26 juin 2015 – Ronda Del Cims – Ordino (And.)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 170 km Dénivelé positif: 13500 m Dénivelé négatif: 13500m

« La Ronda en rando… »

Note préliminaire:

La plupart des photos qui suivent dans le récit appartiennent à leurs auteurs et ne sont là qu’à titre d’illustration

Le récit:

Prélude

Octobre 2014. J’ai trouvé ma course principale pour 2015: ce sera la Ronda Del Cims. Il s’agit du Tour Complet de l’Andorre par les Hauts. Cette course représente le Tour complet d’un pays, on la dit également « le 100 miles le plus exigeant » mais il constitue surtout pour moi la 3ème partie de la Trilogie Pyrénéenne. : Euskal Ultra Trail au Pays Basque, GRP dans les Hautes Pyrénées et donc Ronda à la dernière extrémité de la chaîne.
Je lance donc l’invitation à d’autres et ce sont Manu et Remi qui répondent encore présents.
Nous nous retrouvons donc le jeudi à Ordino petit village au Centre de l’Andorre.
On ne connaît bien souvent l’Andorre qu’au Travers du Pas (dire « pass ») de La Casa de ses boutiques et de son architecture désuète et défigurant la montagne. Ordino lui est tourné vers plus d’intégration à la montagne. En arrivant ici je n’ai quasiment aucun doute sur ma capacité à mener ma course à son terme. Je me suis préparé comme je l’ai voulu et les quelques ultras déjà réalisés doivent m’amener à bon port. Les seuls doutes sont le manque d’acclimatation à l’altitude et la chaleur qui s’annonce, même si les chiffres sont un peu vertigineux : 170 km pour 13500D+. En gros un UTMB avec 4000D+ supplémentaires. Le temps habituel des vainqueurs est UTMB + 50%. Ça fait donc 48h pour moi. Je me dis plutôt, une Échappée Belle avec 20 bornes de plus soit également 48h +/- 5 h. Je ne veux me mettre aucune pression de temps. Juste vivre une course pleine.
Nous nous rendons au retrait des dossards et déposons nos sacs de base vie. La dotation est des plus sympas : T-Shirt, bonnet, bandeau, drapeau, soupe etc… Nous rions de la soupe : le coureur le plus rapide sur l’ascension du point culminant en gagnera son poids… Nous prenons alors un repas sympa à côté du départ et retour à l’appart hôtel. Là grand moment de panique : en arrivant dans ma chambre j’aperçois sous le lit la pochette de nourriture de la base vie N°01. Elle a glissé du sac lorsque j’y ai vérifié un élément. Je cours mais trop tard, les sacs sont partis. Je me ressaisi, je refais mon sac, il sera plus lourd mais j’aurai ce qu’il faut : inutile de se bouffer la vie. Il est 21h30, je dors comme un bébé et vais le faire sans problème jusqu’à la sonnerie du réveil.
Nous arrivons tôt dans le sas de départ. Pour moi c’est un peu trop tôt, nous avions tout le temps, situé si près du départ. Mais bon, au moins nous apprécions la musique et l’ambiance locale. Il y a juste que je suis déjà dans ma bulle. Je n’ai qu’une hâte c’est de lâcher les chevaux.
Allez finalement une petite photo, deux feux d’artifices et c’est parti.

La Course
Ordino – Refugi de Sorteny

Nous commençons par un petit tour de chauffe dans Ordino et ses environs immédiats avant d’attaquer doucement la montée vers les premières hauteurs. Je suis parti très tranquillement en milieu de peloton. C’est marrant l’entame du sentier me rappelle les Marcaires au-dessus de Metzeral. Ça bouchonne, mais c’est sans aucune importance. Il y a largement le temps. Je me cale dans un groupe qui a l’air d’avoir le bon rythme. Je décroche les bâtons du sac. Ils ne quitteront quasiment plus mes mains d’ici à l’arrivée… Je me sens vraiment facile, les sensations sont excellentes. Je trouve juste mon sac un peu lourd : ça va passer. Et j’ai mis un peu de musique histoire de me mettre dans ma bulle le plus tôt possible. Accroché à mon sac, se trimbale le profil donné par l’organisation. Je dois monter vers le Collada de Ferreroles à 2532m. Ça nous fait donc une première ascension de plus de 1300mD+. Je sais que certains sont biens trop vites, surtout quand j’écoute les respirations de de ceux qui me doublent. Je me rappelle alors mes mots à Manu dans l’ascension vers Bertone sur l’UTMB, attaquer les montées cool : en montagne il faut avoir le même rythme en bas qu’en haut… Un coureur double le paquet, il n’a pas de bâtons et semble très facile. Je l’accroche pour être dans le bon wagon. Mais surtout je ne dois pas aller plus vite, c’est encore tellement long… On sort de la forêt, nous abordons les pâturages Je trouve le rythme parfait. Le peloton est étiré, les petits groupes de 5 à 10 coureurs sont formés. Nous grimpons de bosses en bosses. Le tracé continue à s’élever. Nous entrons dans un univers plus minéral au moment d’aborder le col d’Ensegur. Je temporise. Je regarde ma montre je ne suis plus aussi bien, le souffle à peine plus court. Nous sommes à 2300m. Je repense au fait que je ne suis pas acclimaté. Il faut que je lève le pied ou la route risque d’être écourtée… Je reprends un rythme de sénateur. On me re-dépasse par grappes, mais c’est sans importance. Voilà le premier point haut : nous avons dépassé les 2600m. Nous en sommes à peine à un peu plus de 15 km et avons déjà mis près de 3h. En même temps 5km/h en montée ça cause sur cette course….
Allez on redescend sur le premier ravito. C’est un peu casse pattes mais ça va bien. Il faut que je lève encore le pied. Je sens que j’ai les intestins qui ne sont pas au mieux et un mollet qui tire un peu. On nous encourage : Venga, Venga… Il me semble comprendre «animo ». J’apprendrai plus tard que ça veut dire : courage… Nous sommes au ravito. C’est le refuge de Sorteny. Normalement nous repasserons ici pour le dernier ravito. Je me demande par où nous allons arriver et par où nous allons repartir.
Refugi de Sorteny. Alt. 1962m. Km 21. 10:40:05

