12 septembre 2015 – Infernal Trail – Saint Nabord (88)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 180 km Dénivelé positif: 7000 m Dénivelé négatif: 7000 m

« chronique d’un échec annoncé… »

Le récit:

Genèse

Je sors de la Ronda, superbe et exigeante course. Mais elle m’a laissé un fort sentiment d’inachevé. M’être si bien préparé, avoir fini si frais mais ne pas l’avoir vécu pleinement : je n’ai qu’une envie c’est de repartir vers un bel ultra. C’est l’UT4M qui me tend les bras et j’en parle avant même de quitter l’Andorre à mes 2 compagnons du moment. Malheureusement je ne pourrai m’y rendre pour des raisons professionnelles. C’est donc vers l’ultra local que je tourne mon regard. Pas de grosse prépa, juste maintenir la forme et les acquis de fin juin. Une ou deux petites recos me rassurent tout de même sur le côté agréable du parcours.
Vendredi soir : Encore une fois je sais que j’ai laissé énormément d’influx les derniers jours. En effet les dernières nuits de travail ont été compliquées et la gestion du Triathlon de Gerardmer m’a bien « séchée ». Malgré tout j’ai bien dormi la nuit dernière et viens encore de faire une petite sieste. Il ne reste plus qu’à se rendre au départ. Dans mon esprit c’est clair, je vise le top 10 en moins de 27h, éventuellement un peu moins de 28 si le parcours est effectivement bien plus long qu’annoncé. Pour moi il est déjà clair qu’il fera aux environs de 172kms. J’ai eu tout loisir d’étudier la trace et les temps de passage des concurrents de l’an dernier. Il faut que je sois aux environs de la 30ème place au Haut du Tôt, un peu moins de 25 à Sauxlures en étant frais pour accélérer ensuite : la difficulté de l’ultra fera le reste… Le seul doute est l’état de ma cheville. Je me suis fait une entorse il y a une douzaine de jours en voulant doubler une joggeuse. J’ai joué sur le repos mais elle reste sensible dès que c’est un peu technique.
Me voilà au stade du Perrey à St Nabord. Je ne suis pas pressé ni prêt, j’amène tranquillement mes sacs au dépôt de bases vie. Beaucoup de coureurs piaffent déjà d’impatience. Je retourne à la voiture m’habiller et rentre dans le sas au dernier moment, après le contrôle de mon sac. Je salue les copains et amis, ils sont nombreux c’est toujours très agréable de courir à la maison. Mais je ne suis pas très réceptif, je suis déjà dans ma course. Un feu d’artifice est tiré, le lieu du départ est assez sympa, bien aménagé. On s’installe dans les starting-blocks et c’est parti.

La Course
St Nabord – La Croisette

On tourne autour du stade, les premiers sont partis comme des balles. On se croirait sur un 50 bornes. Le tour du stade est très sympa avec tous les spectateurs qui nous applaudissent. On attaque le bitume, passe sous le pont et prenons la route. Je trouve qu’on va encore plus vite. Dément, mais bon si les premiers doivent taper à 21-22h il ne faut pas chômer.
Je vois Bruno et Lionel juste un peu plus loin. Je les rattrape et me cale dans leur roue. Je sais que l’on va être à peu près dans les mêmes timings. On tourne à droite et commençons à monter. Je m’intercale entre les 2 acolytes. On échange quelques mots. Mais je suis déjà à la recherche de ma bulle, je crois qu’elle m’est indispensable dans la première moitié de chacune de mes courses. Les spectateurs sont encore nombreux, ça reste très sympa. On redescend, je prends la tête du petit groupe. Mais je me tords la cheville. Ça fait mal, je suis obligé de lever le pied. Bruno, Lionel et un petit groupe me repassent devant. Je me remémore le parcours du 34 km effectué l’an dernier. Ici ça roule, mais cette p…. de cheville est encore une fois tordue. Je jure franchement, p…n que ça fait mal. Bon ce n’est pas plus grave que ça, j’arrive à me remettre à courir. On traverse une route, on ne va pas tarder à se remettre à monter. Je suis bien dans le tempo : alimentation, boisson, tout va bien. Je suis vraiment toujours très facile. Je décide de marcher. Des gens sont présents, pas simple de manger, de dire merci aux encouragements et d’entamer la descente. On continue à jouer au yoyo. La montre que Michel m’a prêtée sonne une nouvelle fois. Elle sonne toutes les 20 minutes c’est un excellent timing, je vais me caler dessus pour boire et manger. On retrouve le sentier où il y a avait l’essaim de frelons. Je rattrape un gars qui me fait penser à un réunionnais : il va très fort en montée mais nettement moins sur le plat. Nous ne cessons de nous doubler. Je demande à Lionel s’il n’a pas trop chaud avec sa veste. Il me dit que non mais ce n’est pas la grande forme, nous sommes trop vites. Bruno répond que 9km/h de moyenne c’est vraiment pas vite, on peut continuer. Alors je m’isole à nouveau et ré-accélère imperceptiblement. Voilà déjà le secteur que j’appelle les arrières de Remiremont. C’est ici que nous avons attaqué notre reco avec Remi depuis la Demoiselle. Aie, encore la cheville qui part. Ça monte sérieusement. Mais je reste facile. Voilà Raynald puis Philippe. Je les salue au passage et continue mon petit bonhomme de chemin. Il ne faut surtout pas que j’oublie de manger. J’ai l’impression que j’ai trouvé ma place, nous sommes nettement moins nombreux. Les coureurs qui m’entourent vont certainement être dans les parages pendant longtemps. On reprend une descente, nous avions un peu jardiné ici. Normalement on descend jusqu’au bord de l’agglomération de Remiremont avant une belle montée. Je suis dans ma bulle. Lionel et Bruno doivent être tout près mais là je peux me concentrer sur ma course sans me demander si je suis assez vite ou pas. Je mets la machine à rêver en route. Enfin j’essaie, ma cheville me refait mal, je ne peux pas me relâcher complètement, c’est assez perturbant. Revoilà la montée. J’accélère pour chercher le gars de devant, les jambes réagissent au quart de tour. Je me dis que la nuit est mon amie. Mais soudain, plus de balisage ??? J’ai dû loupé une flèche et reviens sur mes pas. Bon je n’ai rallongé que de 50m, pas grave, c’est là que je constate que je suis loin d’être seul…
Nous nous retrouvons sur la petite crête. Je pense qu’il s’agit du sentier des gardes, j’aime bien les monotraces qui s’en suivent. Je rêve et mets un peu de musique. Je prends le temps de lever la tête, il y a quelques étoiles. Mais c’est très furtif, je ressens à nouveau quelques gouttes. Puis il pleut de plus en plus fort, j’hésite à sortir ma veste : en sous-bois nous ne sommes quasiment pas mouillés.
Je jette un œil à ma montre : c’est l’une des premières fois depuis le départ. Nous devons être tout près du ravitaillement. Je relance un peu, mais je trouve les jambes un peu molles je me prendrai bien une soupe ou un coca… J’en suis là de mes réflexions, lorsque j’entends des applaudissements, la route est toute proche. Un mini coup de cul, un virage et voilà le ravito. – 2h52, 26ème – .

