08 septembre 2017 – Infernal Trail – Saint Nabord (88)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 205 km Dénivelé positif: 10000 m Dénivelé négatif: 10000 m

« t’as qu’à faire le métier… »

Le récit:
Genèse:

Comme en 2015, je sors de la Ronda, superbe et exigeante course. La grosse différence est que cette fois ci cette course s’est vraiment bien passée. J’ai retrouvé repères et plaisir en ultra. Alors initialement c’est vers le Swisspeak 170 que mon choix se porte pour retrouver Rémi. Mais plus l’échéance approche, moins je me sens capable d’affronter cette superbe course. En effet il va falloir enchaîner gestion pro du Triathlon et après cette course, gérer les championnats de France de Trail. De plus, je ne suis clairement pas prêt. J’ai pris 2 semaines de récup complète après la Ronda plus une troisième vraiment light. Aussi je n’ai réellement qu’une seule sortie longue en course à pieds et une grosse sortie vélo à mon actif. J’appelle donc Stéphane le boss de l’Infernal, c’est à la maison que je vais courir…
Toutefois j’ai mis à profit mes 3 semaines de congé notamment dans mon terrain de jeu préféré du plus beau village de France et une chouette semaine à Tignes. Résultats, j’ai quelques belles séances de qualité dans des terrains de jeu superbes, une vrai fraîcheur physique et psychologique et soyons honnête les restes de la Ronda devraient me permettre de tenir le choc correctement même si le triathlon m’a bien séché…
Jeudi soir: j’ai passé une vraie journée cool. Une grosse grasse matinée, la fin de la préparation du sac, une grosse sieste, la conférence de presse des France m’ont vraiment détendu. Encore un ou deux coups de fil de proches et je n’ai plus qu’à me rendre au départ. Me voilà au stade du Perrey à St Nabord. Je ne suis pas pressé ni prêt. Je suis tellement cool, à me perdre à discuter que j’en oublie d’aller chercher mon dossard… Je m’affole un peu. Je retourne à la voiture m’habiller, dépose mes sacs et rentre dans le sas au dernier moment. Drôle: c’est Delphine qui contrôle mon sac comme en 2015. Je salue encore quelques copains c’est toujours très agréable de courir à la maison. Je ne suis absolument pas dans ma bulle, je passe de l’un à l’autre en discutant et observant ce qui se passe autour de moi. Le seul hic est que nous ne sommes vraiment pas nombreux: 140 à peine me semble-t-il. Le feu d’artifice est tiré, le décompte se fait en anglais d’une voix caverneuse, quelques images et c’est parti.

St Nabord Alt. 402m. Km 00.

On tourne autour du stade, les premiers sont partis assez vite. Le tour du stade est toujours très sympa avec tous les spectateurs qui nous applaudissent. On attaque le bitume, passe sous le pont et prenons la route. Je trouve que ça va quand même vite même si c’est un poil moindre qu’en 2015.
Je réfléchis. J’ai effectué un plan de marche avec 5 options (rien que ça). En effet j’ai pris les temps de passage de l’an dernier « par strates » et en ai tiré des temps moyens. La référence en termes de gestion de course est celle de Jean Marc Vauthier l’an dernier qui a été très sage et fait une super fin de course. Par contre il y a un élément que j’ai totalement zappé: c’est le dépôt des coureurs en voiture après qu’ils se soient tous trompés. Les temps au premier ravitaillement risquent d’être sacrément différents, Je regarde ma montre, vite trop vite. J’ai en mémoire, très présents, mes déboires de l’UT4M. Je ralentis, et malgré cela je suis encore un poil plus vite que mon UTMB réussi de 2013: lève le pied, garçon, lève le pied…
Je retrouve Sylvain. On se met à papoter, nous échangeons notamment sur sa traversée des Vosges avec Seb, sa diagonale etc. et abordons déjà le pont sur la Moselle. Il y a encore du monde, les flashs d’appareils photos crépitent, on sourit et saluons les personnes venues nous encourager à cette heure de la nuit. La pente s’infléchit, nous rentrons dans le vif du sujet. Là, Sylvain me met une mine d’entrée: il a de l’énergie le garçon. Je prends le temps de sortir les bâtons. Je sens que le physique est loin d’être au top. Les reins sont durs, le souffle court… Dire que j’hésitais encore hier pour les bâtons. On me double de tous les côtés, mais je ne suis pas inquiet. J’ai fait le plein de confiance cette année, notamment en prenant des courses comme des sorties longues. C’est encore tellement long. Combien vont lâcher? Je sais déjà que si je ne me blesse pas tout ira bien.
Le coup de cul est des plus agréables. Ça me rappelle étrangement les terrains de jeu de Manu et de son Médianitrail. Ah le balisage est un peu lâche. Je lève la tête, serein je m’y retrouve. Mais un peu plus haut je vois des frontales parties sur la gauche, je les rappelle. Le coup de cul est plus long que je ne le pensais mais je gère, le souffle se pose, les pieds trouvent leur place. Je lève la tête, la pleine lune fait son œuvre, sa lumière joue entre la cime des arbres, nous ne devons plus être très loin du sommet. On dirait que le corps est en route, la pente s’adoucit. Je garde les bâtons à la main, ils me serviront très certainement. Allez ça redescend il faut courir. Ah revoilà Sylvain, je le rattrape et le laisse, nous enchaînons, monotrace, chemin, monotrace. Ça remonte, le bougre me rattrape. Il me dit ses qualités de grimpeur dont je ne doute pas. On continue à papoter, nous faisons rattraper par quelques coureurs, en, doublons d’autres: qu’en sera-t-il dans 150 bornes??? Ça redescend. Le sentier se fait chemin et remonte un peu. Un coureur me rattrape: je n’en reviens pas c’est Eric Bonotte. Le vainqueur de l’an dernier. Comme à son habitude il est parti très cool. On papote je lui demande s’il a récupéré du GRP et ses impressions, puis évoquons Ronda, EB et d’autres. Nous faisons quelques centaines de mètres ensemble. Le chemin redevient sentier, il est vraiment très fort en descente, je le laisse partir.
On remonte, nous sommes dans le St Mont. La Chapelle apparaît rapidement. On tournicote. La forêt s’ouvre. La nuit est claire, nouvelle pleine lune après celle de la Ronda. On joue à saute moutons et passons encore de chemins en sentiers. Je retrouve des coureurs dans les descentes ils me perdent dans les montées à la manière de Sylvain. Je suis persuadé que la plupart des coureurs qui jouent avec moi sont trop vites. Je retrouve des certitudes inébranlables, j’aime cette force brute qui m’inonde. Revoilà un sentier qui descend, le ravito ne doit plus être très loin. Le sentier devient plus compliqué, on retrouve les spécificités de l’Infernal avec des droits dans le pentu inattendus. Un coureur me rattrape, je m’en contrefiche: gestion, plaisir, gestion plaisir… Ah ma frontale clignote, il faut que je baisse l’intensité: je marche entre 300 et 500 lumens depuis le départ, confort optimal. Je changerai de batterie au ravito. J’arrive au bout du sentier, une route avec un bénévole qui me redirige vers la gauche. Ça sent la civilisation. Je me dis que je vais avoir une vingtaine de minutes sur le temps le plus optimiste. Bigre il ne va pas falloir que ça se confirme ou ça va être compliqué pour mon assistance… Je bois, mange un peu. J’essaie de visualiser mon arrêt. Ici je m’étais complètement planté en 2015, mais nous avions bien plus de kms dans les jambes et le ravito sera bien plus complet. D’ailleurs le voici. J’attrape ma pochette, et y récupère une batterie pour la frontale.
Je tends une de mes flasks à une bénévole qui m’en fait le plein. L’autre est encore suffisamment pleine. Pendant ce temps je bois un verre d’eau pétillante et un verre de thé. Je termine de changer ma batterie Je pique un peu de fromage et je repars. L’arrêt fut express pour un ultra mais tous les voyants sont au vert. On me scanne.

Mairie du Syndicat Alt. 403m. Km 21. 02H51:22. 29ème

Je regarde ma montre, j’ai quasiment 25 minutes d’avance sur mon meilleur plan de marche et pourtant je suis vraiment très très cool. Ça ne peut être que lié aux erreurs de départ de l’an dernier. On va dire que ça va rentrer dans l’ordre mais suis tout de même un peu inquiet quant à mon assistance.
Je repars très prudemment. Il y a 2 ans l’entame de la montée à venir a été très compliquée. Il faut que j’arrive frais sur tous les ravitos au moins jusqu’à mi-course avec surtout de la capacité à bien m’alimenter. D’ailleurs quelques coureurs en profitent pour me rattraper et me doubler. Ça descend très légèrement, je visualise la suite. On va bientôt faire un 180° avant d’attaquer la montée vers Chèvre Roche. Tranquille mimille, t’affole pas. La pente s’infléchit doucement. Encore un coureur qui me double, je souris, mais qu’est ce qu’ils ont tous, il reste plus de 170 bornes et plus de 9000D+, un UTMB l’altitude en moins… J’ai du mal à comprendre…
Je déroule bien les jambes, joue avec l’éclairage et m’applique à bien me servir des bâtons. La machine à rêves n’est pas encore complètement en route mais ça sent bon. Il fait frais voire froid par moment, mais ne le ressens que très peu.
Je monte à ma main. A partir d’ici normalement je connais bien voire très bien le parcours jusqu’au Col du Ménil vers le km 145… Il y a juste le secteur de Rochesson où nous serons bientôt où j’ai quelques doutes. Je rêve et regarde une nouvelle fois le ciel, la météo devrait être clémente au moins cette journée de vendredi. Je me souviens alors que la montée que nous sommes en train de faire est chronométrée. Je ris et dois être bien loin des temps des meilleurs. D’ailleurs nous ne devons plus être très loin du sommet. La forêt s’éclaircit. On va un peu jouer sur la petite crête, d’ailleurs voici les bénévoles.

