21 mai 2017 – Trail des Marcaires – Muhlbach (68)

Le site de l’organisation Les résultats Le parcours: .gpx .pdf .kml
Distance : 54 km Dénivelé positif: 2600 m Dénivelé négatif: 2600m

« Colore le monde… »

Le récit:

Samedi. Je vais trotter sur le départ du parcours des Championnats de France. L’ischio qui m’enquiquine depuis 15j semble réduit au silence. Je termine une belle semaine de volume entre vélo et trail. C’est vraiment bizarre comme sensation… Je me demande et espère que ça va tenir pour les Marcaires.
Il faut dire que cette course a toujours une saveur particulière. Tous les chemins sont mes terrains de jeu actuels et beaucoup sont ceux de mon enfance.
D’ailleurs le soir je vais retrouver mes 2 plus vieux compagnons autour de bière, vin rouge et côte de bœuf… Pas vraiment le menu le plus adapté une veille de course mais un excellent moment où justement nous avons encore évoqué de vieux souvenirs d’anciens combattants…
Dimanche matin. Je me lève bien difficilement à 06h, après une nuit courte et un peu agitée. Je sors de la maison et reprends en trottinant le sentier des carrières pour rejoindre la zone de départ à Muhlbach. Il fait déjà grand beau, bien qu’un peu frais. L’échauffement est déjà fait.
La longue liste des copains, potes, amis, connaissances, s’égraine doucement. Étonnamment, la plupart des gars sont là, comme moi pour effectuer la course en sortie longue. Le sourire de Meheza est toujours aussi communicatif. Je retrouve Jo, la machine vosgienne du ski alpi. Sa femme est également là pour faire le 32km : jolie course pour ses débuts sur la distance.
Nous allons refaire un tour pour nous échauffer. J’ai toujours cette présence sur l’ischio, sans véritable douleur. Au retour nous saluons Sef, puis Julien dont je suis à peu près certain qu’il sera le vainqueur du jour, ce sera ensuite Jean Phi et d’autres que j’oublie…
07h25, il est temps de se placer dans le sas. Gaëlle est déjà aux manettes et nous livre son briefing, avec quelques nouveautés, pendant que je salue Gilles, JC, Olivier etc. pff ces courses régionales deviennent un vrai annuaire du trail…(rires). Nous sommes un tout petit peu moins de 400 au départ: je suis le 394ème inscrit et je crois qu’il n’y en a eu que 2 après moi (sourires)…

Nous partons très tranquillement avec Paulan et Jo, entrain de papoter. Nous évoquons notamment la tentative de l’Everest de Killian, puis parlons ski, Haute Montagne, Ultra… Jo m’attrape soudain : il a repéré sa moitié qui nous prend en photo : sympa… Nous avons à peine repris nos discussions que nous quittons la piste cyclable, je passe devant la maison d’enfance d’Hervé, puis repère le toit de la mienne quand nous attaquons le premier sentier. Nous continuons à jouer aux pipelettes, alors que les jambes déroulent un rythme tranquille. Nous passons sous le Hinterberg quand je ressens une douleur à la cuisse gauche. Immédiatement j’annonce à mes 2 compagnons que je vais les laisser partir. Je risque de ne pas aller au bout, je ne veux pas handicaper la suite. Le toubib me donne son blanc seing, Jo me dit qu’en se chauffant ça va peut être se résorber. Je suis hyper attentif à ma foulée, à la façon dont chaque fibre de la cuisse réagit. C’est un peu trouble comme sensation… Sef et Cyrille en profitent pour me rattraper. On discute. Ils sont là pour travailler l’allure ultra en vue du Grand TVL. Je ne m’aperçois même pas que l’on passe devant l’ours de la Wormsa. On tourne à droite je réduis ma foulée. Les 2 compères se mettent immédiatement à marcher. Je les salue. Je remonte tranquillement des poignées