La Croisette – Reherrey>

Je n’imaginais pas le ravito comme cela, je pensai qu’ils allaient nous le mettre dans les bâtiments. Peu de chose me tentent. Je fais le plein des flasks, bois un verre et repars avec quelques morceaux de pain dans les poches. Lionel me dit qu’il n’est toujours pas en très grande forme. Je lui dis qu’on est un poil vite : j’ai ¼ d’heure d’avance sur mon prévisionnel, je ne suis pas assez sage, je dois ralentir.
Lionel part devant, nous sommes un petit groupe de 4 ou 5. Je pense que Bruno est également devant. Là je connais les grandes lignes du secteur ou l’imagine tout au moins. On prend la route, j’ai un peu de mal, mais cela soulage ma cheville. Revoilà la forêt. Encore une fois : veste ou pas veste ? Je reste sous la seule protection de mon maillot manches longues du père Thiery… Le parcours est assez plaisant mais je ne suis toujours pas en mode ultra. Je ne suis pas dans le rêve, dans le détachement qui te fait enfiler les km sans les voir, alors que tu penses à tes proches. Je me force à penser à mes ultras passés, aux moments vécus où tu en baves. Quand tu te dis que c’est fini tu ne feras plus d’ultra, que tu n’es pas fait pour ça. J’en suis là dans mes pensées quand je réalise que nous sommes dans un pré. Il n’y a plus de balisage. J’appelle mes prédécesseurs. Nous revenons sur nos pas et partons sur la gauche. Le petit groupe intercalé fait alors la liaison. Je me libère un peu, laisse filer les jambes. Nous nous rapprochons de la nationale. J’entends les bénévoles qui nous indiquent le chemin. Je souffle, bois et mange. Je me dis que j’ai bien fait d’écouter les conversations dans le sas. Voilà la fameuse montée du 30ème. L’entame du chemin est sympa, mais je ne trouve pas ça si terrible. La pente s’infléchit encore. Je pose les mains sur les cuisses, ça répond. Là je suis dans mon élément. Le dénivelé acquis parle. Je retrouve toutes les bonnes sensations. Ne pas attaquer trop vite, bien dérouler les jambes. Je me demande combien elle peut faire. 300 ? 400m de dénivelé positif ??? J’en souris presque en pensant aux montées de la Ronda… J’arrive quand même à poser les mains, tellement le sol est sec, tellement il y a de la poussière. Voilà la haut, les gens qui m’entourent soufflent fort et relancent très rapidement. Je préfère marcher encore un peu en mangeant et buvant… Nous retrouvons un chemin, c’est assez facile, je relance la machine et trottine doucement. Je me dis que l’on ne va plus tarder à redescendre vers le ravito. Et m… je jure une nouvelle fois. Je viens de marcher sur une pierre, ma cheville est partie pour la 40-12ème fois de la nuit. Et comme chaque fois je dois ralentir, attendre de retrouver des appuis puis je relance doucement avec appréhension puis parviens à ne plus trop y penser, et on recommence… Bon ça redescend, vu le kilométrage et le profil du terrain on doit être tout proche du ravito. Ah, ma frontale montre des signes de faiblesse. Je marche et change l’accu. Il faut dire que j’ai tourné à 300 lumens depuis le début : sacré confort… Nous retrouvons la civilisation. Le ravito est dans une ferme. – 4h41, 26ème temps sur la section- .

Reherrey – Le Syndicat

Je passe devant Stéphane l’organisateur, il ne me reconnaît pas tout de suite. Il revient m’encourager quand il réalise que je suis là. Il m’a l’air bien fatigué. Je regarde autour de moi. Les visages sont déjà bien marqués. Je fais le plein. Prends un peu de soupe et finalement me ravise pour un thé bien sucré. Je n’ai pas faim. J’ai l’estomac tendu. Je réalise que je n’ai pas assez mangé. Pourtant j’ai été régulier dans mon alimentation. J’ai la sensation que mon corps assimile plus vite que d’habitude… Stéphane me demande si ça va. Je lui réponds que le gastrique n’est pas au top. Mais ça va passer, j’ai l’habitude. La femme de Bruno est assise, elle est prête à dormir, je n’ose pas la déranger. J’apprends tout de même que Bruno est derrière ????? Je le croyais un bon moment devant nous. Les bénévoles sont aux petits soins : y a pas à dire coté orga c’est le top. J’aurai juste apprécié un bouillon tout simple avec des pâtes. Je repars doucement je grignote un peu de pain. Je me pose quelques questions. Pas une seule fois cette année je n’ai bien géré mon alimentation, même aux Marcaires en étant cool j’ai fait une hypo. Il faut que je me remette sérieusement en cause sur mon protocole alimentaire. Et dire que jusque-là ça allait tout seul. Que se passe-t-il ??? J’en suis à nouveau là de mes pensées lorsque je lève la tête. Ce sentier je le croyais si facile jusqu’au col. Et là je vois les frontales qui me précèdent qui sont littéralement au-dessus de moi. Oh pas comme à l’UTMB dans la Tête aux vents, juste là à quelques dizaines de mètres. En fait c’est un mur qui est devant nous. Pas grave. Je pose les mains par terre et tel un terrier je gratte mais grimpe vite et bien. Deux ou trois coups de rein plus tard je me retrouve déjà au sommet de la côte : ben celle-là elle vaut 10 !!! Bon et après c’est comment ??? Le terrain s’adoucit, mais j’ai du mal à relancer. Je me force à manger une pâte de fruit. Je prends mon mal en patience. Ça monte encore : je suis surpris. Je ne pensais pas que ça montait aussi haut dans le secteur… Je vois le ciel au travers des sapins, c’est la haut c’est sûr, il ne reste plus qu’à descendre sur le Syndicat. J’ai bien l’intention d’y passer un peu de temps et de m’y refaire la cerise. On trottine alors sur du chemin. Le genre de chemin que je n’aime pas. Il faut relancer, se cracher dans les mains pour augmenter la moyenne. Je mange du pain et bois, je sens que la mécanique n’est pas au top. Par contre je me dis que je n’ai pas eu mal à la cheville depuis un petit moment ??? J’accélère, tape du pied, appuie dessus… C’est vraiment bizarre, la douleur a disparu comme par enchantement. Je commence à trouver le temps long. J’imagine Nol en dessus, pense aux balades en vélo en famille sur la voie verte. Mais bordel, c’est quand qu’on arrive à la route ??? Je double un coureur, en rappelle un autre qui partait dans le mauvais sens. Ah la voilà cette satanée route. Maintenant faut traverser la plaine. Je la crains franchement, parce que je la sais longuette. Enfin je la crois comme telle. Certes c’est plat, mais il faut être très attentif au balisage. Le jour se lève, il y a du brouillard, le faisceau de la frontale s’y reflète et on ne sait plus très bien où on va. Le jeu et l’attention nécessaire me font passer le temps. Nous sommes au cœur du Syndicat. Les encouragements se font assez nombreux. J’imagine le ravito dans la mairie où j’arrive rapidement.