Chèvre Roche Alt. 813m. Km 25. 03H40:20. 32ème

Mes temps sont un peu plus conformes mais il reste 1/4 d’heure d’avance sur le plus optimiste. L’ennui c’est que ça fait encore 25 minutes d’avance sur le temps de l’ancienne École des Presles où doit me rejoindre Vanessa et je ne peux guère aller plus doucement.
Ça redescend légèrement. Je suis surpris il me semblait que c’est dans ce chemin qu’on bifurquait vers la gauche pour atteindre la cascade de la Pissoire??? Je laisse un peu filer les jambes. Bon ça tient mais je descends vraiment comme un vieux, je n’ai aucune qualité de course. Bref, faut gérer, encore gérer… Je rattrape un coureur qui me lance un regard plein de fatigue. Je souris et relance légèrement. Ça monte en pente douce et le sentier n’est pas désagréable. Je m’envoie une petite ration de gel miel-gelée royale, sirop d’agave. Celui-là a fait des miracles à la Ronda. Je l’apprécie moins aujourd’hui. Comme quoi pas une course ne ressemble à l’autre. Mais j’ai une autre arme magique: des nounours en réglisse. Mmmh trop bon, un carré de chocolat et c’est reparti. J’accélère un poil dans le coup de cul de la cascade. Je retrouve encore 2 coureurs qui me semblent à l’arrêt??? Déjà??? Je me retrouve au-dessus de la cascade en moins de 2 minutes. Je commence à retrouver de l’efficacité en montée. Oh rien de transcendant, mais j’arrive à trottiner. D’ailleurs j’aperçois un nouveau coureur sur qui je suis en train de fondre. Il me sent arriver et accélère. Mais au bout de 50m il met le clignotant et me laisse passer. Je retrouve le chemin où Lionel m’avait déposé. Aujourd’hui je suis si facile, dément juste dément, les variations du corps et de l’esprit. Je rêve et réfléchis. Il va être trop tôt pour la fournée du boulanger, j’essaie de visualiser mon ravitaillement quand j’aborde le hameau. Je rattrape encore 2 coureurs, traverse le gazon près du bâtiment du ravito. Mais surprise: contrairement à l’habitude une grande tente est installée devant l’entrée, ma visualisation est totalement faussée. Ça doit être dû à l’accumulation des courses qui passent ici.
Je demande un demi-plein d’eau pétillante de chacune de mes flasks. Le doc est surpris. Oui pas besoin de plus, il y a 2h30 maxi jusqu’au prochain ravito et il y a de l’eau dans le coin. On échange un peu, je bois un verre d’eau, un bol de bouillon avec quelques pattes. Ça ira bien. J’attrape un peu de chocolat et repars. Encore un ravito express en terme de temps. Mais le bonhomme a géré, détendu et lucide, je rattrape un gobelet d’eau que j’avale vite fait. Je me fais scanner. Je suis tout surpris c’est un de mes renforts, il est habillé comme un marin pêcheur. Je souris, drôle de surprise…

Haut du Tôt Alt. 833m. Km 30. 04H26:31. 22ème

Bon je me dis que le bout qui vient est top. Le souci c’est que je ne l’ai pas reconnu en tant que tel. Et avec toutes les éditions du THM que j’ai faites je ne sais plus trop où on va passer ou pas… On commence par redescendre du plateau. Bon là pas de problème. Au fait je regarde mon plan de marche. Encore 9 minutes d’avance soit 19 sur Vanessa, ça m’inquiète franchement mais vu la courbe horaire ça doit se jouer à rien.
Tiens un coureur, en fait je crois que l’on va être un peu plus dense dans les heures à venir surtout avec les dernières heures de la nuit, la plupart des coureurs devraient atteindre leur rythme de croisière, enfin de je crois…
J’essaie de visualiser le parcours. Bordel je n’y arrive pas vraiment. A force de faire le malin comme quoi j’ai tracé une partie du parcours, je ne me suis pas repenché du tout dessus. Et si effectivement je connais le coin je ne sais vraiment pas par où on passe… Reste plus qu’à se laisser porter. D’ailleurs le coin est toujours aussi sympa. Mais je me dis que je ne suis pas où je pense… Là on va arriver sur la Roche des Ducs. On tournicote, je reste très attentif au balisage. Un coureur me revient dessus, de temps en temps je suis éclairé par sa frontale. J’accélère un poil dans le technique, je me fais l’illusion d’une gazelle pourchassée par les phares d’un safari… On arrive sur un petit col. Là je reconnais, normalement la vue est top, mais de nuit c’est un peu compliquée, alors je ne m’attarde pas. Le single se fait tout seul, on va redescendre dans la vallée. On joue sur les terrains de Julien. Je me dis que la route est encore bien longue, je lève le pied, ça ne sert à rien de s’exciter. Se faire plaisir dans ces sentiers joueurs, mais il faut garder de l’influx, il y a encore de quoi faire. Une frontale me revient alors dessus. Je me laisse faire et on me double. J’ai déjà vu ce coureur il s’en va sans un regard. Je vais atteindre le point bas. La montée suivante peut paraître courte dans un trail alpin mais ici elle peut faire mal. On aborde le 40ème km. Je sens les prémices de l’aube, dans la fraîcheur et les lumières qui jouent avec l’humidité. Et voilà deux coureurs. Ils ont tous les deux une veste verte mais ne semblent pas courir de concert Je les rattrape et me fais rattraper par un autre: regroupement du gruppetto, je ris de la redondance. J’ai une gêne sur la malléole gauche. Je ne sais pas si c’est ma chaussure qui est mal réglée mais ça frotte. Il faudra que je règle ça. Je me le dis à 2 reprises, je m’arrête pour refaire le lacet et en profite pour une pause pipi. Ah tiens une tête connue: c’est Raphaëlle. Elle ne m’a pas reconnu, je coupe ma frontale. Elle me dit que Stéphane A. est un peu devant, il n’est pas au mieux. Pourtant je ne suis pas inquiet pour lui, il sait gérer en ultra. Elle m’accompagne sur quelques centaines de mètres, m’encourage et me quitte. Le coureur qui était légèrement en retrait me rejoint. Vous connaissez le terrain? Oui un peu. Combien de temps jusqu’au ravito? Je ne sais pas vraiment. Nous devrions y être vers 7h. Il ralenti immédiatement: je lui aurais fait peur? Un bolide nous double au même moment. Je n’en reviens pas. Il me dit que je le rejoindrais bientôt car il ne sait pas descendre. Par contre il est monté sur ressort, j’en souris. Je n’en reviens toujours pas: il y a des coureurs devant, derrière, dans le virage du dessus. On se croirait sur un vrai gros ultra… Ah, voilà, le haut. Nous sommes dans le secteur de la Piquante Pierre, en plein THM. Je regarde ma montre, ma petite femme doit être debout et a dû donner le matos à Vanessa. D’ailleurs je reçois un SMS me le confirmant. Je ris de la coïncidence. J’ai un poil d’inquiétude sur l’heure d’arrivée de Vanessa mais ça devrait le faire. J’appelle Frédé. Ça devrait effectivement le faire mais ça risque d’être minuté. Je lui dis que je traîne ma cuisse gauche qui est un peu dure, même si globalement tout va pour le mieux. Je raccroche. On arrive sur la bifurcation du THM où on avait mis des jalons avec Julien pour que les coureurs aillent vers la forêt. On ne va pas tarder à aller vers la droite en direct avec la Croix des Moinats. On reste sur une partie du THM avant de le quitter momentanément. Je suis surpris, le balisage est light. Le coureur qui est derrière me rejoint. Ça me paraît étrange, on remonte un petit bout de bitume, ça n’est pas très Infernal comme itinéraire, mais c’est bien ça. On plonge enfin vers le ravito. Il fait vraiment jour. Je lève la tête et n’en reviens pas. Devant moi se trouve ce sacré Gilles. Je ris, il m’encourage et on se tape dans la main. Il accélère pour me prendre en photo. On papote. Un virage à gauche et voilà le ravito.
J’aperçois Vanessa. Je suis soulagé elle s’occupe de moi immédiatement. Je lui demande un peu de Fanta: il n’y en a pas. Si dans la pochette jaune. Elle me fait le plein des flasks: juste un peu plus de la moitié, le prochain ravito va arriver vite. Je papote avec Gilles. Je mange un petit bout. J’aperçois Stéphane qui est assis. Il n’est pas en super forme mais ça devrait aller. Ah les bénévoles me proposent des viennoiseries: ce sont les mêmes que l’an dernier au Haut du Tôt… Décalage de l’heure du départ. Je fais le plein en sandwichs, je prends un peu de soupe, un bout de chocolat, un morceau de pain dans le corsaire, on me scanne et c’est reparti.

Ancienne École de Presle Basse/Le Rupt Alt. 858m. Km 45. 06H59:02. 20ème

On retrouve l’envers du THM de l’année dernière ou d’il y a 2 ans, passage derrière la ferme, dont me parlait Julien, on retombe sur la route et rejoignons la descente de cette année. Je n’arrive pas à me relâcher. J’ai encore cette douleur sur la malléole, j’ai un truc qui frotte. Je décide de m’arrêter et de faire un pansement en préventif. Je m’installe sur un rocher. C’est la chaussure qui m’a un peu usé, il faut dire que j’ai mis les chaussures les plus anciennes en début de course. Un premier concurrent, l’homme en vert de tout à l’heure s’arrête. « Ça va, tu veux un coup de main??? » Non tout va bien merci. Puis c’est au tour de Stéphane, des paroles quasi identiques, toujours très sympa. Je me remets en route et me remémore la fin du THM de cet hiver. Là j’avais les jambes en bois, ça va plutôt pas mal même si je n’ai pas un gros rythme. J’aperçois Stéphane A. un peu plus loin. Je me demande jusqu’où on va suivre le même itinéraire. Je sors le lecteur MP3 et enclenche un premier morceau qui ne me convient pas. Je joue avec les boutons, je rêve… Oui je rêve tellement que je me dis que je ne dois pas être bon. Où sont donc passé les rubalises? Et les flèches??? Je fais 50m, toujours rien et m… le seul con qui connaît bien le parcours est celui qui se plante! Bon je ne sais pas où ça passe. Je clique à gauche, je dois rejoindre. Faut vraiment être con, je rage. J’entame la descente. J’essaie d’appeler Stéphane H. pour qu’il ne s’étonne pas de mon suivi GPS. Revoilà un panneau du club vosgien qui me confirme que je suis bien en direction du centre de Cornimont. Je suis parallèle au chemin normal, je pense que je vais faire pas loin d’un km supplémentaire. Je marche encore à l’énervement; j’arrive au sein du village. Il faut que je prenne la diagonale pour arriver au point de contrôle. Les gens me regardent bizarrement. Ce n’est pas comme s’ils n’avaient jamais vu de Trailer, mais là, ils me sentent un peu « pas très sympathique ». Je traverse la Moselotte et retrouve le balisage. Je souffle un bon coup, mais quel con. Me voilà à traverser. Je me fais biper, je souris aux bénévoles, sors les bâtons et c’est reparti. Je me dis que ce n’est pas grave, j’ai dû perdre 5-10 minutes dans l’aventure mais sans grande importance.

Cornimont Alt. 514m. Km 51. 07H57:36. 22ème

Bon je connais un peu moins bien ce côté du village. Mais c’est sur ce morceau que j’ai fait MA sortie longue de prépa, dont les repères sont tous frais… Il fait bon et le rayon de soleil fait du bien. J’accélère un poil, mais me ravise: gérer, encore gérer, même si je sais que le bout à venir jusqu’à Frère Jo est facile et assez court. Je regarde autour de moi. C’est sympa, je me dis que je pourrai faire des photos comme à la Ronda, mais on va s’en passer, ce sont quand même des terrains de jeu où je reviens régulièrement. J’arrive sur la Croix de Mission. Je rêve un peu, me dis que je suis dans le village de naissance de mon père… Je lève la tête. Gilles me prend en photos. Il est partout le bougre. Il est surpris de ne me voir que là, je lui explique, et nous sourions de concert. Il me dit qu’Hubert est passé déconcertant de facilité tout en trottinant. Ben oui, quand on a les pattes ce n’est pas si difficile dans cette portion.
On suit le balisage dans le sentier. Nous apercevons Stéphane au-dessus de nous. Il n’a toujours pas l’air au mieux. Nous le suivons et revenons sur lui en continuant à papoter. Je dis à Gilles que je suis surpris: auraient-ils changé le sentier? Normalement on passe un peu plus à gauche??? Nous faisons encore 50m, un panneau nous indique Grand Ventron, je suis sûr qu’on s’est planté. Je vérifie, effectivement plus de balisage. J’appelle Stéphane. Je lui montre qu’il faut tirer à droite. Nous le rejoignons sur le chemin descendant. Il est surpris, je lui explique. On aura encore fait 4-500m de trop avec une cinquantaine de mètres de dénivelé. Faut vraiment le faire… Et surtout être un minimum attentif. Revoilà le bon chemin. Gilles m’accompagne encore un peu, nous continuons à papoter. Il me trouve bien, il a raison, je le suis. Nous abordons le bout de plat avant la courte descente sur la route qui va de Travexin à Ventron. Mon compagnon me quitte. Je laisse un peu filer les jambes. Ici ça circule fort. Les 2 signaleurs sont très attentifs. Je les remercie. J’attaque la montée vers l’Ermitage. J’entends le staccato des bâtons d’un coureur qui revient: hé bé il envoie. La pente s’infléchit, j’aime bien ce bout avec ces quelques lacets sympas. Toujours rien de dur mais il faut ne pas s’enflammer. Je reste lucide, boire, manger, la base-vie va arriver vite. D’ailleurs voilà déjà Le Riant. Hop, hop une légère courbe à gauche et me voilà sur les hauts. Il ne reste plus qu’à dérouler dans les pistes de fond pour arriver à la base-vie. Quelques marcheurs m’encouragent, je les salue avec le sourire. Voilà la station, souvenir d’un biathlon d’Hugo où je chargeais les plombs dans les carabines des tirs couchés…
On bifurque sur un petit sentier, on passe la chapelle. Vanessa est là. On rentre dans la salle de la base-vie.
Encore une fois elle est aux petits soins. Je lui demande mon sac, à boire, mes chaussures. Je change de montre et branche la Spartan sur la batterie. Je la reprendrais au retour. Une soupe de pâtes, le plein d’eau que me fait Vanessa et je suis déjà prêt. Stéphane me demande si je repars déjà? Oui tous les voyants sont au vert et j’ai tout ce qu’il me faut. J’avais prévu environ une demi-heure, j’ai dû rester 1/4d’heure, mais je me sens vraiment frais et bien. Je fais la bise à Vanessa, la remercie sincèrement, qu’elle soit venue m’assister au pied levé me touche vraiment. Je passe le portique et repars d’un salut.