Refugi de Sorteny – Coma d’Arcalís>

Je reste là environ 5 minutes. Je prends le temps de faire le plein, de manger de la pastèque et je repars. J’ai en effet prévu des arrêts minimum de 5 minutes. Le temps et le résultat n’auront que très peu d’importance sur cette course, je veux juste la vivre « bien » …
Je repars. Il faut remonter à travers bois. J’ai l’estomac bien contracté. J’ai pourtant mangé et bu régulièrement. J’ai chaud, je vais avoir du mal aujourd’hui, c’est clair. Nous ressortons en plein soleil. Nous allons bientôt basculer et changer de vallée. Voici le Portella de Rialb, encore un sommet à plus de 2500m. Je suis en train de faire défiler les options dans ma tête. Soit je m’accroche déjà maintenant soit je prends tout cool, comme ça vient. Si je m’accroche je risque clairement l’explosion. Et je n’ai qu’une idée en tête pour cette course depuis que je m’y suis inscrit, c’est de la vivre bien. Pourquoi ? Pourquoi ne pas y chercher la perf qui m’y tend les bras ? Je sais que physiquement j’ai tout ce qu’il faut pour y claquer quelque chose. Mais je n’en ai pas la motivation. Peut-être est-ce juste cet incroyable ratio Distance-Dénivelé qui m’inhibe? M’impressionne?
Je me dis que je vais encore lever le pied. On a changé de vallée. La vue est bien dégagée. Tiens voilà Manu qui me rattrape. Il me demande si ça va. Il me croyait déjà bien plus loin. Je lui explique mes soucis intestinaux, dont je suis à peu près certain qu’ils sont liés à l’altitude et à la chaleur. Il a l’air particulièrement bien. Je ne cherche même pas à l’accrocher. Il s’en va. La pente devient un peu plus raide, j’essaie de me lâcher dans cette descente sans trop de difficulté. J’ai du mal, je suis au bord des crampes. Je n’ai clairement pas assez bu ni mangé. Il y a un ou deux petits coups de cul qui s’enchaînent. Ça calme… Tiens un petit lac. Je regrette presque mon choix de sac. Je n’ai pas le téléphone à portée de la main. Ça vaudrait le coup des faire des photos… Serais-je en train de changer de vision du Trail ??? Nous arrivons en vue d’une piste de ski. Nous devons nous rapprocher du ravito. Il faut clairement que je me refasse la cerise. Je repense au TGV de l’an dernier, où j’avais eu ce genre de pensée aux abords de l’avant dernier ravito. Allez, je me botte déjà les fesses alors qu’on a, à peine fait 30 bornes.
Je vois la route et de nombreuses voitures. Nous sommes face à une sorte de cône de déjection de neige qui vient se déverser en contrebas de la route. Le gros chalet restaurant de la station semble être le ravito. Ça ressemble à une étape du tour de France, tellement il y a de voitures. Le sentier passe en contre bas. Mais il va falloir y remonter. Je suis sec. Je prévois d’y passer de 10 à 20 minutes pour en repartir le couteau entre les dents.
Ravitaillement de Coma d’Arcalís. Alt. 2200m. Km 31. 14:05:07

Coma d’Arcalís – Pla de l’Estany

Je reste là finalement une dizaine de minutes. Plein, eau gazeuse, melon blanc, fromage. Ça va pas mal. Allez garçon c’est reparti en jetant un petit coup d’œil au profil affiché. Là-dessus l’organisation est impressionnante. Il y a chaque fois un panneau avec la partie effectuée, la prochaine partie, la distance à faire avec la principale difficulté etc…
On va commencer par aller taquiner les 2800m avec La Bretxa d’Arcalís, puis enchaîner avec le Pic del Clot del Cavall et d’autres joyeusetés à peines plus mineures… On attaque donc le long de la piste. C’est drôle mais en montée pure je suis juste facile. Je laisse glisser les pieds comme en ski. Avec une pose des bâtons régulière et économe : bref, je me sens bien en montagne. On progresse vers la haute montagne. Les sentiers sont de plus en plus minéraux et techniques. En Andorre c’est comme au Pays Basque, ils ne connaissent pas les lacets. C’est du droit dans le pentu. J’ai toujours le pied alerte. J’ai le souffle un peu moins court, on dirait que je m’habitue, non, que je gère mieux. Je prends mon temps. Je mange par toutes petites touches mais ça passe et ce malgré la chaleur. On passe le cap des 2500m. Il fait meilleur, il y a un peu d’air. Je bois et continue mon chemin. Le sentier est raide, ça sent le sommet. Encore un petit effort. Je m’arrache sur les 50 derniers mètres de dénivelé. Ouah. Je reste planté là quelques temps. Qu’est-ce que c’est beau !!! Une vision à 360°. J’aimerai avoir une carte pour découvrir les sommets alentours. Cette image là même si je suis un peu cuit, je sais qu’elle va me rester dans la tête. Je redescends. C’est raide comme d’hab. Je m’appuie sur mes bâtons et y vais bien cool histoire d’économiser les quadris. Malgré cela on arrive vite faite fait dans « le creux « et on remonte de plus belle. Je suis motivé par la, probable, superbe vue qui nous attend à nouveau au prochain col.
Hoù là je souffle. Il faudrait que je mange mais même mes noix magiques ne passent pas. Alors c’est pastilles Vichy : ce peu de sucre et de sel me fait vraiment du bien.
Je repars, les pieds glissent, les bâtons bien en rythme, hop, hop, hop. On arrive à 38km. Nous sommes à 2600m et déjà plus de 9h de course. Enfin de course… Ça n’en a que le nom. C’est comme quand on parle d’une course en alpi. Notre notion du temps diffère. Allez faut redescendre au ravito. Comme toujours l’entame de la descente est bien raide. Je prends mon temps. J’ai déjà dit à Fred au téléphone que je gérai en mode rando…
La pente s’adoucit mais il n’est pas si simple de s’y laisser aller. Petit à petit je m’approche du refuge. J’arrive au ravito N°03.
Ravitaillement de Refugi Joan Canut Pla de l’Estany. Alt. 2060m. Km 44. 17:30:17

Pla de l’Estany – Refugi del Comapedrosa

Le refuge est assez petit. Tour le monde est dehors. Je décide de rester une vingtaine de minutes. L’ascension qui nous attend n’est pas la plus simple. La montée au point culminant de l’Andorre s’annonce rude : 900D+ en 3 km avec un final qui frôle les 3000m. Bref s’agit de bien gérer…
Une bâche nous abrite du soleil. Je m’assieds et vide le sac en plastique de mes noix. Je pousse les bâtons d’un coureur et me mets sur le béton. Je fais le plein de la pochette plastique. Je tente de me rasseoir, le coureur s’est à nouveau étalé, je lui demande 3 fois d’ôter les pieds de mon sac. Pourtant il est français mais me semble vraiment sonné. Je lui demande si ça va. Je me rassieds. La position assise ne me réussit pas. Je sens que ça me comprime l’estomac : mauvais souvenirs du GRP. Si ne je veux pas vomir va falloir y penser plus tard.
Je repars tranquille je suis toujours cuit. On navigue dans les herbages, la pente s’infléchit de plus en plus. C’est bizarre, je suis toujours dans le creux mais monte toujours bien plus efficacement que ceux qui m’entourent. Je lève la tête, où est le sommet ? Tout doit être aux alentours de 2700m, le sommet lui est 200 m plus haut.
C’est ici que je suis censé entendre une cornemuse, ou plutôt sa cousine la Gaita. J’ai vaguement ouï un bruit, mais sans plus. Je vais toujours, bon pied bon œil mais estomac contracté, énergie en suspens…
En arrivant sous l’arrête sommitale je me dis que c’est bizarre, le sommet ne doit pas être là. Effectivement on tourne à gauche, passe un petit col bien escarpé, et j’aperçois des coureurs qui redescendent 50m plus bas. Mais nous devons suivre l’arrête sommitale. Je la croyais bien plus escarpé. J’ai le sourire. Le musicien est là. Je lui dit que je n’ai pas entendu le son de son instrument, il se remet à jouer. Voici le sommet proprement dit : Pic del Comapedrosa 2942m. Km 47.
Je débute la descente. Là encore, c’est plein de cailloux et, si on veut assurer, on ne peut pas aller bien vite. Mais la pente s’adoucit. Devant moi le lac décrit lors du briefing. Un névé le longe c’est magnifique ; le bleu profond se perd dans le noir environné de blanc et vert. Je passe en marchant puis m’amuse. Les traces de mes prédécesseurs sont pleines de terre, on n’arrive même plus à glisser. La fraîcheur qui s’installe me fait un bien fou. Je me sens revivre. Toutes les fibres de mon corps sont en train d’absorber la vie qui m’entoure. Je trottine tranquillement. J’ai le temps de regarder le paysage. La montagne est vraiment belle. La descente est finalement de courte durée, voici déjà le refuge.
Ravitaillement de Refugi del Comapedrosa. Alt. 2367m. Km 50. 19:28:36

