cuit. J’aurai tellement aimé que celui qui est à coté de moi ne soit pas blessé et qu’il ait pu vivre ces émotions là.
En arrivant à l’hôtel ce sera décrassage en règle et gros dodo bien agité : les jambes comme des poteaux et du mal à marcher le lendemain. Mais je suis heureux de l’avoir fait. Ce fut incontestablement ce que je j’ai fait de plus dur mais aussi de plus beau. Je n’y étais pas assez préparé, ou pas correctement : indépendamment des mésaventures il y a des heures à gagner. J’y mets 41h38, c’est plus qu’au GRP, plus de 9h de plus qu’à l’UTMB : une paille et pourtant je n’ai pas chômé, pas réellement faibli hormis la nuit. Il faut bouffer du rocher et de la marche en sentier difficile. Il faut bouffer du dénivelé et du km. Il y a de quoi vraiment s’éclater et vivre un gros moment de bonheur sur cette course. Mais elle n’admet que très peu, voire pas du tout, l’approximation. L’ultra est fabuleux mais l’ultra est dur et exigeant. D’autres viendront, mais je sais que je ne verrais plus les choses de la même façon. Le GRP a été une grosse étape, l’Echappée Belle est une grosse marche. L’avenir me le dira mais les trails vont se faire encore, moins nombreux, mais ils vont se faire beaux, exigeants et surtout enrichissants : vivement la prochaine aventure.

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