30 mai 2014 – Euskal Ultra Trail – St Etienne de Baigorry (64)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 132 km Dénivelé positif: 7600 m Dénivelé négatif: 7600m

« Ouvre tes chakras… »

Le récit:

GO TO THE START

A l’heure où je rêve ces premières lignes je suis entrain de courir. Je suis entrain d’attaquer mon 4ème tour du parc de Montreuil et il pleut à seaux. Je rêve aux 5 dernières semaines et à mon entorse du genou qui m’a privé d’entraînement et du Trail des Roches. Je rêve à l’UTMB 2013 et essaie de me créer des repères pour l’Euskal Trail (pronconcez Euchkal) à venir. J’ai toutes les raisons de ne pas y aller. J’ai également toutes les raisons d’y aller. Le contre ? Pas assez d’entraînement, l’éloignement de la course, l’ampleur du défi… Le pour ? Tout le reste, dont une opportunité unique d’y retrouver les 2 papis skieurs, et surtout deux autres choses : une forme de certitude que l’on peut arriver au bout d’une telle épreuve sans un énorme entraînement à condition d’y être sage, humble et sans prétention de performance, mais surtout l’exemple d’un certain Remi H. qui est toujours arrivé au bout de ces ultras même sans entraînement de premier plan…
Je finis donc par céder à mon envie de tenter le défi.
Ainsi, mercredi 30 mai, après midi, j’arrive en gare de Bayonne. Souvenirs, souvenirs… Je me souviens comme ma chère et tendre de son arrivée dans cette gare un lendemain de fêtes de Bayonne… Michel et Bernadette sont là pour m’accueillir. Nous rejoignons alors le camping de St Etienne de Baigorry (Baigorri tout simplement en basque) où nous retrouvons Denis et Annie. Je suis pris en charge comme un nouveau né : la tente qui m’accueille est déjà montée et installée avec à la sortie un véritable plancher entre les 2 campings cars des 2 papis…
Jeudi, on récupère les dossards. Michel et Denis font le 2x40km. Je m’aligne donc sur le 130. Nous y serons 270 en individuel. Il y a également une quarantaine d’équipes qui sont inscrites. Comme sur le 2×40 et le 2×25, il ne s’agit pas de le faire en relais, mais bien en équipe de 2. J’aurai bien aimé le faire avec Jean Baptiste, mais ces nouvelles fonctions de président de la station de Trail l’obligent à en assumer l’inauguration…
La dotation est très sympa : une bouteille de vin local, du pâté, des espadrilles et un T-Shirt technique vraiment sympa. J’ai le dossard 4121. Je fais vérifier mon matériel et retourne au camping me reposer.
Nous faisons un petit tour en courant, histoire de remettre le corps en ordre de marche et découvrons les environs immédiats du village. Nous y croiserons notamment Nerea Martinez grandissime favorite du 130. Un peu plus tard, le briefing alternant basque et français ne nous rassure pas coté prévisions météo. Mais ici pas de chichis : pas de parcours de repli ou d’annulation, on évitera juste un petit passage très délicat et c’est tout : on ne dérogera que s’il y a des orages, mais ce ne sera visiblement pas le cas. Également pas de matériel obligatoire exubérant. Les conditions de sécurité sont respectées, mais pour le reste on est plus dans le conseil, la responsabilité et la sagesse de chacun. Simple affirmation de l’esprit basque en cette période d’aseptisation ? Allez un petit repas et au lit de bonne heure.
Vendredi matin 3h15: comme d’hab je précède le réveil d’une demi-heure. J’ai dormi comme un sonneur. Il tombe quelques gouttes. Petit déj, équipement, et je me dirige à pied vers le départ distant d’un petit kilomètre. Je retrouve Bernadette qui est partie devant, croyant que j’étais déjà parti. Je rejoins les autres barjos de mon espèce devant le fronton central de St Etienne de Baigorry pour prendre le départ de la course. Il fait encore bien nuit.