Refugi del Comapedrosa – Ravitaillement de Coll de la Botella

Je rentre et vois d’entrée les pâtes qui trônent au milieu du ravitaillement. J’ai une faim de loup. On m’en sert un plein bol. Il n’y a pas de cuillère. On m’indique les tucs : « il faut se servir des crackers » avec un accent espagnol des plus patinés. Je mange, bois, re-mange. Mais je ne suis que l’ombre d’un sinistre crétin. Toute ma science, mes belles capacités de gestion et de réflexion, ma belle expérience des ultras ne m’aura donc servi à rien. Il y a encore quelques dizaines de minutes j’avais un estomac totalement contracté et voilà que je le surcharge, l’inonde, l’abreuve… Ce qui devait arriver arriva. Un rototo à sa mémère se transforme en spasme, puis la nausée survient inexorable. Je rends tout ce que j’étais si heureux de manger. Rien pas l’ombre d’une miette de pain n’y reste. Je ne me sens pas trop mal. Mais je suis furieux et me traite de tous les noms. Comme bien souvent la colère me sert d’exutoire, de déclenchement à la réflexion. J’observe les gens autour de moi. Nombreux sont ceux dont les visages sont déjà très marqués, je pense que certains ne repartiront pas. J’observe un bénévole qui hésite à venir s’enquérir de mon état, je lui fais signe que tout va bien. Je croque dans une pastèque pour évacuer le goût. Je remplis ma pochette plastique, saucisson et tucs. Je mets encore des tucs dans ma poche poubelle qui aujourd’hui sert de poche à « manger vite ». Le plein est fait, je repars. Il y a devant nous une assez courte montée (un peu moins de 300D+). Je mange un tuc par petits bouts. Décortique une tranche de saucisson et en « tire son jus », hors de question que je passe des heures sans manger. Les jambes réagissent. J’ai l’impression de ne seulement rentrer dans cette course, après plus de 12h d’effort. Voilà déjà le Portella de Sanfons. (2592M) Le cap des 50km est passé (52ème). Le panorama est toujours aussi superbe, surtout que la nuit va bientôt venir nous saisir. Je prends 1 minutes pour regarder des 2 cotés et repars. A peine sous le sommet je me dis que j’aurai bien eu le temps de sortir le téléphone pour un ou 2 clichés…

Vers le Nord

Vers le sud

C’est parti pour la descente. Descente de la bouteille, descente vers le Coll de la Botella. Le soleil descend avec moi et la nuit me rattrape tout doucement. Je vois une route en contrebas. Une lampe clignotante bleue d’un bénévole. Il nous impose de mettre la frontale et vérifie la présence de la lampe clignotante rouge sur notre arrière. Je suis un peu fébrile, comme si je ne voulais pas perdre de place au classement, je ris et me ressaisis, prends mon temps et reprends mon chemin. J’espère juste ne rien avoir oublié, le mec pas sûr de lui, se remémore ce qu’il a fait et continue à débiter ses tucs. La descente se termine. Nous revoilà près d’une route. Ça remonte. Nous approchons d’une station de ski. J’accélère, ça remonte, on tricote un peu, la pente s’infléchit. Ça dure, je ne me souvenais pas qu’il y avait un passage comme cela, mais voici le col. Je ne sais pas où je suis, je ne connais pas les lieux. Mais retrouve mes esprits, je sors de la nuit. Un ravitaillement semble posé là. Il s’agit d’un bâtiment de station de ski.
Ravitaillement de Coll de la Botella. Alt. 2047m. Km 60. 23:02:24

Coll de la Botella – La Margineda

J’ai mis 19h pour faire 60km. J’en avais mis 15 pour la même distance sur l’Echappée Belle. C’est dire la dérive du bonhomme. Mais j’ai déjà dû passer plus d’une heure sur les différents ravitaillements et j’ai déjà dit à ma belle il y a plusieurs heures que j’allais finir en rando et que j’allais allègrement dépassé les 50 h. Je ne prendrai aucun risque. Simplement se dire qu’il nous reste plus de 30 heures de course n’est pas des plus simples. Le ravitaillement est bondé, surchauffé, des accompagnateurs ont rejoints leurs coureurs. Les gens se sont posés où ils pouvaient pour dormir. Je pose mes bâtons à côté de la sortie. Étale mon sac sur une table où tente de dormir un coureur. Je bois une soupe, de ce bouillon de poule qui finalement passe bien, après eau gazeuse, coca, pastèque et melon blanc. Je ne parviens par contre toujours pas à manger de ce pain, pain de mie que mon esprit rejette en bloc. Je prends du gruyère et du saucisson. Je vais sur la terrasse ou différentes nationalités se côtoient : espagnols, japonais, français… Ici il fait presque trop frais. Je remets mes manchettes. Je termine de manger une orange. Je refais un peu le plein continue à débiter tucs et saucisson, et reprends mon chemin.
Allez voilà une jolie montée. Elle n’a rien de difficile. Mes entraînements ont été plus que bénéfiques. Dans chacune d’elles je suis facile, détaché, souple et efficace. Les 400mD+ du Bony de la Pica – 2406m (66ème km) sont atteints. Il est 1heure du matin. Il reste juste à descendre sur la base vie.
Lorsque je dis « il reste » ce n’est peut-être pas le bon mot. En effet il y a 1400mD- en 7km. Et vue ma toute petite forme en descente je sais que ça ne va pas se faire tout seul… Alors je me relâche au maximum. Les passages techniques y compris mains courantes et pas de petite escalade succèdent aux très fortes pentes, avec ou sans cailloux, herbes ou poussière. Mais chaque fois qu’un passage un peu aérien apparaît des bénévoles sont présents, organisation sans faille. Cette descente n’est d’ailleurs pas sans me rappeler à la fois celle de la descente sur la base vie de l’Échappée Belle, comme celle sur Courmayeur lors de l’UTMB. Je suis d’ailleurs de mieux en mieux. Je sens simplement un début d’échauffement sérieux sous le talon gauche. Je me dis tout d’abord que ça tiendra bien jusqu’à ‘à la base vie, mais cela empire. Je ne peux pas m’arrêter là d’un coup, il n’y a pas la place et je vais trop vite. Mais je vais bien ne pas tarder à trouver une place pour soigner cela. Mais les virages secs et difficiles s’enchaînent, les jambes tournent au mieux. Le pied travaille fort et soudain je sens un craquement et de fortes épines. Ça y est le talon vient de lâcher, je le sais, je l’ai déjà vécu lors de la maxi race 2012. Je marche et jure, abattu. Mais je ne me laisserai pas faire, j’ai ce qu’il faut et je sais que je finirai. J’avance et trouve une pierre. Je m’assieds enlève chaussure et chaussette. Le constat est sans appel, la peau est déchirée sur une surface d’environ 3cm sur 4 cm. Le talon est à vif, heureusement la peau tient toujours. Je sors, strap et éosine. Je nettoie à l’eau, sèche, désinfecte, recolle la peau et applique le strap. Le tout tient et n’est pas douloureux. Je me remets en route prudemment et accélère document. Ça va pas trop mal, mais là je suis désormais totalement convaincu que la suite de la course ne sera pas forcément des plus simples et encore moins rapide. Mais le moral lui est intact.
Je reprends ma descente m’y lâche un peu et rêve. Je retrouve la sensation vertigineuse que le monde est réduit au faisceau de ma frontale. Je repense à tous ceux qui n’aiment pas courir la nuit, pense à ma femme, à mes enfants, à ma fille que je n’ai pas vue depuis son départ en classe de mer. Je suis enfin et totalement en mode ultra. Je me dis que peut être un jour j’arriverai à gérer correctement la chaleur et souris, quand je vois des lueurs dans la nuit qui deviennent de plus en plus grandes. Ces lumières sont tellement vives que l’on croirait arriver sur un aéroport. Non plutôt une gare. Cela me rappelle étrangement l’arrivée sur l’avant dernier ravito de l’Euskal Trail, en fait me voilà tout simplement à la base vie.
Base Vie de La Margineda. Alt. 1074m. Km 73. 03:13:17