de coureurs partis trop vite. De nombreux d’entre eux marchent dans les cailloux. Je regarde autour de moi. Je ne me lasse toujours pas de ce qui m’entoure. J’ai pourtant pris ce sentier des d… je ne sais même plus combien de fois. A l’entame Dany est posé dans l’herbe, je vais lui serrer la louche. Je repars et rêve : là nous avons largement festoyé, là nous avons joué, là… j’en suis là de mes réflexions lorsque je dois demander aux coureurs qui me précédent de s’écarter. Bientôt nous arriverons au grand cairn et le sentier va s’aplanir jusqu’au premier des petits ponts. Tiens d’ailleurs voilà un autre habitant de la vallée, mais lui vient du coté de la petite vallée. Je salue et double Jean-Mi après avoir échangé quelques mots. J’arrive à la passerelle, immédiatement des images m’assaillent. Celle de mon entraîneur de BMX entrain de refaire la passerelle avec des membres du club vosgien, je ris tout seul et arrive sur Olivier. Je suis surpris de sa présence. Il est également au ralenti, après un super début de saison. Il prépare l’Échappée Belle, je lui dit de penser à moi à la descente du Moretan et passe devant. Nous voilà sur le chemin. Je m’écarte un peu, on me rappelle : « hé c’est par là », je souris, j’ai fait un écart de 10m pour ne pas avoir à sauter par dessus le fossé. Olivier me dit : « ha c’est vrai que tu es le local de l’étape… » Lac du Fishboedle, toujours aussi beau, toujours aussi alpin. Territoire de pêche du paternel pendant tant d’années. Je temporise, la cuisse légèrement endolorie. Je mange et bois, m’applique à bien dérouler. Je sais faire la montée jusqu’au Hohneck tout en trottinant, mais je préfère alterner marche et course. Je sais instinctivement le nombre de lacets, la meilleure trajectoire, les pieds trouvent leur place tous seuls. J’arrive sur le replat qui annonce le Shiessroth. Une féminine me double. Elle est équipée vraiment light et va bon train. Je me dis qu’il faut vraiment temporiser. La montée peut se faire bien mais il va falloir des ressources pour la deuxième partie. Surtout que depuis ma dernière participation, la trace laisse apparaître un passage au Petit Hohneck et un au sommet du Rothenbach…
Voilà la digue du lac, une signaleuse m’indique le chemin à prendre, je souris en la saluant. Je regarde le lac et les différents bâtiments qui l’entourent, je repense à une histoire de « torche luminosique », à des « squatts épiques », comprenne qui pourra…
Je rattaque l’angle du lac et le sentier qui va nous amener à la ferme du Shiessroth. 3 ou 4 coureurs me rattrapent, je me dis que s’ils tiennent le choc à ce rythme ils ont vraiment des ressources. Je temporise encore et me masse un peu la cuisse, je mange et bois tranquilou. Dans cette partie également il ne faut pas s’affoler, j’en reviendrai presque à remercier mon ischio de m’obliger à la sagesse. J’alterne donc marche et course lente, perdu dans mes rêves et pensées. Je déroule des automatismes, ce lacet on le fait au dessus, après celui là, la pente va devenir plus raide. Je regarde vers le bas. Il y a pas mal de coureurs. J’y aperçois Poucet qui arbore une tenue bleue : il est vraiment phénoménal, seulement une semaine après le Trail Napoléon où il s’est régalé.
La lumière se fait jour au travers des branches c’est le dernier lacet avant le pré. Je rattrape le coureur à la visière que j’ai trouvé trop vite, il se retourne et ré-accélère, je souris. La pente s’adoucit, je sors les flasks, en ouvre les bouchons, il reste 10m, un spectateur m’annonce 90ème, je souris en me disant que je m’en contrefiche, mais voici le ravito.

