23 octobre 2016 – Belfortrail – Giromagny (90)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 55 km Dénivelé positif: 3100 m Dénivelé négatif: 3100m

« I’m born again… »

Le récit:

Samedi. J’ai une grosse crève depuis le début de semaine. J’ai fait 2 jours de canapé à tousser et expectorer et je me demande franchement si je pourrais courir le lendemain. Je vais faire un footing pour me tester : malgré des quintes de toux ça devrait le faire…
Dimanche, il est 6h. J’arrive à Giromagny. Je me stationne à proximité de la mairie pour aller chercher mon dossard. J’y retrouve le doc Jean Charles puis Seb et Raph et Remi L et… la longue liste des copains commence à s’égrener. Une fois le sésame récupéré je retourne à la voiture et vais me stationner à proximité de l’arrivée, à l’endroit même où nous avions passé la nuit l’année dernière. Je suis étrangement serein et effectue mon petit rituel méthodiquement : dossard, sac, clefs… J’allume la frontale et me dirige tranquillement vers le départ pour ne pas prendre froid je porte ma veste et retourne dans les locaux de la mairie. 6h45, je vais vers le sas. Je salue encore une paire de connaissances : Manu, Remi, Anton, Régis, Cat, Christophe, Baptiste, Clément STOP !!! On ne va pas tous les citer quand même !!!
Je me décale vers l’arrière, et enlève ma veste. Nous sommes vraiment nombreux: les orgas ont encore fermé les guichets avec 600 inscrits sur le 55 km… Je commence à refaire un lacet lorsque le speaker entame le compte à rebours : mes doigts s’affolent, à « 1 » je me redresse appuie sur le chrono et c‘est parti.
D’emblée ça bouchonne. On prend le bitume, à gauche, à droite, je suis dans le gros du paquet. J’arrive à respirer à peu près correctement. Ça monte assez doucement. Le bitume défile sous les pieds, les jambes ont l’air assez efficace. Nous venons d’effectuer quelques centaines de mètres lorsque l’on bifurque à droite dans un chemin qui monte. Je trottine tranquillement. Je me surprends d’être aussi détendu, à ne pas me soucier du tout des coureurs qui m’entourent. Je sais que nombreux de ceux qui m’entourent sont partis bien trop vite.
On passe des espèces de pics lumineux. Le terrain est assez irrégulier, je ne cesse de doubler car commence à être chaud. D’ailleurs j’ai chaud, vraiment chaud, je transpire abondamment. Je pense que mon corps réagit aux microbes encore une fois. Je tousse un peu. Dans ces moments-là je suis obligé de ralentir mais ça va. Nous avons droit à l’apparition de la montgolfière toute illuminée au détour d’un large chemin qui alterne petits coups de cul et petites descentes.
Je repense aux torches de l’année dernière, l’organisation est vraiment sympa. Tiens un coureur me parle : ah c’est Ludo. On discute un peu : il m’entend tousser depuis un moment. Puis c’est Jean Pierre : je ne l’avais pas reconnu sous sa veste. Je l’avais repéré il y a peu, il est repeint de boue de bas en haut… Je me demande si je ne suis pas un peu vite, mais non, je suis plutôt bien, si ce n’est cette sensation de courir avec le frein à main enclenché… Ah, voilà le Seb qui me double comme un boulet de canon, il a l’air en pleine forme. Nous quittons la forêt, passons dans des ruelles. Ici l’an dernier j’étais avec Manu. Je trottine, c’est un peu raide. Le jour se lève, on bifurque à gauche puis à droite à la manière d’un pif-paf de rallye, et on retrouve un bout de sentier pour aller vers le col d’Auxelles. Ici je bataillais avec les bâtons, là j’ai décidé de m’en passer. C’est assez raide mais j’alterne marche et course. Ça passe plutôt bien. On se retrouve rapidement dans un pré. Je continue à dépasser tranquillement, sûr de ma force malgré justement ma forme défaillante…