La Margineda – Coma Bella

J’entre dans le gymnase. J’ai prévu de rester ici environ 1h, même si cela doit durer plus longtemps.
Cette base est ce que j’ai vu de mieux dans tous mes ultras. Tout y est calme et feutré. On n’y crève pas de chaud et elle n’est pas bondée. Les gens sont chaleureux sont être empressés. Je récupère mon sac. Vois immédiatement le podologue qui n’a pas l’air débordé. Je vais à la douche, me lave et m’habille de frais. Je mange un peu et bois. Je m’allonge sur une table à côté du podologue qui « termine un client ». Il examine mon pied fais une grimace, constate les dégâts et m’explique. Il va refaire ce que j’ai déjà fait. Nettoie et applique un strap de vrai pro. Il me dit que le reste de mes pieds est également bien abîmé qu’il va falloir les surveiller. Nous discutons, il m’aide à remettre chaussures et chaussettes, applique de la crème, m’accompagne à ma place. Je le remercie chaleureusement pour sa disponibilité et sa gentillesse. Je mange et bois encore un peu. Je décide de prendre encore mon temps et décide de dormir. Je m’endors immédiatement et me réveille 1 minute avant le réveil entré sur le téléphone. J’ai dormi une demi-heure. Je me sens vraiment bien. Je reprends un peu à manger, rends mon sac et repars. J’ai passé là 1h15. Les soins du podologue sont fabuleux, je me sens un homme neuf. C’est reparti. Nous tournicotons un peu autour de la route pour rechercher l’autre versant de la vallée. Ça descend encore un peu histoire de pouvoir passer le vieux pont de la Margineda : je ne m’aperçois pas trop de son charme de nuit… Je n’ai plus qu’à commencer une nouvelle ascension. Il s’agit d’aller au Pic Negre, c’est la plus longue ascension de la course. Je suis dans ma bulle. Le ciel s’éclaire petit à petit. Je jette un œil au profil. M… j’ai zappé un bout. Il faut d’abord faire un peu de yoyo avant d’entamer cette longue montée… Je suis facile. Je retrouve enfin cette douce sensation d’ultra. La petite tension du ventre qui me fait tendre la main vers le sac pour y casser un petit bout de tuc, une gorgée à boire et on recommence. Je rêve. Fais un peu le bilan. Je tente de compter les ravitaillements qui sont derrière moi : 06 ou 07 ???? Je dirais 6 dont la base vie. Ça fait donc 02h30 d’arrêt minimum… Le total de l’UTMB alors que je n’ai fait que 75 bornes en 21h. Un truc de fou. Mais pas le choix, cette course c’est rando un point c’est tout. J’y reviendrai peut être un jour pour la faire vraiment en mode course. J’en suis là de mes réflexions quand on attaque une courte descente, avant de remonter. Je passe cette bosse en accélérant. C’est le pied, d’enfin retrouver de bonnes sensations. La descente qui suit paraît bien facile. Encore un souvenir mais c’est du GRP qu’il s’agit, dans le secteur de Cauterets. Je trottine, non j’arrive même à courir. Les jambes s’en régalent. Je fais attention à la pose de mes pieds mais tout roule. Je rattrape plusieurs coureurs, les km défilent. Je n’ai pas une douleur et l’envie est là, bref tous les voyants sont au vert. Je commence à rêver d’une deuxième partie de course de folie. Mais mon esprit me met en garde: la chaleur va de nouveau être très présente… Nous prenons un peu de bitume. Ça y est je suis au point bas de la grande montée. Quelques bénévoles nous attendent. Le ravitaillement n’est plus très loin, ça monte doucement. On nous propose le plein d’eau car il reste quand même quelques kilomètres. Le chemin se fait facile, odeurs d’herbe fraîchement coupée, soleil qui envahit l’horizon: la nature reprend ses droits. Nous retrouvons la forêt et découvrons un hôtel: classe l’établissement ??? Hé bé ils ne rigolent pas sur l’Andorra UT. Le ravito est tout simplement dans les murs de l’hôtel.
Ravitaillement de Coma Bella Alt. 1390m. Km 86. 08:19:30

Coma Bella – Refugi Roca de Pimes

On me scanne mon dossard. Les contrôles sont extrêmement nombreux sur cette course. Pas de danger qu’on nous perde… Mon dossard commence à être bien froissé et je commence à savoir dire son numéro en Espagnol : Doscientos cuarenta cinco. Je pose mes bâtons. Je ne sais pas trop comment faire sur ce sol en marbre dont je me dis que je vais le rayer. Finalement je coince la pointe entre les joints des grands carreaux. Je ne m’assieds plus depuis longtemps déjà. Hors de question de comprimer mon estomac et de risquer de rendre ce que je mange. Je regarde les vivres qui s’étalent. Je sens mon sourire s’élargir : de la salade de tomate. Quel régal… Je bois eau gazeuse et coca. Comme d’hab je mange soupe, pastèque, melon, je rajoute saucisson et cette salade, mmh quelle est bonne. Je refais le plein : eau, tucs et saucisson et repars. J’ai dû raccourcir un peu mon temps à ce ravito. Je me demande combien je vais boire au total. Entre chaque ravito et chaque arrivée je dois être à environ 1,5litres si on compte 15 ravitos ça nous mène à plus de 20 litres : ce n’est tout simplement pas imaginable…
Le début se fait sur un grand chemin. Le soleil tape déjà et il est haut dans le ciel. Heureusement nous sommes à l’abri de cette forêt qui ressemble vraiment à de la forêt méditerranéenne, qui me rappelle l’arrière-pays varois. Le chemin lui me rappelle le km vertical de l’Échappée Belle. Je suis toujours facile, je rattrape et dépasse des coureurs les uns après les autres: le pacman revit-il ? Mon téléphone sonne. Je suis obligé de m’arrêter. Je rappelle: c’est le paternel. Brefs échanges il sait par ma belle que je suis en mode rando et suis en train de revenir sur nombre de coureurs. Je raccroche, range tout et repars. Je suis un peu inquiet à la vision de mes bras. Malgré la crème d’hier j’ai pris des coups de soleil surtout sur les avants bras et les mollets. Il faudrait que je me tartine. La pente reste identique, je suis toujours bien, dans ma bulle nous sortons de l’abri de la forêt. Ouha, qué calor. Mais je n’appréhende plus, et ne ralentis presque pas. Nous avons re-dépassé les 2000m. On sent la haute-montagne revenir. Tiens un refuge ? J’avais zappé ce ravito où est-il en plus ? Je pose la question, on me répond: « tou é au Roca dé Pimès ».
Ravitaillement de Refugi Roca de Pimes. Alt. 2165m. Km 93.