Les bénévoles sont aux petits soins, je demande juste un demi-plein, histoire de courir léger. J’attrape du chocolat, 2 quartiers d’orange et repars. Je suis très cool, je range mes flasks et repars en trottinant. Le sentier qui suit est tout plat jusqu’à retrouver la ligne de téléski. Je ne m’y lâche pas. Je termine de me ravitailler. Pour le coup celui là je ne le connais que très peu. Il est sinueux à souhait, mais passe bien. Je reste au rythme de mon prédécesseur. Nous arrivons dans la piste principale de la station du Gaschney. Un de mes 2 spots d’apprentissage de ski alpin. Un coup d’œil vers le bas pour savoir combien il nous reste à monter, et je lève la tête. Il y a là un gros paquet de coureurs. Je m’applique à bien dérouler, pas trop vite, juste ce qu’il faut pour ne pas m’endormir, je souris à cette évocation. On me rattrape, je tourne la tête. c’est le coureur à la visière, il a sorti ses bâtons sur lesquels il est plié en 4. Il ne se sert pas des dragonnes, je me dis qu’il va être sec en haut de cette courte montée. J’aperçois le maillot rose d’une féminine, je me dis qu’elle doit être 3 ou 4eme sans savoir qui peut être devant ou présente. Je réalise alors que nous sommes sur la verticale locale de la station de trail, ressemblance étrange avec une prochaine course… Je n’ai rien inventé… Je dépasse encore 2 coureurs, voici le contrepoids du téléski, je trottine pour relancer plus facilement. Voici le sommet du Petit Honneck, je prends quelques secondes pour admirer le paysage. Là 2 souvenirs de skis de rando m’assaillent immédiatement : l’un avec ma belle, l’autre avec Yann. Je souris et amorce la descente sur le Shaefferthal. j’en profite pour doubler 2 autres coureurs juste avant le col.
Je temporise à nouveau. La coureuse en rose me rattrape à nouveau. Un spectateur l’annonce 3eme féminine. Le décompte immédiat me laisse à penser que la 2eme est celle qui m’a doublé avant le lac et la 1ere ne peut être que la favorite annoncée dont je réalise soudain avoir lu qu’il s’agit d’Estelle Patou.
Le petit bout de montée au sommet est traître. Il semble si facile mais il vaut mieux y aller tranquille pour assurer ensuite le sentier des névés. Je plonge mes mains dans la fontaine pour les nettoyer du sucre qui y colle. Je me surprends en me disant que l’alimentation se fait instinctivement et à bonne cadence, je suis suffisamment lucide pour être à l’écoute de mes sensations. Je rattrape encore un ou deux coureurs, dont l’un transpire abondamment. C’est vrai qu’il va faire chaud. Mais pour le moment un vent très frais nous préserve. Voici le sommet : cette année pas de Sherpa pour me taquiner, juste un souvenir contemplatif en compagnie amicale me revient, alors que je salue les spectateurs qui nous encouragent.
Je décide de faire cool cette courte descente. J’y croise Stéphane en sortie dominicale. Je prends le temps de lui serrer la louche et fini la descente tranquillement. Devant moi s’aligne une dizaine de coureurs jusqu’au promontoire des Spitzkoepfe. Je temporise à nouveau, mange et bois. C’est le moment de dégainer les sandwich magiques… Le sentier des névés est toujours aussi génial à courir. J’y croise les 2 compères de l’Alsace en Courant qui vont encore nous faire des clichés magnifiques. Je me reconcentre sur le Tartan naturel, semé juste comme il faut de quelques cailloux qui laissent place au regard vers la vallée. Quinze bornes de pieds intégral, voici ce que je viens de vivre. Évidemment la sourde et toute petite tension derrière la cuisse est toujours là pour me rappeler de rester tranquille mais c’est sans importance. Les 2 ou 3 mini coups de cul font leur œuvre. 2 ou 3 de mes prédécesseurs commencent à piocher. Ils marchent dans ces relances qui pour le coup me paraissent bien faciles. La matinée s’avance, les randonneurs sont plus nombreux, et nous laissent systématiquement passer avec le sourire. A chacun je prends le temps de dire bonjour et de les remercier. Je rattrape et dépasse le coureur transpirant de tout à l’heure. Ah voilà le point le plus haut du sentier, maintenant il n’y a plus qu’à descendre jusqu’au lac.