L’Ermitage Frère Joseph Alt. 876. Km 51. 09H27:22. 19ème

La partie qui suit est vraiment facile jusqu’à Kruth. Mais je temporise. Je grignote un peu et bois. C’est là que je sens que je suis à court d’entraînement. Impossible de trottiner alors qu’en temps normal il y a vraiment du temps à gagner ici.
D’ailleurs un coureur me revient dessus. Je le verrais bien originaire de la Réunion. Il me double avec une facilité déconcertante. Je suis un peu frustré. Voilà le point de vue sur Ventron. Ça monte légèrement, puis ce sera quasiment plat jusqu’au col d’Oderen. Je profite des lieux. Cela fait une paire de kms que nous sommes dans la partie que j’ai tracée et que je connais vraiment. Je bois une longue rasade. Je me dis que je referai le plein en bas de la descente ou dans la montée vers le Gommkopf. Le terrain est un peu gras et le chemin pas fameux, mais ça va s’arranger sous peu. D’ailleurs on se rapproche de la route et du col. Je remballe mes bâtons et les mets dans le carquois. J’ai longtemps hésité sur le sac que j’allais prendre sur cette course. L’Instinct est le must. Mais j’aime beaucoup ce Salomon. Le dernier défaut est l’emplacement des flasks qui sont un peu basses alors que le port « haut » de l’Instinct est idéal. Je trottine à une allure correcte. Mais franchement ce n’est vraiment pas vite, mais alors pas vite du tout. Heureusement qu’il n’y a pas trop de déchet dans mes foulées, parce que j’ai vraiment l’impression de descendre comme un vieux…
Je réfléchis au déroulement de ma course depuis le départ. Je réalise soudain que je n’ai pas allumé la batterie qui est censée recharger ma montre. Je l’ai bien branché, mais j’ai beau me triturer les neurones, je sais que je ne l’ai pas allumé, et merde, trop tard… On verra bien au retour à la base-vie.
Je reviens à mon sentier qui s’élargit et qui d’ailleurs n’est pas si désagréable que cela. D’habitude je l’aime moyen, il faut dire que mes derniers passages ici l’étaient souvent en fin de sortie après des sentiers au top… Voilà déjà la fontaine. Je vais aller rechercher un peu d’eau un peu plus loin. Je croise des randonneurs qui m’encouragent, j’ai le sourire, merci, pardon… Ça va tout seul… Voilà déjà le point bas. Bon le bout jusqu’à la distillerie de pommes va être pénible. Il faut que les orgas reviennent un peu plus à gauche vers la gare, il y 1km de bitume à gagner. Un concurrent en profite pour me doubler, je l’entendais déjà en bas de la descente. Il va bien en descente et sur le plat mais semble avoir du mal dans le moindre coup de cul, à moins qu’il ne temporise? La traversée du fond de vallée se fait finalement très bien et rapidement, même si ma cuisse gauche me rappelle qu’elle tiraille un peu dès que je veux accélérer. Ah me voilà au bord de la route qui fait la liaison vers les Vosges. Les bénévoles me font traverser, ils papotent avec la protection civile et oublient presque de me biper.

Kruth Alt. 468. Km 69. 10H58:49. 21ème

Je regarde l’heure. Je dois être pile poil dans mon estimation de tempo rapide. Je pense même avoir pris un poil de retard. Je sors le téléphone et appelle le paternel. C’est lui avec mon beau père qui assurent le prochain ravito. Je lui demande qu’il m’amène une bière. C’est l’heure de l’apéro… Non, je sens que j’ai l’estomac un peu tendu et je vais profiter de tous les bienfaits de l’assistance. La bière en fait partie.
J’entame les premiers lacets, je prends le temps de sortir les bâtons. Le coureur qui me précède traficote son téléphone, il a l’air à l’arrêt. Les lacets qui suivent sont vraiment sympas. Ça fait un moment que je ne les ai pas pris. En effet les derniers temps je suis toujours monté de l’autre côté, mais les sentiers vont se rejoindre au niveau de la Gomme (le surnom du sommet intermédiaire). Je marche à un train correct mais facile. Les jambes manquent de tonus, manquent d’entraînement mais le bonhomme est toujours frais. Je rêve. Je rattrape mon prédécesseur qui a définitivement l’air à l’arrêt.
Nous nous retrouvons déjà au niveau des vaches. On reste dans l’enclos. Faut que je leur explique, qu’en prenant le bord par les triangles bleus on passe à gauche de la bosse et le sentier est plus sympas. Je ris tout seul. On ressort de l’enclos. On suit la trace du gros chemin. On va monter au sommet de la gomme: la vue y est très sympa mais les gens ne la verront pas dans le sens de la montée, concentrés sur leur progression. D’ailleurs dans ce sens je préfère tirer un peu sur la droite, et du coup je me dis que je vais louper le point d’eau, mais j’ai encore ce qu’il faut.
On redescend un poil et on ré-attaque tranquilou la progression vers le haut. Ma dernière venue fut ma plus grosse sortie d’entraînement en prépa Ronda : une quarantaine de kms sous un super soleil quelques jours après un sortie avec Yann.
Nous sortons un peu de la forêt avant d’y retourner. Bon là facile, je pourrais presque faire les yeux fermés. Le double « S » pour faciliter la pente, le replat avant la sortie sous le Treh, l’arrivée sur le bitume, le gros chemin qui mène à la ferme auberge. Ah il y a du monde au niveau de la fontaine d’entrée. Je m’arrête 30 secondes à la deuxième sur le côté dont ne s’échappe qu’un mince filet. Oh p… ça sent trop bon le menu Marcaires. Je retrouve le chemin à gauche, voilà le carrefour, je ne regarde même pas: Markstein par la hêtraie. Ça sent l’écurie, j’accélère un poil. Je parviens à trottiner. La météo est sympa, mais il fait frais. Un refuge, pas besoin de redescendre pour y faire le plein d’eau. Je trottine encore un peu, j’entends les voitures, je suis juste sous la route, je me relâche, le ravito va faire du bien. Je regarde le parking la Volvo du papipol est là. Les 2 papis en sortent de concert, Je suis content de les voir. On se dirige vers le ravito.
Je suis surpris, Jean Pierre attend dehors, il arrête. Je n’en reviens pas. L’Infernal est pourtant sa course, et il a fait une très belle course au Beaufortain. Difficile à croire. Nous rentrons dans le ravito. Il est petit et bien chauffé. Un coureur est assis et n’a pas l’air au top.
Je plonge dans le sac que m’ont amené mes assistants. Un peu de compote. J’ouvre la bière, les bénévoles n’en reviennent pas. Mmmh trop bon. J’en bois un peu plus de la moitié. Un bouillon quelques pâtes. Il fait trop chaud ici. Je demande au paternel de me donner ma veste. Je l’enfile pour ressortir le temps de me remettre en route. Je tape dans les mains des deux anciens, échange quelques mots avec « Chou » et repars après le traditionnel bip.