ST ETIENNE DE BAIGORRY. – BÂTILAND

Je rentre dans le sas de départ. Ça fait bizarre de se retrouver sur une course où je ne connais personne, alors que dans les courses régionales je n’ai même plus le temps de dire bonjour à tout le monde… Je me mets dans ma bulle. Je ne suis même pas inquiet de mon manque de forme ou d’entraînement. « Pan », un feu d’artifice est tiré, c’est parti pour 130 bornes. On attaque par du bitume et passons notamment derrière le camping. Je trouve que c’est parti vraiment vite. Je suis en 30s/1000 plus vite qu’à l’UTMB et je suis pourtant loin des premiers. On tourne à gauche et la route s’élève. Je n’en reviens pas : combien vont exploser ? On ne peut pas aller aussi vite au début d’un ultra, sans en payer le prix plus tard ??? Je tente de me mettre en mode ultra. Je suis serein. Je sais qu’il va juste falloir gérer. Ne pas souffrir, ne jamais vraiment souffrir sous peine d’exploser. On quitte enfin le bitume et attaquons une large piste assez pentue. Je me tourne pour admirer le paysage. C’est très vert, les vignes d’Irouleguy sont juste en face. Les nuages sont très présents : c’est sur qu’on va prendre la pluie.
Ça monte de plus en plus raide, la piste devient chemin puis sentier. Nous sommes partis de l’altitude 150m et allons vers un sommet à 800m. Autour de moi on dirait une collection de soufflets de forge. Je remarque juste un couple d’espagnols. Ils ont l’air facile : je pense qu’ils iront loin. Je me dis aussi que j’aimerai bien un jour faire ce genre de trucs avec ma belle. Le message est lancé… On continue à monter, je reste tranquille et marche d’un bon pas, même si je ne vais pas très vite. Ah les premières gouttes nous rafraîchissent, et nous accueillent au sommet du JARA à 812m. Je trottine, la crête est vraiment très agréable. Je jette un œil vers la droite : on domine le vide. J’avance encore un peu et m’arrête. J’enlève ma frontale et la range soigneusement en vue de la nuit prochaine. J’en profite pour admirer le paysage : ça mériterait vraiment une photo. Je range également mes bâtons.
La pente devient plus raide, on y trouve de plus en plus de cailloux : pas simple de s’y laisser aller, surtout quand on sait qu’on a pas les cannes… Revoilà la pluie, heureusement elle n’est pas trop forte : le terrain doit rapidement être boueux dans le secteur.
Le sentier se fait vraiment exigeant entre pierres, dévers, terre glissante et zones engazonnées. On se croirait sur la zone technique de la deuxième partie des crêtes vosgiennes. Appréciera qui veut… On rejoint le point bas et la Nive des Aldudes. Si tout le parcours est comme ça, ça va être franchement hard. C’est marrant, nous montons sur un pont de voie ferrée et suivons un peu les rails : ils n’ont pas l’air d’être très utilisés. Nous rejoignons la route et arrivons à Bâtiland. Tout va bien, les voyants sont au vert. Je n’ai aucune douleur même pas au genou gauche. Petit bémol, il pleut et ça n’a pas l’air de vouloir trop s’arrêter. Km 12,4 | 740 D+/ 740 D- | 02h04.

BÂTILAND – GASTIGAR LEPOA

On continue sur une petite route et rejoignons une piste qui nous amène en lacets vers une crête. Ce n’est pas trop dur même si ça monte bien. J’ai sorti la veste. Ça mouille franchement. Le maillot cher à Thierry H. est top mais pas encore imperméable (rires). Je jette un œil à ma gauche, les palombières s’enchaînent : ça me rappelle mes séjours dans les Landes. Nous voilà à ce qui semble être le sommet. Ça va, je bois et mange régulièrement. J’ai le bon rythme mais n’arrive pas à me mettre en mode ultra : cette sensation particulière que, jusqu’à présent, je n’ai ressenti qu’à l’UTMB et parfois sur le GRP…
On redescend. Non, on remonte, et on alterne : il faut dire que je ne me suis pas attardé sur le profil. Par contre, en me fondant rapidement sur mes temps UTMB (l’alternance ravitos, dénivelé, kms est à peu près le même) je pensais mettre moins de 24h avant mon entorse. Finalement j’ai vendu à qui voulait l’entendre que je pensais mettre 30h même si j’ai planifié un temps idéal de 26h…
On va donc jouer à saute-moutons pendant un petit moment. Les conditions sont de plus en plus dures : dès que l’on rejoint les crêtes, c’est pluie, vent avec un peu de brouillard. Le terrain sans être technique est tout de même exigeant et de plus en plus boueux. On finit sur une piste, c’est bien plus roulant, presque reposant. On arrive même sur une route où se trouve le 1er ravito. Nous sommes au col de Gastigar Lepoa. Il s’agit d’un petit ravito. Je prends des tucs, et quelques carreaux de chocolat. Le plein d’eau et c’est reparti. Physiquement tout va bien. Le parcours est extra, mais c’est vraiment dommage que la météo soit aussi pourrie : on ne peut pas apprécier le paysage qui nous entoure. Km 19,5 | 1280 D+/1080 D- | 2h54, temps idéal 03h10.