Je laisse descendre les jambes toutes seules. Je ne veux pas accélérer, ne pas les pousser, surtout ne pas se blesser, la Ronda est si proche et j’ai encore besoin de m’y préparer. Nous traversons le chemin du Kastelleberg, voici la bifurcation des sentiers. Ici ce sont les souvenirs de ski de rando qui se mêlent à ceux de course en trail ou à l’entraînement. Je sais les zones humides, et les parties techniques. Naturellement j’accélère à peine. Je sens un coureur derrière moi, je ne m’affole pas, il n’a qu’à passer.
Les lacets se succèdent, je bois, tranquille, pense à ma position, les pieds trouvent parfaitement leur place même dans les parties les plus techniques : tout roule tout coule. Je sens que mon suiveur perd du terrain. Voici le point de vue : arrêt magique de nos périples en ski avec les 2 papys, je souris à pleines dents. Je me retrouve dans le couloir de pierre, c’est un poil technique mais je m’y régale. J’aperçois devant moi un groupe de coureurs qui a l’air moins à l’aise, je leur reviens dessus avec une facilité qui me déconcerte, je n’ai pas accéléré mais il va falloir que je ralentisse. Je les dépasse un à un, serein. Voici le virage du bas. A la sortie je relève la tête. Mon suiveur est le gars transpirant de tout à l’heure. Juste après lui se trouve un gars à la casquette verte avec des bâtons : lui a l’air d’aller un poil plus vite…
Nous arrivons sur des panneaux de la bifurcation 32km/54km. Un coureur en sortie dominicale arrive sur ma gauche il m’appelle. Je me retourne surpris. Il s’agit de Stéphane avec qui j’ai fait une paire de kms au médianitrail et au petit ballon. Je suis agréablement surpris. On papote, il est avec sa moité qui me reconnaît également. Il rentre de l’ultra du pas du diable où il a fait une belle course. Il sera également en Andorre sur l’Euphoria. J’arrive à la digue, je sors mes flasks et refais un demi plein à la fontaine comme prévu. On continue à échanger sur nos prochaines courses. Il me propose de l’accompagner sur l’une d’elle en prépa : je le remercie mais ne vais pas pouvoir : la prochaine est fermement et définitivement l’Andorre.
Il me quitte car va passer par la gauche du lac. Je repars en temporisant. Je mange et bois. Il y a des coureurs un peu partout. Je prends le temps de profiter de l’environnement. Dire que cet hiver nous avons traversé le lac en skating… Nous rejoignons le sentier balisé, et retrouvons quelques spectateurs. Vision irréelle je vois les coureurs de devant entrain de littéralement batailler avec les cailloux. Cool, reste cool, c’est à gauche toute ,me dis je en souriant. Je termine de manger dans la courte descente également assez technique. Deux coureurs à l’arrêt m’y laissent d’ailleurs passer. Voici le chemin. Je lève la tête alors que je mange un mini sandwich et en mets un dans ma poche. Je réalise que le coureur en vert n’est autre que Jean Marc. Je laisse le groupe de près d’une dizaine de coureurs prendre le large. Je ne sais pourquoi mais je suis certain d’en revoir un certain nombre avant le sommet…
Je passe la Croix du Leibelthal qui me marque comme à chaque fois. Je me mets à trottiner. La pause casse croûte fait son œuvre. Je reviens sur le paquet de devant, tranquille Mimile. J’arrive derrière Jean Marc et lui demande la permission de passer. Il dort debout. Je lui conseille une sieste dans la pré au dessus.