Markstein – Piste des Luges d’été Alt. 1192. Km 77. 12H41:00. 20ème

Il ne fait vraiment pas chaud. Je descends sur la Chapelle et cherche le téléski des yeux, je ne m’attarde même pas sur le balisage. Je me force tout de même à le repérer: ça m’a déjà joué des tours aujourd’hui… Revoilà la ligne descendante. Je regarde ma montre: 12h45. On est à un peu plus de 78km. Un rapide calcul me ramène au fait que je suis toujours à plus de 6km/h de moyenne. Je force mes méninges à calculer. 6Km/h de moyenne ça fait environ 33h20. 5 font 40h. Le temps idéal serait aux alentours de 38h. Ce serait déjà énorme 2 mois après la Ronda…
Je rêve et me retrouve déjà à traverser la route. La dernière fois c’était avec Yann. J’enjambe la barrière de sécurité et me souviens de la marche de l’autre côté. C’est fou ce que les détails peuvent prendre comme importance. Je retrouve donc le sentier qui a été défoncé par les forestiers. Ok, ils ont fait le boulot correctement mais ce n’est plus aussi sympa, plus royaliste que le roi tu meurs… Je bifurque et profite du bord du lac. Le vent ne souffle plus ici à l’abri du vallon. Je décide de me poser au niveau de la digue du lac de la Lausch. Il y a un peu de monde. J’en profite pour vider mes chaussures, vidanger la vessie et c‘est reparti. Je souris en me surprenant à imaginer couper sous le barrage. J’y gagnerai 200m… Et tant qu’à tricher je pourrais aller en direct jusqu’au lac du Ballon??? Oui mais le plaisir ne serait pas le même et le chemin y est trop monotone…
Mais le temps d’évoquer les possibilités je suis déjà de l’autre côté de la digue. Il n’y a plus qu’à entamer ce sentier que j’aime. Un peu de technique, des marches usées par des centaines de randonneurs, cette armature métallique qui émerge tel un squelette dont je ne connais ni l’utilité ni l’origine… Me voilà déjà au niveau du ruisseau, à traverser les chemins d’exploitation. Encore une fois, je ne me pose pas trop la question du balisage, je laisse juste la lueur fluo imprégner mon esprit, mais il faut que je me méfie au risque de faire encore du rab. Tiens un coureur, ça fait un moment que je n’en avais pas vu.??? Je le double tranquillou. Ah un autre qui est assis. J’ai l’impression qu’il refait ses lacets? Non en fait il cherche à dormir un peu. Je le comprends, j’aurai tendance à bientôt faire pareil… Ah mais au fait il y a un refuge pas loin, près des cascades??? Je garde cette option dans un coin de mon esprit. Me voilà quasiment au point bas. Je rattrape encore un coureur qui me demande comment est la suite. Je lui explique et temporise. Je ressors les bâtons, on ne va pas tarder à monter. Il me demande « combien de kms? » Je ne sais pas, environ 900mD+. D’autant qu’avec le petit changement par Gustiberg on n’est plus exactement sur ce que j’avais tracé. Voilà les bifurcations de sentiers où nous nous étions un peu trompés avec Seb, en raison de travaux forestiers. Je sens que le régime baisse, il faudrait que je me pose un peu, je n’ai pas vraiment pris le temps sur les ravitos depuis le départ. Je ralentis encore un peu, je retrouve 2 coureurs. Je leur explique la suite, le passage aux cascades. Je vais les laisser et me poser, voilà le refuge.
Je m’organise dès la rentrée: sac d’un côté. Veste sur le dos, téléphone réglé à 20 minutes. Je m’allonge sur le banc, commence à mâcher un nounours et dors instantanément. Je me réveille d’un coup 11 minutes chrono plus tard. Ça fait un bien fou. Je repars, enlève la veste et la range en marchant, il fait bon. J’ai un peu de mal à remettre la machine en route. Je passe la cascade et profite du replat pour relancer. Le petit bout de plat n’est pas ce que j’aime le plus, je tourne à droite rejoins le sentier qui vient depuis Linthal. Je vois deux coureurs qui me reviennent dessus. Je souris et me dis « allez tu vas les lâcher dans la montée vers le Haag ». D’ailleurs voilà le lac du Ballon. J’observe des forestiers en train de travailler, ils ne m’ont pas vu, et poursuis vers le Haag… J’arrive au bout de l’escalier de la digue. Les forestiers me rappellent: ils m’ont vu. Ce n’est pas par là. Je m’interroge et réalise. Le petit somme m’a fait zapper le changement de parcours… Je n’en reviens pas. Je râle un peu et arrive au niveau des forestiers. L’un d’eux me reconnaît. J’échange 5 secondes avec lui et peine à retrouver son prénom en repartant. Mes 2 suiveurs sont maintenant 15m devant moi. Je peste un peu, le chemin qui mène au Gustiberg n’est vraiment pas gégé… Il faut une capacité à courir que je n’ai clairement pas sur cette course. Je fais le yoyo avec les 2 coureurs. L’un d’eux à un sac Raidlight plein à craquer. Je ne sais pas comment il fait pour paraître si facile avec tout le poids qu’il trimballe. Je pense qu’il va clairement plus vite que moi en montée mais a du mal sur ce qui se court. L’autre est tout l’inverse… C’est donc avec le deuxième que nous lâchons petit à petit mister Raidlight lorsque nous arrivons à la ferme. Ça fait un sacré bout de temps que je ne suis pas venu ici. De mémoire la partie centrale de la montée pique un peu. J’ai lâché mes 2 compagnons. Je suis toujours un peu « mou ». C’est vrai qu’ici Il suffit de tourner un peu la tête pour avoir une super vue sur la plaine. Je passe au milieu des vaches et m’adresse à elles avec les quelques mots d’alsacien qui me restent… On attaque un petit bout dans la forêt. J’entends le staccato d’un des 2 coureurs qui revient. J’accélère et me sers des bâtons enfin avec efficacité. Les jambes réagissent. 2 minutes plus tard je suis à nouveau seul. J’entends le bruit de la route, nous ne sommes plus très loin de la route des crêtes. Il doit donc me rester environ 250m de dénivelé jusqu’au sommet. Je relâche mon effort, bois et mange. Raidlight en profite pour me rattraper et me dépasser. Aucune importance. Je sais qu’à la sortie de la forêt le vent va faire son œuvre, je sors la veste et m’équipe. Le deuxième coureur me rattrape également juste au moment de traverser la route. Ah tiens, on prend par le GR à droite au lieu du sentier de l’ancien hôtel ? Je me dis que je pourrai faire des photos mais comme je joue à domicile me dis que j’y reviendrai avec une meilleur météo. Je débouche sur la partie sommitale. Le vent est assez fort et il fait franchement frais voire froid. Je passe la rampe du dôme, vitesse grand V. Au sommet je vois mon prédécesseur partir vers la droite; je le rappelle mais il continue. Il a vraisemblablement décidé de faire une pause photo.
Je retrouve le sentier de la descente. Je suis au ralenti et en profite pour ranger les bâtons. J’accélère progressivement. Les quelques touristes rencontrés me laissent la place, je les remercie comme toujours. Voilà déjà la fin de ce bout un peu technique que j’affectionne. Je coupe un peu le pré, un photographe amateur me regarde d’un air soupçonneux, je le salue et il me répond se sentant un peu obligé. Voilà la ferme auberge. Le ravito est posé juste à côté. J’entre dans le ravito. D’emblée le coureur qui m’a rattrapé en bas de la chapelle St Nicolas est surpris. « Mais comment ça se fait que tu ne sois que là? » « Je ne t’ai pas doublé? » Je ris, ben oui j’ai dormi…
Je trouve qu’il fait trop chaud ici. Je fais le plein des flasks (enfin à moitié), je bois de l’eau pétillante, prends une soupe, un peu de chocolat et je repars. Les bénévoles n’en reviennent pas, ils veulent encore me proposer d’autres choses. Je ris, les rassure, je connais très bien les lieux et c’est vraiment facile jusqu’au prochain à St Amarin. Je repars en marchant et mangeant. Je réfléchis, encore un ravito express. Mais tout va pour le mieux. Un bénévole m’explique la suite, pendant qu’on me scanne.

Grand Ballon – Ferme du Haag Alt. 1226. Km 93. 15H54:28. 20ème

Je remercie encore les bénévoles en souriant. Je mange du chocolat et réfléchis. C’est maintenant le moment de vérité. Cette longue descente je l’ai déjà faite à 15km/h de moyenne depuis le sommet. Là je sens que clairement les cuisses ne seront pas au rendez-vous. Je me dis une nouvelle fois que j’ai bien fait de ne pas aller au Swisspeaks. J’ai même du mal à accrocher les 10km/h. Pas grave mais un peu frustrant. Je quitte rapidement le chemin pour retrouver le sentier. La pente s’infléchit un peu. Je ne vais pas plus vite pour autant. Je temporise, en profite pour respirer, bien relâcher les jambes et tout le corps. Normalement St Amarin ne signifie que la mi-course et hormis la montée que l’on vient de faire, la plupart des morceaux exigeants restent à faire. Il faut encore gérer…
Je passe la birfurc des 2 GR. C’est là, que la dernière fois je me suis dit que la partie alsacienne mériterait de tourner dans l’autre sens pour avoir la vue dans la descente du Treh…
Ah tiens, il y a encore du changement en raison de travaux forestiers. On va passer en limite de Geishouse. Là aussi peut être qu’en allant plus chercher le village on y gagnerait en beauté. Le chemin est moins amusant que le sentier mais ça le fait bien. Je bois abondement. S’il faut, je ferai le plein au point d’eau d’ici peu. Je m’y arrête à chacune de mes sorties dans le coin. Petit replat, j’y marche et ne cherche pas à relancer. On retrouve le sentier, voilà la fontaine, je tâte mes flasks, pas besoin de m’arrêter tout va bien. Le sentier ici est top, pas un caillou, une pente juste comme il faut, pas de piège, de quoi s’éclater, mais je n’arrive pas à passer la 5eme. Je me fais encore une fois l’impression de descendre comme un vieux… Le terrain devient un poil plus gras. Ici les sentiers fourmillent. Il ne reste plus très long jusqu’au point bas. J’essaie d’accélérer un poil, c’est mieux mais pas énorme. Voilà le chemin où j’ai loupé la bifurc l’autre fois en montée, hop 300m et revoici le sentier. Ici c’est plus joueur, des épingles, un peu de technique. Il faut que je vienne un jour tester toutes les variantes. Voilà la maison qui indique l’entrée du village, je déroule. Deux pas en marchant, je bois et retrouve le bitume. Je suis un peu fourbu par cette longue descente. Je rêve et ne vois pas une petite branche basse. Je prends un coup sur le nez, ça va pas de dégât. J’arrive sur le plat. Je saigne du nez, merde ça doit être le coup. Je sors un mouchoir. Je me rince à la fontaine, merde ça coule encore, je presse la narine, souvenir des saignements à répétition quand j’étais enfant, je maîtrise. Voilà l’église, bon où peut être le ravito? Ah des bénévoles et la protection civile. Ils aperçoivent le sang sur mon visage. Ils se précipitent : non, ce n’est rien, laissez tomber… Je traverse la route un bénévole m’indique le ravito. Je monte les marches 4 à 4. Je suis le seul coureur dans la salle. Les bénévoles insistent pour que je prenne à boire et à manger. Je n’ai pas besoin de grand-chose. Je fais le plein du cuissard, chocolat, saucisson un bout de pain. Je prends un bouillon. Le bénévole insiste pour que je m’asseye. Je n’en ai pas envie. Je suis encore au top et ne veux pas m’attarder. Je bois un verre d’eau pétillante. On me fait le plein des flasks. Je vois la feuille de pointage de l’ancien. Il me scanne. Je dois être aux alentours de la 17eme place.