GASTIGAR LEPOA – ISPEGUY

C’est reparti sur de la piste. Je vois des coureurs qui m’entourent qui commencent à marquer le coup. La météo titille les esprits, ça va être long. Je me dis que j’aime les conditions pourries, mais espère ne pas être trop servi. On attaque un couloir qui me fait d’abord penser à un passage du GRP entre Pic du midi et Hautacam puis finalement au Falimont, droit dans le pentu: ça gratte. On rejoint à nouveau la crête. Je râle un peu car ne peux profiter du paysage. Je redouble une demoiselle pour le troisième fois de la matinée. Elle ne monte pas très vite mais par contre, court bien mieux que moi. Tiens on est sur le GR10 ? Je n’ai pas remarqué si cela fait longtemps qu’on le suit. Je rêve mais pas en mode ultra. Je pense organisation trail, courses vécues et à venir… Je me dis que sans ce satané genou je serais entrain de monter comme une flèche et pourrais me lâcher en descente, là il faut gérer, juste gérer. On reste sur une ligne de crêtes et alternons montées et descentes. Ça me rappelle vraiment les crêtes vosgiennes, même si ici c’est bien plus exigeant : les montées y sont plus rudes et les descentes plus pentues. Quelques trouées nous permettent d’entre-apercevoir le paysage qui doit être somptueux par beau temps, mais c’est encore la pluie même si ça se calme. Tiens je me dis qu’on doit être en Espagne : j’ai vu passer une ou deux bornes qui ressemblent à celle de la ligne Vosges-Alsace : les similitudes sont vraiment très nombreuses. On y retrouve cols, bornes, points remarquables, roches, terres brune ou noire. Il faudrait juste que j’approfondisse la géographie du coin. Coté du coureur : je vais toujours bien. Ou à peu près : au sortir d’une petite forêt je pose la main sur un rocher pour m’assurer. La main ripe et je m’entaille le doigt. Une longue estafilade (3-4cm) saigne abondamment. Je m’arrête 5 minutes et me soigne : désinfectant, compresse, elasto : la totale. Je pense au paternel et à ses « apprentissages » sur les pansements, je souris… Il faut que je pense à manger un peu plus, je sens que je pioche un peu : la route est encore longue. D’ailleurs, deux dames sont assises sur un rocher. L’une d’elle me propose des amandes. J’en prends quelques unes, elle m’en redonne une vraie poignée. C’est un vrai régal : à reprendre sur une prochaine course… On finit par redescendre : voilà le ravito. Nous sommes au Col d’Ispegui. C’est également un petit ravito semblable au précédent. La bénévole me fait le plein d’eau, handicapé que je suis par la « poupée » que j’ai sur le doigt. Je reprends tuc et chocolat ainsi qu’une rondelle de saucisson. Les bénévoles sont bien courageux : leur tente est ouverte aux vents et la pluie qui redouble s’y engouffre. Au fait l’analogie avec la course des crêtes vosgiennes ne tient plus : on a le même kilométrage mais le double de dénivelé positif… Km 30,9 | 2200 D+/1700 D- | 05h04, temps idéal 05h00.

COL D’ISPEGUY – LES ALDUDES

On commence par descendre avant de remonter rapidement en sous-bois pour ressortir à flanc de montagne. C’est toujours aussi exigeant. La pluie se remet à tomber. Là c’est du sérieux. Les sentiers commencent à être boueux. Fred m’appelle une nouvelle fois au téléphone. Je peux enfin lui parler : le réseau tient. Je lui raconte mes péripéties. Je vais bien, tous les voyants sont au vert. Ces petits moments font toujours du bien. Il faut encore que je pense à boire et à manger. Avec ce temps on a tendance à l’oublier alors que c’est le meilleur moyen de lutter contre le froid et les coups de moins bien. Je sais que si je me loupe ne serait-ce qu’une fois je vais le payer comme au GRP ou avant Champex sur l’UTMB. On repasse en forêt, c’est assez technique et ça devient glissant sur les rochers qui affleurent. Cette fois ci, c’est le paternel qui appelle. Encore un bon moment. Ça reste toujours très court : difficile de parler au téléphone en courant et les autres coureurs n’apprécient pas forcément. Mais de ce coté là pas trop de risque aujourd’hui : j’aire seul depuis un moment déjà. Le peloton est déjà très étiré, et mis à part les dépassements, je ne vois plus grand monde. Nous remontons ensuite vers une sorte de petit plateau. Je retrouve les similitudes avec les sommets vosgiens : ça me fait un peu penser au Hohneck. Nous sommes au sommet de l’AUTZA 1306 m. La vue doit être géante par beau temps. Mais là, je ne m’attarde pas : il pleut, le vent est assez fort et la température assez froide. Il faut entamer la descente : en gros 1000m D- en 10 km.
On va y traverser les strates successives de montagne : crête, forêt, zone moins boisée à l’approche de l’arrivée. La course elle, va se faire assez difficilement. Les parties exposées à la pluie sont maintenant couvertes d’une boue hyper glissante. Je ne peux vraiment pas m’y lâcher surtout avec mes chaussures aux crampons usés. Je vais d’ailleurs me retrouver sur les fesses deux ou trois fois. Heureusement ça va mieux à l’approche des Aldudes. Là aussi quelques souvenirs : je suis venu ici un jour en hiver pour y retrouver un copain pour une fiesta mémorable où la neige nous a surpris en sortie de soirée… Mais le temps est au ravito : il se fait à l’abri : je pense qu’il s’agit d’un préau d’école. Il y a pas mal de coureurs qui se posent. Les traits sont marqués. Je pose mes bâtons le long d’un mur et vide une de mes chaussures de toute la terre qu’elle contient. Je vais prendre ma première soupe de pâtes. Surtout du bouillon. Et grand bonheur : j’aperçois un petit étal, on me tend un petit sandwich au pâté. J’en mange la moitié. Enlève le reste du pâté, et met le pain dans ma poche. Un fond de coca, un verre de St Yorre et c’est reparti. Je jette un œil au chrono : j’ai 45km. En théorie : Km 44,8 | 3050 D+ 2800 D- | Temps mis : 07h52 temps idéal 07h42.