Je temporise et continue à alterner marche et course, serein. Je double 4-5 coureurs. J’arrive derrière un nouveau paquet de 4. Ils vont bon train mais me semble en bout de vitesse. Je double le paquet juste avant la sortie de la forêt. Je regarde le Rothen il y a foule dans le coin, une clarine raisonne. Je double un dernier coureur isolé et temporise pour récupérer des dépassements consécutifs. Je sais que la ligne de crêtes du col au sommet va nécessiter de l’énergie.
J’arrive au pied des marches d’escaliers. La sonneuse de clarine n’est autre qu’Éliane elle m’encourage : Jean Mi ne doit pas être très loin… Je passe le col. Les coureurs s’égrènent lentement, ils sont sur une trace à gauche : pas la plus facile à mon avis. Je lève la tête, le balisage est sur la trace du centre : j’en profite et la rejoins. J’accélère un poil, facile. Je rejoins un premier groupe dans lequel se trouve la féminine qui m’a dépassé au Lac du Shiessroth. Je regarde la vallée et prends un des derniers mini lacets : le groupe que j’ai dépassé dans la montée tout à l’heure est toujours mené par le même coureur qui semble être vraiment à l’attaque.

Je passe le sommet. Je prends quelques secondes pour admirer le paysage. Je me lance dans la descente toujours au ralenti. Je retrouve Nico avec son appareil magique. Je n’ai que peu voire aucune gêne, ni crainte en montée mais joue toujours l’extrême prudence en descente : ma cuisse est toujours un peu délicate et surtout, je veux la préserver.
Je rattrape un coureur tout en noir, buff, lunettes, maillot, collant, guêtre, chaussures… On joue une sorte de valse à 2 temps : je le rattrape dès que ça monte, il me lâche dès que ça descend…
La descente vers le Steinwasen se fait toute seule bien qu’un peu pentue. Je double un papy randonneur. Il a au moins 80 ans et va d’un bon pas. Je le salue et lui souhaite une belle rando. On arrive sur la ferme, territoire privilégié du paternel pendant tant d’années… Voici le portique. On m’y encourage. Un petit coup de louchette et voilà le ravito.

Un des secouristes est encore un pote de fiesta… Un peu plus loin Christophe attend son frangin dont il fait l’assistance. Un demi-plein, du chocolat, des oranges, un verre de coca et c’est reparti.
Tiens revoilà Yann. On discute, il se sent également un poil diminué. Il me lâche alors que je finis de me restaurer. Il me dit que je le rattraperais bientôt.
Là également je temporise. En 2015, bien que cool, j’avais coincé peu après, handicapé par un bassin déplacé. Régulièrement je reviens à 3m de Yann mais il repart à chaque fois que ça descend un poil. Son train reste assez rapide et nous dépassons quelques coureurs alors que nous rejoignons le chemin du Herrenberg. Je reste calé derrière lui et en profite pour encore boire et manger alors que nous empruntons le sentier qui mène à la crête.
Nous voilà sur le GR. Nous rejoignons un coureur en short qui marque un peu le pas. C’est alors que je repère JC. Je remonte vers le Schweisel en alternant marche et course. JC a vraiment l’air au ralenti. Je prends son pas quelques secondes pour échanger. Il a les jambes en bois. Je lui dis que je trouve cela bien normal une semaine après sa très belle course du week-end dernier. Je ne lui dis pas mais je pense qu’il est parti largement trop vite, vu la fatigue accumulée…
Voici le sommet. Globalement c’est descendant jusqu’au Hanenbrunnen. C’est dans ce secteur que Gilles m’avait déposé il y a 2 ans. Je me demande d’ailleurs où il en est, et si comme d’hab il va me mettre une mine dans les derniers kms… Je déroule sur un rythme correct mais sans trop. Toujours se préserver. Je veux pouvoir continuer ma prépa dès demain avec un gros bloc d’ici une dizaine de jours…
Je m’amuse tout de même. Il y a foule de randonneurs. Je rattrape encore quelques coureurs que l’accumulation des kms commencent à marquer sérieusement.