Refugi Roca de Pimes – Refugi de Claror

Il n’y a que 3 personnes qui tiennent ce petit ravitaillement. Les murs en pierres sèches du refuge renforcent l’impression d’être perdus au milieu de la Provence. Le principal « tenancier » est des plus sympas. Je lui demande s’il n’a pas de crème solaire à tout hasard. Il sourit et se rend à sa voiture, pendant que je dévore pastèques melons et oranges. Il me projette de la crème sur les bras que j’étale consciencieusement. Son tube est vide il n’hésite pas à démonter le flacon et à me déposer le tube du vaporisateur sur la nuque et les parties non protégées. J’étale le tout et le remercie plusieurs fois dont une tentative maladroite en Espagnol : Muchos Gracias. Je bois encore coca et eau. Le reste de la journée s’annonce encore plus rude qu’hier. Je salue à plusieurs reprises ces bénévoles vraiment au top et repars; le terrain descend légèrement. Les pieds sont en surchauffe. On suit un gros chemin, mais ça ne dure pas. L’andorran est joueur. Chaque fois que le chemin fait un virage on coupe à travers prés. La pente s’incline à nouveau mais rien de bien méchant. Je cherche le sommet du regard, ma vue n’accroche que des sommets secondaires qui ne peuvent être assez hauts. On recommence à couper à travers chaume. Il fait de nouveau très chaud. Pas un souffle d’air même à 2400m. Je réussis à continuer de bien gérer en alternat eau et tucs, j’arrive me à remanger des noix, et en apprécie à nouveau le goût. Cette montée n’a toujours rien de difficile. Le paysage s’ouvre sur une belle ligne de crêtes qui s’avance comme un bateau dans l’azur. Il suffit de se laisser porter par le paysage. Ça y est voilà le sommet : Pic Negre. 2645m 97ème km.
C’est ici le royaume des vaches et des chevaux. Nous restons sur le chemin encore pendant quelques temps ; Un vieux bus volkswagen rouillé gît abandonné. Il faut redescendre maintenant. La pente est nouveau bien plus raide, en léger dévers. Je sens que mes pieds ne sont à nouveau plus à la fête. La chaleur et la distance font leur œuvre. Je ne peux pas me lâcher en raison de ces satanés pieds mais je ne peux pas me plaindre et rattrape quelque coureurs. Tiens un gars monte fort en sens inverse, il nous salue. C’est impressionnant le nombre de coureurs que je retrouve. Suis-je tombé sur un nid ? Nous sommes au milieu d’une vaste prairie. Ça remonte un peu J’aperçois un refuge. J’y arrive assez vite. Ces derniers km ont certainement été les plus rapides depuis bien longtemps.
Ravitaillement de Refugi de Claror. Alt. 2290m. Km 105. 13:24:27

Refugi de Claror – Refugi de l’Illa

Je demande de l’eau. On me conseille de la prendre à la fontaine dehors où elle est vraiment fraîche. Je regarde les concurrents, en fait il y a pas mal de monde qui est sur la Mitic. L’un d’eux a un fort accent méridional. Il a l’air de vouloir abandonner et me rappelle bizarrement un ancien collègue de la Drôme. Un autre coureur mange un bonbon. Son acolyte lui demande où il l’a trouvé : c’est mis à disposition par les bénévoles. J’en pique un : trop bon, puis un deuxième. Voici encore une révélation pour un prochain ultra… Je recommence : aqua con gas, coca, pastèque, melon et repars. On est sous les barres des 70kms je n’ai pas vraiment de doutes, je verrai la ligne d’arrivée. Mais quand ? Mes pieds me refont un peu mal. J’imagine qu’ils sont bien usés. Le talon est même le moins douloureux. Toujours pas un souffle d’air. Ils avaient pourtant prévu une ou deux averses. J’ai pourtant beau regarder le ciel, à peine quelques filaments qui s’amoncellent…
On a fini de descendre. J’ai toujours un bon pas en montée. Normalement celle-ci est assez courte : un petit 400D+ jusqu’au Collada de la Maiana et on redescend. Je ne me souviens pas vraiment de ce sommet. Mais la descente se fait assez raide au début. Je me sers de mes bâtons pour soulager mes pieds ; je gère un petit, tout petit 6km/h et arrive sur un joli vallon assez bucolique. Tiens un mec en fluo ? Je connais cette attitude… Mais qu’est-ce qu’il fout là ? Je n’hésite qu’une seconde et appelle : Oh Manu, qu’est-ce que tu fous là ??? Il me répond qu’il va arrêter qu’il a déjà appelé sa femme pour lui dire. Je lui demande s’il est vraiment blessé, ce qu’il a ? Hormis quelques douleurs je sens que c’est le moral qui ne va plus. « Allez, il y a 4 km jusqu’au ravito et ensuite on va à la base vie. Tu prendras ta décision là-bas sinon je t’amène au bout ». Il me dit encore de faire ma course. Je lui réponds encore, que de toutes façons je n’irai pas vraiment plus vite et qu’on est là pour que les 3 Vosgpatts arrivent au bout ». Je prends donc les choses en main. C’est plat. On échange sur le déroulement de nos courses à tous les deux. Fred m’a annoncé il y a bien longtemps qu’il était 2h devant moi. Nous sommes en fond de vallon. L’eau court au travers des herbes et de quelques rochers épars. Un troisième larron est accroché dernière nous. On serpente pendant un bon bout de temps. Je continue mon mantra tuc et eau. Mais je subi la chaleur. La pente devient à nouveau plus raide. Nous avons fait les 4km annoncés, je sais que maintenant il va falloir monter au prochain refuge. Je sens que je suis en train de prendre un coup de chaud. Je m’arrête pour une petite pause. Je m’assieds un peu et prend le temps de bien m’hydrater, le 3ème s’en va. Je laisse les commandes à Manu. Il a l’air d’aller mieux, mais il devrait économiser ses gestes. Allez, il y a un petit 400mD+ à faire. Je reprends les commandes. On discute par petits épisodes, je suis toujours aussi peu bavard en course, totalement immergé dans ma bulle. Les mètres ascensionnels se font bien, ça sent à nouveau la haute montagne. L’après-midi se termine. Je discerne un refuge. Il est blotti contre la digue d’un lac artificiel. Je dis à Manu qu’on va y prendre le temps, qu’il va pouvoir s’y refaire la cerise. Il peut compter une vingtaine de minutes.
Ravitaillement de Refugi de l’Illa. Alt. 2485m. Km 116.