Je suis juste derrière un petit groupe de 4. Je temporise dans les 2-3 lacets et accélère par un coup de reins en arrivant sur le sommet. Je passe le portillon à vaches et entame la courte descente. Nous nous retrouvons en sous-bois. J’ai bien fait de ne pas enlever la frontale et la rallume. Je suis juste derrière une féminine qui va bon train. La descente est assez raide, je me retiens : « propre et détendu », tel est mon crédo aujourd’hui. Ludo revient et me double telle une fusée. Finalement il m’attend un peu plus loin. On continue à discuter un peu. Le temps passe vite. Je reste serein, je bois régulièrement par petites touches, je m’alimente de la même manière juste quand il faut. On sort à l’angle d’une maison, une autre féminine me double avec un coureur qui semble l’accompagner, j’apprendrai plus tard qu’elle sera 4eme féminine et 3eme du TTN. Nous sommes à Planchers-Les-Mines. On ne va pas tarder à attaquer l’une des grosses montées de la journée. Je trouve que la luminosité tarde à s’épanouir. Nous arrivons au pied d’une montée raide, mais le balisage tourne à gauche sur le bitume, nous suivons celui-ci, mais arrivés au-dessus, des coureurs ont coupé, certains râlent, je joue le jeu de l’emmerdeur en leur disant qu’ils trichent, mais ils voient que je rie : ils ont gagné 20m… Ça monte assez raide, j’enlève le sac à dos et range ma frontale tranquillement. Mais qu’est ce qui m’arrive ? Je suis vraiment relax ? Je ne me soucie pas le moins du monde de l’éventuel temps perdu. Je replace mon sac et recommence en retournant la pochette dans le sac pour ne pas qu’elle me gêne et je repars, tranquille, le sourire aux lèvres. J’évacue une quinte de toux, me mouche et réaccélère un poil. Nous sommes dans un bout de forêt assez raide, mais si ce n’est le fait de ne pas pouvoir donner toute la mesure à mes envies, j’accélère et progresse facilement. Je rattrape encore 2 coureurs, rares sont ceux qui m’ont doublé pour l’instant. Je m’imagine en doubler encore de nombreux car doit être encore assez loin de la tête de course.
Je rattrape un coureur qui m’a doublé tout à l’heure ainsi que Ludo. Je trouve que tous les deux ils forcent trop sur leurs bâtons et n’en utilisent pas les dragonnes, d’ailleurs Ludo n’en a même pas…Je pose mes pieds dans les espèces de marche sous les arbres et aperçoit une clairière au-dessus de moi. On s’approche, je vois la Croix du Choléra, nous y sommes. Je suis un peu surpris d’être déjà là.
Le sentier s’adoucit, je repars tranquillement en trottinant et retrouve une des féminines de tout à l’heure. Je m’accroche à ses basques en doublant encore un concurrent.
Le secteur qui suit, je m’en souviens assez bien. Il n’est pas si difficile que cela. Il faut juste être patient. La pente s’infléchit à nouveau. Je lève la tête et souris. Je ne sais pas pourquoi, mais je sais que je vais rattraper les coureurs qui me précédent. Je vais le faire sans m’affoler, tranquillement. Et c’est ce qui se produit. Je mange et bois : tutti va bene. Je suis vraiment dans ma course. Mon esprit vagabonde. Des analogies se font entre des sentiers distants de plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres. Je retrouve des sensations oubliées mais éprouvées dans d’autres courses. Je pense à mes proches, ma femme avec ma puce qui se préparent pour aller à un concert, mon grand qui skie dans un tunnel… Malgré mes rêves, la mécanique tourne bien. Je reviens à la réalité lorsqu’une fois encore je voudrais mettre un coup de reins, mais mes poumons m’en empêchent. Le moteur ne veut pas, ne peut pas tourner plus vite. Je tousse un bon coup, crache et repars à l’assaut. J’aperçois des câbles, des bouts de construction. Voilà les hauts des téléskis. On sort de la forêt. J’ai du mal à me re-situer, je confonds notre arrivée avec celle du Ballon d’Alsace.