LES ALDUDES – URKIAGA

Je sors du ravito par une petite porte et retrouve la petite route. On va la quitter par un chemin peu pentu dans une zone boisée. La météo a l’air de vouloir se calmer. A moins que ce ne soit juste l’abri de la forêt ? En sortant de celle-ci, je rattrape un premier coureur, sans accélérer, sans pression. Je fais ma course tranquillement, à ma main, sans jamais me mettre en danger, jamais, surtout pas. D’ailleurs je me retourne et en aperçois trois autres. Ils vont me revenir dessus, j’en suis sur et certain, ils sont forcément plus fort que moi ???? On suit le chemin. Encore des coureurs : je n’en ai pas vu autant depuis le début de la course. Je pense que le ravito a eu un effet : « base vie » où les gens se sont regroupés et refaits la cerise. Revoilà la forêt. Je rattrape un coureur qui me rappelle un ancien collègue, ex-rugbyman international à XIII : le même physique, la même gouaille… La pente s’infléchit, je pousse sur les bâtons. C’est d’ailleurs de plus en plus raide. On va rester en limite de forêt où les postes de chasse se succèdent. Quelques gouttes retombent. On va sortir de la forêt. Il pleut à seaux. Je remets ma veste. Nous sommes en plein vent. Je longe une clôture, c’est du droit dans le pentu. Ça gratte franchement. Au point haut, nous sommes franchement exposés : la météo se lâche. Pluie, vent et brouillard, la totale. On redescend un peu. Ça va mieux. J’ai l’impression qu’on est repassé en Espagne : j’ai revu une borne qui ressemble à une borne frontière. Et puis il y a le GR. Mais lequel ? Le GR10 ? Un autre (je ne connais que le 10 et le 11 dans les Pyrénées, d’ailleurs le GR11 n’est pas loin d’ici ???) Nous allons à nouveau jouer à saute-moutons pendant une paire de km en alternant les crêtes exposées au vent et la pluie avec quelques courts passages en forêts. Ça devient plus compliqué à gérer. Les sentiers sont boueux, avec parfois une boue qui colle vraiment aux chaussures ou des endroits rendus vraiment glissants. Heureusement je suis maintenant réellement en mode ultra. Je m’alimente et bois mécaniquement. Je retrouve cette petite tension du ventre qui m’avertit d’un estomac bientôt vide. Cette petite lueur dans le cerveau qui me dit pas plus vite, ou ne change rien. Et je rêve. Même en tombant sur les fesses pour la 7 ou 8ème fois je me relève et replonge dans mon mantra. D’ailleurs j’arrive bientôt au ravito d’Urkiaga sans m’en apercevoir. On retrouve un ravito en extérieur. Les gens sont empilés sous la petite tente. Je prends tucs et chocolat, un quartier d’orange. Un fond de coca et un grand verre de St Yorre que je bois tout doucement. Il doit y avoir des dégâts et pas mal d’abandons ou alors la plupart des coureurs ont une vraie force. Km 59 | 3960 D+ 3220 D- | 10h34 temps idéal 10h35. Par contre 1er décalage : j’ai 60km à la montre…

URKIAGA – UREPEL

On réattaque par une piste qui va rapidement nous ramener en dehors de la forêt. Depuis le ravito c’était assez tranquille, mais le temps est toujours aussi pourri. Heureusement que je suis vraiment bien dans ma bulle : casquette vissée sur la tête, capuche par-dessus avec la veste fermée jusqu’en haut, je marche tranquillement sans puiser dans les réserves. Enfin presque : vu ce qu’on a déjà dans les pattes je sais que je suis déjà entamé. Je n’ai que très peu de sorties longues dans les jambes dont une seule au cours des 6 derniers semaines et cela après plus de 3 semaines d’arrêt total. Les 60 et quelques km que j’ai déjà fait, ont forcément déjà laissé des traces. Nous ressortons des bois. Là ça va être rapidement franchement raide. On longe une clôture. Les éléments se déchaînent. Plus on approche du sommet, pire c’est. Un bénévole vient à ma rencontre. Il me dit de bien suivre le balisage vers le haut pour quitter la clôture. Il repart vers le bas en courant. J’arrive sur la partie sommitale, c’est dantesque. Il doit faire 2 degrés et nettement moins en ressenti, le vent est de folie et la pluie tombe à la verticale, et évidemment il y a du brouillard. C’est le sommet de l’Adi 1456m. Point culminant du secteur. il parait que la vue y est très belle, mais ce ne sera pas pour aujourd’hui.
Il faut maintenant entamer la descente jusqu’à la base vie, 1000m plus bas. Je fais 500m et glisse une nouvelle fois. Je tombe durement sur le dos. Heureusement le sac à dos et les vêtements amortissent le choc. Je râle et jure abondamment. Je me laisse porter par mes pensées pour retrouver la forêt. La descente se fait assez bien mais pas trop vite parce que ça glisse toujours un peu mais ça va mieux. Je sens que je fatigue un peu, et ai faim. La pause va faire du bien. Je traverse un cours d’eau et retrouve pour la quatrième fois un coureur qui vient en sens inverse. Je lui dis qu’il connaît tous les raccourcis. Il me dit que non, il n’y en a pas : il assiste sa copine et fait la liaison en voiture entre chaque ravito. Il m’encourage et je repars. Je finis par rejoindre une route : ça sent le ravito…
Je regarde un peu le village et ouf voilà la base vie d’Urepel. J’y entre et récupère mon sac. Les gens sont sonnés. Certains s’allongent, se font soigner. Je vais vers la salle de restauration. Une bénévole me dit de m’asseoir et me demande ce que je veux manger. Je lui dit d’attendre un peu sèchement et m’excuse : je suis un peu tendu. Elle sourit et me taquine. Mon téléphone a pris l’eau : le micro est HS. La compagne d’un coureur me prête le sien, j’appelle Fred : tout va bien. Je change le haut, les chaussures et chaussettes. Je garde le bas. C’est bon de se mettre au sec. Je mets le GPS en charge et le range dans le sac. Je mange un plat de pâtes, un peu de pâté, du jambon de Bayonne et du bouillon de la soupe de pâtes. Je souffle 2 minutes en rangeant mes affaires. J’observe les coureurs autour de moi. Je rends mon sac. Certains abandonnent, d’autres se couchent ou se font masser. Un jeune a le regard hagard, je ne pense pas qu’il reparte. Je lui dit de se poser, ça va forcément revenir. Il parvient à sourire. Je repars : j’ai quand même passé 38 minutes ici, ça m’en a semblé 10. Je ne veux pas prendre froid et perdre courage. Km 72,8 (75 à la montre) | 4800 D+/4500 D- | Entrée au ravito : 13h16, temps idéal 13h30 ; sortie du ravito : 13h54, temps idéal 14h00.