St Amarin – Maison du Baillou Alt. 411. Km 100. 16H53:35. 17ème

Je repars le bénévole me parle du parcours, de la prudence en montagne. Il doit être du club vosgien ou quelque chose d’avoisinant. Je le remercie, mais je connais, pas de soucis, tout va bien. Je remercie tout le monde et repars. Redescente des escaliers. Je suis encore plein de sang. Je vais vers les toilettes, c’est vrai que j’ai l’air sonné mais j’ai le sourire, je me nettoie le visage à grande eau.
Allez, cette montée est certainement le bout que je connais le mieux des 200 bornes de la course… Je regarde mon timing. Je suis pile poil dans le plus rapide. Je regarde ma montre, il est un peu plus de 17h. Il est juste impossible que je mette 3h30 jusqu’à rouge gazon. Il y a 15 bornes. Bon d’accord il y a 1050m D+, mais quand même. Mais je me calme, les temps d’habitude sont tous pris en sortie de ravito. Donc si je passe 30 minutes à la base vie ça fait 3h. Ok c’est mieux, ça fait à peu près 5km/h, c’est raisonnable, mais peut être un poil vite…
Je monte facile. J’arrive même à trottiner quand ce n’est pas trop raide. Je continue à rêver. Je pense à mes proches. La dernière fois que j’étais là c’était avec Clément, Jacques et Yann. J’aimerai avoir la même fraîcheur et être aussi facile dans la montée. J’arrive d’ailleurs au premier col. Il y a une petite cabane. Je pourrai m’y poser pour dormir, mais tout va bien, je vais me poser à Rouge Gazon. Jusqu’à présent je me suis arrêté très peu, il faudra quand même que je prenne le temps à un moment de me ressourcer.
La petite montée qui suit est un poil plus raide. Je bois abondamment. Je sais que bientôt il y a la petite fontaine. Je mange deux bonbons et prends un peu de gel. Je vais toujours à un bon rythme mais sens la fatigue qui me gagne progressivement. Je ressors du petit bout de forêt. Nous ne sommes pas loin de Belhacker, c’est ça le nom de la ferme auberge que je cherchais l’autre fois. Ah voilà le carrefour des chemins. Il y a le panneau qui indique la fontaine à 70m. Je bois encore une grande rasade. Je redescends vers la fontaine, ça va me faire faire un détour mais je m’en fous. Fini la tête dans le guidon à ressentir que s’arrêter pour resserrer un lacet va me faire perdre la course… La fontaine coule vraiment très peu. Je glisse le goulot de la flask sur le tuyau, plus besoin de la tenir. J’en profite pour vider mes chaussures. Je mets la deuxième flask à remplir. Il faudra que je regarde sur la trace combien de temps j’ai passé là: 2 minutes sera le verdict… Ça représente quoi? Et au contraire ça m’aura apporté quoi???
Je repars, la forme est toujours là. Les passages s’enchaînent sans difficulté. Tiens ils n’ont pas exactement suivi le chemin? Nous sommes en bordure d’une clôture, plus proche des points de vue. C’est sympa mais bon l’intérêt n’est pas énorme. J’ai un peu faim, mais sens que j’ai l’estomac un peu tendu. J’appelle ma belle. Tout va bien, à la maison également. Il y a juste que je risque d’arriver à la base-vie bien plus tôt que prévu. Pas sûr que Yann soit là à temps… Frédé va le rappeler. Mais je ne veux pas qu’il se stresse, qu’il n’aille pas trop vite sur la route… Je regarde les petits panneaux indicateurs, je suis sur le GR. Il ne reste plus trop de chemin jusqu’au point culminant. Je sens la fatigue de plus en plus présente. Il faut que je me booste, je me poserai à la base-vie. Je tente de manger un bout de saucisson. Il est trop sec, les morceaux ne passent pas, je recrache le tout. Je n’ai pas encore passé la petite échelle mais elle arrive rapidement. Dans ce dernier bout nous nous étions un peu affolés avec Clément, j’étais en pleine forme. Il me semble que les orgas nous ont rajouté un bout au-dessus du lac, mais n’est-ce pas juste le fruit de mon imagination???
Je relance encore, je fais appel à des images positives. Sourires, rêveries…. Allez, je reconnais les lieux, jette un œil à l’altimètre, on arrive sur le sommet. J’ai les yeux qui piquent de fatigue et l’estomac tendu. Je prends un poil de gel. Ça y est on redescend vers le col des Perches. Ouf… C’est un poil technique, pourtant d’habitude ça passe tout seul. Je marche et délie un peu. Je temporise en regardant le paysage. Faire tout ce bout de jour est un sacré confort. Je suis au carrefour des sentiers, le balisage part en direct sur Rouge Gazon, je suis soulagé même si on perd un peu en beauté… Le passage va être facile. Heureusement parce que je suis un peu dans le dur. Je me focalise sur la base-vie. Je rappelle ma belle. Je vais arriver dans 10 minutes. Mais que tout le monde se rassure je vais dormir un peu donc tout ira bien.
Je suis au ralenti. Je me botte un peu les fesses pour faire ce petit km. Ouf ça y est voilà le plateau. Je tourne à gauche, voilà les locaux de la base-vie. Combien de fois suis-je venu ici au cours des 2 dernières années? Une seule fois je suis entré dans ce bâtiment.
Il est 19h50. Je suis naze, il faut que je dorme. Les bénévoles comme d’habitude sont aux petits soins. Je ne veux rien, juste de quoi dormir. On m’amène dans un dortoir. J’enlève mon sac. Je n’enlève même pas mes chaussures. Je m’installe en laissant dépasser mes pieds en dehors du lit. Je programme le téléphone pour 20 minutes. Je mâchouille un bonbon et m’endors instantanément. 18 minutes plus tard, je me réveille, un bruit est venu me perturber mais je ne parviens pas à l’identifier. Je me demande ou est passé le nounours, impossible de remettre la main dessus.
Je me lève, je suis dans le gaz. Je suis reposé mais pas frais, j’ai l’estomac contracté. Je n’aime pas ça.
Je retourne dans la salle de ravitaillement, récupère mon sac et m’installe. La bénévole me demande ce que je veux. Un thé avec 2 sucres, quelques pâtes avec de la sauce tomate et un peu de gruyère. Je bois un fond de bouillon, mange quelques pâtes. Sylvain arrive, on échange un peu, il a l’air bien. Je lui dis qu’il tient le coup et va faire un joli temps. Je vérifie ma lampe, récupère une batterie de secours. Stéphane arrive aussi. Je suis un peu sonné. Je lève la tête. Yann est là, il me cherche, je l’appelle. Il me demande ce que je veux. Rien de spécial. Si un fond de bière. Ça me fait un bien fou. Je me sens tout de suite mieux. Je croque dans une pomme, il m’a ramené des oranges mais n’en veux pas. Lorsqu’il m’a demandé ce que je voulais Je lui avais dit des fruits plein de jus comme une pêche, souvenir de la Dolomiti… Les concurrents que j’ai vus dans la journée arrivent les uns après les autres, finalement nous ne sommes pas si éloignés.
Je me botte les fesses et repars. Je cherche le scan du dossard. On m’indique qu’il y a un véhicule dehors. Je remets ma veste, Yann m’accompagne. On me bipe, je repars.

Chaume du Rouge Gazon – Alt. 1094. Km 115. 20H30:54. 18ème

Le jour s’éteint doucement. Yann me quitte, je le retrouverai plus tard, sa présence m’a fait du bien. L’assistance est un vrai avantage surtout quand ce sont des proches. Allez c’est parti. Mais que c’est dur. Je quitte le plateau et attaque ce début de descente un peu technique… Je laisse filer les jambes tout doucement. J’ai passé environ 45 minutes sur la base-vie. C’est mon premier vrai arrêt, j’en avais vraiment besoin. Je suis un peu sonné comme après la Margineda sur la Ronda. Je suis dans la pénombre de la forêt, je ne vais pas tarder à allumer ma lampe pour m’enfoncer dans la nuit. J’entends du bruit, Un coureur me revient dessus? Logique et ça m’est égal. Je repense à cette descente avec Raph et Rémi. Propre, je dois descendre propre, profiter des heures à venir pour me refaire complètement et bien finir la course. Refaire la même qu’à la Ronda… Je remets un peu plus de lumière. Je laisse les jambes descendre toute seules sans vraiment de vitesse. Je sais qu’en bas je vais retrouver Yann et Clément. Je réfléchis. On a dépassé les 21h de course. Je repense aux ultras passés. Voilà le nouveau cap à passer. 3, 5, 7, 11, 20h de course. Ce sont les 5 caps à passer en ultra avec parfois un petit creux à 15h. La courbe est quasi exponentielle. Si j’arrive à confirmer Ronda et Infernal, je maîtrise à nouveau les 15 premières heures de courses. Le palier des 20h aura été le dur de ces 2 courses. Mais il ne faut pas que je m’emballe, c’est loin d’être fini. Pourtant je n’ai que peu voire pas de doute. Le coup de mou va passer, reste juste à voir quand. Je suis serein et sûr de ma force. Pour le moment on est sur un léger replat, on ne va pas tarder à aborder la dernière partie de la descente. Je me dis que je vais arriver sur les faubourgs du village. Je ris tous seul. L’expression « les faubourgs d’un village » : n’importe quoi. L’abord du village oui. D’ailleurs voici le carrefour où avec Rémi et Raph je ne savais plus trop quel sentier prendre. Du coup plus d’hésitation, d’ailleurs le coup d’œil au balisage est vraiment furtif, juste histoire de me rassurer. Je passe derrière la maison, la lumière du village se fait un peu plus forte. Je suis toujours un peu dans le mou. Les sensations me rappellent effectivement l’après Margineda, quand je dormais debout, avant Coma Bella. Je me suis vraiment remis en route au bout de 3h… Je retrouve le plat du bitume. Je vois un comité d’accueil un peu plus loin. Equipe de luxe: Yann est avec Clément et son père, ils discutent avec Stéphane le boss de l’Infernal. Ce dernier me taquine un peu, je ne suis pas super réactif. Les bénévoles me scannent et je repars tranquille.

Urbes – Alt. 454m. Km 121. 21H27:04. 18ème

Mes compagnons m’accompagnent… Redondance quand tu me tiens… Clément me demande: « il te faut quelque chose? » Je veux bien un fond de bière. Clément n’en a pas sous la main et je ne veux pas que les bénévoles l’entendent pour que l’on ne me sanctionne pas pour un ravito hors zone… Yann repart à la voiture. Il arrive dans celle-ci 2 minutes après. Il me tend un fond de ma Heineken de tout à l’heure. J’en bois juste une grosse gorgée. Mon dieu que c’est bon. Voilà la fin du bitume. Je vais pouvoir réattaquer la montée sur le Drumont. D’ailleurs, je retrouve un autre coureur qui vient de me rattraper.
Les premiers lacets sont un peu raides. Mais la suite devrait se faire bien. Je remets la machine à rêves en route. La nuit est beaucoup moins claire que la précédente. J’essaie de visualiser la suite. C’est assez facile jusqu’au Gustiberg. Ben oui encore, mais ce n’est pas le même. Ensuite la sortie vers le sommet est un sacré raidard. Je devrais normalement y être à peu près en état. Le voisinage de l’autre coureur me motive. Je reprends un peu de gel, histoire de retrouver un peu d’énergie. Je suis dans l’état où je me pose des questions. Les ultras de plus de 20h sont des courses quand même bien particulières. Je pense que des temps plus courts peuvent se faire à plusieurs reprises dans l’année. Ces longs efforts nécessitent vraiment de la fraîcheur et du repos. 3 ultras de plus de 20h sont pour moi un maximum dans une année et à condition qu’ils soient bien espacés. Je fais un check-up. La tête va bien, les jambes, les pieds, les bras, tout roule. L’estomac est encore un peu tendu. Mais ça je sais gérer et je suis plutôt sur la pente ascendante. Ça devrait donc le faire bien. Ça devrait encore péter devant. Si j’avais seulement l’ombre des jambes de la Ronda je pense qu’il était jouable de rentrer dans les 10 voire 5 sans trop forcer… Je réalise soudain qu’à force d’être perdu dans mes pensées j’avais passé l’introduction constitué par les lacets. D’ailleurs voilà le très joli refuge où nous évoquions des siestes avec Rémi. D’ailleurs je me dis que je suis fatigué mais pas encore assez. Je vais tenter de rallier le ravito du Drumont et y dormirai certainement là-haut.
Je continue de rêver. Je sors même un peu de musique. Voilà la forêt qui s’éclaircit, on va arriver rapidement sur la ferme. Il y a encore du monde. Des enfants jouent dehors pendant que les parents mangent. C’est vrai qu’il n’est pas si tard que ça. Le manque de sommeil commence à se faire sentir, je me répète qu’il faudra que je dorme encore un peu. Ça ne sert pas à grand-chose de lutter on perd plus de temps qu’autre chose. Je longe des petits gîtes de vacances; ça fait du bien de retrouver un peu de vie. J’adore être seul et rêver, mais quand le sommeil prend le dessus j’ai beaucoup de mal à lutter. Je regarde avec envie les lits et les canapés qui sont défaits, je m’y enfouirai volontiers. Je passe les derniers bâtiments et replonge dans le noir. Je devine le haut des arbres et de la colline. Je ne sais plus à quel altitude est le sommet du Drumont, mais il y a un sacré raidard à venir. Je me remémore la matinée de ski avec Julien: un vrai régal. J’accélère imperceptiblement. Le vent n’est plus freiné par les arbres, il fait sacrément plus frais et il tombe quelques gouttes. Je remets une nouvelle fois ma veste. Je lâche l’autre coureur. Je m’applique à être bien délié, à bien me servir des bâtons en étant régulier, fort et économe. Ça passe bien et me fait du bien. Je me réveille. C’est vraiment bien raide. Je repense à la Ronda et ses derniers sommets, c’était quand même un sacré truc. Je me dis que la Ronda est comme l’UTMB pour d’autres, c’est un peu mon Graal… Je suis dans les chaumes. Je devine l’aire d’envol de parapente. La table d’orientation est juste en face. On n’aura pas besoin d’y monter. Il fait franchement très frais. Allez, il ne me reste plus qu’à me laisser couler jusqu’au ravito. Voilà l’entrée du chemin. Je retrouve Clément. Ou suis-je en train de le rêver??? Me voilà au ravito. Yann, Clément et son père sont aux petits soins. Clément m’a monté un stand de formule 1. Gros choix de victuailles, compote, saucisson, barres… Les gars me font le plein. Un fond de bouillon, de l’eau pétillante. Je n’ai pas envie de grand-chose. Je me sens complètement désolé de ne pas faire honneur à tout ce qu’ils font ou ont fait pour moi. Je prends un peu de compote, encore un fond de bière. Je prends 3 mini saucissons dans le cuissard et repars. Je les remercie très sincèrement. Clément va rentrer. Merci mon ami, je me dis que je me montre pas à la hauteur de votre dévouement. Yann me dit qu’il va me retrouver à Frère Jo. Il faut que je l’appelle en arrivant il risque fort de dormir. Pas de problème mon grand à plus. Je repars dans la nuit. Clément me crie que « Ça va le faire, tu voles, tu vas les bouffer ceux de devant… »