On longe un peu la crête. Je trouve que ce n’est toujours pas très lumineux alors que nous sommes partis déjà depuis un bon bout de temps. Je pense aux coureurs du Tour de France : je ne suis jamais venu en vélo ici, je me demande si « ça gratte autant que ça… ». Nous sommes en haut de la piste de skis. Je m’élance. J’ai les jambes dures. J’ai compensé mon manque de souffle en tirant un peu plus sur les cuisses, il faut que je me préserve. Je me détends et reviens à mon mantra : « propre et détendu »… Mais je n’ai pas fini d’y penser que je glisse et me retrouve sur les fesses : l’herbe coupée est détrempée. Je me relève aussitôt. Je prends le bord de la piste. Je bois abondamment. J’approche du ravitaillement, je vois une féminine un peu plus loin, je ne la reverrai plus, c’est la future gagnante du jour. J’anticipe sereinement : pas de précipitation, le temps perdu sera du bénéfice pour la suite. J’arrive la flask ouverte et en fais le plein. Je bois de l’eau pétillante, un bout de chocolat, un bout de pain, j’échange un peu avec les bénévoles qui sont aux petits soins et repars tranquilou.
Il y a quelques spectateurs qui m’encouragent, je souris et les remercie.
Nous allons plonger et descendre un bon moment dans la forêt. Les jambes ont l’air bien, je les laisse filer. C’est un peu gras mais mes chaussures ne bougent pas. J’adore vraiment leur confort et leur tenue. Je me penche un peu sur l’avant pour accélérer. Mais même en descente, rien n’y fait. Quand je commence à stresser un peu le corps le souffle se fait court, je sens la respiration qui ne peut pas se faire profondément ou alors je subis des quintes de toux. C’est assez frustrant mais je sens que j’avance tout de même à un bon rythme. Nous passons à côté de l’étang des Belles Filles. C’est assez ludique, nous alternons du technique, du pentu, du sentier « tout doux ». Je sens que je baisse un peu de rythme. Je bois un peu, mange et repars de plus belle. Je m’amuse. Je rejoins un coureur avec qui nous faisons le yoyo depuis un moment. Il va bien plus vite que moi sur le plat. Je me fais à peine la réflexion que l’on sort du sentier pour aborder un chemin assez plat pour revoir le coureur partir… On joue à saute-moutons, ça remonte légèrement. J’ai un peu perdu mes repères. Il me semble que l’an dernier nous descendions plus directement vers le fond de vallée et que c’est dans le secteur que je me suis étalé sur le flanc… D’ailleurs je ne suis pas réellement certain que nous soyons passés par ici. La descente se refait plus pentue, je contrôle : « propre et détendu »… Nous arrivons dans 2-3 habitations, ça doit être là qu’on longeait de façon un peu pénible le fond de vallée. J’en suis là de mes réflexions que nous tournons pour remonter dans la forêt. Il y a vraiment du monde dans le coin. Je n’ai pas vu autant de coureurs depuis le départ. Je me retourne. En fait nous sommes une bonne quinzaine dans un mouchoir de poche. J’accélère un poil, les jambes réagissent au quart de tour. Le secteur me rappelle au Lavaredo quand tout à coup la machine s’est remise en route comme par miracle, que le coup de mou a disparu comme par enchantement. Super souvenir, la magie de l’ultra… Je remets la machine à rêver en route même si une quinte de toux me ramène à la réalité. Je marche, respire et attends que ça passe. Je me dis que l’on aborde le bout le plus ennuyeux de la course et qu’ensuite tout sera bien ludique… Mais finalement je m’amuse assez bien. Pourtant d’habitude dieu sait que je n’aime pas les gros chemins, mais je trottine bon train. Je me dis que les orgas ont écouté toutes les remarques et ont cherché ce chemin à flanc de coteau plutôt que de passer par le fond quant au détour d’une clairière on bifurque sur la droite. J’imagine que l’on va plonger sur l’étang où j’avais presque rejoins Manu. Finalement c’est un peu plus long que je ne le croyais mais on arrive quasiment où je le pensais. Je n’en reviens pas, pourtant je ne connais pour ainsi dire pas du tout le coin.