UREPEL – RONCEVAUX

On emprunte une des rues du village. En passant à l’angle de l’église je me dis combien c’est bon de se sentir au sec. Surtout qu’en plus cette fois ci j’ai mis mon buff autour du cou. Je retrouve bientôt des prés : je sens que je vais bientôt avoir les pieds mouillés. Il pleut toujours. Les sentiers sont gorgés d’eau. Je m’amuse d’une réflexion : «Vous avez connu le Belfortrail 2013 ? Ou les Templiers 2010 ou le Trail de la Vallée des Lacs 2011 ? Et bien revivez-le à l’Euskal Trail 2014 » On m’encourage et me dit que le suite n’est pas raide. Effectivement, nous empruntons des pistes successives qui s’élèvent tranquillement. C’est là que je me rappelle mon manque d’entraînement : ici normalement ça doit bien se trottiner. Mais là, franchement je n’en ai pas les jambes. C’est un peu longuet : il y a quand même 700 D+ à faire : j’espère que ça ne va pas continuer comme ça, parce qu’on est pas arrivé. Surtout que j’entends bien qu’au dessus des arbres il pleut toujours aussi fort. Ah ça s’infléchit un peu. On ressortira bientôt des arbres. C’est le bout que j’ai un peu oublié. Celui qui dans toute course ne vous laisse qu’une vague impression. Là c’est celle d’un ras le bol de la boue qui colle aux chaussures, avant d’atteindre le point haut et sa ligne de crêtes puis la redescente en forêt. Je suis en mode automatique. D’habitude j’essaierai de m’imaginer l’histoire des lieux : Roncevaux, lieu mythique. Je me souviens que je veux allumer le lecteur mp3. Mais il est tellement plein de boue que je crois que lui aussi a rendu l’âme : Fichue s…. que cette p… de boue… Je me fais la réflexion que la nuit est entrain de tomber, je vais arriver pile poil pour m’équiper. Je tombe sur un ancien juste avant la basilique. Sa femme est entrain de l’assister et de lui donner sa frontale. Comment peut-il déjà être là ? Où m’a-t-il doublé ? Bizarre…
J’entre dans le ravito. On doit être dans une annexe de la basilique. Je pose le sac et les bâtons, je cherche un bouillon et du pain. Une dame me prête son téléphone. Elle me dit de bien penser à faire le 00 33 nous sommes sur des relais espagnols. Je réalise et refuse, elle insiste pour que j’appelle et prenne mon temps. J’avise Fred que tout va bien, je pense mettre entre 8 et 10h. je raccroche, les voyants sont au vert mais ils palissent un peu : ça commence à faire long. Je bois mon bouillon, un peu de saucisson et de fromage. Autour de moi quelques visages sont bien marqués. Je mets la frontale et repars, avec du pain dans la poche. Km 89 (91 au GPS) | 5780 D+ 4900 D- | 16h50, temps idéal 17h00.