Le Syndicat – Le Haut du Tôt

Merde, c’est quoi ce cirque, je découvre juste une table avec des boissons. Pas de coca, de l’eau et un ou deux autres trucs. Je me suis complètement loupé. C’est juste un point d’eau. Je voulais me poser ici pour faire une grosse montée sur le Haut du Tôt. Christian D. est là avec Jean pierre. Ça va ??? Bof, le gastrique est pas top. Et Lionel ? Quand je l’ai quitté il n’était pas au mieux, envisageait même l’abandon. Mais il peut être à 30 secondes ou 10 minutes je n’en sais rien. Je ne m’attarde pas, il fait bien frais avec le jour. J’enlève ma lampe et la mets dans la poche. Christian part pour vérifier le balisage. On discute mais je ne suis pas top. Jean Pierre a fait 4ème l’an dernier ici. Je vais gérer jusqu’au Haut du Tôt, après on pourra se lâcher. La montée se fait bien, pas vite mais bien. Il n’y a pas photo, tout ce qui est raide et se marche est bon pour moi malgré le peu d’entraînement des 2 derniers mois. Malgré tout je sens que je manque de jus. Il faut que je me pose et que je mange du solide. Je m’arrête. Je vide mes chaussures, pause courte mais bienvenue : je sens que les échauffements arrivent. Je ne vois pas le temps passer avec mes 2 compagnons. Mais une chose est certaine je suis dans un passage « creux » : vivement le ravito. Bon Christian m’annonce la suite : Chèvre Roche est là. Après il reste un coup de cul à la cascade et c’est bon. Il nous quitte je me mets à trottiner tranquille. Jean Pierre reste à proximité. Je coince un peu sur ce gros chemin. Je rattrape pourtant un ou deux coureurs pendant que je mange mon pain. Mais je n’arrête pas de me poser des questions. J’ai l’impression de manger tout le temps mais que mon corps assimile instantanément et qu’il n’a jamais assez à manger : c’est quoi ce truc de ouf ??? Ah, je vois le Haut du Tôt face à moi. J’appelle Philippe : je suis là dans moins de 10 minutes. Mais je loupe une flèche et vais tout droit. On m’appelle : c’est Jean Pierre, il faut tourner. Je le rejoins, Lionel est avec lui. Il part sans que je puisse suivre sa foulée. On redescend, mais c’est quoi ce bazar ??? Je ne suis plus lucide j’ai complètement zappé la cascade de la Pissoire. J’en oublie de manger, je suis pressé d’arriver au ravito. Je salue les photographes. Mais je suis dans le dur, j’appelle le ravito de toute ma volonté. Je revois le Haut du Tôt, je raconte à celui que je rejoins qu’on aurait largement pu y arriver plus tôt, au haut du Tôt… Ça y est nous sommes dans le village. Philippe est là. Je rentre et m’installe. – 8h02, 28ème – 35ème temps.

Le Haut du Tôt – Col de Fouchure

Stéphane m’interroge. Ça ne va toujours pas. Je demande du Perrier Citron à Philippe. Mais il est trop pétillant trop… mon estomac ne le supporte pas, je vais vomir dehors. Rien, je ne vois que de l’eau : bordel, je n’ai encore pas assez mangé… Lionel est déjà prêt, il repart, je ne le reverrai plus. Je remarque à peine Delphine dans son costume de paysanne…
Bon, j’ai vomi : pas grave. Je soigne un échauffement, bois un thé. Stéphane me propose un pâté. En temps normal j’aurai adoré, aujourd’hui je n’y suis pas. Je me change, Philippe est aux petits soins. Je ne m’attarde pas je le remercie et repars. Vomir m’a fait du bien, j’ai l’estomac détendu. Mais je sais que je vais avoir environ 2h difficiles, le temps que tout le corps se remette en route, quel con !!! On passe à côté d’un potager. Un coureur se change à la voiture de son assistance. Je repense à ce que m’a dit Christian lors de la reco. Mais j’ai une drôle de sensation au pied gauche. La chaussure me parait trop serrée. Je n’y ai pourtant pas touché depuis le départ ? Je m’arrête desserre le lacet, ça va mieux. Bon la descente est plus facile que je ne le pensais. Voilà déjà la route. A partir de là je connais bien jusqu’à Saulxures. Mais à peine ai-je quitté la route que je me dis qu’ils n’ont pas balisé comme prévu. C’est bien plus roulant, plus facile. On arrive sur la route suivante, je salue et remercie les bénévoles : toujours aussi sympas.. On passe le centre de vacances et allons vers le Saut du Bouchot. Là aussi exit le sentier de Christian, on prend le chemin, pas glop, pas glop… Je me botte un peu les fesses et me force à manger quand… Mais je reconnais la doudoune blanche au loin. C’est ma puce, et ma belle est juste derrière. Super surprise. Je me disais il y a peu, qu’elles ne m’avaient pas appelé. C’est bon de les voir. Fred voit immédiatement que je ne suis pas au mieux. Manue la femme d’Alain est là également avec sa fille. Je les salue à peine. J’explique à ma belle que le gastrique n’est pas top mais ça va revenir. On échange encore un peu. Je lui envoie un baiser du bout des doigts et descends vers la cascade. Je trottine. Je fais bien attention où je pose mes pieds mais profite du cadre avec ces jolis ressauts liquides. J’entame la remontée. Je refais le chemin mentalement. On monte vers le balcon du Mettey avec sa vue sur Vagney, le sentier est ensuite sympa avant d’entamer une des grosses montées de la course. Là avec Christian nous étions surpris de découvrir un jeune cycliste un peu perdu. Je me sens mieux j’ai bien mangé, on dirait que le cycle s’est mis en route : petite tension du ventre, main dans la poche, récupération d’un petit bout que je porte à la bouche, bien mâcher, boire et on reprend. La grimpette passe tout seul. J’arrive à re-trottiner un peu. Il y a un tout petit coup de cul avant une belle petite monotrace qui nous amène au ravitaillement. Tiens en haut de la bosse la fille d’Alain est là. J’ai un trou et ne me souviens plus de son prénom. Elle sourit quand je lui dis qu’elle connaît tout par cœur ici. Voilà la route. Je retrouve ma petite famille. Fred voit immédiatement que je vais mieux.