Drumont – Alt.965m. Km127. 24H41:43. 17ème

Je m’enfonce dans la nuit. Je sais que le morceau à venir n’est pas le plus simple. Les sentiers n’y sont pas tops et la montée sur Larcenaire et Frère Jo piquent un poil. J’ai franchement frais. Je resserre ma veste, ça va mieux. Le chemin est boueux et un peu chaotique. Je me force à être léger dans mes appuis. Il faut que je fasse une pause pour vider mes godasses. Je m’arrête, en profite pour vidanger également la vessie et repars avec un peu de musique. Nous sortons des chemins d’exploitation pas simples, pour attaquer un chemin plus large. Il fait franchement frais mais je sens encore la fatigue, dormir serait vraiment une bonne idée. A la sortie d’un virage j’aperçois un petit refuge. Je n’hésite même pas. Je rentre, enlève mon sac et m’allonge sur le banc. La porte est coincée en position ouverte par un rocher, tant pis. Je règle l’alarme du téléphone sur 17 minutes. Je suis à peu près sûr de dormir les 12 minutes fixées par le doc comme étant idéales. Je pense rapidement à ma femme, mes enfants et m’endors immédiatement. Je me réveille 10 minutes plus tard. Il fait franchement froid. C’est d ‘ailleurs le froid qui m’a réveillé. Oh punaise, je suis à nouveau un homme neuf. Je repars le couteau entre les dents, ne serait-ce que pour me réchauffer. J’accélère dans cette descente assez facile. Je me retrouve rapidement au point bas. J’ai un peu de mal à me situer. A contrario des heures écoulées je suis dans le coin que je connais le moins. Ça ressemble à une grande propriété agricole. C’est un peu mouillé partout. Je fais attention où je mets les pieds. J’augmente la luminosité de la frontale pour trouver le balisage: pas forcément super simple. J’arrive au pied d’un pré. Celui-là je le connais, c’est court mais abrupte. On est dans le secteur de Philou, ça va piquer les gambettes. Je ressors les bâtons. Je regarde le pré. Le balisage est bien visible. Je ne vais pas m’embêter, le point haut est là-bas, je pars en lacets. En plus je trouve des sentes de vaches, c’est beaucoup plus facile. Non mais faut pas déconner?! J’en ris. Je me mets en mode « doucement mais sûrement ». Ça passe plutôt bien. Je remange même un petit peu. Je sens que physiquement le plus dur est passé. J’arrive sous un chemin, non plutôt une route. Je suis juste sous Larcenaire. Nickel. Je passe à côté d’Azureva. L’ancien boss est l’ancien maire de Liezey, encore un copain, décidément quand on court à la maison… La frontale montre des signes de faiblesse. Je baisse l’intensité et réfléchis. Je change la batterie, je vais profiter de la proximité de la base vie pour encore avancer à près de 500 lumens: gros confort qui évite l’endormissement.
Je retourne vers la forêt. Là aussi je suis en Terra Cognita. Nous nous sommes garés ici un jour pour une course d’Hugo en skis de fond. Ils avaient trusté le podium avec ses 2 potes. Allez, reste un mini coup de cul, tout au plus 30m de dénivelé et je suis à nouveau sur la trace de ma dernière reco. D’ailleurs voilà déjà le chemin. Allez c’est franchement facile jusqu’à la base vie. J’essaie d’accélérer. J’ai un peu mal à la malléole, mais cette fois ci c’est le pied droit. Je sais que je vais arriver rapidement sur le haut de l’Ermitage. Le sentier sera alors facile. Je bois ce qui reste d’eau pétillante. Et entame la descente. Je règle le faisceau de ma lampe, retouche mes lacets, je range le lecteur mp3, et m’emberlificote dans le câble des écouteurs. En démêlant je me retrouve dans un chemin qui me semble bien boueux et pas trop conforme à mes souvenirs… Je fais encore 50m, ah m… effectivement j’ai dû louper un virage et me retrouve dans une courue… Pas grave, je sais que la base-vie est juste là. Je fais encore 50m, je me retrouve sur le chemin, celui-là je le connais, je suis juste en dessous du sentier. La station de ski et les bâtiments apparaissent. J’appelle et réveille Yann. Je longe l’ancien terrain de tennis. Je suis en contre sens et me trompe d’accès, pas grave. La lumière fini de me rendre ma lucidité. Je rentre dans le bâtiment. J’étais là il y a combien d’heures déjà???
Je m’installe, l’amie de Brice est là, à attendre son homme, apparemment il ne doit pas être loin. Je m’installe et échange un peu avec elle. Yann déboule. On fait le tri dans mes affaires. Il me trouve bien, je le suis vraiment. Je vide mes chaussures. On me fait un pansement pour la malléole. Je ne me change pas. Il va me chercher une assiette de pâtes, négocie avec les bénévoles: non ce n’est pas pour lui. Je bois un coup, un fond de bouillon. Je ne finis pas les pâtes, je les aurai voulues plus chaudes et surtout je ne veux pas me charger l’estomac. J’attrape la Spartan, effectivement elle n’a pas rechargé. Je la mets dans mon sac à dos. Je vais déjà finir la Ambit. Je tomberai en panne à un moment mais tant pis. Je prends encore un fond de compote. L’esprit tourne à 100 à l’heure. Ne pas reproduire les erreurs d’avant. Je fais une check-list. Je rechange de batterie et en reprends une en réserve. Je remercie Yann. Il me demande si je veux sa présence à Saulxures. Non, sauve toi mec, va rejoindre les tiens et merci encore pour tout.

L’Ermitage Frère Joseph – Alt. 879m. Km 139. 25H54:03. 18ème

Je repars dans la nuit. La prochaine est gratinée. Cette satanée piste noire est vraiment raide. Mais sa pente ne m’impressionne pas. La seule chose qui m’y ennuie c’est que lors de mon dernier passage elle était gorgée de flotte. Je sais comment éviter les petits ruisseaux qui y coulent. Tout à droite en bordure. Et effectivement ça le fait bien. J’ai quand même l’impression que le terrain est assez sec. Je n’ai plus qu’à prendre mon mal en patience. Je souris. Je repense au km vertical de la Dolomiti. On n’est pas prêt de l’égaler dans une autre course, même le très raide de la Ronda n’y arrive pas. Je remets de la musique, m’arrête pour enlever ma veste et repars. Je rêve, écoute les morceaux qui s’égrènent. Je suis déjà presque en haut. Là, la piste en venant du haut se scinde en deux avec une partie plus facile en virage. Je décide de prendre les 3 lacets. Inutile de se flinguer les mollets, juste pour le plaisir. J’en arrive à finir la montée avec le sourire. La suite et fin de la montée est facile, en ligne de crêtes. Je remets ma veste. Il tombe quelques gouttes et le vent se lève un peu. Je trottine, ça commence à redescendre. Je laisse filer les jambes, tranquille. Pas une douleur, pas un échauffement, tout va pour le mieux. Je bois et attrape un bout de chocolat. Un peu plus loin je repense au saucisson de Clément. Miam les petits bouts font vraiment du bien. Truc de champion à reprendre, souvenir de l’Échappée Belle où j’ai tourné un moment à ça… Je retrouve le bas de la piste et prends le chemin. Encore un souvenir de ski de rando… Là ça va être sympa, puis ce sera quasiment 50 bornes que je n’apprécie pas particulièrement… 50 bornes… J’en suis à plus de 26h de course et il doit rester 55 km pour 2300D+. C’est faisable en 10h sans forcer, disons 12 et le job sera fait et bien fait.
J’aborde le parc à vaches. Le coin est sympa, petit coup de cul à venir, avec une très belle vue de jour. Je me retourne j’ai entendu du bruit. Je vois une frontale qui arrive. Certainement un mec bien plus fort, aucune importance. Je contourne ce dernier petit sommet dégagé et pars vers l’Infernal avec un grand I.
Je suis cette dernière monotrace conforme à ce que j’affectionne. Dans quelques centaines de mètres il va falloir être fort. Je réfléchis, il n’y a pas de raison que je ne le sois pas, tous mes voyants sont au vert. Voici la fin du parc à animaux. Je bifurque et me retourne. Je n’ai plus de suiveur??? Pourtant il avait l’air si vite, si bien??? J’espère qu’il ne lui est rien arrivé… J’augmente la puissance de la lampe. La reco trouve ici toute son utilité. Je sais comment passer, comment gérer. Les joncs, les mottes de terre, les ronces, les chausses trappes en tout genre ne me gênent en rien. Je peux tranquillement jouer au sanglier, je sais que ça ne durera pas. Pas besoin de se demander où passer, je le sais déjà. J’ai l’esprit et le pied légers. Me voilà déjà au bas de ce passage spécial en train de traverser le ruisseau. Je suis le chemin pour ne pas me mouiller les pieds dans le bas du pré. Voilà déjà la route. Je ne comprends pas tout à fait le passage mais je rejoins le chemin. Je souffle et soupire. Le passage à venir je sais déjà que je ne vais pas l’aimer. J’aime les droits dans le pentu et celui-là a presque tout pour plaire, mais c’est le « presque » qui me dérange. Il manque le passage de centaines de pas pour qu’une trace de terre s’y fasse jour, les branches pourries en travers je n’aime pas ça. Les forêts vosgiennes non entretenues je trouve ça tellement triste… Alors je me mets en mode automatique. Je pousse sur les bâtons. Je quitte le chemin et rentre dans ce dré dans le pentu qui ne m’inspire pas. Je replonge dans mes rêves. Je cherche un truc qui me tienne en haleine. Je force mon esprit à divaguer, mais je reviens à la course. Combien vont péter dans les heures à venir? Le plus dur arrive avec le lever du jour, une météo qui ne s’annonce pas terrible, des passages cachés dans la forêt… D’ailleurs la forêt je suis en plein dedans. On a retrouvé le vieux mur. Je préfère cette ambiance, avec au moins un élément un tant soit peu esthétique. Cette montée est quand même assez longue. C’est après que je ne sais pas trop comment on va au ravito. Il y a bien un sentier mais je ne suis pas sûr qu’on le prenne, même si ça me paraîtrait assez logique. Sans connaître le coin c’est d’ailleurs tout ce bout qu’il faudrait revoir, mais il paraît que c’est ça l’Infernal… Je me force donc encore à quelques coups de rein pour retrouver la clairière où traverse le sentier. Pff, les restants de débardage qui vont encore mettre 15 ans à pourrir ça me saoule… Allez, on passe à tout autre chose, finalement on prend le gros chemin de droite. En plus c’est gras, pas glop ça… Va falloir aller le chercher ce p… de ravito … Faut que je demande à Julien si on ne peut pas mieux faire. On suit le chemin pendant un long moment. Je me souviens du récit de Gilles qui disait combien la fin pouvait paraître longue. Je rêve encore grâce à la musique. Mais quand va-t-on descendre sur ce satané ravito? Ben voilà, tu es servi, tu n’as plus qu’à plonger dans la forêt. Encore un bout bien pourri de flotte, de branches cassées en décomposition. Il me semble, non je suis sûr, que nous sommes à l’envers de 2015. C’est un endroit où j’étais bien. Je ne suis pas si mal d’ailleurs. Je découvre un tas de rubalise, mais la signalétique est toujours en place. Je peste un peu mais aperçois le village, on doit être tout prêt. En effet, j’enjambe encore un ruisseau, quelques trous, un endroit improbable où pousse de l’herbe et me voilà au ravito.
Il y a quelques personnes, assistance qui attend son coureur. Les bénévoles sont justes encore une fois géniaux. Mais je n’ai toujours pas besoin de grand-chose. Un coureur est assis, il me semble cuit. J’apprends également qu’Éric le vainqueur de l’an dernier s’est arrêté ici. Je refais le plein d’eau pétillante: juste des demis flasks, je bois eau et bouillon, quelques pâtes et me revoilà dans la verte après m’être fait bipé. Les bénévoles sont toujours surpris du peu de temps passé.