RONCEVAUX – ARNEGUY

Je fais 10m dans la cour et la frontale se met à clignoter. Je n’y crois pas : la batterie serait vide ? Elle est neuve, je viens de la changer ? Je trouve un coin avec de la lumière. Je branche la double batterie déportée. Ça devrait le faire, elle tient quasiment 10h en mode maxi et il me reste encore une réserve d’une heure trente sur celle de ce matin. On se rassure comme on peu…
On attaque par une piste forestière. Ça ne monte pas très fort. Tiens on dirait qu’il ne pleut plus ? Je garde encore la veste. Par contre il y a un peu de brume. J’avance d’un bon pas. Je ne peux toujours pas courir là-dessus. Il y a énormément de temps à gagner sur ces terrains faciles. Par contre je croise successivement une bonne vingtaine de petits rongeurs. Je ne sais pas s’il s’agit de campagnols, de lérots ou de loirs. Je vois juste leurs petits yeux qui s’illuminent dans la frontale. Le terrain se vallonne un petit peu. On va sortir de la forêt. Heureusement c’est super bien balisé. La frontale allume les fanions les uns après les autres. Dès que j’ai un doute la suivante s’illumine. Ça y est, on retrouve les crêtes. La pente se refait plus raide. On n’y voit plus grand-chose. Le brouillard est plus épais. Le vent a arraché ou déchiré une partie des fanions. je passe un peu de temps à régler correctement ma frontale afin que la lumière ne se reflète pas trop sur le brouillard. Je crois qu’on arrive dans le secteur du point culminant de la course le Lepo Eder 1432m. On suit une piste. Je me souviens avoir lu dans le roadbook que nous n’allons pas tarder à rejoindre le chemin de Saint Jacques que nous redescendrons en passant en Navarre vers la fontaine de Roland . Mais malheureusement je ne verrais rien de tout cela. Le brouillard est assez épais. Le chemin est légèrement descendant et pour une fois assez roulant. Ma frontale éclaire comme il faut pour que je parvienne à trottiner. Je rattrape un premier coureur. Il s’étonne de ce que je puisse voir. Lui est scotché, je lui dis de me suivre. Nous en rattrapons deux autres à l’arrêt. Il reste avec eux. Je continue mon petit bonhomme de chemin. Je me fais un film « UTMB 2013 » lorsque j’étais avec Manu entre Bonatti et Arnuva. Comme alors, je trottine et dépiaute mon pain par petits bouts. J’avance bon train avec de chouettes souvenirs dans la tête. Néanmoins il faut rester très attentif. La boue colle aux chaussures. Il faut changer régulièrement de trace : il y a de l’eau jusqu’aux chevilles dans le moindre trou. Et dès qu’on s’éloigne un peu on perd le balisage. On retrouve une route. Un peu de bitume : juste de quoi accélérer un peu : ça ne va pas durer. On va commencer la longue descente. Là encore ce n’est pas simple. C’est droit dans le pentu (genre 30%), sur de l’herbe glissante ou sur la boue genre piste de ski… Je m’y retrouve encore une fois sur les fesses. Je jure tellement fort qu’on a du m’entendre jusqu’à Gerardmer p…. de s……. de m…. de boue…Je me dis pour la dixième fois au moins que je donnerai cher pour mes speedcross. Et puis pour corser le tout c’est de la course d’orientation à trouver les fanions. J’avance en tournant la tête. Finalement je décide de prendre ça cool. Personne ne m’a forcé à venir. En plus j’avais toutes les excuses pour m’éclipser. Alors je me dis: « gars tu voulais t’amuser, fais le ! » et je souris, … un peu… Je ne trouve pas la balise suivante. Je remonte et fais 50m. Je la trouve, elle est déchirée par le vent. La suivante indique un chemin plus large. Je peux recourir. Je ne sais pas combien il reste jusqu’en bas mais normalement il y a 15 bornes et 1300m D- du sommet au ravito…
Effectivement, c’est long. On alterne piste et route. De rares bouts de plat, voire de très légères remontées mais ça n’en finit pas. Heureusement que j’arrive à rêver. Tout y passe : famille, boulot, sport, organisation de trail etc… Mais il faut rester vigilant, ne pas oublier de boire et manger. Ça y est, on voit les lumières. Ça me rappelle la descente sur Cauterets au GRP, sauf que le jour se levait, là il est un peu plus de minuit. Il reste toute la nuit à faire… On rejoint une petit route. Un coureur me rattrape enfin, ça fait un moment que j’aperçois par intermittence la lueur de sa frontale. Il me laisse au détour d’un virage. Juste après celui-ci nous en rejoignons deux groupes. Je rattrape le plus proche et appelle les autres : ils n’ont pas vu le balisage qui tourne à droite. Que c’est long. J’en ai ma claque du bitume. Un virage et le voilà le ravitaillement d’Arnéguy. On m’applaudit. Il y a un peu de monde, mais très peu de coureurs. On me demande si ça va : oui impeccable. Nous sommes dans un gymnase. Je regarde les autres coureurs. Seul celui assis à coté de mes affaires a l’air bien. Tous les autres sont usés et marqués. Un des organisateurs vient me voir il a le sourire. Ça va ? Je lui réponds « oui, la prochaine fois il faudra juste balayer la poussière pour éviter la boue, chez nous on fait comme ça ». Il rit. « C’est où chez toi ?» « dans les Vosges mais je suis alsacien ». On discute pendant que je fais le plein. Ah, bonheur du bouillon et suprême délice : je me fais un sandwich jambon blanc-fromage Ossau-Irrati. Manque plus qu’un verre de vin. « T’en veux ? » Non, si j’en bois je ne pars plus. Je mange encore du pâté et repars avec un nouveau sandwich jambon-fromage dans la poche. Je m’étire consciencieusement les quadris comme depuis 2 ravitos : hors de question que je revive la descente du GRP. Et puis j’ai fait tellement peu de grandes descentes ces derniers temps, que c’est ma seule vraie crainte sur cette course. Je repars, c’est la dernière montée. L’organisateur me tape dans le dos : il y a 10 km pour 800m de dénivelé positif, ça monte tranquille. « Le premier a mis 3h jusqu’à l’arrivée tu vas mettre entre 5 et 6h. » Il m’apprend également que le premier est Nicolas Darmaillaq, il a mis un peu plus de 17h. Dans ces conditions c’est de la folie… Km 107,9 (110 au GPS) | 6390D+ 6290 D- | 20h20, temps idéal 21h11.