Col de Fouchure – Saulxures Sur Moselotte

Je m’installe dans un siège, je me fais l’impression d’être une formule 1: reste plus qu’à me changer les pneus. On me propose soupe, boisson, vêtements. Ma puce est frustrée de ne pas me donner plus : je la rassure, sa seule présence me fait un bien fou. Je ne m’attarde pas. Alain vient avec moi. Il me demande s’il peut faire un bout de chemin avec moi ??? Je suis surpris qu’il me demande l’autorisation. J’apprendrai plus tard que Fred lui a expliqué que lorsque je suis dans ma bulle j’ai beaucoup de mal à être avec quelqu’un. On discute. Je marche. Si j’étais vraiment à nouveau bien, je trottinerai sans problème. Alain m’explique ses terrains de jeu, ses origines, Christian m’y a également raconté les siennes dans ces fermes si proches. Un coureur nous accompagne. Il nous dit son abandon à l’UTMB. J’admire le paysage. Nous sommes dans la plus belle partie de cet ultra. Voilà la Piquante Pierre , haut lieu de la résistance. Nous sommes sur les terres de Julien F. . Alain me quitte, en fait nous sommes tout proches du dernier ravito. Je descends. Je ne vais toujours pas très vite mais suis de mieux en mieux. Un ou deux coureurs me rattrapent puis c’est à mon tour d’en rattraper. J‘ai le tibia qui tire un peu j’essaie d’ouvrir encore un peu ma chaussure. J’essaie de m’imaginer comment nous allons arriver sur Saulxures. Normalement je sais où est la base vie mais je m’image plus en contrebas de la ville : je me fie trop à mes sensations du THM. D’ailleurs voilà un petit coup de cul sympa : Le Haut du Roc. La montée passe toute seule. C’est très bon signe. Des gens sont attablés. Je sais que je les salue avec le sourire. Les signaux sont à nouveau entrain de tous repasser au vert. Allez on attaque la descente. Je n’y vais pas trop vite, mais sûrement. Je tâtonne les poches du sac, à la recherche de quelque chose que j’ai vraiment envie de manger. Je découvre un vieux kit-kat au chocolat fondu, resécher, refondu… Un régal. La gaufrette avec le chocolat sont un délice. Je relance, mais me loupe. Où est le sentier ??? J’ai pris une trace de gibier ? Je descends droit dans le pentu et retrouve le sentier. C’est vraiment bizarre, j’ai la nette sensation d’être à l’ouest du village vers le lac alors que je suis sûr d’être à l’est tout prêt de la base vie… Ah un bout de cours d’eau, des enfants sur un vélo, on dirait une chanson de Cabrel. J’entends les applaudissements. Voilà la base vie. Je suis très surpris, il y a vraiment beaucoup de coureurs. – 13h32, 28ème – 29ème temps.

Saulxures Sur Moselotte – Rupt Sur Moselle

Dès l’entrée, on sent les organismes bien entamés. Je me sens au contraire très bien. Je fais le plein d’eau. Je mange un peu de soupe, bois un thé, vide mes chaussures. J’échange 2 mots avec Patrick, 2eme ici il y a 2 ans, il abandonne. Il me demande si ça va. Oui je vais enfin bien, j’ai le couteau entre les dents. Je rebois un coup, change de haut et repars. Je mange encore quelques bouts de pain en marchant.
On prend la route. Je me dis qu’on va être sur un gros chemin mais il n’en est rien. Nous retrouvons rapidement un gros dré dans le pentu. La végétation est bien fermée, je me dis que la montée va être longue. Un coureur que je croyais abandonner à la base vie me rejoint. Il m’explique qu’il en est à sa 5ème participation, mais que ça ne va pas trop. Très bizarre, il m’a l’air en forme mais ralenti imperceptiblement ??? Je n’ai pas l’impression d’accélérer. A moins que ??? Je rejoins deux autres coureurs, il tombe trois gouttes. On retrouve un gros chemin. Je tente de trottiner. J’ai mal au tibia. C’est quoi ce cirque, j’ai bien un nœud dans mes lacets mais la chaussure est desserrée au maximum. Qu’est-ce que c’est que ce truc??? Il va falloir que je change de chaussures au prochain ravito. Mais en ai-je mis dans ce sac de base vie ou le prochain. ??? Je me dirai plus tard qu’il aurait simplement fallu en mettre une paire dans chaque sac… J’ai l’impression que nous approchons du haut de la côte. Je n’aime pas trop cette partie. Les droit dans le pentu au bout d’un moment ce n’est pas très drôle. Je suis certain qu’il y a des sentiers dans le coin bien plus sympas. Tiens un coureur me rejoint il a l’air en forme. Ah on se connaît. J’ai oublié son prénom, il a fait le grand TVL et m’en reparle de façon très sympa. Je le laisse partir, ici ça se court de plus en plus et ma jambe est un peu réfractaire. Je m’applique à bien dérouler ça va mieux. Bon sang j’espère que ce gros chemin ne va pas durer trop longtemps ??? Surtout qu’un groupe de quads me double et m’intoxique : beurk… Ah tiens on sort du chemin. Je me réjouis, mini single ? Tiens un refuge : on me donne à boire, relève mon dossard et je repars. M…. je retrouve le grand chemin. Et il dure, dure encore. Ah ça s’infléchit, je commençais à vraiment trouver le temps long… Je me dis que je vais descendre sur la mairie. J’y avais retrouvé Manu et Remi lors de leur premier ultra. D’ailleurs où peut bien en être Remi ? Il m’a dit qu’il risquait de lâcher en route mais j’ai vraiment du mal à croire à un abandon de sa part. Tiens la montre m’indique batterie faible : rires, j’arrive pile poil pour la changer. Je me remets dans ma bulle. Je pense à une phrase d’Yves « quelle part ont les odeurs dans une telle course ??? » En fait je crois que c’est mon sens le moins développé et je crois que je ne le sollicite pas du tout en ultra : une piste à suivre ??? Il est vrai que je suis bien lorsque suffisamment lucide pour me dire que je suis contracté, le visage crispé etc. Il me semble reconnaître la topographie des lieux. Il ne reste quasiment rien jusqu’à la mairie. C’est marrant cette fin de descente me rappelle l’arrivée sur un ravito de l’UTTJ ??? Je retrouve Philippe qui m’accompagne à l’intérieur de la salle. – 16h26, 22ème – 16ème temps.