Je temporise, il faut que je ralentisse, que je m’alimente correctement. De mémoire nous allons rester parallèles à la route qui monte au Ballon pendant un bon moment. La montée derrière n’est pas la plus simple. De toute façon dès que j’essaie d’allonger un peu, mes poumons me rappellent à l’ordre. Je rattrape un coureur qui m’a lâché il y a une bonne quinzaine de kilomètres, en ayant l’air vraiment facile, là il a l’air vraiment dans le dur. On débouche juste au-dessus de l’Auberge du Saut de la Truite. Je me prépare pour la grimpée au Ballon d’Alsace. J’aime beaucoup cette montée. On y retrouve des cascades, des aménagements de point de vue, des pierres usées par des générations de marcheurs. Je double un coureur que j’entends tousser depuis un moment, apparemment nous avons les mêmes symptômes. Il me semble sacrément affûté. J’entends des bruits de bâtons qui nous reviennent dessus. J’accélère juste avant d’entamer la conversation. Je passe un lacet au détour d’une cascade et tourne la tête vers le bas : personne ??? C’est quoi ce cirque ??? Ils sont où ? Ah j’ai mis 100m en 300m… Je continue mon petit bonhomme de chemin. Je rêve, repense à mes séances d’entraînement depuis l’UT4M. Je me suis entraîné peu. Mais je me suis entraîné de façon plus détendue, plus à l’envie, avec aussi plus de qualité mais encore et surtout plus de sérénité… Nous abordons l’étang du Petit Haut. J’ai juste envie de trottiner dans ce bout facile mais impossible, j’ai toujours l’impression d’avoir l’élastique accroché au short. Je suis d’ailleurs rattrapé par une quinte de toux. En fait dès que je relâche un peu, la respiration se calme le corps se relâche et essaie d’expulser les cochonneries accumulées. J’ai les pattes un peu coupées. J’en profite pour me restaurer. Je retrouve le coureur de tout à l’air qui a également la crève : il souffre d’une belle ampoule à un pied. On discute un peu. Voilà la croisée des chemins du Tour du Ballon. Ici je m’en souviens parfaitement, j’étais plutôt facile et ai mis un gros coup d’accélérateur.Je refais des analogies de terrain. Cela ressemble à la montée depuis Wildenstein vers Huss dans mon tour fétiche : c’est presque aussi dré dans le pentu. Il reste assez peu de distance jusqu’au sommet. Je temporise. C’est dans le coin que je me suis un peu trop affolé. Alors j’anticipe mon ravitaillement. Je teste ce qu’il y a dans mes flasks. Le terrain s’aplanit. De mémoire ça se court jusqu’à la sortie de la forêt. Je me remets donc tranquillement à trottiner. Nous sommes à nouveau un bon paquet de coureurs. Je retrouve une des féminines de ce matin. Je la double, on dirait qu’elle aussi temporise, elle n’a vraiment pas l’air de souffrir. Je croise des accompagnateurs qui vont à la rencontre de leur coureur. Ils sont très sympas et s’arrêtent à chaque coureur croisé pour les encourager.
Nous sommes en vue du ravito. J’anticipe à nouveau ce que je dois faire. Je remets un peu de mélange magique dans ma flask et réfléchis. Il me faudrait une soupe ou un thé et prendre le temps.
J’arrive. Les bénévoles sont déjà au top : ils me font le plein des flasks. Je bois un verre d’eau pétillante. On me propose une soupe, j’en prends juste le bouillon : quel régal. C’est fou le goût que prennent les choses les plus simples… Un coureur de plus dit me connaître : « je suis un coaché à Jeff ??? » Non un copain. Il cherche, je lui dis mon nom, ça y est, il me remet : je suis dans l’orga du TVL…
Je repars tranquille avec un carreau de chocolat, un bout de pain et un bout de fromage. Je mange le chocolat : j’aurai du en prendre plus, trop bon… Il fait assez froid. Je remonte le col de mon Ceramiq. Ça me fait penser que toute l’équipe à Thiery est aux Templiers et que certains sont aussi entrain de courir sur cette belle course…
Je gère une nouvelle fois. Ici l’an dernier j’ai laissé pas mal de forces. Là j’assimile ce que je viens de manger et me projette sur la suite de ma course : avantage de connaître le terrain. Un coureur me rattrape. On se reconnaît il est dans l’orga du Petit Ballon et viens régulièrement à Gerardmer. Moment d’échanges sympa. Il me laisse à mes rêveries
Je suis juste dans le plaisir de la ballade en nature. Dommage que la météo ne soit pas avec nous. Je regarde au loin, la statue de Jeanne d’Arc me fait signe. Je double deux marcheurs en tenue camouflée de militaires et aperçoit d’autres coureurs au bout de la crête, près de la vierge. Pour l’atteindre je vais d’abord devoir suivre le sentier de découverte. Je passe au sommet d’un couloir, je m’imagine en skis à l’attaque de ce pan de montagne. Je réouvre mon esprit à une nouvelle analogie avec un bout de Dolomites, à un bout du sentier des névés. Un mini coup de cul et je vois Nico de l’Alsace en courant en plein boulot. Je l’interpelle : tu as oublié le soleil à la maison ? Il me confirme l’avoir laissé dans le Bas-Rhin. Et je repars tranquille.