ARNEGUY – EHUNZAROI

Je repars. Je cherche le balisage. Je reprends une route et passe devant une superette ou une station service abandonnée, je ne sais plus vraiment. Je tourne à droite et retrouve un chemin cimenté avec une maison sur la gauche. Je me demande si je ne suis pas entrain de reprendre le chemin de l’aller à l’envers. Doute de courte durée. Je réfléchis : non c’était du bitume et tu aurais déjà croisé des coureurs qui descendent. Je marche, je suis seul, pas une frontale derrière, rien devant. Pour le moment pas de brouillard, ça monte assez doucement. J’ai un peu frais, je remets ma veste, je ne sais même plus quand je l’ai enlevé pour la dernière fois. Je réfléchis, on vient de la droite et normalement devrions aller vers la gauche pour passer un col ? Même pas une étoile, il y aurait presque de quoi se faire peur. Mais comme j’ai dit à une concurrente qui me disait ne pas aimer la nuit : « la nuit est mon amie, il suffit d’y être attentif à ses sensations. » … Frimeur… Mais en parlant de sensations, je croque dans mon sandwich à pleines dents. Que c’est bon ! Par contre cette partie est bien monotone. Franchement depuis le ravito de Roncevaux ce n’est pas terrible. Bon c’est un peu partout la même chose quand il fait nuit, mais à prêt de 22h de course ça commence à tirer. On sort de la forêt. Encore un peu de brume mais ça va. La nuit est d’un noir d’encre. La montée est longue, il doit rester 200m de dénivelé et ce n’est pas plus raid. Je retrouve une barre chocolatée Nesquick perdue au fond du sac : miam que c’est bon. Je vois trois petites lumières tout là haut, on dirait des frontales, mais on n’en prend pas le chemin, au contraire on s’en écarte vers la gauche. On passe une clôture par un « passage canadien ». ce n’est pas le premier mais je ne savais pas que ça s’appelait comme ça. Il me semble que dans le secteur, à un moment on repasse en Espagne avant de revenir en France : vive l’Europe et l’ouverture des frontières ! Je crois que l’on est sur un chemin quasiment plat qui suit la ligne de courbe pour revenir derrière la montagne. Ah, si je pouvais courir… Dans un virage j’aperçois une frontale sur le chemin d’où je viens : elle est quasiment en face de moi alors qu’entre nous il y a quelques centaines de mètres de vide. Son possesseur va bien finir par me rattraper ?
J’arrive dans un col, repasse une clôture. Je vois une maison avec un grand feu. On m’appelle. C’est le ravito. Encore un grand virage légèrement montant pour y arriver. Ici c’est la fiesta. Pas un seul coureur, alors les bénévoles passent le temps en s’amusant. Ils me proposent une bière. L’envie est forte mais pour une fois la raison l’est plus encore. Une grande tasse de bouillon avec un peu de saucisson et un bout de pain pour la route. Je repars. Le bénévole m’avertit : tu as encore 300m de dénivelé jusqu’à la crête, 7 km jusqu’au ravito et ensuite 5 jusqu’à l’arrivée
Km 117,4 (120 au GPS) | 7280 D+/6410 D- | 22h54 temps ideal 23h18

EHUNZAROI – AHARZA

Je rejoins rapidement un sentier : immédiatement je râle, encore de cette p… de boue qui colle aux chaussures. Je bois un coup. Je me dis « allez c’est la fin. » En haut de cette côte il doit y avoir la ligne de crêtes où je voyais les frontales tout à l’heure. Ceux que je voyais, devaient avoir 1h30 d’avance… Et là j’imagine : si j’arrive en 26 heures, les derniers mettront 11h de plus. Ça veut dire qu’en ce moment ils sont 30 ou 40 km derrière moi. Quel courage, que de se dire qu’à ce moment de la course il te reste 60 km et 14h de course : invraisemblable pour moi cette nuit… Je continue et regarde encore le GPS. Plus que 200m D+ à gravir. Allez, c’est là que je sais qu’il me manque du long. Je mange et me refais la cerise, on ne lâche rien. J’ai encore le cul dans l’herbe et je jure : mon vocabulaire n’est pas très varié dans ces moments là. Cette réflexion me fait rire et me remet en avant. Ouf, voilà le sommet on est en pleine purée de pois. Je n’y vois rien, ça doit pourtant être très beau par une nuit étoilée. Il ne manquerait plus qu’il pleuve. Mais je m’interdis très vite cette pensée quand je sens trois gouttes. Espèce de manifestation d’un dieu de la mythologie basque que j’aurai agressé ????
Je commence alors la descente vers l’arrivée. Tout doucement, ça glisse fort dans le pré. Et je ne peux, de nouveau pas, m’écarter des fanions sous peine de me perdre. Je m’applique comme pour une leçon à des jeunes enfants, les pieds à 10h10, bien en appui, pas en arrière. Je m’applique à trottiner en m’appuyant sur les bâtons, mais attention ils ne sont pas faits pour ça. La prochaine fois dans des conditions identiques, je prends les lekis. Et puis de toutes façons je n’aurai pas le choix. Puisqu’un peu plus loin sur un dévers je glisse une dernière fois. Là le bâton gauche, coté pente, ne plie pas. Il casse, juste à la jonction de deux tubes. Je jure tant et plus. J’y rajoute deux ou trois mots de mon plus beau vocabulaire. J’arrive même à retrouver des trucs originaires de ces chères Pyrénées… Mais bon, pas le choix, je repars, et reprends mes glissades. J’appliquerai volontiers et à nouveau la technique : je glisse comme en ski, mais je risque la chute quand il y a des cailloux : pas simple… Mais enfin la pente s’adoucit. Je peux trottiner. 8km/h en descente : ça fonce (rires). Je regarde le GPS. D’après les indications du dernier ravito il doit rester un peu plus de 3km jusqu’au prochain ravito. Ça va le faire. J’arrive sur un chemin. 2 anciens sont là et m’encouragent en me montrant le sentier : 3km jusqu’au ravito. Ben pour une fois qu’on ne me ment pas, ou alors ils sont tous de mèche (rires). Je trottine encore et regarde ma montre : j’ai dépassé les 24h de course, il va bientôt faire jour. Ça sent vraiment la fin de course. Ah ça remonte un poil. Voilà le ravito. Encore et toujours du bouillon, un peu de saucisson et de fromage. Pas besoin d’eau, j’ai tout ce qu’il faut. Je bois peu depuis Arneguy : pas besoin, je ne vais pas vite et ne transpire que très peu : je ne suis même pas mouillé à l’intérieur de ma veste… Km 124 (126 au GPS) | 7600 D+/6790 D- | 24h39 temps idéal 24h44.