Refugi de l’Illa – Pas de la casa

Il fait bon frais à l’intérieur du refuge. Il n’y a que peu de place. Je mange toujours un peu les mêmes choses. Je vais m’isoler sur un des lits métalliques du refuge. On me propose un vrai lit pour dormir. Non merci c’est juste pour m’allonger et reposer mon estomac. Je plonge pourtant deux minutes. A mon réveil, je mange soupe et jambon, on dirait que je suis à nouveau capable de manger de tout. Seul le pain de mie ne trouve toujours pas grâce à mes yeux. Que ne donnerai-je pas pour un peu de vrai pain afin de me faire un sandwich royal ? On repart. Nous longeons le lac, belle surface d’eau fraiche, ça donne envie. Nous passons le col et entamons une belle descente. Normalement il y a juste une montée et 2 descentes jusqu’à la base vie. Je suis surpris qu’il y ait autant de km : 14. Mais je me rassure en me disant que ça va aller vite. Je n’avance pas bien vite en descente, mais Manu m’a l’air un peu plus à la peine. Je fais mes pas le plus léger possible. Mes pieds me brulent, je n’ose imaginer leur état. Je regarde mes bâtons, ils n’ont pas quitté mes mains depuis tellement longtemps. La crème solaire enduit toujours mes bras : indice 50, j’en avais bien besoin. Mes bâtons servent sans cesse. J’ai bien fait de prendre ceux-là et non les bâtons light. La végétation est plus dense dans le sentier, on ne voit plus nos pieds. L’eau est toujours présente dans ce vallon. Le balisage est bien plus light que jusqu’à présent. De temps en temps je dis à Manu qu’il n’y a plus de jalonette. Je suis tellement habitué à en voir tous les 50m. Mais je suis le GR : aucune raison de se tromper. Revoilà une balise, elle est bizarrement positionnée, pas très visible. On échange toujours peu. Je fais attention à l’économie de chaque pas. Je retrouve l’antique rythme du sénateur en montagne, le pas glissé qui peut me mener si loin. Le paysage est toujours aussi beau. On rencontre 2-3 personnes à qui nous demandons où se trouve le col, s’il s’agit d’une des montagnes que l’on voit ? Non, il faut encore monter un peu et nous l’apercevrons au loin.
Le vallon s’étire en longueur. Je n’ai plus de batterie dans ma montre ; Mon accu ne l’a pas rechargé correctement. Il y a quelque chose que je n’ai pas compris. Tant pis. Je vois une barre montagneuse caractéristique de fond de vallée. Il va falloir monter tout là-haut. J’encourage encore Manu. Ici est le domaine des vaches. Un taureau est au bord du passage, quelle puissance! L’herbe autour de lui a disparu, il ne reste plus qu’une terre des plus sèches.
La pente devient plus raide, on s’élève sur la droite. Une fois de plus le tracé s’éloigne du sentier, dré dans le pentu, quittant puis retrouvant le GR. Le souffle se fait court mais je suis toujours bien facile en montée. J’accélère imperceptiblement. Manu tient le choc. Nous arrivons u pied d’un mur, on aperçoit à son sommet un maillot orange typique des bénévoles. 2 coureurs y passent tant bien que mal. Je monte bon train. Il faut passer aux alentours de 2600m. Je dis à Manu que derrière c’est le Pas de la casa. J’ai oublié les km, et je suis pourtant sur que c’est plus à l’ouest ??? « Allez Manu », je lui demande encore si ça va. Nous atteignons les bénévoles qui vont encore passer ici de longues heures. Traditionnel contrôle. L’un d’eux nous dit : « à 5km/h vous y êtes dans 1/4 d’h il reste 200m de dénivelé. » On redescend, tournons le vallon. J’aperçois un névé et tout là-haut 2 coureurs. La bosse que nous venons de faire n’était pas sur le profil. Apparemment celles de moins de 250D+ n’y figurent pas. Petit coup au moral, mais je vais bien, et pense à Manu que je motive encore. Nous passons le névé et revenons petit à petit sur un coureur. Je sais que nous avançons bon train. La pente est à nouveau bien raide. Manu râle un peu, impossible d’aller aussi vite que le bénévole le disait. En plus la descente doit être comme toutes les autres : raide et technique, on n’est pas rendu… Nous rattrapons le coureur juste avant le sommet. Je regarde la descente : Hé bé ça promet. Ça me rappelle celle sur la base vie de l’Échappée Belle. J’ai beau être aussi souple que possible mes pieds n’en veulent plus. Je prends tout de même les choses en main, je sens Manu un peu cuit. Allez gars, on est bientôt à la base vie. Je vois le haut du téléphérique de la station de ski dont l’altitude est plus basse que la nôtre, reste un sacré bout de chemin. Dans un sentier encore une fois droit dans le pentu. On alterne cailloux et névés avant de retrouver les pistes de ski. Là encore c’est tout droit dans la piste, hors de question d’emprunter le facile gros chemin qui serpente jusqu’à la station. Nous sommes un peu plus nombreux, le coureur que l’on a rattrapé nous lâche à nouveau. Voici les bâtiments du Pas. Souvenirs de ski, d’emplettes de fiestas qui m’assaillent. On rejoint la base vie. Les locaux sont bien indifférents, certains accompagnateurs nous encouragent et nous applaudissent ça fait du bien, un petit geste un petit merci. Nous entrons dans la base vie, la nuit nous suit de tout près.
Base Vie de Pas de la Casa. Alt. 2080m. Km 130. 21:23:04

Pas de la Casa – Vall d’Inclès

Nous ne sommes clairement pas dans les mêmes dispositions que sur la première base. Il fait chaud, les accompagnateurs sont autorisés. On retrouve un espagnol avec qui nous avons déjà un peu échangé au précédent ravito. Manu doit aller voir la podologue. Je m’alimente, me change et fais le plein. Je refais mon strap : il a lâché depuis un moment. Mes pieds sont dans un très sale état. Je fais ce que je peux et mets des chaussettes propres. Je vais dormir pendant que Manu se fait soigner. Au réveil Manu a l’air pas trop mal. Il est prêt. J’ai froid, mets des manches longues et me débarrasse du superflu dans mon sac. J’enfile également ma veste, nous repartons. Nous sommes accompagnés d’un troisième. Nous échangeons sur nos courses. Je mène la danse, mes pieds vont nettement mieux. Mais j’ai une grosse peur : une concurrente nous a raconté ses 2 premières participations. Le vallon qui s’annonce est gorgé d’eau et « fout en l’air » tous les soins réalisés. Je recherche à nouveau les balises. Notre compagnon nous dit qu’ils ont été débalisés. Je comprends mieux.
Nous continuons à descendre vers l’Ariège, nous sommes en France, je me souviens parfaitement du briefing quand à cette partie. Nous atteignons le point bas. Nous devons être une dizaine de coureurs. Un groupe de 3 espagnols, des français épars, un anglais etc.. Tout le monde se regroupe à la recherche de la meilleure trace. Je ne comprends pas ceux qui me précèdent; peu ont la lucidité de lever la tête, de faire de petits lacets dans les sentiers à vache : économie, économie les gars !!! Je tente de boire, l’eau a un goût de terre, beurk ; je vide mes flasks et les remplis d’une eau glacée mais tellement bonne. Je sens que Manu n’y est pas, qu’il est fatigué, cuit même. Je laisse partir notre compagnon. Je lui dis que j’accompagne Manu jusqu’à la fin. Il me dit que je suis un vrai pote et nous encourage. Je temporise. Je dis à Manu qu’il dormira 1/2h au prochain ravito. Que c’est gras ! Mes pieds sont trempés, je jure. Je reprends ma marche. On doit être en un peu plus de 2km/h en montée à peine plus. J’enlève ma veste. Il fait pourtant bien frais. Je repars d’un train de sénateur. Un monstre blanc apparaît sur ma droite. Un gros névé est planté là, juste sous le col. On passe à sa gauche, le rebord est de glace vive. Je cherche la terre un peu grasse qui soulage les pieds et où chaque pas se fait bien assuré.
Des bénévoles sont là à nous attendre, près d’un feu. Il faut longer la ligne de crêtes sur la droite avant la longue descente sur le ravito. Pas de les vaques 2575m. 138ème Km. On redescend sur une pente douce dans les herbes. J’attends Manu, il met sa veste, il dort debout, je l’encourage encore.
La pente devient plus raide, pour retrouver la normalité de cette course. Pour une fois je me satisferai bien d’un gros chemin bien blanc juste histoire de soulager mes pieds pendant quelques minutes. Où est le plaisir me dira-t-on ? La nuit est mon amie, ciel étoilé splendide. Communion avec la nature, la mécanique du corps qui est parfaitement huilée. Si je n’avais ces satanés pieds tous les voyants seraient au vert. Il y a des heures à gagner sur cette course dans de bonnes conditions. 45H est largement jouable, je pense que nous n’en serons pas loin… au prochain ravito… Mais en attendant le sentier dans les hautes herbes est bien piégeux, et gras à souhait, mes pieds macèrent et ne s’arrangent pas b…l de m…e.
Nous sommes au bas d’un parc et rejoignons une sorte de chemin à vaches, la ravito se rapproche, je remotive Manu, « tu vas pouvoir bientôt dormir ». Je change de batterie : j’ai géré la partie précédente à coup de 500 lumens. Dire que j’ai fait la nuit précédente avec une seule batterie… Voilà le ravito. 2 tentes sont posées là dont une estampillée Croix Rouge. Nous sommes au point bas.
Ravitaillement de Vall d’Inclès. Alt. 1836m. Km 142. 03:00:58