Je continue à jouer au yoyo avec l’homme en noir. Ho, je reconnais le coureur là bas, loin devant. C’est JP. Je passe les 2 portiques successifs du Hanenbrunen et entame la légère montée. L’homme en noir reste à ma hauteur. Nous rattrapons JP peu avant la traversée de route. Le ravito était posé juste là dans les premières éditions. Ça continue à remonter légèrement. Nous laissons JP d’un petit coup de reins. Ah si la cuisse était au top… Mais je me dis que je serai peut être cuit à l’heure qu’il est…
Nous faisons 50m lorsque j’aperçois Jo. Il m’avait définitivement lâché à peu près au même endroit en 2015. Je l’appelle. Il se retourne. L’homme en noir me demande si je le connais. Le temps de répondre, le skieur a disparu de mon champ de vision… Je commence à discuter avec l’homme en noir, nous parlons notamment ultra. Il n’aime pas rester seul en course, j’aurai tendance à essayer de le lâcher pour rester dans ma bulle.
Nous voilà au pied du Klintzkopf. Nous entamons la descente vers le Readelé. Elle est vraiment sympa. Je prends les choses en main. C’est sans conteste le coin que je connais le moins sur le circuit. Mon compagnon du jour semble décider à me laisser à la manœuvre. Je descends toujours sans forcer, en laissant tourner les jambes dans les feuilles et la terre un peu grasse. Mes chaussures accrochent toujours aussi bien. Je m’amuse vraiment, bien que pas très vite : juste efficace. Cela me rappelle une longue descente à la Dolomiti… C’est ici en 2015 que j’avais vraiment ralenti pour me refaire la cerise et me redresser grâce à la montée suivante. Un coureur est à l’arrêt, perclus de crampes, on lui demande si ça va et repartons. Nous traversons deux passages à vaches et terminons les derniers lacets. Dany est là et nous indique le ravito tout proche. Je ralentis. Je termine le contenu de mes flasks et les dévisse. Nous retrouvons Jo qui repart.

Une bénévole approche me demande ce que je veux. Je lui réponds : « la moitié de chaque, Sandrine… » Elle me regarde surprise et souris pendant qu’elle remplit mes flasks. Je bois de l’eau pétillante et repars tranquilou. L’homme en noir ne s’est pas arrêté son camel encore bien plein. Je décroche mon sac et vais à la pêche aux réserves ; je mange, bois encore. J’entends le stacato de bâtons qui reviennent : deux coureurs sont en chasse derrière moi. Je termine de me restaurer, serein.
Je remets mon sac et repars d’un bon pas, le bruit s’efface. Jo lui par contre est reparti : la pente lui convient parfaitement, il est vraiment dans son élément, je ne le reverrai plus avant l’arrivée.
J’arrive sur un bout moins raide me remets à trottiner et rejoins l’homme en noir. Il est surpris de me retrouver et m’interroge sur la suite. En gros nous allons remonter par paliers jusque vers le Hilsenfirst pour retrouver le sentier de la crête qui mène au Klintzkopf. Ce n‘est pas la plus belle partie de ce trail. D’autres s’en contenteraient, mais c’est vrai que par rapport à tout ce que nous avons eu au cours de la journée c’est bien plus fade. On parvient tout de même à apercevoir la crête qui fait la liaison entre Steinberg et Petit Ballon. L’organisation a su trouver 2 ou 3 sentiers sympas. D’ailleurs je rappelle l’homme en noir. Celui ci a pris un peu d’avance et s’engageait sur le mauvais chemin. Ah voilà un dré dans le pentu que je ne connaissais pas. Il passe assez facile même si je ne tire pas sur les cuisses, toujours prudent, toujours en dedans… Nous retrouvons un sentier agréable au milieu de la forêt. Dans un lacet j’aperçois nos deux poursuivants qui semblent faire le forcing pour revenir. Je souris et me remets à trottiner. Je me redis pour la 10eme fois de la journée que de courir dans ces conditions est juste génial. Pas de souffrance, pas de remise en question. je me permets même de remettre un petit coup de reins, bref le grand pied. Nous sortons de la forêt, voici le col. Je repense aux premières éditions où nous passions ici dans l’autre sens. J’explique à nouveau la suite à mon compagnon d’échappée qui pensait que nous passions à droite de la montagne. Il reste 2 minis coups de cul. Le premier c’est maintenant. Ici aussi les randonneurs sont nombreux et sympas. L’homme en noir m’apprend qu’avant de faire du trail il ne faisait que de la marche et ce sur des longues distances, la plupart des GR français ne semblent pas avoir de secrets pour lui… Nous sommes au point haut de ce sentier assez technique. Comme à chaque fois j’y accélère un peu et m’y régale. Mon compagnon me demande comment je fais pour courir à l’aise dans ces cailloux. Je ris car il va presque aussi vite que moi.