Rupt Sur Moselle – La Croisette

Les bénévoles sont comme d’habitude aux petits soins. L’infirmière s’étonne de mon attitude. Je soigne mes pieds, me nourris et me gère avec l’aide de Philippe. Il m’a ramené Kits-kats, Fanta et des tas d’autres gourmandises. Miam. Je regarde ma jambe, j’ai un petit hématome ou œdème ? Au fait c’est quoi la différence ?? Je mange un peu de jambon. Je reconnais Charlotte et un groupe de gendarmes étonnés de me voir là. Je suis prêt à repartir. Philippe me demande si je ne veux pas me poser un peu ? Je regarde ma montre. Il a raison. Je lui dis que si je m’endors il me réveille dans un quart d’heure sans faute. Je m’allonge sur le banc et me détends pleinement. Comme d’hab je m’éveille une minute avant le temps fatidique. Je me remets debout et repars. Je trottine tranquille, tout va bien. Je sors du village. Je réfléchis. J’ai fait 110kms. Il doit me rester 62-65km si je fais du 6km/h je serais à 27h30 de course et vu le profil c’est très largement faisable. Je mange un peu de Kit-kat, et des noix de cajou. Je trottine sans peine, même dans cette montée. Je suis prêt pour une belle fin de course. Le tibia est à peine douloureux. Je me dis que j’aurai du voir le médecin ou le podologue mais tout va bien. Il pleut, doucement, c’est trop bon. Je me fonds avec les éléments. La machine roule toute seule, j’adore cette sensation que je ne trouve qu’en ultra. On est en équilibre sur le fil et pourtant tout va bien. Je reconnais cette allure, c’est Manu. Je suis content de le voir. Il a tenu parole et est venu nous supporter. On discute. Il me trouve très bien. Je descends à l’aise ce sentier pentu. Il m’explique que le vainqueur de 2013 est juste devant, il n’est pas au mieux. On va rejoindre la route. Il m’explique que la suite n’est pas géniale et me retrouvera au bout du canal. Les bénévoles me font traverser. Je les salue et les remercie. J’entame ce sentier improvisé. Pas glop pas glop, on joue encore au sanglier. Je débranche le cerveau, ça va plutôt pas mal. Je traverse un pré, je me dis qu’il vaut mieux faire tout ça de jour, de nuit c’est un peu casse cheville… Je retrouve Manu. Il reste encore un peu avec moi et me laisse. Je n’ai pas vu passer les derniers km, il faut juste remonter à la Croisette. Le reste de cet ultra se fera alors en trottinant. Je marche d’un bon pas. Je m’applique à bien dérouler les jambes. J’aperçois deux coureurs. L’ancien vainqueur me semble cuit. Celui qui l’accompagne est à peine mieux. Je trottine, les rattrape et les encourage. Je me force à manger et boire. Le temps est idéal, je sais que si je rêve trop, je vais encore m’oublier et le payer cash plus tard. Nous sommes sur les hauts. Il faut courir, ma jambe n’aime pas trop ça. Il aurait vraiment fallu que je change de chaussures et me fasse soigner. Il fait de plus en plus sombre, je retrouve du bitume. Je sais le ravito tout proche. Il y a du chemin de fait depuis ce matin. Je regarde les habitations, et cherche la tente des yeux. Je fini par l’apercevoir au détour d’un chemin. Je sors la frontale, l’examine, tout est en place. Je la remets dans ma poche et arrive à la tente. – 19h04, 20ème – 16ème temps.