Vall d’Inclès–Refugi de Coms de Jan

J’accompagne Manu dans la tente croix rouge. C’est surchauffé. Il s’endort instantanément à côté d’une soufflerie hyper bruyante. Je vais dans l’autre tente. Je me restaure, soupe, jambons, barre énergétique, je me retape les pieds. 25 minutes de passé déjà. Je décide de laisser 10 minutes encore à manu. Je réfléchi et demande l’heure. Déjà plus de 44h de course. Mais tout va bien, dans 8-9h ça devrait être plié… Je plonge pendant 5 minutes et vais le réveiller. Je le touche à peine, il se réveille instantanément. Il fait le plein et nous voilà reparti.
La montée qui suit s’annonce un beau morceau : 850D+ en 5 km. On repart d’un bon pied, Manu a retrouvé du jus. La lumière de ma lampe me gêne, me pique les yeux. Mes pensées s’embrouillent. Mes yeux se ferment. Je demande à Manu de passer devant, pour avoir moins de lumière. Mes pensées sont de plus en plus confuses. Je ferme les yeux un instant, j’ai très envie de dormir. Je me dis que je suis sur le chemin de l’école. Je dois suivre le sentier que nous a imposé la maitresse. A chaque virage je me dis que je vais me faire enguirlander car dévie du sentier de la maitresse. Ce sont des hallucinations intellectuelles. Il faut que je dorme. Je tente tout pour me réveiller. Y parviens presque. La pente devient plus raide. Je me dis que c’est n’importe quoi. Je dis à Manu que je dois m’arrêter 2 minutes. Je m’endors instantanément debout en appui sur mes bâtons 2 minutes chrono. Je repars, c’est bon tout va bien. Il y a bien du monde. La nuit est de plus en plus claire. Je regarde autour de moi et repasse devant. Manu a du mal à trouver le bon sentier. Nous sommes à nouveau avec des concurrents de la Mitic. Je rattrape 2 coureuses qui me redépassent alors que j’attends Manu. Nous sommes droit debout, la pente doit avoisiner les 40 %. Le jour est levé. Derrière nous le soleil va bientôt émerger de la montagne. Il suffirait de rester 5 minutes au sommet. Mais on enlève la frontale et entamons la descente. Cresta de Cabana Sorda 2657m Km.147.
Une nouvelle journée de grand soleil s’annonce à nouveau. Je vais avoir trop chaud avec mes manches longues, mais au moins je serai protégé du soleil. Je suis souple sur les pattes arrières, esquisse une foulée qui ressemble à du trottinage et nous descendons tranquille. J’encourage Manu, il verra l’arrivée. Il ne nous reste plus qu’un col avant la descente finale, bref 3 fois rien. Nous échangeons toujours aussi peu. Je sais qu’il aimerait que l’on discute. Mais je n’y parviens pas. J’ai pourtant une grande g… mais, jamais, non jamais en course, isolé que je suis dans ma bulle toujours en train de rêver. Nous avançons coute que coute, vaille que vaille. Voici un névé. Manu se fait peur, il glisse et se retrouve en contre bas au pied du névé, il s’est un peu brulé un bras, mais rien de grave. Il remonte. On plaisante. On repart à l’assaut à la recherche du ravito, ça commence à faire long, nous avons dépassé les 48h de course.
Mais le voilà le refuge. Il y a bien du monde. Les corps et les esprits sont usés. Je me dis que si je ne trainais pas me pieds tout irait bien à vivre cette grande randonnée…
Ravitaillement de Refugi de Coms de Jan. Alt. 2219m. Km 150. 07:22:31

Coms de Jan – Refugi de Sorteny

Nous faisons le plein, mangeons et prenons le temps de nous refaire la cerise. La notion de temps a perdu toute importance depuis bien longtemps déjà. Je dis à Manu qu’il verra l’arrivée. Il est creusé et à énormément de mal à manger; je le sens bien dans le dur. Je n’insiste pas mais je pense qu’il va tenir le coup, coute que coute. Nous reprenons notre train de sénateur. Surtout ne pas trop accélérer. Je n’ai pas l’ombre d’une douleur au niveau des cuisses ou des mollets. Le soleil recommence à jouer avec moi, il est implacable et ne cédera pas un pouce. « Allez Manu, il reste une montée et on descend sur l’arrivée, un peu moins de 600D+»… Ça monte raide, mais je n’y fais plus attention, je pourrai enchainer les ascensions encore et encore. Manu est cuit, je lève le pied, et regarde autour de moi ; j’adore cette montagne si sauvage, les Pyrénées sont vraiment magnifiques qu’elle qu’en soit l’endroit. Je rêve et aperçoit un sommet. Je ne pensais pas qu’on sortirait par-là, je voyais bien la sortie de vallée plus à l’ouest. Je retrouve le coureur du Pas de la Casa. Il est cuit. Il va bien en descente mais ne pense qu’à dormir. Je l’encourage, il accroche le wagon. Je rêve, pense à mes proches pour la 10000ème fois depuis le départ. Je me retourne, Manu est 50m derrière. Tant pis je l’attendrai au sommet. Je discute avec l’autre coureur. Je plaisante à propos du coup de cul supplémentaire du Pas de la Case et dis que si ça se trouve il en reste un… J’aperçois une petite barrière en bois juste au sommet. Je m’y rends, m’installe. Je sors le téléphone appelle encore une fois ma belle. J’attends Manu, les minutes s’égrènent je le prends en photos. Il est au sommet, Il a les pattes coupées, il a vu en contrebas les coureurs qui remontaient vers le véritable passage. Il y a bien un vilain coup de cul, droit dans le pentu et il fait bien 200md+. Je lui donne une pastille vichy. Il porte ma casquette sous ce soleil de plomb j’ai mon buff orné de ses jolies têtes de mort. Ma tenue manches longues régule parfaitement : merci papy Ceramiq… Allez on descend au pas, « au pas camarade, au pas camarade, au pas, au pas au pas… » La litanie s’égrène dans mon cerveau. Nous voilà nouveau au point bas. Le der des der, je redis pour la 50ème fois : « allez Manu, cette fois si plus le choix, même si tu veux abandonner il faut rentrer à l’arrivée. Moins de 20 bornes, nada, c’est gagné. »
On monte tranquille, notre compagnon a de nouveau sombré dans la montée. Il y a un tout petit peu d’air. S’agit il du Collada dels Meners ou était-ce le précédent ? Nous sommes à plus de 2700m ça c’est sûr. Maintenant il faut descendre sur l’arrivée.
C’est raide et tout droit. Souple, toujours en souplesse avec l’impression de trottiner. Le paysage s’ouvre vers l’aval. Mes bâtons, mes béquilles, me portent toujours. Ne pas subir, je n’ai pas mal. J’accélère, mais si peu. Le terrain est à nouveau plus rude. On va finir en marchant. Les coureurs de la Mitic nous dépassent un par an en nous encourageant pour certains. La forêt est un peu plus bas, le ravito tout près; je le vois, mais que de temps pour y parvenir.
Refugi de Sorteny. Alt. 1962m. Km 158. 10:44:29