Le sentier s’adoucit on aperçoit le sommet du Petit Ballon. « On monte à la table d’orientation ? » Non, le ravito est juste à l’aplomb. On va arriver à un refuge et descendre droit dessus. Il fait l’effort dans la très courte remontée. J’embraye derrière lui. Il n’y a plus qu’à entamer la descente. Lui accélère, je ne peux vraiment pas tenter de le suivre. Je tourne la tête vers la gauche, nos 2 suiveurs ont été rejoints et semblent marquer le pas. L’homme en short que j’avais dépassé au Schweisel est avec eux : on voit qu’il va faire l’effort sur cette partie finale.
Je me laisse glisser jusqu’à la ferme du Rothebrunnen. J’entre dans le ravito alors que l’homme en noir en sort. Je prends mon temps. Je fais le plein : grenadine et eau pétillante. Je repars tranquille en mangeant orange et chocolat. Inutile de s’affoler dans ce dernier coup de cul. Il faut des ressources pour la descente que j’aime tant.
J’arrive au col et salue les spectateurs et signaleurs qui m’indiquent le chemin. L’homme en short me rattrape et me double. Hors de question que je m’accroche. Qu’est ce que j’aime ce secteur, j’y viens fréquemment courir quand je suis dans mon havre de paix.Je temporise encore jusqu’au Steinberg. Salue les randonneurs qui systématiquement me laissent passer. L’une des dernières fois où je suis venu j’ai fait toute cette partie à fond les ballons. Je me prends à rêver d’y aller aussi vite. Je passe le Steinberg, tranquille, sur de mes appuis. Le panorama s’ouvre. Toute la crête s’offre à moi. 40 ans que je connais cette vue et je ne parviens pas à m’en lasser. Deux femmes trottinent avec un chien, elles reconnaissent le coureur qu’elles attendaient. Il me double très rapidement c’est apparemment un poulain de Jeff vu son maillot. Je ne peux simplement pas lutter. Je laisse tout de même filer les jambes. Le rythme est bon et les pieds trouvent leur place facilement. Je regarde ma montre pour l’une des premières fois de la journée. Ça va le faire en un peu moins de 06h30. Je ne vais pas super vite, mais je m’éclate franchement. Voilà la bifurc à gauche avant de retrouver le gros chemin au niveau de Brobachrucken. Je continue à boire régulièrement, le soleil tape même s’il y a toujours de l’air. Je tourne la tête régulièrement pour admirer le paysage, quel pied, mais quel régal!!!