PréChoffé – Saulxures Sur Moselotte- Alt. 521m. Km 151. 28H52:38. 16ème

Je me remets en route, essaie de trottiner, mais n’y suis pas encore complètement. Le chemin puis la route ne sont pas franchement tops. D’ailleurs on retrouve de nouveau l’ancien parcours. Je me souviens d’une réunion de conception du parcours. Donc si j’ai bon on va au col du Xiard ou du Rhamné??? Un panneau du club vosgien me confirme qu’il s’agit de celui du Rhamné… Je me dis que sur ce morceau j’étais en train de rattraper pas mal de gens qui étaient en train de lâcher, usés par la distance ou partis trop vite, au final c’est la même chose. Je ris de ma réflexion. D’ailleurs je réfléchis. Avec les abandons et les repos je dois être 12 ou 13ème. Je vais butter sur le top 10 pour pas grand-chose. Je dois encore pouvoir rattraper un ou deux coureurs. On va dire un en perdition et un légèrement moins fort. Mais le tri doit commencer à être fait. Mince ma montre est arrêtée depuis un moment. J’enlève mon sac et change d’instrument tout en marchant. Je remets mon sac et repars. Je ne vois toujours pas le temps passer. Ah voilà l’endroit où on rentrait dans la forêt. C’est donc le Col. On part vers la droite. C’est à nouveau plus joueur. Clairement dans tout ce qui vient je n’ai quasiment aucun repère. Et je n’ai pas pris le temps d’étudier le parcours. Je me fie encore à la mise au point de celui-ci. En gros, un peu avant Reheurey on va à être à l’envers de 2015. Le sentier n’est pas désagréable. On retrouve un peu de monotrace. On dirait d’ailleurs que la création du sentier est assez récente. Par contre la météo est en train de se détériorer. Il pleut par intermittence et il fait assez frais. J’essaie de visualiser. On va sur le col du Xiard, j’accélère un poil. Il faut que je me secoue. J’aurai tendance à m’endormir. Il me manque clairement de la capacité à courir. Là vu ma forme générale je devrais enfiler les kms comme d’autres les perles sur un joli collier. Je pense que l’usure des kms et la météo jouent leurs rôles. L’alternance des sentiers et des chemins se fait moins simplement. Je me force à rêver, à délier les jambes, à essayer de courir un peu plus vite. Comment nous ont-ils amenés au ravito de Reherey? Passe t’on la côte bien raide dans l’autre sens? Je retrouve un large chemin qui descend. J’accélère progressivement. Je regarde ma montre régulièrement. J’arrive enfin à descendre en un peu plus de12km/h.
J’ai ma belle au téléphone. Elle me demande ce qu’elle doit prendre comme affaires, tout va bien? Je changerai de chaussures et certainement de veste vu la météo annoncée. Tout est prêt dans un sac à la maison. Nous devrions nous retrouver à la petite base vie des Tronches. Je raccroche et reconnais les abords de Reherrey. J‘étais passé par là lors d’une reco en 2015. Ça remonte légèrement, je me force à trottiner, les jambes sont biens. Je devrais arriver à faire l’effort. Voilà la ferme, le ravito doit être juste là. On a coupé le sentier. Je suis surpris, il y a plusieurs entrées, de la rubalise, des couloirs. Ah oui, ils ont différentié le 60km des 2 ultras. J’arrive dans la petite maison. Les souvenirs de 2015 me reviennent, je n’étais pas au mieux d’un point de vue digestif alors que nous étions en pleine nuit.
Je salue les bénévoles et entre. A ma droite, je reconnais immédiatement Jean Pierre, le vainqueur de 2011. Il a l’air sonné. J’aimerai lui dire quelques mots qui ne viennent pas. Il va se coucher. Je bois encore de l’eau pétillante, un peu de soupe. Je goutte le jambon blanc, du fromage et du pain, m’en fais un mini sandwich. Mon dieu quel régal. Je m’en refais un pour la route. Les bénévoles m’ont refait le plein. Je demande combien il y a jusqu’au prochain ravito, on me scanne et repars. J’apprends que je suis 11ème, mais cela n’imprime rien dans ma conscience…

Reherrey– Alt. 493m. Km 165. 31H38:52. 11ème

Il pleut. Je m’arrête à l’angle d’une cabane qui tient par la magie du saint esprit. Je remets ma veste. Pas simple de relancer ici. C’est là que je sens le manque d’entraînement. Le fait qu’il me manque ce petit truc en plus. Le petit bout de bitume n’est pas compliqué, normalement il faudrait juste un petit coup de reins, mais les jambes n’y sont pas. On retrouve un chemin large. Il reste moins de 40 bornes. Je devrais pouvoir les plier en 5h. Mais au contraire il va falloir limiter les dégâts. On arrive sur un point haut. Le balisage est un peu bizarre. Ma montre s’arrête. Tant pis. Ah je comprends, on fait un aller-retour pour voir le point de vue. Ça reste très sympa, mais je ne comprends pas trop les petits bouts que nous sommes en train de faire. Pourquoi aller chercher cette butte? Pour rajouter 20m de dénivelé? Outch ça descend raide. Mais mes chaussures font toujours merveille. Simplement les cuisses me font jouer la prudence avec les bâtons. Je suis en train de me remplir les chaussures de terre et d‘aiguilles de sapin. Nous nous rapprochons de quelques habitations. Nous n’allons plus tarder à couper la nationale. Le bitume tape et me semble dur. Non pas dur, c’est un mot que je ne veux pas employer en course à pieds. Ce n’est que du loisir. Les bénévoles me font traverser. Nous allons jouer un peu dans le coin avant de retrouver le tunnel. Les souvenirs affluent. Je n’avais jamais évoqué ce moment depuis la course. Mais je me revoie parfaitement en 2015, même si nous étions dans l’autre sens. Comme quoi tout est enfoui en nous, il faut juste savoir le ranimer. J’arrive rapidement au pied de la côte. J’étais tellement facile dans la remontée même si mon tibia commençait à me faire souffrir… Si nous prenons la route je peux faire une belle montée. Mais non, nous reprenons le sentier à l’envers. Ça pique. C’est à nouveau un peu le fouillis dans la végétation. J’ai d’ailleurs un peu de mal à retrouver le balisage. J’hésite, refais 10m en arrière et repars. Pas compliqué il faut juste monter là-haut… Mais plus j’y pense plus je me dis que ce n’est pas le terrain. Ça a été dé-balisé… Je me repère aux traces de pas. Je ressors les bâtons. Le terrain est gras. Je reprends une petite ondée sur le coin de la figure. Je pense que j’ai fait un peu plus de la moitié de la montée lorsque j’arrive sur une bifurcation. Il n’y a plus de balisage. Mais on devine des traces de plâtre qui clôturaient les chemins. A l’instinct je vais tout droit. Je retrouve un peu de rubalise. On sort un peu de la forêt. Les quelques maisons sont sympas avec de grands morceaux engazonnés. La coupe dans la forêt me parle. Le point haut n’est plus très loin. Le balisage est de nouveau bien présent, proximités des habitations? Peur d’être vu? Je longe une propriété, j’entends le bruit de voitures, nous sommes tout prêts, je le sais, je le sens. J’accélère un poil. Le paysage s’ouvre. Je reconnais les lieux. Un petit passage sur la gauche, une légère butte et voilà des spectateurs qui m’encouragent. Je les remercie. Ouf voici le ravito. Ma belle et ma puce sont là. Je mange à nouveau jambon, pain et fromage. La bénévole me demande si tout va bien. Oui nickel. Je change de chaussures et de veste. Quelques mots à mes femmes. Ça fait vraiment du bien de les voir. J’ai le sourire. Le doc me félicite. Il est occupé au téléphone par une évacuation sanitaire. Je lui dis le dé-balisage dans la montée. J’embrasse mes deux assistantes de luxe et repars.

Les Tronches – Alt. 699m. Km 177. 34H18:00. 11ème

Je repars dans la forêt et réfléchis. J’ai clairement marqué le pas dans la montée et le passage précédent. Le manque de condition se fait ressentir et la météo fait son œuvre: pas simple de lutter avec la fatigue alors que d’habitude j’adore ces conditions. Il doit rester environ 26kms, mais pratiquement plus aucun dénivelé. J’en suis là de mes réflexions quand je me dis « mais où est le balisage? » Ah une flèche … Mais plus rien. Je me retrouve sur la route. Bordel, c’est où? Je fais demi-tour, revoilà ma flèche et je repars, elle est bien dans le bon sens.
Je traverse la route. Je retrouve une flèche, les rubalises ont été décrochées elles sont dans le trou à côté. J’en remets un bout et suis le sentier. Me voilà sur un carrefour, encore une flèche, non une demi. Je m’engage, ça a clairement de nouveau été dé-balisé. Je prends mon téléphone et appelle Stéphane. Il me dit qu’il va rappeler. Je poursuis mon chemin. Ah merde, plus rien… Je reconnais les lieux, si je continue je vais vers le Chalet de l’Empereur comme en 2015. Je poursuis et peste, il n’y a plus rien. Je vais rappeler Stéphane. Merde, plus de batterie. Oh putain!!! Je suis dans la merde… Je vais où? Je fais quoi? Je suis à peu près certain qu’on va au Chalet mais pas complètement. Je me décide à faire encore 500m et après j’avise, je sais qu’il y a une bifurc devant. Je suis un peu perdu. Je m’arrête pour rationaliser, ok, je me rassure et repars. La voilà, la bifurc. Bon je vais où? C’est bien indiqué par le club vosgien mais je fais comment? Par là je sais que c’est la route, je m’y rends. Mais dans quel sens dois-je aller? Je fais 200m dans ce que je suppose être la direction de Remiremont. Une voiture arrive en sens inverse. Je lui fais signe. Sa conductrice me rassure, « je connais, mon mari aide l’organisation pour baliser. Je vous dépose juste un peu plus loin, là-bas il y a du balisage. » Je veux bien. Elle me prête son téléphone, je rappelle, sans résultat. Elle s’arrête. Nous sommes juste après le chalet que l’on perçoit presque. Effectivement le balisage est là, il suit la route. Elle m’explique tout de même comment me rendre au Peutet, les points à suivre. Je la remercie très chaleureusement. Je peste et réfléchis. Je dois être à peu près conforme en terme de temps, vu ma perte puis le raccourci en voiture.
Je quitte la route et prends un chemin. Ok je suis bien, le balisage est bien présent, je respire. Je suis remonté comme une pendule, bois et mange. On tourne à gauche, j’ai bien vu la flèche. Il y a également un balisage en rond rouge du club vosgien direction la Pierre Nicole. J’accélère mais… BORDEL !!! Le balisage a de nouveau disparu. Je fais 100m. Non plus rien. Je reviens en arrière, 200m plus bas. J’ai bien la flèche qui tourne à gauche et plus rien. Je fais quoi !!! En dessous il y a la route et le balisage mais je suis comme un con sans téléphone qui marche au milieu de nulle part. Je reprends la flèche. Bon la dame m’a dit jusqu’à la Pierre Nicole et ensuite direction le Peutet. Allez go. Le chemin n’est pas génial, mais ça correspond ou semble correspondre à quelque chose. Je vais aussi vite que possible. Mais il faut que je me calme. Je dois penser à boire et à manger. Je temporise. Elle avait vraiment l’air de connaître, j’arriverai donc bien dans un truc connu. En attendant ça continue de monter. Je devine que le point Haut est par là-bas. Il restait donc quand même un peu de dénivelé. Ah voilà le col. Je suis bien à la Pierre Nicole. Je trouve la direction du Col du Peutet. Go, j’accélère. C’est un plat descendant sur un gros chemin. Le souci, mais je l’apprendrai plus tard, c’est que j’ai pris le chemin au lieu de la petite route du dessus. Et me voilà arrivé sur la route principale, sans savoir du tout où peut être le ravito. Voilà deux habitations. Je sonne: un homme m’ouvre. Il ne sait pas où peut être le ravito mais me permet de rappeler ma femme que je rassure. L’homme me dit que ça doit être un peu plus loin car il va vu un panneau « Attention coureurs ». Je repars en trottant sur la route. Il m’a dit environ 1,5km. J’enrage si je tenais les connards qui ont dé-balisé je les pendrai par les pieds… Nous sommes de nouveau vers la forêt. Je peste et oublie de boire. Une camionnette s’arrête à ma hauteur. « Vous voulez de l’aide? »; Je ne sais pas trop quoi dire. Je lui dis que je dois rejoindre le ravito. « Il reste 300m montez. ». Bon… Je fais 200m dans le véhicule. Je vois la voiture de Frédé garée sur le bas-côté: je hurle c’est là !!! Je m’excuse et remercie 3x le chauffeur qui s’en va avec le sourire. Encore 100m voilà le ravito. Mais je n’arrive pas par le bon côté. Je retrouve mes nanas. Je leur explique mes mésaventures. Frédé me calme. Le coureur précédent est passé il y a environ 3/4 d’heure. J’ai dû perdre 10 minutes dans mes aventures. Je me dis que c’est bien plus, mais tant pis. L’accueil des bénévoles est au top. Il faut dire que c’est la famille Vauthier qui s’y colle et la connaissance des 3 fistons m’oblige à la sérénité. Je prends un thé, un bout de jambon, j’embrasse mes filles et repars. Ma puce me donne son téléphone.