Refugi de Sorteny – Ordino

Mon cerveau ne reconnaît pas les lieux. Je fais le plein d’eau. On me sert un coca somptueusement froid. Les fruits sont toujours aussi bons et m’abreuve d’orange. Je rêve en effet d’un fanta Orange glacé alors que je n’en bois jamais…. Je mange du jambon avec des tucs en guise de pain. Pour la énième fois, je me dis que si ce n’était mes pieds tous les voyants seraient au vert, je ne me sens même pas entamé….
Manu demande combien il reste, il croit à 5km je suis sur de 12. On nous confirme il reste un bon 12km. Mais ça va le faire.
Nous entamons un gros chemin quasiment plat. J’arrive à y trottiner ou y marcher un bon rythme. Mais comme d’habitude on va chercher la technicité. Le sentier est un supplice pour les pieds. Je n’ai pas mal aux ampoules. Mais la plante des pieds en a marre, les os en ont ras le bol d’être sollicités.
Je dis à Manu que ça y est c’est gagné. On avance à un bon rythme. Je le félicite, un peu ému de notre réussite.
Au sortir de forêt j’aperçois le coin d’une maison. Est-ce déjà le hameau qui précède Ordino ??? Non, juste quelques maisons…
On continue tant bien que mal. Le sentier s’allonge, s’étire, s’aplanit. Voici un bout de route. Ça sent l’écurie. Mais nouvelle déception. C’est plat, encore et encore terriblement long. Je commence à râler ? Le plat ce n’est pas pour moi, je suis incapable de courir. Chaque maison est un espoir rapidement déçu. Les minutes défilent. Un coureur de la Mitic nous rattrape. On ne comprend pas ce qu’il nous dit. Il nous annonce 5km, une bonne heure, je n’ose pas y croire, c’est trop long; je peste tant et plus. Mon exaspération est à son comble. Nous n’avons pas eu un seul instant de plat de toute la course et les derniers km s’égrènent aussi lentement qu’un long fleuve tranquille. Les coureurs de la Mitic déboulent et certains de la Ronda. On retrouve des gens qui nous encouragent. Je tente de sourire mais n’y suis plus. Le mollet droit est douloureux à force de compenser. Marre, ras le bol; Manu subit ma colère. Un temps infini est passé. Je rends les armes, le ras le bol est à son comble. Je subis cette fin de course qui pour moi est désastreuse. Les minutes passent encore interminables, malgré le charme d’un nouveau hameau. On retrouve la route. Enfin la bonne ? Ça y ressemble en tout cas. On devise sur les possibilités qui existent certainement pour une fin bien plus ludique. Manu me dit « regarde ». Il reste une mini côte. Je ne peux plus monter. Allez, il reste 500m. Un virage, le policier municipal nous fait traverser, on se félicite avec Manu. Nous nous attrapons les mains, la délivrance est enfin là ; je suis sonné. On nous applaudit et franchissons la ligne.
Immédiatement on nous propose une chaise, de l’eau. Petite interview, Manu s’exprime. On l’a fait.
Nous avons mis 54h50. Nous buvons un petit coup. Je bois une demi-bière. Manu tente pareil, il ne parvient pas à l’avaler. Nous restons un peu là, un peu hagards, un peu sonnés. Je dis à Manu qu’il vaut mieux nous rendre à l’appart maintenant ou nous n’en aurons plus la force.
Arrivée Ordino 54h50 de course

Après course.

Nous nous rendons à l’apart tant bien que mal. Nous appelons nos femmes et autres proches. Les coups de téléphones et SMS pleuvent. Je prends un long bain pour décoller les straps, tout remettre en ordre. Je n’ai pas l’ombre d’une douleur aux jambes, excepté le mollet gauche qui a énormément compensé. Nous dormons une heure, je soigne mes pieds et joue au podologue pour Manu. J’échange avec ma belle. Remi est passé à la seconde près les différentes barrières horaires. Il m’appelle et me demande quand il pourra courir : juste la fin, il est inquiet.
J’ai envie de dormir. Je mets l’alarme du téléphone et nous dormons de concert. 21H15. Manu me réveille, je n’ai pas entendu le réveil. Je suis encore totalement dans le coma. Je dis à Manu d’aller accueillir Remi. J’arrive. Je parviens tant bien que mal à me rhabiller à prendre mes affaires et à partir. Mes pieds crient, mais ça va le faire. J’accélère je dois être en 3km/h. J’arrive à la ligne, Remi vient d’arriver. Il est rayonnant les organisateurs l’ont laissé finir. Bravo les 3 vosgiens sont finishers….
Nous n’avons plus qu’à récupérer nos sacs et vestes finishers. A prendre un repas bien mérité. La nuit sera encore courte mais se fera sous les meilleurs auspices. Le lendemain sera consacré à un petit tour dans les magasins andorrans avant un retour bien mérité vers nos terres vosgiennes via la ville rose où tant de mes souvenirs demeurent…

Bilan.

Ne pas être plus royaliste que le roi. Finir avec Manu est un grand bonheur. Qu’aurais-je gagné sans lui ? Rien ou pas grand-chose, même si jouer les 45h y est largement faisable… Mes pieds ne m’auraient pas permis de lutter pour un temps. Cette course est claire dans mon esprit. Elle est vraiment exigeante mais physiquement j’y étais vraiment prêt. Il m’a clairement manqué de l’acclimatation à l’altitude mais le timing ne me l’a pas permis. Le gros bémol est simple : la chaleur. J’aurai certainement dû partir encore plus doucement pour mieux gérer. On va encore une fois remettre le métier sur son ouvrage. L’expérience m’a simplement permis de ne pas sombrer et de vivre malgré tout une course pleine.
Quelques chiffres en guise de conclusion : j’ai bu plus d’une vingtaine de litres d’eau. J’ai dû m’arrêter environ 6h. J’ai dû manger environ une centaine de tuc, une ou 2 pastèques complètes, un ou deux melons d’eau, 2-3 litres de soupe, autant de coca et d’eau gazeuse
Je ferai un autre ultra d’ici la fin de l’année : c’est mon emploi du temps professionnel qui décidera duquel. En attendant place à la récup et aux moments passés avec mes proches.

Et si je dois pointer un doigt vers le ciel, c’est pour lancer mes pensées à tous mes proches qui m’ont accompagné dans cette superbe balade…

  1. #1 by Gérard on 8 juillet 2015 - 1:24

    Je me suis régalé à lire ton récit. Vivre la course de l’intérieur c’est génial pour moi qui ne la vit que derrière mes radios et téléphones.
    Je t’embrasse et peut-être à bientôt en Andorre ou sur un autre ultra.

  2. #2 by Stéphane on 23 juillet 2015 - 1:56

    Très beau récit…. j étais moi aussi sur cette ronda et je me retrouve dans ton récit.

(ne sera pas publié)