La Croisette – Le Girmont Val d’Ajol

Je plaisante un peu avec les bénévoles. Un peu de coca, un fond de soupe, quelques tucs et je repars. J’ai juste le temps d’apercevoir un coureur assis qui se change, il a l’air complètement cuit. Je me dis que je connais tout le parcours jusqu’à l’arrivée. Je regarde ma montre, je suis maintenant sur un timing de 27h. Seul mon tibia m’inquiète un peu. Mais j’ai demandé des chaussures larges à ma belle et je prendrai le temps de voir médecin et podologue au Girmont.
Je repars en gardant le tempo de la précédente section. Ça roule tout seul. Je sors ma lampe. J’accélère. Par contre, là ça ne le fait pas. Quand la jambe tape ça m’irradie dans le tibia. Il fait de plus en plus sombre. J’amplifie la lumière. Nous arrivons sur une belle petite descente. Ici je me suis lâché avec Emilien et ai pris une belle bûche. Là je suis au ralenti. Mes appuis ne sont plus sûrs. Je suis trop concentré sur ma jambe, à vouloir la dérouler, à éviter la douleur. Je pense à mes proches qui m’attendent à la base vie, je vais être en retard à force de ralentir. J’appelle Fred. A quel kilomètre est censée être la base vie ??? Ah, mais j’y suis déjà. Je raccroche. M… plus de balisage, je reconnais le coin malgré la nuit, c’est par ici qu’on descend droit dans le pentu. Je reviens sur mes pas. Voilà la descente. Je n’ai plus le pas sûr, je glisse et tombe sur le flanc. Me voilà plein de terre. Je jure, peste et râle encore. Je me fâche, plus de douleur, juste envie d’avancer. Bon normalement on reprend le chemin où je trottinais allègrement avant un joli raidard. Je n’arrive plus à courir, je traîne la patte. Par contre je suis toujours aussi facile en montée surtout que ça me permet de bien dérouler la jambe. On sort de la foret, je retrouve un coureur. Je suis perturbé par son accent aux allures anglophone, genre écossais, mais il est tout simplement belge non francophone. On discute un peu, on aperçoit les lumières de la base vie droit devant nous. Mais il faut tourner à gauche, prendre le pré à angle droit et aller chercher un sentier en contre bas. J’ai vraiment l’impression que les traceurs sont allés chercher distance et dénivelé par tous les moyens, bof, et rebof… Mon compagnon du moment me lâche dans la descente. Mon esprit se tend vers le ravito, il faut que je me fasse soigner. On commence à remonter, la monotrace se fait sympa . Le téléphone sonne c’est JB. Tout le monde m’attend, je m’excuse, je n’avance plus. Je raccroche et sors du bois. La base est là, les garçons aussi : Hugo, Eliott et Marin. Fred a reconnu le faisceau de ma frontale. – 21h48, 21ème – 38ème temps.

Le Girmont Val d’Ajol – La Demoiselle

J’arrive dans la base vie.

Tout le monde est là. J’ai le sourire ça fait un bien fou : JB avec toute sa petite famille, Philippe et la sienne, la mienne également. Je me dirige tout droit vers le local des soins. J’ai une belle bosse sur le tibia. Pendant que le kiné et le médecin l’examine, le podologue regarde mes pieds. Pas de dégâts, juste la peau bien fripée, l’usure de l’eau. Il me masse avec de la crème nok, me strape. J’ai les pieds comme neufs; le médecin ne trouve rien à redire à ma jambe. Ou plutôt si: contrepartie des torsions à répétition dues à l’entorse: pied qui gonfle dans une chaussure pas assez large, syndrome du releveur… Mais je peux repartir sans problème, le kiné m’applique du froid. Je n’ai plus mal nulle part. On m’a amené une soupe, elle est brûlante mais sa couleur verte avec poireaux, pois ou autres me font la refuser : je ne digérerai pas ces légumes. Je retourne près de mes proches. J’ai froid, je sors d’une salle surchauffée. Je me change, mange un peu et repars. Je suis resté si peu, alors qu’ils m’ont tant attendu… On s’occupe de moi: moment privilégié…
J’ai veste, bandeau, manches longues. Je grelotte, je sais que ça ne va pas durer. Je suis resté trop longtemps. On monte dans le pré, mais prenons le côté opposé à celui avec Rémi. Au bout de 5 minutes j’enlève veste et bandeau, je suis de nouveau dans le rythme. Je re-trottine avec mes jambes et pieds tout neufs. Je viens encore d’apprendre un truc sur le traitement de mes pieds : suffit d’un bon massage avec hydratation pour tout détendre et ça repart bien protégé: j’ai des regrets pour le secteur « post Pas de La Case » en Andorre… Je suis sur les Hauts, j’essaie de me refaire le film de ce qui suit. Bon il y a des passages sympas et d’autres bien plus chaotiques. Je regarde ma montre, j’ai perdu du temps sur la base vie mais pas tant que ça. Revoilà un coureur, il m’a l’air bien à la peine. Je le dépasse et l’encourage. Je rêve, la tête dans les étoiles. Nous sommes sur une belle sente, je suis juste bien. La pente s’infléchit, je ressens à nouveau mon tibia. J’y jette un œil : il me semble qu’il a encore enflé. La bosse fait maintenant environ 4 sur 4 cm. Je réfléchi, je pense que le traitement de la base vie m’a insensibilisé et que c’est entrain de se réveiller… On revient sur du plat, là ça va plutôt bien. Je suis entrain de rependre du temps sur le tempo. Par contre dès qu’on est dans du plus raide, je n’y arrive plus. A voilà le petit bout qui précède le pas d’escalade. Je ralentis, bois et mange. J’amplifie mon éclairage et me botte les fesses. Je passe peu de temps dans ce passage escarpé . Bon c’est rigolo mais je n’en vois pas trop l’utilité… Me revoilà en bord de route, un bénévole me demande si tout va bien : pas de problème, je le remercie et repars. Allez il me reste une joli coup de coup avant la re-descente sur la Demoiselle. J’accélère mais la pente devient plus raide. Je n’arrive plus à trottiner, trop mal à la jambe. Je réfléchis. Petit à petit le doute dans mon esprit s’installe. J’arrive sur les hauts, il est maintenant certitude. Je crois que je vais mettre le clignotant. Ça ne sert à rien de se faire mal, je risque d’en payer les conséquences plus tard. Je trottine dans cette descente, je ne peux pas aller plus vite même si je rattrape un, puis deux coureurs. Je sais que la fin sera longue, il me faudrait de la capacité à courir, j’en ai de moins en moins. Nous voilà à l’abord du pré qui longe la nationale. J’ai pris ma décision, je rends mon tablier au ravitaillement. J’ai beau penser à mes proches à leur attente, à leur soutien. Je crois au contraire qu’être raisonnable sera leur rendre justice plutôt qu’à m’entêter, me répète que je peux leur prouver que je suis capable de raison dans ma déraison. Voilà le souterrain. Je marche sur chaque plot, la longueur des pas à effectuer est une souffrance. Je suis déjà entrain de me dire que ce sera sans regret que de mettre le clignotant. Il suffira de rebondir ensuite. Allez histoire de finir sur une bonne note je me remets à trottiner sur ces quelques centaines de mètres de plat. Me voilà au ravito. – 25h44, 16ème – 28ème temps.