Le Peutet – Alt. 620m. Km 188. 36H17:58. 11ème

Allez go mec, il ne reste que trois fois rien, tu auras fait une belle course. Je sors mon tableau, en fait il doit rester 15-16 bornes. Vu le profil c’est jouable de rentrer sous les 38h mais va falloir s’activer. Je me force à rester serein. On s’en fout, la course d’aujourd’hui est juste la cerise sur le gâteau. Ne pas s’affoler, continuer à jouer le métier. Le sentier se fait sympa. Il faut qu’on passe sous la nationale bientôt, et je commence à descendre. Tiens une flèche au sol??? Bon la rubalise est encore là, je ne suis pas inquiet. Enfin, je commence à sentir une certaine pression. En effet, je découvre une nouvelle flèche et de la rubalise au sol. Comme si on avait dé-balisé tout récemment. Oh bordel, ça va pas recommencer??? Encore 500m une flèche sur un arbre. J’ai bien un balisage bleu du club vosgien mais je sens que c’est reparti. Je fais encore 300m ça y est, il n’y a plus rien. Je fulmine, je me fâche. Ras le bol. Qu’est-ce que c’est que ces connards??? Je sors le téléphone. Ah m… c’est celui de Pauline. Je n’ai aucun de mes numéros…Et pas de données non, plus, j’aurai du remettre ma carte sim… Bon il y a celui du PC sur le dossard. J’appelle. J’explique que ça a encore été dé-balisé. J’explique où et commun. On me demande où je suis et de ne pas bouger, on va s’occuper de moi. Oui mais je ne sais pas où je suis… Ah si, il y a un sentier qui descend, je pense que c’est sur Remiremont. Je vais essayer de me repérer et je rappelle. Oh put… je reconnais les lieux, je suis au Rhumont. Je suis dans la bonne direction, mais je suis du mauvais côté de la colline. Je rappelle l’orga. J’ai un autre interlocuteur, il faut que je revienne sur mes pas. Ok. Je rappelle. J’en ai ras le bol. J’appelle ma belle. Elle me calme. « Tu ne vas pas arrêter maintenant, je viens te récupérer, je ne suis pas loin ». Je descends vers le centre-ville je peste à tout va. Elle me rappelle me demande où je suis, je lui donne le nom de la rue, elle pense savoir où je suis. Je ne dois plus bouger. Elle me voit: STOP !!!
20 secondes plus tard elle est là. Je monte dans la voiture, marre de chez marre. Pas d’affolement, mes femmes me calment. Je regarde sur le téléphone, merveille de la technologie. Le parcours passe juste là. On fait 2km. Si je prends tout droit je retombe sur le parcours dans 500m. Mes femmes me laissent, je les embrasse et les remercie.
Je retrouve un chemin et retombe sur une route. J’aperçois 2 signaleurs. Je reconnais Jean François. Qu’est-ce que tu fous là? Je lui explique, ils sont désolés pour moi. Il reste combien? 12 bornes. Je suis dépité. J’ai encore du perdre une demi-heure dans l’aventure. Je repars. Il pleut à sauts. Bon il faut que je me ressaisisse. Non il ne peut pas rester autant. On va dire 10. Et puis même 12 ce n’est rien. À 6 à l’heure ça fait 2h. Je rappelle Frédé, c’est ma puce qui répond. Je lui annonce qu’il doit rester un peu moins de 2 heures. Elle est dépitée à son tour. Mais je vais essayer d’aller plus vite. Je reconnais les lieux. Ce n’est pas possible, il doit rester disons 8km. Mais les conditions commencent vraiment à être pourries. Et puis ce secteur je ne l’aime pas beaucoup. Pas de vue, du chemin où il faut pouvoir courir. Des tas de flaques, de la boue. Je descends serein un sentier en début de forêt. Mais les Akasha ne valent rien sur ce terrain, j’ai oublié que j’avais abandonné mes Mutants. Je pars en glissade et me retrouve sur les fesses. Je suis pourri de boue. Je jure à tout va. Je me calme, trouve une flaque et me nettoie. Je refais 10m et termine mon nettoyage grâce à une rigole sur du gazon. Je trottine et me calme. Bon, tu es en fin de course. Tu nous la joue comme ça chaque fois, forme de décompression de l’esprit. Il faut se recentrer, se remettre dans sa bulle. Je mange un bout de saucisson de Clément que je retrouve dans ma poche, un carreau de chocolat, perdu au fond du sac. Je finis ma flask. Il m’en reste une demi. La pluie redouble, je suis bien sous ma Goretex, j’ai bien fait de changer de veste. Il y a des rigoles, des petits ruisselets. Le terrain est rigolo mais il me tarde d’arriver. Il me semble entendre la sono. Je reconnais les abords de St Nabord, ça rime, je souris. J’appelle Frédé. C’est encore Pauline qui décroche, j’arrive. Vite, on va être en retard dit-elle à sa maman. Je relance. Je regarde ma montre : ah oui elle ne marche plus, donc regarde le téléphone, il faut que je rentre sous les 39h. J’ai de la marge mais il ne faut pas que je tarde. Je commence à me relâcher. Je suis la ruelle. On va bientôt tourner à gauche et ce sera à droite pour accéder au stade. Il y a des signaleurs. Je repense à mon avancée. Je pense que j’ai décliné depuis Larcenaire. L’usure a fait son œuvre. Bon encore une fois je n’ai pas le droit de me plaindre. Deux mois après la Ronda avec aussi peu de récup et de prépa, c’est juste royal. Je serre le poing. Ça y est je tourne à droite. Ce bout-là, il fait vraiment du bien. Il y a des spectateurs, des gens qui arrivent pour le Run. Je passe sous le pont. J’ai l’émotion à fleur de peau. Qu’est-ce que c’est bon. Je repense à la course, à mes assistants: parents et amis; à ceux que j’ai vu sur le parcours. Me voilà dans l’enceinte. Je quitte le trottoir. Je me force à trottiner pour rejoindre le haut du tour de Stade. Mais que c’est bon, le vrai pied. Finir aussi facile après 200 bornes, j’en oublie la fin chaotique. Les spectateurs m’encouragent, il y a des copains qui me reconnaissent et m’applaudissent je les salue. J’entends qu’au micro on parle de moi. Je salue ceux qui m’encouragent. Je serre encore le poing. Voilà la dernière descente. Je fais bien attention à ne pas glisser, ne pas tomber sur ces derniers mètres. Voilà la butte d’arrivée. Ma puce est là, je vois ma belle perchée la haut. Ouhou, c’est trop bon. J’arrive au sommet de la butte, il y a également mon Gibolin et Édouard l’homme volant, On me prend en photo, je franchi la ligne JE SUIS HEUREUX..,
Je tape dans les mains de Thiery et lui montre mon Ceramiq. Le speaker vient vers moi, j’en oublie d’embrasser ma belle. Oh comme je m’en voudrai de ne pas l’avoir fait tout de suite, parce que si je dois cette course à quelqu’un c’est bien à elle et encore plus que d’habitude, ne serait-ce que lorsqu’elle m’a pris en charge à Remiremont… Je parle avec le speaker, Jérôme est là aussi, on parlait de l’Infernal il y a quelques jours. Je réponds aux questions mais je n’y suis pas complètement, la course est en train de me délivrer ses images et ses sensations.
This is the end.

On me donne la médaille et la polaire. Je m’éloigne avec mes belles. Je suis ailleurs, en pleine décompression. Je repense au récit de Gilles. Pourquoi? Je n’en sais rien. Je suis 11ème comme lui. J’ai mis 38h43. Je sais que je n’ai pas fait de bout de chemin avec les premiers du 60. Je rencontre du monde. Les 3 premiers du 60 arrivent, ils ont également été victimes du dé-balisage. J’apprendrai plus tard que l’auteur a été arrêté… Que peut-il bien passer dans la tête de ces gens?
Je ferai douche, perte de clefs, retrouvaille, repas: oh que les frites étaient bonnes !!! Discussion avec ceux qui m’ont précédé, et je rentrerai à la maison persuadé que le lendemain je serai incapable de marcher…
J’ai eu Yann au téléphone, Clément, mon père. Cette course je vous la dois, à vous aussi Paul, Vanessa. A mon grand aussi qui même s’il n’était pas là a boosté mes pensées.
A ma puce qui dans les moments difficiles sait faire preuve d’une telle maturité. Mais à ma belle je te dois tant. Celle qui me laisse m’entraîner, subi mes coups de moins bien et sais me remettre sur le droit chemin au propre comme au figuré…
Ma saison est réussie. Je me suis présenté sur 2 ultras. Moins entraîné que d’habitude, moins affûté. Mais avec une envie renouvelée. Une forme de sagesse, du recul. Fini la prise de tête, pas d’objectif réel. De la patience, du plaisir, de la fraîcheur, de l’envie. Définitivement, j’aime l’ultra. J’y suis bien et c’est tellement bon à vivre. Bref vivement le prochain… 😉