Voilà la première mini bifurc près du banc : Metzeral ou Breitenbach ? Metzeral bien sur… Des gens sont allongés dans l’herbe je les salue avec un sourire à faire pâlir une star de ciné…
Allez encore 500m de gros chemin. Je ne peux m’empêcher de penser à mes compagnons de jeu. Aux jours où nous redescendions les bras chargés de champignons avant une omelette pantagruélique… Je regarde l’église, Notre Dame de l’Emm, sanctuaire de la guerre de 14. peu de gens savent combien les combats ici et tout autour de Metzeral ont été meurtriers, presque autant que dans des sites plus connus, voisins de quelques kms. Pas un mètre carré n’a échappé aux combats, aux environs de 15 000 morts en 9 jours, des villages complètement rasés, courte victoire avant un retrait des troupes. Folie des hommes…
Je quitte le chemin pour cette monotrace que j’affectionne particulièrement. Ça passe tout seul. Le paysage a sacrément changé ici. Là il y avait des arbres et là des prés, comme si un géant c’était amusé à échanger les terrains. En 2015, je m’étais carrément arrêté pour manger. Là je bois et savoure d’être en aussi bon état. Nous sommes dans le secteur du Meyersbuhl, on retrouve les concurrents du 32km. Certains sont bien cuits, d’autres s’amusent, un couple m’encourage. Je passe le moindre ressaut en courant. Ma cuisse se rappelle gentiment à moi, mais me laisse profiter. Ah, on passe à droite, pas de rocher du Kufheil, je salue l’endroit. Un concurrent du 32 est à l’arrêt je l’encourage. Retour dans la forêt, il reste trois fois rien. Quelques spectateurs viennent à notre rencontre et m’annoncent l’arrivée : je souris. 5 m à remonter : au train, les 3 coureurs du Défi n’en peuvent plus, je laisse filer. Ah un maillot des Tr’ ailleurs. Il me semble bien reconnaître miss Framboise, mais n’en suis pas certain. Je la double et la sono vient me percuter des ses sons lourds. Il reste 200m : je savoure pleinement. La fête serait totale si femme et enfants étaient présents. Mais ils profitent de la piscine parentale et ont bien raison. Je prends le dernier virage et pense à une chose : 54km de bonheur. Pas une fausse note. Je sers juste un peu les poings au moment de passer la ligne. 6H27 à se faire plaisir, des jours comme ça pourraient encore durer des heures…
Je vais me ravitailler en eau pétillante. Tape dans la main de quelques connaissances. J’embrasse Framboise qui était effectivement dans la dernière descente. Je retrouve Jo et sa moitié qui a fait une très belle course également. Elle me montre la photo qu’elle a pris de nous au départ…
Je retrouve JC qui pour la première fois a rendu son tablier : certes mais une semaine après avoir fait 80 bornes il ne faut pas se prendre la tête, puis Sandra qui me conte sa dernière mésaventure. Jeff qui s’est également régalé. Le gamin, Emilien qui a fait une très belle course et pour la peine paie sa bière. Il y en a encore tant d’autres, je retrouve même Séverine que je n’avais pas vu depuis si longtemps et qui a fait le 12km.
Mais il est temps de retrouver les miens, je me dirige donc vers la maison parentale pedibus jambus. Juste le temps de voir Gilles. On discute un petit moment. Il est arrivé peu de temps après moi, une semaine à peine après son trail en Corse. Je me dis que si j’avais su je l’aurais attendu sur la ligne pour une jolie photo.
Les jambes sont tout de même bien fatiguées, marcher tranquille fait du bien. Je profite encore du paysage.
Il me reste encore un voire 2 blocs d’entraînement pour la Ronda. Il va surtout falloir faire du dénivelé avec bâtons dans les prochains temps. Mais le bonhomme est plutôt pas mal. Il va surtout falloir arriver frais, sans pression, sans ambition. Comme aujourd’hui, juste pour le plaisir, juste pour profiter de ce qui m’entoure.

  1. #1 by Mamianik on 23 mai 2017 - 9:30

    Coucou Marco,,
    Ben oui, j’ai tout lu…et apprécié. L’essentiel est là : être dans l’effort « voulu » mais surtout se faire plaisir pour pouvoir aller plus loin, sans être dans la « revanche » sur soi-même. Partager. Garder le sourire. C’est tout l’esprit sportif. Continue avec ce mental, on est fier de toi !

(ne sera pas publié)