Je réfléchi, ici j’ai pris un coup de mou. Cette fois ci tout va bien, je laisse les jambes filer toutes seules. Je rattrape tranquillement deux premiers coureurs, j’évite les marches qui se déroulent dans la chaume et lève la tête. Je suis toujours étonnement lucide. Les deux coureurs suivants veulent partir tout droit les spectateurs les redirigent vers la trace que je viens de prendre et les laisse. Un autre me salue : alors le traceur du TVL ? Ça va mais moyen moyen, fichue crève. Il rit, sent bien ma fausse modestie, à laquelle je ris également…
Je sais que toute cette partie jusqu’au Lac d’Alfeld va être un vrai bonheur. Je ne vais pas pouvoir y aller très vite, mais je sais que ça va être le pied. De mémoire je pourrais dérouler chaque lacet, chaque coup de cul. J’étais dans le dur sur cette course que j’avais pourtant pris cool. En effet ma chute et mon doigt tordu m’avaient marqué. Là on va jouer au yoyo pendant un petit moment en parallèle à la ligne de crêtes. D’ailleurs en parlant de yoyo je retrouve une nouvelle fois un coureur en vert avec un bonnet de la même couleur. Ça fait un moment qu’on joue. Mais je sens bien qu’il est plus fort que moi, il n’y a qu’en descente que je le rattrape. Dès que ça se court à plat ou en montée je le vois partir imperceptiblement. On échange quelques mots. Il est un peu dans le dur, mais je pense qu’il me rattrapera certainement. Je rejoins un coureur et l’appelle « hé tu t’es trompé c’est vers le bas ». Non il ne participe pas à la course… Il monte au Ballon. J’enchaîne, mais j’ai un peu mal aux pattes. Je ne dois pas être loin des crampes. Il faut que je boive et m’alimente. Je repasse l’homme du Petit Ballon et un ou deux autres. L’un d’eux me dit que je n’attendais que ça. En fait ce sont tous ceux qui m’ont laissé au ravito du ballon alors que je prenais mon temps… La tactique adoptée est donc la bonne… Arrive le point haut. Il y a quelques spectateurs. Nous n’avons plus qu’à laisser filer. Je me dis alors que nous ne sommes toujours pas passés au travers des tas de pierre… Je suis juste bien et laisse mon esprit vagabonder une nouvelle fois.
J’arrive dans le passage un peu technique ou j’avais remis mon doigt en place et me remets dans ma bulle : « propre et détendu »… Je rattrape encore 2 coureurs. L’un d’eux a l’air dans le dur, je le double dans une épingle où justement se trouvent sa famille et ses supporters : « allez papa tu vas être dans les 50 »… Ah ??? Ce chiffre raisonne dans ma tête, je suis juste dans le bon tempo. Je pense tout de suite perf : ah si la crève n’était pas là… Je ris tout seul… J’accélère un poil mais je sens que ce n’est pas le moment. Il reste du chemin et je pense que le coureur devant moi est un poil plus fort que moi… Je le sens imperceptiblement partir dans ce coin que j’aime avec ce passage sur un muret et l’enchaînement de petits cairns où Nico était l’année dernière : il n’y sera pas puisque je viens de le voir, quoiqu’avec lui tout est possible… Revoilà le passage rapide sur la route. Il y a toujours pas mal de spectateurs ici qui attendent leurs coureurs. Quelques applaudissements et voilà le Lac d’Alfeld. Cette année je le sais, on continue tout droit. Ça glisse et c’est un peu technique. Mon prédécesseur touche le sol, se rattrape de justesse. Je lève le pied et en profite pour m’alimenter.