La Demoiselle – Pusieux

Je dégrafe mon sac. Il y a bien du monde ici. Le bénévole m’annonce 15ème. Je le remercie avec un sourire : j’apprendrai plus tard que je suis 16ème. Je lui dis que je vais m’arrêter là. Il est très surpris : « ben pourtant tu as l’air tout frais ? Regarde autour de toi, ils sont tous cuits et toi tu n’as même pas l’air entamé ??? » Oui, physiquement je suis facile mais ma jambe n’y est plus. « Pose toi 10 minutes, tu verras après… » Je me mets dans un coin. Je suis serein, je m’endors sur mon idée d’abandon, j’envisage déjà la suite. J’ouvre un œil, 10 minutes sont passées, personne n’a bougé… Je me lève, fais 2 trois pas. Je n’ai plus de douleur. Le bénévole m’encourage, il pense que je suis 10 ou 11ème… Je souris, il déploie bien des efforts. Je sais tellement ce que c’est, j’en ai tellement encouragé sur le TVL. Je repars, le sourire aux lèvres en trottinant. Je vois une veste que je connais, c’est mon belge du Girmont. Je le rejoins on discute. Ça monte légèrement, je tente de trottiner mais la jambe ne veut pas. Mon belge s’en va, bien qu’au ralenti (il finira 16ème en un peu plus de 29h). Je prends une claque au moral. Je me dis que j’aurai du m’arrêter. Pourtant il reste peu de kms, mais l’envie n’y est plus. J’ai dis que je ne finirai jamais plus comme au GRP. Je me laisse porter par mes pensées. Je me dis que ce secteur peut se faire très vite et très facilement il suffit de penser au 30km. J’ai fait 3-4 km. J’entends du bruit, on me revient dessus. Je ne peux plus courir. Je marche dès que ça monte. Seul le plat est supportable. Je vais aller jusqu’au prochain ravito, je pense que je prendrai ma décision là bas. Je marche doucement dans cette montée. J’ai juste le tibia qui me fait mal mais ça me mine. Ras le bol, en plus je ne trouve pas le parcours ludique du tout. Les coureurs me passent par grappe de 2 ou 3. je regarde ma montre, si je trottine je peux encore « taper » 28-29h, mais je n’avance plus. Je mets de la musique. Nous sommes à nouveau dans un secteur plus plat. Je m’applique à bien dérouler chaque foulée. Je traîne un petit 6-7 à l’heure. Je me dis que 29h restera honorable. Je rage de n’avoir pas anticipé mon changement de chaussures, de ne pas avoir eu la lucidité de me faire soigner plus tôt. 2015 n’aura pas été une grande année, ma force de gestion est restée au garage. Routine ??? je suis moins attentif aux détails. Je crois que je n’ai jamais été aussi fort physiquement mais jamais aussi peu réfléchi. Il va falloir reposer tout ça à plat. Se remettre en cause, réapprendre l’humilité, revoir l’alimentation. Les minutes, les heures passent. J’arrive à Pusieux. – 28h14, 20ème – 88ème temps.

Pusieux – St Nabord

Je m’arrête à peine. Je suis dans ma bulle, je n’ai besoin de rien, je voudrai juste une jambe de bois pour remplacer la mienne. J’ai totalement oublié mes idées d’abandon, je gère comme je peux et veux en finir au plus vite. Les bénévoles s’inquiètent : tu ne veux rien à boire ? A manger ?? Non, j’ai tout ce qu’il faut merci. Ça va aller. Ça monte légèrement, je suis toujours dans ma bulle. Je marche, j’en ai marre, ras la casquette mais je marche. Je peste, je rage, je me recentre en pensant à mes proches mais je marche. Un nouveau coureur me passe. Je soupire mais tant pis, je marche encore. Ma frontale clignote : il faut que je change l’accu. Je m’arrête et m’assieds sur une souche. Un coureur me rejoint ça va ? Tu veux de la lumière? Non pas besoin, t’embête pas à m’attendre. J’ai une lampe. Il voit ma e-lite. Ah ben tiens on est équipé exactement pareil : Focus et E-lite. On plaisante il repart en me souhaitant une bonne fin de course. Je me lève et reprends ma marche. J’en ai marre. Le faisceau de ma lampe éclaire le tibia. Il n’enfle plus mais il n’est pas en bon état. Je continue. Je me dis que je vais m’arrêter. Il doit rester 10km. J’en suis à plus de 165, et pas loin de 170. 12 bornes je dirai finalement, à 3 km/h ça fait 4h. Ça ne sert à rien d’insister. Je sais que je suis prêt du but. Je sais qu’on me suit sur internet, que Philippe m’a attendu de longues heures, que mes proches ont sacrifié des heures pour que je puisse m’entraîner, mais ça ne sert à rien de continuer même s’il reste aussi peu, j’ai le moral en berne. C’est ici qu’il me faudrait de la compagnie, discuter avec un pote… Il reste le dernier coup de cul, mais il est encore bien loin. Je m’arrête et m’assieds sur un caillou. Je sors le téléphone, je vais appeler, j’abandonne, je rends mon tablier. Je tente de réveiller le téléphone. Il ne veut pas, lui aussi en a marre. Je jure, plus de batterie. Et m… Je regarde autour de moi. Pas de frontale à proximité. Il pourrait bien y avoir un coureur qui arrive que je passe un coup de fil, bordel ??? Mais non, il n’y en a toujours pas. Je me remets en route : qu’est-ce que je fais ? Je redescends à Pusieux ??? C’est tout proche ??? Bon j’en ai pour 1h30. Et 3h de l’autre côté ??? Je souris, entre la peste et le choléra je choisi la grippe. Je me remets en route. Un dernier coup d’œil à la montre, je vais mettre plus de 30h, l’échec est consommé. Bon, allez, faut se remettre en route, en question : des tas de gens sont encore derrière, des tas de gens voudraient être à ma place. Pourquoi suis-je là ??? La nuit est mon amie, l’ultra aussi. Je ne suis pas à la mine, pas entrain de bosser à la chaîne dans une usine. Cette course je l’ai choisie, je l’ai voulue, rien ne m’y oblige, je n’ai rien à prouver, juste peut-être un peu d’orgueil mal placé. J’ai un peu frais, je ne vais plus assez vite, je mets ma veste. J’arrête la musique et réussi à me convaincre de faire cela en longue balade. Je n’ai rien à part le tibia, je suis même frais. J’ai juste « ce truc » qui m’obsède et m’énerve. Et ces gros chemins qui n’en finissent plus. J’entends les hauts parleurs du stade. Si je pouvais j’irai tout droit. Ah tiens de la lumière qui revient : c’est un copain à Manu, celui qui avait son maillot ASRHV. Je l’ai doublé à Saulxures. Je l’encourage. Allez, il ne me reste que la dernière bosse. Bon encore descendre un peu. Ah du bruit : un coureur revient, il est sans frontale. Il est content de me voir. Il me dit qu’il est heureux de retrouver enfin de la lumière. Il est en panne de frontale et n’arrête pas de se perdre. Je lui dis qu’il peut venir avec moi mais risque de perdre énormément de temps. Il reste avec moi quelques minutes. Effectivement, il n’en peut plus et repars, je reprends mon lecteur MP3, fait défiler les morceaux, jusqu’à en trouver un qui m’entraîne. Je rêve et chante tout seul. Bon, voilà le coup de cul. Il suffit de se laisser porter par le sentier. Je me force à trottiner. C’est douloureux mais supportable. La lumière de l’agglomération s’élève. Allez gars, je me fâche et accélère, trois fois rien mais ça le fait. Je me fâche encore plus fort, en ai les larmes aux yeux, bordel, tu te lâches et tu finis. Je trottine. Chaque pas est douloureux mais ça va, ça passe. Je trottine, accélère comme je peux, je finis par courir en décidant de ne plus subir. Voilà les ruelles de St Nabord. Je suis tout près. La pente s’adoucit. J’ai une terrible envie d’uriner. Elle ne pourra pas attendre l’arrivée. Je m’arrête, je ne suis plus à 30 secondes. Je ressors de derrière un bâtiment : le bénévole est tout surpris de me voir. Je lui explique et repars. Je passe sous le tunnel, voilà le stade. J’ai beau vouloir je ne peux plus courir. Je salue Stéphane. Je suis cuit. Je marche aussi bien que je le peux, je finis le tour de stade. Je vois les premières lueurs du jour. Je passe la ligne. Tiens mon coureur sans lumière est juste là, derrière moi. Il s’est encore perdu, au moins une demi-heure. Il n’a pas voulu me dépasser. Je retiendrai son prénom pour longtemps : Ignacio… On nous interviewe. Le speaker est médusé quand je lui dis que je trouve ce trail trop roulant. Je lui explique, mais n’y suis déjà plus. J’ai juste envie de me poser, de dormir. Je repars péniblement vers la voiture. Je rêvasse un peu, je me dis que je l’ai fait, mais n’en éprouve aucune joie. Ce sera juste une ligne de plus dans mon palmarès d’ultra-trailer… 30h43, 24ème – 112ème temps.