COL D’AHARZA –BAIGORRI

Je repars, je me dis que finalement c’est quand même une sacrée balade dans des conditions bien pourries. D’ailleurs quand je repense TVL, Templiers ou Belfort sous la pluie :ce n’était vraiment que du pipi de chat (rires). Le jour se lève petit à petit. Et je retrouve un terrain qui bien qu’un peu mouillé ne glisse pas. Je peux enfin courir. Les jambes répondent immédiatement, pas la moindre gène. Je pense que la pluie froide a eu un effet de cryothérapie sur mes cuisses… Je jette un œil à la montre, avec mes recalculs, je me dis : hors de question que je dépasse les 26 h. Et je me lâche, tout tient, les cuisses, les pieds, la tête : que c’est bon. J’en rattrape un couple. Ils doivent être 1er ou 2ème équipe mixte. Elle est cuite et me lance : il y en a qui sont en forme ? Je lui réponds en riant que « c’est juste, le seul sentier où on peut courir en descente parce qu’il n’y a pas de boue ». Son, compagnon me répond en riant que « ça peut se voir comme ça… » Je continue sur ma lancée et rattrape deux nouveaux coureurs. Il fait jour. Mais attention ça glisse de nouveau. Je ralentis sérieusement et regarde vers le bas. Pas de village en vue, pourtant la vue porte loin vers la droite. Je pense qu’on va passer un petit col sur la gauche. Effectivement je retrouve un sentier plat, bien marqué et bien… boueux… Évidemment, j’y glisse encore une fois. Mais c’est la dernière, je me le promets, d’ailleurs je ne jure même plus. Je passe le petit col. Un demi-gel, histoire de ne pas faiblir sur la fin et j’aperçois les toits de Baiggorri. Je me dis qu’il faudrait que j’appelle Michel ou Bernadette mais le téléphone ne marche plus. Il faudrait que j’envoie un sms, mais là je n’y arriverai pas en courant. Tant pis. Et puis d’ailleurs Michel et Denis doivent être dans la navette pour la deuxième étape de leur course. Il reste un peu de chemin : deux bons kilomètres je pense. Allez je peux recourir. Un léger sous-bois : je rallume la frontale, il y fait encore sombre. Mais mes yeux s’y habituent. Je sens une drôle de sensation sur les mollets. Je les regarde, j’ai une croûte de boue séchée d’au moins 5 mm. Ça va être coton à nettoyer… Ça y est c’est la fin. Je retrouve le bitume. C’est raide mais ça n’a aucune importance. Je m’y lâche comme à l’entraînement, bien en avant et les cuisses à fond les vélos, c’est trop bon. Je me calme vite fait. Pas la peine de chuter aussi prêt de l’arrivée, je suis quand même bien cuit. On retrouve le chemin pris avec Michel et Denis l’autre jour. J’ai tout simplement inversé le sens du village dans mon esprit. Je dépasse un papi claudiquant qui m’applaudit, je passe le joli pont du village et retrouve le papi : il connaît les raccourcis : il rit de son bon coup…
J’arrive à proximité du fronton, je reconnais bien les lieux. C’est le soulagement. Il n’y a presque personne. Mais les quelques applaudissements et encouragements fond du bien. Km 130 (122 au GPS) | 7600 D+/7600 D- | 25h30 temps idéal 26h00.

ST ETIENNE DE BAIGORRY.

Que dire en conclusion ??? Ce fut une course comme j’aime, belle et exigeante. Avec une organisation et des bénévoles vraiment, vraiment au top: on va essayer de se montrer à la même hauteur dans 4 semaines. Mais je veux aussi remercier les papis coureurs et leurs « supers moitiés » à l’attitude maternelle qui se sont occupés de moi avec attention et patience. Sans oublier le ponpon à ma chère et tendre qui pendant ce temps a une nouvelle fois tout assuré : et à qui je dois une énooooorme partie de cette belle course : Thanks for all my love…

Une super vidéo de l’intérieur:

et une autre:

euskal trail 2014 par ded31

  1. #1 by FRANCOIS on 3 juin 2014 - 6:40

    Belle vidéo et beau récit, bonne récup, ça avait l ‘air chouette

(ne sera pas publié)