Nous entamons la dernière grosse montée. Je bois et me retourne. Nous sommes toujours finalement assez nombreux en peu de temps. Je repère une des féminines du matin on dirait qu’elle a le couteau entre les dents.
Je sens qu’il faut que je baisse le rythme, j’ai les jambes un peu dures et les poumons me rappellent à l’ordre. Nous rejoignons la forêt et une jolie monotrace. Le coureur en vert m’interpelle : je t’ai à l’œil le vosgien !
La féminine me rattrape elle est accompagnée d’un local assez ancien. Il me parle de Michel Gegout. On discute un peu j’ai presque envie de lui dire que les assistances et pacers sont interdits mais à quoi bon… Ils me dépassent tous les deux juste avant la traversée d’un gros chemin. Le coureur en vert me rattrape alors que je m’alimente. On discute c’est son premier trail long. Il est venu sur le court à Gerardmer. Je lui explique la suite de la course. Il me laisse en me disant qu’il va essayer de rattraper la féminine. Pour ma part je ne la reverrai qu’à l’arrivée : c’est la future 2eme…
Le sentier qui s’élève doucement est vraiment agréable. C’est vraiment là que je maudis ma crève. Normalement il suffirait d’un petit coup de reins pour me mettre à trottiner jusqu’en haut, mais les poumons ne veulent pas. Alors je marche en tirant bien sur les patounes. Nous arrivons sur un téléski et une piste : nous ne faisons que la traverser avant de retrouver la forêt. Je temporise un tout petit peu et me voilà dans la clairière de la piste noire. Je lève la tête, le coup de cul est raide mais vraiment court. Je tourne à gauche, une nouvelle fois sûr de ma force. Je choisis ma trajectoire. Le coureur qui me revenait dessus est scotché. Je souris. J’arrive au sommet du plus raide. On prend légèrement sur la droite, j’effectue une approche un peu plus large pour être plus facile à l’image de l’entame de la partie sommitale du Rainkopf en ski de rando. Ah, je suis surpris : il reste encore un bout de piste de ski. Mais il est facile en ligne de crêtes. Je me dis qu’en fait nous sommes tout proches du passage du sommet du Ballon. Je laisse les jambes dérouler vers le ravito. Je bois, et ouvre les flasks. C’est ici que l’an dernier je me suis refais la cerise pour finir en trombe.
J’arrive au ravito. Je suis très surpris d’y retrouver Raph. Il temporise après un coup de mou. On me fait le plein : sirop de menthe et eau. Je prends du pain et du saucisson dans mon sac, bois un demi-verre de coca, un verre d’eau pétillante et repars tranquille en mangeant une rondelle de saucisson. Puis je mange un quartier de pomme, deux quartiers d’orange, un peu de chocolat. Je regarde ma montre peut être pour la première fois de la journée. J’ai l’impression qu’elle déconne. Je l’arrête et relance une activité. Raph est parti je ne le vois plus. J’ai les jambes dures et tousse une nouvelle fois. Je n’arrive pas à relancer et prends la ligne de crêtes, tranquille en regardant le paysage qui s’est rebouché. Voilà la ferme, il n’y a plu qu’à descendre vers l’arrivée : il reste 2 coups de cul.
Tiens c’est bizarre ??? J’ai des cochonneries dans la chaussure droite, juste sous le talon. Bof, ça partira ou ça fera jusqu’à la fin.
Je laisse filer les jambes et rattrape encore un coureur. Je ne vais pas bien vite pourtant. J’ai les jambes qui ne se délassent pas. J’enlève mon sac et y prends un gel. Je dois être un peu en sous-alimentation le temps que le ravito fasse effet. D’ailleurs je dépiaute mon pain et rebois un coup.
Je rattrape encore 2 coureurs qui ont fait un ravito express pour me doubler. La tactique d’attente et de prendre un peu plus de temps est vraiment la bonne…
La pente est plus raide, j’ai de plus en plus mal au talon. Je réfléchis : ce ne sont pas des cochonneries mais certainement un pli de chaussette. Je m’arrête et tire dessus. c’est bien ça. Mais je sens que l’échauffement est là : trop tard, manque de lucidité. C’est la première fois que j’en ai un dans ces chaussures même en ultra je n’en ai pas eu…
Je repars et essaie d’accélérer : toujours pas possible, tant pis, laisse filer… Nous voilà à l’orée d’un sentier qui remonte un peu. C’est l’avant dernier coup de cul. Je trottine et rattrape un dernier coureur, la courte grimpette s’effectue facile. Il ne reste que le Mont Jean. Je traverse un chemin, me fait biper par les bénévoles qui m’encouragent et reprends la descente à un rythme correct mais sans plus.