Epilogue.

Je monte dans la voiture, la fait tourner, il fait vite bien chaud dans ma charrette. Je me déshabille et me change complètement. Je sors l’autre téléphone du sac, plus de batterie non plus : bordel je ne peux pas appeler Fred. Tant pis. Je m’allonge et m’endors immédiatement. Une heure plus tard je me réveille j’ai un peu frais. Mon tibia me fait mal. Il faut rentrer. Je vérifie mon matériel oh m… Il reste le sac de la base vie de Saulxures à récupérer. C’est tellement loin. J’extirpe mon corps fatigué de la voiture, je marche difficilement. Je me force à me remettre en route, ça va pas si mal. J’échange avec ceux qui arrivent pour le 30 km, avec quelques bénévoles. Plus qu’à rentrer. Je croise Micka, super champion, il va encore faire parler la poudre sur le 30km.
Me revoilà dans la voiture je rentre. Je m’arrêterai deux fois vingt minutes pour dormir sur le retour et m’endormirai dans le bain une fois rentré.

Bilan.

Dur, dur… Redevenir, attentif et humble. Poser mes entraînements, ma gestion de course, remettre à plat, se remettre en question. Je voulais cet infernal en compensation de la Ronda, ce fut pire. Ma gestion alimentaire fut mauvaise, mon étude des ravitos et du parcours trop approximative (Le Syndicat), mes sacs de base vie trop légers (chaussures) l’attention à mon corps, pas assez poussée ; une visite à l’ostéo pour ma cheville aurait certainement été salutaire. Je n’ai, une nouvelle fois, pas été attentif aux détails, aux petits signaux. L’ultra n’aime pas l’approximation, cela doit devenir ou plutôt redevenir mon mantra.
Je tire d’ailleurs un coup de chapeau à tous les copains ou amis : Clément qui gagne, Stéphane 2ème, Manu super 4ème, Lionel qui malgré ses doutes et faiblesses, fait juste la course que je voulais et finit 8ème en 26h20, Seb 9ème et tous les autres (Remi L, et Remi H, Philippe … j’en oublie plein…).
Ah, encore une réflexion, cet ultra, plusieurs semaines après, à tête reposée, mérite mieux. Les bénévoles sont aux petits soins, l’organisation est au top : balisage nickel, ravitos abondants et bien achalandés, bonne communication. Ils sont réactifs et attentifs. Mais le parcours me laisse franchement sur ma faim. Les 90 premiers km jusqu’à Saulxures sont biens sympas. Le secteur du Girmont propose de belles choses. Mais le reste est incroyablement roulant et parfois bien ennuyeux. Les drés dans le pentu sont effectivement usants mais pas tant que ça. Lorsqu’on enchaîne tous les sommets d’une Ronda, cela peut paraître bien paisible : quasiment le double du dénivelé sur 155km (pour rappel les 15 derniers de la Ronda sont plats) et ici j’ai 180km pour 7000 D+ selon le même référentiel. Bref il faudrait mettre l’orga sur le TVL ou inversement (rires)…
Je terminerai en remerciant une nouvelle fois mes proches et les bénévoles, en m’excusant une nouvelle fois pour toutes les inquiétudes suscitées… Mais au-delà de tout ça je remercie Philippe pour son abnégation, sa disponibilité, son attente : j’espère ne pas l’avoir dégoutté de s’aligner un jour sur un bel ultra… Pour ma part je suis déjà entrain de réfléchir aux suivants. Mais que je vais bien pouvoir faire en 2016 ??? (rires…)

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