Je regarde l’heure. En accélérant un poil je dois pouvoir rentrer sous les 7 heures : bien. Je suis content de ma course. Je reconnais les lieux. Le dernier coureur dépassé me revient dessus, mais voilà la remontée vers le Mont Jean. Je mets un dernier coup de reins. Mon prédécesseur me sent revenir et accélère également. Le Mont Jean passe tout seul, des spectateurs nous encouragent. Je me cale au même rythme que celui de devant. Nous descendons à un vrai bon rythme. Je souris et me dis que j’aimerai pourtant bien aller aussi vite que lors de mes dernières séances d’entraînement… J’accélère pour toujours rester à la même distance de mon prédécesseur. On passe un chemin. Nous rattrapons et dépassons un dernier coureur qui semble cuit. Je reconnais chaque lacet, l’arrivée se fait toute proche. Voici la fin du chemin, il ne reste plus que du bitume. Je suis vraiment heureux. J’ai fait une vraie belle course. La voilà celle que j’attendais. On nous encourage. Je vois l’arrivée au loin. Encore une fois, je suis juste heureux d’avoir réussi cette course qui pour moi est LA référence du massif sur la distance… Je passe la ligne et regarde le chrono qui s’affiche à côté de moi : en plus le contrat est rempli je suis juste en dessous des 7 heures et on m’annonce 47ème. Que demander de plus ?? Je sors du sas : je tape dans la main de mon prédécesseur : on se félicite, je retrouve le coureur en vert et en fais de même.
Je vais vers le ravito. Je retrouve Seb et Raph. Je tente de les féliciter lorsqu’une quinte de toux me reprend. Selon les mots de Seb je laisse un poumon par terre…
Je suis content de les retrouver. Ils sont arrivés il y a peu. On discute un peu, je bois un coup. Mais je ne tarde pas : surtout ne pas prendre froid. Je sors et mets ma veste. Je vais à la voiture chercher mes affaires pour la douche.
Une fois le tout récupéré je retrouve Seb R. qui lui aussi est satisfait de sa course alors qu’il a également une grosse crève : il est 14eme même si cela est un peu loin pour cet habitué aux places d’honneur…

Je retrouve 2-3 coureurs dans les vestiaires dont l’homme en vert : nous discutons tranquillement. Je constate l’étendue des dégâts de mon talon : la peau est partie mais ce n’est que la partie superficielle, la corne non enlevée : ouf dans 2-3jours je n’y paraîtrai plus…
Je terminerai l’après-midi avec tous ces potes qui font du trail : une vraie belle famille. Je retrouverai notamment la famille Posecak avec son monstre de champion qui a survolé la course d’une classe d’avance. D’ailleurs je ne vois même pas le temps passer et me décide enfin à rentrer retrouver les miens…
Pendant la route je ne peux avoir que le sourire. Certes je pouvais avoir de légitimes ambitions sur cette belle course. Mais pas un instant à la vue de la forme des derniers jours je ne pensais pouvoir faire une course aussi sympa.
Je n’ai pas connu de vrai coup de mou, j’en ai limité les symptômes chaque fois que j’en pressentais les signes avant-coureurs. J’étais sur de ma force et n’ai jamais cherché à passer au-delà et jamais je n’ai forcé. J’ai pu rêver, courir, discuter, admirer. Bref, je me suis régalé et je n’ai envie que d’une chose : y retourner, même s’il ne sera pas si simple de trouver un aussi beau parcours dans les semaines à venir…
Alors suis-je à l’aube d’une nouvelle aire ???

Ah oui encore un truc: au cours d’une discussion avec un coureur je lui affirmais que le niveau augmente chaque année. Le fana de chiffres que je suis établi simplement ceci: à la lecture des valeurs ITRA des finishers, un coureur dans le top 20 en 2013 n’est rentre plus aujourd’hui que dans le top 50… A bon lecteur…

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